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Poésie

Posts Tagged ‘repentir’

Protège-moi (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2018




Protège-moi, mon talisman,
Protège-moi quand on m’opprime
Et quand le repentir m’anime,
Cadeau d’un jour triste d’antan.

Quand des vagues de l’Océan
Monte autour de moi le tapage,
Quand le ciel tonne dans l’orage,
Protège-moi, mon talisman.

Quand je m’angoisse en combattant,
Quand je m’ennuie à ne rien faire.
Quand je suis seul, loin de ma terre,
Protège-moi, mon talisman.

De l’âme clair enchantement,
Suave et sainte duperie…
Dissimulé, il se renie…
Protège-moi, mon talisman.

D’un coeur blessé dans son élan
N’avive jamais la souffrance.
Dors, mon désir; plus d’espérance;
Protège-moi, mon talisman.

(Alexandre Pouchkine)

Illustration: Céline Pilon

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L’Horloge (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



L’Horloge

Horloge ! dieu sinistre, effrayant, impassible,
Dont le doigt nous menace et nous dit :  » Souviens-toi !
Les vibrantes Douleurs dans ton cœur plein d’effroi
Se planteront bientôt comme dans une cible ;

Le Plaisir vaporeux fuira vers l’horizon
Ainsi qu’une sylphide au fond de la coulisse ;
Chaque instant te dévore un morceau du délice
A chaque homme accordé pour toute sa saison.

Trois mille six cents fois par heure, la Seconde
Chuchote : Souviens-toi ! – Rapide, avec sa voix
D’insecte, Maintenant dit : Je suis Autrefois,
Et j’ai pompé ta vie avec ma trompe immonde !

Remember ! Souviens-toi, prodigue ! Esto memor !
(Mon gosier de métal parle toutes les langues.)
Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues
Qu’il ne faut pas lâcher sans en extraire l’or !

Souviens-toi que le Temps est un joueur avide
Qui gagne sans tricher, à tout coup ! c’est la loi.
Le jour décroît ; la nuit augmente, souviens-toi !
Le gouffre a toujours soif ; la clepsydre se vide.

Tantôt sonnera l’heure où le divin Hasard,
Où l’auguste Vertu, ton épouse encor vierge,
Où le Repentir même (oh ! la dernière auberge !),
Où tout te dira : Meurs, vieux lâche ! il est trop tard !  »

(Charles Baudelaire)

 

 

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De vous qui entendez (Pétrarque)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2018



Pétrarque    
    
De vous qui entendez, en mes rimes éparses,
Tous ces gémissements dont j’abreuvais mon coeur
Dans les égarements de ma prime jeunesse,
Quand j’étais autre qu’à présent, au moins un peu.

Pour ces écrits, plaintes, ressassements
Ballottés entre vains espoirs, vaine douleur,
J’espère compassion si ce n’est excuse :
N’avez-vous pas souffert l’épreuve de l’amour?

Mais maintenant je vois bien que je fus
De tous la longue fable, et souvent j’ai honte
De moi, quand je médite sur moi-même:

Et de ma frénésie c’est le fruit, cette honte,
Avec le repentir, et savoir, clairement,
Qu’ici-bas ce qui plaît, c’est bref, ce n’est qu’un songe.

***

Voi ch’ascoltate in rime sparse il suono
di quei sospiri ond’io nudriva ‘l core
in sul mio primo giovenile errore
quand’era in parte altr’uom da quel ch’i’ sono,

del vario stile in ch’io piango et ragiono
fra le vane speranze e ‘l van dolore,
ove sia chi per prova intenda amore,
spero trovar pietà, non che perdono.

Ma ben veggio or si corne al popol tutto
favola fui gran tempo, onde sovente
di me medesmo meco mi vergogno;

et del mio vaneggiar vergogna è ‘l frutto,
e ‘l pentersi, e ‘l conoscer chiaramente
che quanto piace al mondo è breve sogno.

(Pétrarque)

 

Recueil: Je vois sans yeux et sans bouche je crie
Traduction: Yves Bonnefoy
Editions: Galilée

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Il est d’étranges soirs … (Albert Samain)

Posted by arbrealettres sur 28 juin 2018



Il est d’étranges soirs où les fleurs ont une âme,
Où dans l’air énervé flotte du repentir,
Où sur la vague lente et lourde d’un soupir
Le cœur le plus secret aux lèvres vient mourir.
Il est d’étranges soirs, où les fleurs ont une âme,
Et, ces soirs-là, je vais tendre comme une femme.

Il est de clairs matins, de roses se coiffant,
Où l’âme a des gaietés d’eaux vives dans les roches,
Où le cœur est un ciel de Pâques plein de cloches,
Où la chair est sans tache et l’esprit sans reproches.
Il est de clairs matins, de roses se coiffant,
Ces matins-là, je vais joyeux comme un enfant.

Il est de mornes jours, où las de se connaître
Le cœur, vieux de mille ans, s’assied sur son butin,
Où le plus cher passé semble un décor déteint,
Où s’agite un minable et vague cabotin.
Il est de mornes jours ou las du poids de connaître,
Et, ces jours-là, je vais courbé comme un ancêtre.

Il est des nuits de doute, où l’angoisse vous tord,
Où l’âme, au bout de la spirale descendue,
Pâle et sur l’infini terrible suspendue,
Sent le vent de l’abîme, et recule éperdue !
Il est des nuits de doute, où l’angoisse vous tord,
Et, ces nuits-là, je suis dans l’ombre comme un mort.

(Albert Samain)


Illustration:
Fabienne Contat

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Aveu d’une femme (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018



 

Branko Bahunek (6)

Aveu d’une femme

Savez-vous pourquoi, madame,
Je refusais de vous voir ?
J’aime ! Et je sens qu’une femme
Des femmes craint le pouvoir.
Le vôtre est tout dans vos charmes,
Qu’il faut, par force, adorer.
L’inquiétude a des larmes :
Je ne voulais pas pleurer.

Quelque part que je me trouve,
Mon seul ami va venir ;
Je vis de ce qu’il éprouve,
J’en fais tout mon avenir.
Se souvient-on d’humbles flammes
Quand on voit vos yeux brûler ?
Ils font trembler bien des âmes :
Je ne voulais pas trembler.

Dans cette foule asservie,
Dont vous respirez l’encens,
Où j’aurais senti ma vie
S’en aller à vos accents,
Celui qui me rend peureuse,
Moins tendre, sans repentir,
M’eût dit :  » N’es-tu plus heureuse ?  »
Je ne voulais pas mentir.

Dans l’éclat de vos conquêtes
Si votre coeur s’est donné,
Triste et fier au sein des fêtes,
N’a-t-il jamais frissonné ?
La plus tendre, ou la plus belle,
Aiment-elles sans souffrir ?
On meurt pour un infidèle :
Je ne voulais pas mourir.

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Branko Bahunek

 

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Chez moi (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



Illustration
    
Chez moi… Humilié, furieux et ravi.
Est-ce jour, est-ce nuit?
Et le croissant grimace par-dessus les toits
Et bouffonne pour moi…

Dehors, soleil du jour, dehors, repentirs!
Qui osera m’aider?
Dans le cerveau désert, la nuit seule s’engouffre,
La nuit seule s’engouffre !

Un seul regard pénètre la poitrine vide,
Un seul regard avide…
Tout s’évanouira, et ce sera jamais
Lorsque tu crieras: Oui!

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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Non (Luc Estang)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2017



Illustration: Henri Rousseau (Le Douanier Rousseau)
    
Non, pas le corail ni le nonchaloir
les naïvetés de chair mise nue,
ou les fruits souillant les doigts de sang noir,
ni les touffeurs de savane inconnue

ne me tentaient : pas même la couleur
de la terre brûlante et diluée
dans la mer comme une vieille douleur
dans les larmes, pas même la suée

virginale des palmes le matin !
Mais seulement ce va-et-vient du Verbe,
ô scansion profonde qui n’atteint
que la rive où baignent les longues herbes.

celles des souvenirs mal immergés
celles des repentirs pris sur les sables
celtes des secrets peut-être en danger ,
celles des espoirs les moins saisissables

(Luc Estang)

 

Editions: Cahiers du Sud

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L’OMBRE (Jacques Basse)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2017



Illustration: Salvador Dali
    
L’OMBRE

l’ombre s’est terrée
dans le jour affaibli
l’âme repose assagie
déjà le temps a passé

ce trouble de la pensée
embaume dans l’instant
le rêve bref et mouvant
que pousse l’ombre portée

la nuit s’assoupit
s’efface l’oubli
le repentir est passé
où la grâce a soufflé

surprenant ce temps
qui trouble l’inconscient
dans une dérive amère

où l’horloge digère
une larme de silence
que le temps balance

(Jacques Basse)

 

Recueil: Le temps des Résonances
Editions: Rafaël de Surtis

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Seconde solitude (Éric Ferrari)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2017



Seconde solitude

La promesse. Les promesses.
Des repentirs qui dessinent visage,
son inflexion terrestre,
sa brûlure contre nos lèvres.
Notre douceur de rois édentés.

L’enfant radieux m’affublerait ,
comme en passant, du titre de grand seigneur.

L’enfant qui dort me prend sur ses épaules.

***

Seconde solitude,
le désir, en chaque point de résistances,
d’ombres plus charnelles à retoucher l’être.

Dans le coin ouest, un lit de camp, une couverture
dont les plis forment la peau du monde reniflé.

Nous avons su mettre les rieurs de notre côté.

(Éric Ferrari)

Découvert ici: http://revuedepoesie.blog.lemonde.fr/

Illustration: Man Ray

 

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LE VIOLON (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 3 février 2017



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LE VIOLON

Mon cœur est un violon
Sur lequel ton archet joue,
Et qui vibre tout du long,
Appuyé contre ta joue.

Tantôt l’air est vif et gai
Comme un refrain de folie,
Tantôt le son fatigué
Traîne avec mélancolie.

C’est la chanson des baisers
Qui d’abord court, saute et danse
Puis en rythmes apaisés
S’endort sur une cadence.

C’est la chanson des seins blancs
Qui s’enflent comme des vagues,
Puis qui se calment, tremblants
Comme un lac aux frissons vagues.

C’est la chanson de ton corps
Qui fait chanter ses caresses,
Puis s’éteint dans des accords
De langoureuses paresses.

C’est la chanson qui rend fou.
Rends-moi fou, ça te regarde;
Mais si tu fais trop joujou
Sur le violon, prends garde!

Prends garde ! l’âme est debout;
Les quatre cordes, tordues
Sur les clefs tout près du tout.
Jusqu’à casser sont tendues.

Et pourtant, ô fol archet,
Sur ces cordes tu gambilles
Gomme ce clown qui marchait
En dansant sur des coquilles.

Ta vas, tu les prends d’assaut,
Et tu mords leur nerf qui vibre,
Et tu bondis, et d’un saut
Tu leur fais grincer la fibre;

Et pleurant à pleine voix,
Pour si peu que tu le veuilles,
Les cordes, l’âme et le bois,
Tremblent ainsi que des feuilles.

A force de t’amuser
En caprices trop agiles,
Tu finiras par user
Les pauvres cordes fragiles.

Rompu comme un vieux tremplin,
Déjà le bois perd sa force,
Et sur l’âme qui se plaint
Il se fend comme une écorce.

Un jour, sous un dernier coup,
La merveilleuse machine
Entre tes doigts et ton cou
Laissant craquer son échine,

Dans un tradéridéra
Ou quelque autre galipette
L’instrument éclatera
Comme une bulle qui pète.

Prends garde ! le bois méchant
Entrera dans ta main douce;
Les cordes en se lâchant
Te cingleront la frimousse.

Alors l’archet, mais en vain,
Regrettera ses folies;
Car du violon divin
Et des cordes abolies

Il ne te restera plus
Qu’un trait bleu sur ta peau mâle
Des repentirs superflus,
Et puis du sang sur la patte.

(Jean Richepin)

 

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