Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘repas’

Pour le Lys (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2017



Illustration: Malinowski
    
Pour le Lys

O Toi, Femme que j’aime ! O Lys irréprochable !
Très chère qu’on ne peut approcher qu’à genoux,
Lève sur moi tes yeux si doux et ton front doux !
Et que le repas soit comme la Sainte Table.

Réveille, avec ta voix, mes rêves somnolents.
Voyant mon front fiévreux, accablé par les rêves,
Toute droite, dans la pourpre et l’or tu te lèves,
Toujours silencieuse, avec tes gestes lents.

O l’Image divine ! O la Femme que j’aime !
Qui fais que je m’éveille avec la face au jour
Et qui, par le pouvoir immense de l’amour,
As fait que le matin m’est apparu moins blême.
O puissance ! ô beauté de la Femme que j’aime !

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

San Francisco (Maxime Le Forestier)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2017




    
San Francisco

C’est une maison bleue
Adossée à la colline
On y vient à pied, on ne frappe pas
Ceux qui vivent là, ont jeté la clé
On se retrouve ensemble
Après des années de route
Et l’on vient s’asseoir autour du repas
Tout le monde est là, à cinq heures du soir
San Francisco s’embrume
San Francisco s’allume
San Francisco, où êtes vous
Liza et Luc, Sylvia, attendez moi

Nageant dans le brouillard
Enlacés, roulant dans l’herbe
On écoutera Tom à la guitare
Phil à la kena, jusqu’à la nuit noire
Un autre arrivera
Pour nous dire des nouvelles
D’un qui reviendra dans un an ou deux

Puisqu’il est heureux, on s’endormira
San Francisco se lève San Francisco se lève
San Francisco ! où êtes vous
Liza et Luc, Sylvia, attendez-moi

C’est une maison bleue
Accrochée à ma mémoire
On y vient à pied, on ne frappe pas
Ceux qui vivent là, ont jeté la clef
Peuplée de cheveux longs
De grands lits et de musique
Peuplée de lumière, et peuplée de fous
Elle sera dernière à rester debout
Si San Francisco s’effondre
Si San Francisco s’effondre
San Francisco ! Où êtes vous
Liza et Luc, Sylvia, attendez-moi

(Maxime Le Forestier)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 3 Comments »

LE FEU DES FLEURS (Francis Jammes)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2017



 

anemone-rose [1280x768]

LE FEU DES FLEURS

Les fleurs ne sont que les feux du soleil,
Comme l’on voit au printanier réveil,
Quand le lilas s’allume et devient tel
Qu’un candélabre azuré sur l’autel,
Les boutons d’or tels que les coeurs vermeils
De la veilleuse aux champêtres sommeils
Et l’anémone au pétale pareil
A l’humble braise où, tout courbe et tout vieil,
Le pauvre cuit la soupe que le ciel
Lui sert avant le repas éternel.

(Francis Jammes)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le vieux pêcheur (Yang Jiong)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2017



 

Le vieux pêcheur

Le vieux pêcheur passe la nuit
couché sur les rochers de la rive occidentale.
Dès que paraît l’aube,
il allume des bambous
et puise de l’eau pour son frugal repas.

La brume du matin se dissipe,
le soleil se montre ;
la campagne est encore déserte ;

Il est déjà dans sa barque,
frappant l’eau verte de ses rames,
et poussant le cri des bateliers.

D’un regard
il a consulté l’horizon ;
il s’abandonne au courant avec insouciance,

Comme les nuages,
qui courent et se poursuivent au-dessus de la montagne,
s’abandonnent aux caprices du vent.

(Yang Jiong)

 Illustration: Hokusai

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Nous aimons donc, finalement, les aiguilles qui tournent (Elise Turcotte)

Posted by arbrealettres sur 6 avril 2017



Nous aimons donc, finalement,
les aiguilles qui tournent.
Nous aimons qu’il soit l’heure de quelque chose,
après le hasard et l’amour
qui sépare en deux la maison.

Nous dînons avec des amis,
ajoutant des livres sur les étagères;
cela nous remplit de paysages.

Un dimanche, il y a des larmes,
la vie qui arrête
et qui brûle près de nous.

Nous regardons,
finissons notre repas
dans les ténèbres.

(Elise Turcotte)

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

RÉVEIL (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2017



RÉVEIL

Nous avons été des gens sages
Cette nuit, je ne sais pourquoi.
Or, ce matin, je sens en moi
Des éternités de nuages.

Toi-même sur ton front vermeil
Tu gardes des reflets nocturnes,
Et tes yeux sont comme des urnes
Où fume un restant de sommeil.

Nous avons trop dormi, ma chère.
Notre vorace amour se plaint
De n’avoir pas le ventre plein,
Lui qui fait toujours bonne chère.

Allons, mignonne, allons, debout!
Chassez-moi nos pensers funèbres.
J’ai nourri mes yeux de ténèbres,
J’ai fait des rêves de hibou.

Mais en vous voyant fraîche et rose.
J’en fais qui sont couleur de jour.
J’entends la voix de notre amour
Qui pour fleurir veut qu’on l’arrose.

C’étaient nos vœux inapaisés
Qui nous rendaient mélancoliques.
Donnons à nos cœurs faméliques
Un large repas de baisers.

C’est le remède, c’est la vie !
Tu m’enlaces ; moi, je t’étreins ;
Et mangeant le feu de nos reins,
Se tait notre bête assouvie.

Les désespoirs les plus ardents.
Les tristesses les plus farouches,
Quand nous unissons nos deux bouches,
Sont égorgés entre nos dents.

(Jean Richepin)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le ciel et la terre sont vastes, dit-on (Yamanoue no Okura)

Posted by arbrealettres sur 7 mars 2017



 

katsushika hokusai-fantome-japonais-gravure-sur-bois-n-1350918-0

Le ciel et la terre
Sont vastes, dit-on
Mais pour moi
Comme ils sont étroits!
Le soleil et la lune
Brillent, à ce qu’on assure,
Mais pour moi
Ils ne luisent guère,
En est-il pour tous de même
Ou pour moi seulement ?
Par fortune
Je me trouve homme.
Comme tous les autres hommes
Je suis fait.
Ma veste de toile
Non doublée
Pend en lambeaux
Comme du varech.
Ce ne sont que haillons
Jetés sur mes épaules
Dans ma cabane
Qui penche, croulante,
Le sol nu
Est jonché de la paille tirée d’une botte.
Mon père et ma mère
Dorment près de mon chevet.
Ma femme et mes enfants
A mes pieds
M’entourent
En geignant.
Du foyer
Aucune fumée ne s’élève
Dans la marmite
Les araignées ont tissé leurs toiles.
On a oublié
Comment on fait cuire un repas.
Nous sommes là gémissants
Comme l’oiseau nue
Quand le chef du village
porteur de sa canne
Jusque dans notre chambre
Vient nous appeler
Pour raccourcir,
Comme on dit,
Un bâton déjà
Trop court.
Est-elle donc à tel point
Sans remède
La vie de ce monde ?

(Yamanoue no Okura)

Illustration: Katsushika Hokusai

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LE TRÉSOR (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2017



LE TRÉSOR

Tu sers à mes désirs un éternel repas.
Tu peux donner toujours, tu ne t’appauvris pas.
Pour rajeunir la fleur de tes roses caresses,
Il suffit qu’après une absence tu paraisses.

Quand sans voir tes yeux bleus je reste plus d’un jour,
Je trouve un renouveau piquant dans ton amour.
Ta bouche a conservé la fraîcheur d’une aurore.
Comme avant de t’avoir, je veux l’avoir encore.

Tes charmes sont pareils au laurier toujours vert
Qui garde son printemps même au cœur de l’hiver.
Ton corps plein de secrets connaît l’art de renaître.
Je ne verrai jamais le fin fond de ton être.

Ton corps voluptueux ressemble à ce trésor
Où les Nibelungen accumulaient leur or.
On peut le dissiper comme on jette du sable,
Il en reste toujours. II est inépuisable.

(Jean Richepin)

Illustration: Carole Cousseau

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

Inventaire (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 27 janvier 2017



inventaire-prevert

Inventaire

Une pierre
deux maisons
trois ruines
quatre fossoyeurs
un jardin
des fleurs

un raton laveur

une douzaine d’huîtres un citron un pain
un rayon de soleil
une lame de fond
six musiciens
une porte avec son paillasson
un monsieur décoré de la légion d’honneur

un autre raton laveur
un sculpteur qui sculpte des Napoléon
la fleur qu’on appelle souci
deux amoureux sur un grand lit
un receveur des contributions une chaise trois dindons
un ecclésiastique un furoncle
une guêpe
un rein flottant
une écurie de courses
un fils indigne deux frères dominicains trois sauterelles un strapontin
deux filles de joie un oncle Cyprien
une Mater dolorosa trois papas gâteau deux chèvres de Monsieur Seguin
un talon Louis XV
un fauteuil Louis XVI
un buffet Henri II deux buffets Henri III trois buffets Henri IV
un tiroir dépareillé
une pelote de ficelle deux épingles de sûreté un monsieur âgé
une Victoire de Samothrace un comptable deux aides-comptables
un homme du monde deux chirurgiens trois végétariens
un cannibale
une expédition coloniale un cheval entier une demi-pinte de bon
sang une mouche tsé-tsé
un homard à l’américaine un jardin à la française
deux pommes à l’anglaise
un face-à-main un valet de pied un orphelin un poumon d’acier
un jour de gloire
une semaine de bonté
un mois de Marie
une année terrible
une minute de silence
une seconde d’inattention
et …
cinq ou six ratons laveurs

un petit garçon qui entre à l’école en pleurant
un petit garçon qui sort de l’école en riant
une fourmi
deux pierres à briquet
dix-sept éléphants un juge d’instruction en vacances assis sur un pliant
un paysage avec beaucoup d’herbe verte dedans
une vache
un taureau
deux belles amours trois grandes orgues un veau marengo
un soleil d’Austerlitz
un siphon d’eau de Seltz
un vin blanc citron
un Petit Poucet un grand pardon un calvaire de pierre une échelle de corde
deux soeurs latines trois dimensions douze apôtres mille et une nuits
trente-deux positions six parties du monde cinq points cardinaux
dix ans de bons et loyaux services sept péchés capitaux deux doigts
de la main dix gouttes avant chaque repas trente jours de prison
dont quinze de cellule cinq minutes d’entr’acte

et …

plusieurs ratons laveurs.

(Jacques Prévert)

Posted in humour, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 9 Comments »

Le tigre et le curé (Jean-Luc Moreau)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2017



Le tigre et le curé

Dans la jungle, un jour, s’aventure
Un curé. Le tigre survient.
«Prions», se dit l’abbé. «Seigneur, je t’en conjure,
Fais que ce tigre soit chrétien.»
Comment le Très-Haut se débrouille,
La chronique n’en parle pas.
Le fauve en tout cas s’agenouille :
«Seigneur», dit-il, bénissez ce repas. »

(Jean-Luc Moreau)

Posted in humour | Tagué: , , , , , , , , , , , , | 3 Comments »

 
%d blogueurs aiment cette page :