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Poésie

Posts Tagged ‘répliquer’

Hier soir (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 28 novembre 2018




    
Hier soir, comme Léila
me quittait très froidement,
je lui dis : « Ah ! reste encore ! »
Elle de me répliquer
que ma tête est grisonnante.
A l’indiscrète railleuse
je dis : « Chaque heure a ses goûts
et le noir parfum du musc
en camphre s’est vu changé. »
Le propos fut malheureux,
Léila ne fit qu’en rire
et dit : « Si le musc éveille
l’ardeur des jeunes époux,
laissons le camphre aux cercueils. »

(Alexandre Pouchkine)

 

Recueil: Poésies
Traduction: Louis Martinez
Editions: Gallimard

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« Maigreur  » d’été (Kigin)

Posted by arbrealettres sur 16 mai 2018



Illustration: Sanja Jankovic (peinture… au vin !)
    
« Maigreur  » d’été, répliqua-t-elle;
Puis
Les larmes coulèrent.

(Kigin)

 

Recueil: Haïku
Traduction: Philippe Jaccottet
Editions: Fata Morgana

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Il m’est interdit de m’arrêter (Jacques Dupin)

Posted by arbrealettres sur 17 mars 2018



Illustration: Alberto Giacometti
    
Il m’est interdit de m’arrêter pour voir. Comme si
j’étais condamné à voir en marchant. En parlant. À voir
ce dont je parle et à parler justement parce que je ne vois
pas. Donc à donner à voir ce que je ne vois pas, ce qu’il
m’est interdit de voir. Et que le langage en se déployant
heurte et découvre. La cécité signifie l’obligation d’in
verser les termes et de poser la marche, la parole, avant
le regard. Marcher dans la nuit, parler sous la rumeur,
pour que le rayon du jour naissant fuse et réplique à
mon pas, désigne la branche, et détache le fruit.

(Jacques Dupin)

 

Recueil: Le corps clairvoyant
Traduction:
Editions: Gallimard

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L’AMOUR MAITRE (Gabriela Mistral)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2017



L’AMOUR MAITRE

Il court en liberté dans le sillon, agite ses ailes au vent,
palpite vivant au soleil, se pose sur les pins.
Ne cherche pas à l’oublier comme une mauvaise pensée :
tu devras l’écouter !

Il parle la langue du bronze et celle de l’oiseau,
Il te supplie timide et comme la mer te commande.
Ne cherche pas à le regarder défiante ou sourcil froncé :
tu devras l’héberger !

Ses gestes sont d’un maitre que l’excuse n’attendrit.
Il fêle les vases de fleurs, fend le glacier profond.
Ne cherche pas en lui parlant à refuser de l’abriter :
tu devras l’héberger !

Subtil il te réplique avec d’ingénieuses raisons,
arguties d’un savant empruntant une voix de femme.
Ta science humaine sera vaine, plus encor celle du ciel :
et tu devras le croire !

D’un bandeau de lin il t’aveugle et tu supportes le bandeau.
Il t’offre son bras chaud et tu ne sais le refuser.
Il se met à marcher et tu le suis, ensorcelée, sachant
qu’il t’emmène à la mort !

***

AMO AMOR

Anda libre en el surco, bate el ala en el viento,
late vivo en el sol y se prende al pinar.
No te vale olvidarlo como al mal pensamiento :
¡tendrás que escuchar!

Habla lengua de bronce y habla lengua de ave,
ruegos timidos, imperativos de mar.
No te vale ponerle gesto audaz, ceño grave:
¡lo tendres que hospedar!

Gasta trazas de dueño; no le ablandan excusas.
Rasga vasos de flor, hiende el hondo glaciar.
No te vale el decirle que albergarlo rehúsas:
¡lo tendrás que hospedar!

Tiene argucias sutiles en la réplica fina,
argumentos de sabio, pero en voz de mujer.
Ciencia humana te salva, menos ciencia divina:
¡le tendrás que creer!

Te echa venda de lino; tú la venda toleras.
Te ofrece el brazo cálido, no lek sabes huir.
Echa a andar, tú le sigues hechizada aunque vieras
¡que eso para en morir!

(Gabriela Mistral)


Illustration: René Magritte

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JANVIER (William Carlos Williams)

Posted by arbrealettres sur 31 décembre 2016



 

Sandra Gunther  06

JANVIER

DE nouveau je réplique aux trois vents
qui jouent de dérisoires quintes chromatiques
de l’autre côté de ma fenêtre :

Jouez plus fort.
Vous ne réussirez pas. Plus vous frappez
pour que je vous suive,
plus je m’accroche à mes phrases.

Et le vent,
comme avant, joue à la perfection
sa moqueuse musique.

***

JANUARY

AGAIN I reply to the triple winds
running chromatic fifths of derision
outside my window :

Play louder.
You will not succeed. I am
bound mo reto my sentences
the mo reyou batter at me
to follow you.

And the wind,
as before, fingers perfectly
its derisive music.

(William Carlos Williams)

Illustration: Sandra Gunther

 

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Arbre (Alain Bosquet)

Posted by arbrealettres sur 20 mai 2016



Arbre

Tu es plus souple que le zèbre
Tu sautes mieux que l’équateur.
Sous ton écorce les vertèbres
font un concert d’oiseaux moqueurs.
J’avertirai tous les poètes :
il ne faut pas toucher aux fruits
c’est là que dorment les comètes,
et l’océan s’y reconstruit.
Tu es léger comme un tropique.
Tu es plus sage qu’un poisson.
Dans chaque feuille une réplique
est réservée pour ma chanson.
Dès qu’on t’adresse la parole,
autour de toi s’élève un mur.
Tu bats des branches, tu t’envoles
c’est toi qui puniras l’azur.

(Alain Bosquet)

 

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Clair de lune sentimental (Théophile Gautier)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2016



 

Clair de lune sentimental

A travers la folle risée
Que Saint-Marc renvoie au Lido,
Une gamme monte en fusée,
Comme au clair de lune un jet d’eau…

A l’air qui jase d’un ton bouffe
Et secoue au vent ses grelots,
Un regret, ramier qu’on étouffe,
Par instant mêle ses sanglots.

Au loin, dans la brume sonore,
Comme un rêve presque effacé,
J’ai revu, pâle et triste encore,
Mon vieil amour de l’an passé.

Mon âme en pleurs s’est souvenue
De l’avril, où, guettant au bois
La violette à sa venue,
Sous l’herbe nous mêlions nos doigts…

Cette note de chanterelle,
Vibrant comme l’harmonica,
C’est la voix enfantine et grêle,
Flèche d’argent qui me piqua.

Le son en est si faux, si tendre,
Si moqueur, si doux, si cruel,
Si froid, si brûlant, qu’à l’entendre
On ressent un plaisir mortel,

Et que mon coeur, comme la voûte
Dont l’eau pleure dans un bassin,
Laisse tomber goutte par goutte
Ses larmes rouges dans mon sein.

Jovial et mélancolique,
Ah ! vieux thème du carnaval,
Où le rire aux larmes réplique,
Que ton charme m’a fait de mal !

(Théophile Gautier)

Illustration: Roger Suraud

 

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Quelle heure est-il ? (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2015



Non, ce n’est pas la lune, c’est un cadran lumineux
Qui brille, et suis-je coupable si je peux
Des faibles étoiles palper la laiteuse clarté ?
Que m’est odieuse la morgue de Batiouchkov :
Comme on lui demandait ici « quelle heure est-il ? »
Il répliqua d’un étrange « l’éternité ».

(Ossip Mandelstam)

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