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Posts Tagged ‘repas’

HOSPES COMESQUE (Marguerite Yourcenar)

Posted by arbrealettres sur 11 mars 2022



Illustration: Ernest Pignon-Ernest
    
HOSPES COMESQUE

Corps, portefaix de l’âme, en qui peut-être croire
Serait plus vain, cher corps, que de ne t’aimer pas;
Coeur sans fin transmuté dans ce vivant ciboire;
Bouche toujours tendue aux plus récents appâts.

Mers où l’on peut voguer, sources où l’on peut boire;
Froment et vin mêlés au rituel repas;
Alibi du sommeil, douce cavité noire;
Inséparable terre offerte à tous nos pas.

Air qui m’emplis d’espace et m’emplis d’équilibre;
Frissons au long des nerfs; spasmes de fibre en fibre;
Yeux sur l’immense vide un peu de temps ouverts.

Corps, mon vieux compagnon, nous périrons ensemble.
Comment ne pas t’aimer, forme à qui je ressemble,
Puisque c’est dans tes bras que j’étreins l’univers ?

(Marguerite Yourcenar)

Recueil: Les charités d’Alcippe
Traduction:
Editions: Gallimard

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Dans l’herbe aplatie (Santoka)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2022




    
(avec un vieux clochard)

dans l’herbe aplatie
après avoir partagé un repas
l’un part à droite, l’autre part à gauche

***

(Santoka)

 

Recueil: Santoka Zen Saké Haïku
Traduction: Cheng Wing fun & Hervé Collet
Editions: Moundarren

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SOMMEIL ET REPAS (Paul Celan)

Posted by arbrealettres sur 20 décembre 2021



Illustration: Eugène Carrière
    
SOMMEIL ET REPAS

Le souffle de la nuit est ton drap, la ténèbre se couche contre toi.
Elle t’effleure la cheville et la tempe, te réveille à vie et sommeil,
elle te traque et déniche dans un mot, un désir, une pensée,
elle couche avec chacun d’eux, elle t’appâte et débusque.
Elle te peigne le sel des cils et te le donne à manger, à l’écoute de tes heures,
elle en recueille le sable et te le sert à table.
Et ce que, rose, elle fut, ombre et eau, elle te le verse.

(Paul Celan)

Recueil: Choix de poèmes
Traduction: Jean-Pierre Lefebvre
Editions: Gallimard

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Dans la jungle (Jean-Luc Moreau)

Posted by arbrealettres sur 26 juillet 2021



Dans la jungle, un jour, s’aventure
Un curé. Le tigre survient.
« Prions », se dit l’abbé.
« Seigneur,je t’en conjure,
Fais que ce tigre soit chrétien. »

Comment le Très-Haut se débrouille,
La chronique n’en parle pas.

Le fauve en tout cas s’agenouille :
« Seigneur », dit-il,
« bénissez ce repas. »

(Jean-Luc Moreau)

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SOLEIL COUCHANT (Du Fu)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2021




    
SOLEIL COUCHANT

Les rayons obliques du soleil
scintillent sur les perles des rideaux.
Les fleurs du printemps resplendissent sur les rives.
Un parfum enivrant.
monte des jardins,
le long du fleuve.
Sur les chalands immobiles
s’allument les feux
pour le repas du soir.
Les moineaux piailleurs
bataillent farouchement
dans les branches.
Une nuée d’insectes a envahi la cour.
Qui a inventé ce vin trouble ?
Un seul verre suffit
à dissiper mille chagrins !

(Du Fu)

 

Recueil: Neige sur la montagne du lotus Chants et vers de la Chine ancienne
Traduction: Ferdinand Stočes
Editions: Picquier poche

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J’IRAI DEMAIN (Pierre Morhange)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2021



J’IRAI DEMAIN

Qu’un poulet picore,
Que la fougère arbore.
Ah! Comme moi
Un bec et un arpent.

N’empêche qu’altitude
Aux nuages gris et plats
Donne air et repas
Et je vis de cachots.

(Pierre Morhange)


Illustration

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San Francisco (Maxime Le Forestier)

Posted by arbrealettres sur 2 janvier 2021




    
San Francisco

C’est une maison bleue
Adossée à la colline
On y vient à pied, on ne frappe pas
Ceux qui vivent là, ont jeté la clé
On se retrouve ensemble
Après des années de route
Et l’on vient s’asseoir autour du repas
Tout le monde est là, à cinq heures du soir
San Francisco s’embrume
San Francisco s’allume
San Francisco, où êtes vous
Liza et Luc, Sylvia, attendez moi

Nageant dans le brouillard
Enlacés, roulant dans l’herbe
On écoutera Tom à la guitare
Phil à la kena, jusqu’à la nuit noire
Un autre arrivera
Pour nous dire des nouvelles
D’un qui reviendra dans un an ou deux

Puisqu’il est heureux, on s’endormira
San Francisco se lève San Francisco se lève
San Francisco ! où êtes vous
Liza et Luc, Sylvia, attendez-moi

C’est une maison bleue
Accrochée à ma mémoire
On y vient à pied, on ne frappe pas
Ceux qui vivent là, ont jeté la clef
Peuplée de cheveux longs
De grands lits et de musique
Peuplée de lumière, et peuplée de fous
Elle sera dernière à rester debout
Si San Francisco s’effondre
Si San Francisco s’effondre
San Francisco ! Où êtes vous
Liza et Luc, Sylvia, attendez-moi

(Maxime Le Forestier)

 

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L’ARÔME DE LA FAIM (Zdenka Becker)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2020



Illustration: Giacomo Manzu
    
L’ARÔME DE LA FAIM

Aucun mot sur les flétrissures
aucune soumission aux rides
sur le visage
être seulement convive à ce repas
la table richement servie
l’arôme de la faim
à la lueur des chandelles
l’arôme de la faim
l’un de l’autre.

***

Geen woord over het verwelken
geen deemoed voor de rimpels
in het gelaat
alleen maar gast te zijn bij dit maal
feestelijk gedekt de tafel
de geur van de honger
in kaarslicht gedoopt
de geur van de honger
naar elkaar.

***

THE SCENT OF HUNGER

Not a word about the wilting
no humility for the wrinkles
in the face
just to be a guest at this meal,
festively set the table,
the scent of hunger
bathed in candlelight.
the scent of hunger
in one another.

***

ZAPACH GŁODU

żadnego słowa o więdnięciu,
niepokorność dla zmarszczek na twarzy,
po prostu być gościem na tym posiłku,
świątecznie zastawić stół

zapach głodu
zanurzony w blasku świec,
zapach głodu
ku sobie nawzajem.

***

意大利 吉雅卡莫·曼祝 摄
一句不说枯萎事
对脸上的皱纹
不客气
只是做这顿饭的客人
摆好节日餐桌
饥饿气味
沐浴在烛光中
饥饿的气味
相互彼此。

***

Ni una palabra sobre el marchitamiento
ni humildad por las arrugas
en la cara
solo ser invitado a esta comida
la mesa puesta de modo festivo
la fragancia del hambre
bañada a la luz de las velas
del uno al otro
la fragancia del hambre.

***

Non una parola sullo sfiorire
nè umiltà per le rughe sul volto
sul volto
essere solo ospiti a questa mensa
sedere a questo tavolo festivo
il profumo della fame
bagnato in una luce di candela
il profumo della fame
offerto l’un l‘altro.

***

Kein wort über das welken
keine demut vor den falten
im gesicht
nur gast sein bei diesem mahl
festlich gedeckt der tisch
der duft des hungers
ins kerzenlicht getaucht
der duft des hungers
nach einander

***

***

***

(Zdenka Becker)

 

Recueil: Ithaca 570
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Néerlandais / Anglais Germain Droogenbroodt –Stanley Barkan / Polonais Mirosław Grudzień – Małgorzata Żurecka / Chinois William Zhou / Espagnol Rafael Carcelén / Italien Luca Benassi / Allemand / Arabe / Hébreu Dorit Weisman /
Editions: POINT

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Sur l’autel se repose le jour (Bernard Manciet)

Posted by arbrealettres sur 25 juillet 2020




repas de fleur et fleur de farine
fête de rien mais du rien l’éclair
sur l’autel se repose le jour
olivier tel de mercure et d’ambre

(Bernard Manciet)

Illustration: Vladimir Kush

 

 

 

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Montre-moi ce que j’ai longtemps désiré (Seamus Heaney)

Posted by arbrealettres sur 25 juillet 2020



Je marchais avec toi et une autre femme
Dans le bois d’un parc, l’herbe murmurante
Mêlait ses doigts à notre silence complice
Et les arbres s’ouvrirent soudain sur une clairière
Où nous assîmes à l’ombre.
La candeur de la lumière, je pense, nous a troublés.
Nous avons parlé du désir et de la jalousie,
Notre conversation, une large robe unique
Ou une nappe blanche étalée pour le repas
Comme un traité de moeurs dans la nature sauvage.
« Montre-moi », ai-je dit à notre compagne, « ce
Ce que j’ai longtemps désiré, l’étoile mauve de ton sein. »
Et elle consentit. Ô ni ma prudence, ni même ces vers,
Mon amour, ne pourront guérir ton regard blessé.

(Seamus Heaney)

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