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Poésie

Posts Tagged ‘repas’

Plus près (Edward Estlin Cummings)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2018



Illustration
    
plus près:souffle de mon souffle:n’enlève qui fourmillent
tes membres:fais leur repas fou de ma souffrance
que tes tigres de lisse douceur lentement pillent
en des floraisons muettes aux nouveaux mélanges:
plus profond:sang de mon sang:avec de vifs replis
ascendants plonge ces léopards de rêve blanc
dans la chair ravie de ma peur:creuse plus nette
cette moelle d’obscurité:sculpte une fleur de folie
frangée de mal sur des lèvres grinçantes
et sur des yeux rampants crispés de lumière démente
cisèle l’assassine flamme qui saisit de vertige.

Des gris perplexes frisent avides entre de béantes

maisons. Les étoiles mortes puent. l’aube. Inepte,

la carcasse poétique d’une fille

***

nearer:breath of my breath:take not thy tingling
limbs from me:make my pain their crazy meal
letting thy tigers of smooth sweetness steal
slowly in dumb blossoms of new mingling:
deeper:blood of my blood:with upwardcringing
swiftness plunge these leopards of white dream
in the glad flesh of my fear:more neatly ream
this pith of darkness:carve an evilfringing
flower of madness on gritted lips
and on sprawled eyes squirming with light ins ane
chisel the killing flame that dizzily grips.

Querying greys between mouthed houses curl

thirstily. Dead stars stink. dawn. Inane,

the poetic carcass of a girl

(Edward Estlin Cummings)

 

Recueil: Erotiques
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers
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Vous êtes dans le vrai, canotiers, calicots (François Coppée)

Posted by arbrealettres sur 21 octobre 2017



 

Vous êtes dans le vrai, canotiers, calicots !
Pour voir des boutons d’or et des coquelicots,
Vous partez, le dimanche, et remplissez les gares
De femmes, de chansons, de joie et de cigares,
Et, pour être charmants et faire votre cour,
Vous savez imiter les cris de basse-cour.
Vous avez la gaîté peinte sur la figure.
Pour vous, le soir qui vient, c’est la tonnelle obscure
Où, bruyants et grivois, vous prenez le repas ;
Et le soleil couchant ne vous attriste pas.

(François Coppée)


Illustration

 

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Sur les fleuves (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2017




    
Sur les fleuves que le soir fait déborder,
dans les champs qui deviennent au loin un horizon,
au-dessus des arbres soudain changés en ciel,
j’ai vu la joie paraître à visage découvert.
Elle avait souffert des siècles durant
de devoir vivre entre le regard des hommes,
à la merci d’une larme qui coule au moment
où l’espace s’élève de tout son monument de lumière,
à la merci des pays inconnus
qui s’étendent d’une tempe à l’autre,
à la merci des déserts que la mort élargit
entre des êtres qui se comptent à l’heure des repas.
Mais je ne l’ai vu que le temps de la reconnaître.
Elle s’en est allée d’un seul coup
comme une branche chargée de fruits
qui échappe des mains de qui veut la retenir.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Souviens-toi (Henri Cazalis)

Posted by arbrealettres sur 26 août 2017



Illustration: William Bouguereau
    
Souviens-toi que tu dois mourir,
et peut-être mourir tout entier, corps et âme.
Hâte-toi donc, gorge-toi de lumière,
soûle-toi d’amour et surtout de beauté!
Avec le vin du rêve, remplis d’éternité et d’infini
les courtes minutes de ta vie terrestre.

Le condamné à mort peut demander un repas royal :
demande un repas divin; mais hâte-toi,
car l’heure de l’exécution s’approche.

(Henri Cazalis)

 

Recueil: Le livre du Néant
Editions: Alphonse Lemerre

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Pour le Lys (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2017



Illustration: Malinowski
    
Pour le Lys

O Toi, Femme que j’aime ! O Lys irréprochable !
Très chère qu’on ne peut approcher qu’à genoux,
Lève sur moi tes yeux si doux et ton front doux !
Et que le repas soit comme la Sainte Table.

Réveille, avec ta voix, mes rêves somnolents.
Voyant mon front fiévreux, accablé par les rêves,
Toute droite, dans la pourpre et l’or tu te lèves,
Toujours silencieuse, avec tes gestes lents.

O l’Image divine ! O la Femme que j’aime !
Qui fais que je m’éveille avec la face au jour
Et qui, par le pouvoir immense de l’amour,
As fait que le matin m’est apparu moins blême.
O puissance ! ô beauté de la Femme que j’aime !

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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San Francisco (Maxime Le Forestier)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2017




    
San Francisco

C’est une maison bleue
Adossée à la colline
On y vient à pied, on ne frappe pas
Ceux qui vivent là, ont jeté la clé
On se retrouve ensemble
Après des années de route
Et l’on vient s’asseoir autour du repas
Tout le monde est là, à cinq heures du soir
San Francisco s’embrume
San Francisco s’allume
San Francisco, où êtes vous
Liza et Luc, Sylvia, attendez moi

Nageant dans le brouillard
Enlacés, roulant dans l’herbe
On écoutera Tom à la guitare
Phil à la kena, jusqu’à la nuit noire
Un autre arrivera
Pour nous dire des nouvelles
D’un qui reviendra dans un an ou deux

Puisqu’il est heureux, on s’endormira
San Francisco se lève San Francisco se lève
San Francisco ! où êtes vous
Liza et Luc, Sylvia, attendez-moi

C’est une maison bleue
Accrochée à ma mémoire
On y vient à pied, on ne frappe pas
Ceux qui vivent là, ont jeté la clef
Peuplée de cheveux longs
De grands lits et de musique
Peuplée de lumière, et peuplée de fous
Elle sera dernière à rester debout
Si San Francisco s’effondre
Si San Francisco s’effondre
San Francisco ! Où êtes vous
Liza et Luc, Sylvia, attendez-moi

(Maxime Le Forestier)

 

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LE FEU DES FLEURS (Francis Jammes)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2017



 

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LE FEU DES FLEURS

Les fleurs ne sont que les feux du soleil,
Comme l’on voit au printanier réveil,
Quand le lilas s’allume et devient tel
Qu’un candélabre azuré sur l’autel,
Les boutons d’or tels que les coeurs vermeils
De la veilleuse aux champêtres sommeils
Et l’anémone au pétale pareil
A l’humble braise où, tout courbe et tout vieil,
Le pauvre cuit la soupe que le ciel
Lui sert avant le repas éternel.

(Francis Jammes)

Illustration

 

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Le vieux pêcheur (Yang Jiong)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2017



 

Le vieux pêcheur

Le vieux pêcheur passe la nuit
couché sur les rochers de la rive occidentale.
Dès que paraît l’aube,
il allume des bambous
et puise de l’eau pour son frugal repas.

La brume du matin se dissipe,
le soleil se montre ;
la campagne est encore déserte ;

Il est déjà dans sa barque,
frappant l’eau verte de ses rames,
et poussant le cri des bateliers.

D’un regard
il a consulté l’horizon ;
il s’abandonne au courant avec insouciance,

Comme les nuages,
qui courent et se poursuivent au-dessus de la montagne,
s’abandonnent aux caprices du vent.

(Yang Jiong)

 Illustration: Hokusai

 

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Nous aimons donc, finalement, les aiguilles qui tournent (Elise Turcotte)

Posted by arbrealettres sur 6 avril 2017



Nous aimons donc, finalement,
les aiguilles qui tournent.
Nous aimons qu’il soit l’heure de quelque chose,
après le hasard et l’amour
qui sépare en deux la maison.

Nous dînons avec des amis,
ajoutant des livres sur les étagères;
cela nous remplit de paysages.

Un dimanche, il y a des larmes,
la vie qui arrête
et qui brûle près de nous.

Nous regardons,
finissons notre repas
dans les ténèbres.

(Elise Turcotte)

 

 

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RÉVEIL (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2017



RÉVEIL

Nous avons été des gens sages
Cette nuit, je ne sais pourquoi.
Or, ce matin, je sens en moi
Des éternités de nuages.

Toi-même sur ton front vermeil
Tu gardes des reflets nocturnes,
Et tes yeux sont comme des urnes
Où fume un restant de sommeil.

Nous avons trop dormi, ma chère.
Notre vorace amour se plaint
De n’avoir pas le ventre plein,
Lui qui fait toujours bonne chère.

Allons, mignonne, allons, debout!
Chassez-moi nos pensers funèbres.
J’ai nourri mes yeux de ténèbres,
J’ai fait des rêves de hibou.

Mais en vous voyant fraîche et rose.
J’en fais qui sont couleur de jour.
J’entends la voix de notre amour
Qui pour fleurir veut qu’on l’arrose.

C’étaient nos vœux inapaisés
Qui nous rendaient mélancoliques.
Donnons à nos cœurs faméliques
Un large repas de baisers.

C’est le remède, c’est la vie !
Tu m’enlaces ; moi, je t’étreins ;
Et mangeant le feu de nos reins,
Se tait notre bête assouvie.

Les désespoirs les plus ardents.
Les tristesses les plus farouches,
Quand nous unissons nos deux bouches,
Sont égorgés entre nos dents.

(Jean Richepin)

Illustration

 

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