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Poésie

Posts Tagged ‘repasser’

Minuit Automne (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2019




    
Minuit Automne
à Florence Delay

Des pattes fines sur le toit la nuit sans lune
Le bruit mat d’une pomme qui tombe dans l’herbe
Les pattes qui tricotent doux sûrement un loir
On entend très haut dans le ciel un très fin cri d’oiseau
Que font les grives mauvis à voler à cette heure?
Et moi qu’est-ce que je fais à ne pas encore dormir?

J’aimerais avoir des mains légères de lingère
Je plierais ma tristesse comme du linge frais
qui sent encore la bonne chaleur du fer à repasser
Je la rangerais dans le tiroir de la commode
et je serais tranquille simplement l’ami des loirs
qui ont des pattes si fines et le bout du museau rose
l’ami des grives qui ont le jabot piqueté de confettis noirs
Je serais sage comme une grosse pomme tombée dans l’herbe
Je dormirais comme la pomme J’aurais des rêves légers
où les jeunes filles d’autrefois la plupart maintenant mortes
me diraient gravement des choses sans gravité
et me regarderaient avec de grands yeux clairs

(Claude Roy)

 

Recueil: À la lisière du temps suivi de Le voyage d’automne
Traduction:
Editions: Gallimard

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Comme une chose (Gerrit Kouwenaar)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2018




    

Comme une chose

Un poème comme une chose
une porte de verre à tambour et le garçon chinois
qui toujours repasse avec d’autres plats

un gardien de parc qui lime ses ongles
parmi des enfants sibériens du maine

une vénus du temps passé ensemble avec
une araignée sur l’autoroute

un verre de lait maternel, un jaune
smoking empesé

une abeille, un petit couteau
qui piquent l’un et l’autre, un avion
qui disparaît dans la pluie d’un village

un poème comme une chose

(Gerrit Kouwenaar)

 

Recueil: Poètes néerlandais de la modernité
Traduction: Henri Deluy
Editions: Le Temps des Cerises

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La Folle (Edmond-Henri Crisinel)

Posted by arbrealettres sur 9 juin 2018



Illustration: Sara Castro
    
La Folle

Elle a les cheveux blancs, très blancs. Elle est jolie
Encore, dans sa robe aux chiffons de couleur.

Elle emporte, en passant, des branches qu’elle oublie:
Les jardins sont absents et morte est la douleur.

Elle a des yeux d’enfant qui reflètent les jours,
Eau transparente ou passe et repasse une fuite.

Sa sagesse est donnée avec des mots sans suite,
Des mots divins qui vont mourir dans le vent lourd.

(Edmond-Henri Crisinel)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Oeuvres (complètes)
Traduction:
Editions: L’âge d’homme

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LA FEMME DE MENAGE (Raymond Federman)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2018



LA FEMME DE MENAGE

le seul plaisir que ma mère,
a dû avoir dans sa vie de misère
c’est quand elle faisait
le ménage dons les maisons
des quartiers riches

pendant les longues heures
qu’elle passait à genoux
à cirer les parquets
des maisons riches
elle se disait c’est beau ici
je me sens un peu comme chez moi
chaque fois que je fais le ménage ici

et pendant qu’elle astiquait
les meubles dernier cri des riches
époussetait leurs bibelots
faisait leurs lits
lavait leur vaisselle
repassait leurs cols de chemises
en prenant bien soin
de ne pas faire de faux-plis
elle se disait qu’est-ce qu’ils ont
comme belles choses ces gens-là
tout en contemplant d’un air absent
ses mains gercées

***

THE CLEANING WOMAN

the only pleasure my mother
must have had
in her miserable life
was when she cleaned
the houses of the rich

during the long hours she spent
on her knees scrubbing floors
she would say to herself
it’s so beautiful here
I always feel like I am at home
whenever I come here

and while she polished
the fancy furniture
dusted the bibelots
made the beds
washed the dishes
pressed the shirts of monsieur
being very careful not to make
a double crease in the collar
she would say absently
while contemplating
her bruised hands
what beautiful things
these people have

(Raymond Federman)

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La dame qui s’habillait en rose mauve (Jean-Pierre Chambon)

Posted by arbrealettres sur 2 mars 2018




    
La dame qui s’habillait
en rose mauve ou fuchsia
qui était drôle libre et impertinente
a quitté ce monde grisâtre
je repasse devant sa maison au portail rose
son ombre est dans le jardin
qui hante le seringa

(Jean-Pierre Chambon)

 

Recueil: Tout-venant
Traduction:
Editions: Héros-Limite

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La murmurée (René Char)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2017




J’ai ce matin, suivi des yeux Florence qui retournait au Moulin de Calavon.
Le sentier volait autour d’elle: un parterre de souris se chamaillant.
Le dos chaste et les longues jambes n’arrivaient pas à se rapetisser
dans mon regard.
La gorge de jujube s’attardait au bord de mes dents.
Jusqu’à ce que la verdure,
à un tournant,
me le dérobât,
je repassai,
m’émouvant à chaque note,
son admirable corps musicien,
inconnu du mien.

(René Char)

Illustration: Frederic Leighton

 

 

 

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Ecoute (René-Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017



Ecoute

Ecoute aux meules du couvent
Les visages qui se repassent
Un pied est déjà dans la chasse
Et le volet bat sous l’auvent
Qu’importe le nom des vivants
Et l’oiseau bleu ou les menaces
J’ai là au fond de ma besace
Le doigt bénévole du vent.

(René-Guy Cadou)


Illustration

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Il court le furet (Anonyme)

Posted by arbrealettres sur 22 novembre 2017




Il court le furet

Il court, il court le furet
Le furet du bois, Mesdames
Il court, il court le furet
Le furet du bois joli
Il est passé par ici
Il repassera par là
Il court, il court le furet
Le furet du bois, Mesdames
Il court, il court le furet
Le furet du bois joli.

(Anonyme)

 

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L’ancien nid (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2017



Illustration: Zinaïda Serebriakova
    
L’ancien nid

Pauvre anciene maison, pauvre ancien nid, je sens,
Et rien qu’en y rêvant, les parfums vénérables:
Odeur de la crédence et du buffet luisant,
Du linge blanc, des fruits mûrissants, de l’étable.

Et rien qu’en y rêvant, je palpe les vieux murs,
Les plats d’étain marqués des fleurs de lys, l’armoire,
Les faïences debout sur le dressoir obscur,
Et, dans un coin comme un miroir, la bassinoire

De cuivre ciselé. Puis je vois les landiers,
La taque avec l’écu de nos ducs de Lorraine,
La bûche qu’on tisonne et le pot sur trois pieds
Dont la complainte lente en sanglots sourds s’égrène.

Qu’on était bien le soir ensemble autour du feu
Où chacun se serrait et se cédait la place,
Parmi le grand silence intime qui délasse
Et pendant qu’au dehors le vent siffle et qu’il pleut.

Que j’en ai savouré des heures merveilleuses
En écoutant chanter la marmite à mi-voix,
Tant l’ambiance était douce et comme soyeuse:
Un nid de roitelet dans la mousse des bois.

Tout repassait au voile des paupières closes:
Les vergers saccagés et les noix qu’on gaulait,
La chasse, les halliers avec leurs feuilles roses,
La source où l’on tendait sous les joncs des lacets

Pour y prendre des rouges-gorges et des grives;
Le retour harassé dans la nuit des chemins,
Les chiens affectueux qui pas à pas vous suivent
Appuyant leurs museaux humides sur vos mains.

Parmi le grand silence intime qui délasse
Et tandis qu’au dehors le vent siffle et qu’il pleut,
En écoutant chanter la marmite à voix basse,
Qu’on était bien le soir ensemble autour du feu!

Répandant sur nous comme une tiédeur d’aile,
La grand’mère rêvait, oubliant son tricot
Et demandait soudain, à la ronde, autour d’elle:
“Mais chacun a-t-il au moins ce qu’il lui faut?”

(Marie Dauguet)

 

 

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Père (Valérie Rouzeau)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2017



    
Père

Le bouquet de fleurir fait beau sur le frigo
Ca s’ouvre et se ferme s’ouvre et se ferme
La famille est beaucoup mais le père est trop malade
La famille prend de la glace passe repasse font vite
Tombe pétale tic
Tombe pétale tac
Tombe pétale tombe à chaque han du frigo

(Valérie Rouzeau)

 

Recueil: NEIGE RIEN
Editions: Editions Unes

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