Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘repousser’

Où (Werner Lambersy)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2018



Où la lumière n’éclaire
plus qu’elle
où l’âme
s’abandonne à l’absence

Là où se tient
ce qui ne parle n’écrit
ni se tait
ne repousse ni fait signe


ce qu’on appelle amour
dérange sans fin
ce que la mort voulait
si bien ranger

(Werner Lambersy)


Illustration: Pascal Renoux

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Je m’aperçois que je me suis laissé partout (Pierre Albert-Birot)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2018




    
Je m’aperçois que je me suis laissé
Partout où je suis passé depuis que je suis né
Et je traîne derrière moi un film déjà bien long
Alors si nous achetions une ombrelle japonaise
Nous venons de l’ouvrir en arrivant
La joie qui a jailli de ses violets
A repoussé les six parois de la chambre
Comprenez-vous maintenant pourquoi le monde est plus grand l’été

(Pierre Albert-Birot)

 

Recueil: Poèmes à l’autre moi précédé de La Joie des sept couleurs et suivi de Ma morte et de La Panthère noire
Editions: Gallimard

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LE DÉSIR (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2018



Illustration: Oskar Kokoschka  
    
LE DÉSIR

Quand les yeux du désir, plus sévères qu’un juge, vous disent d’approcher,
Que l’âme demeure effrayée
Par le corps aveugle qui la repousse et s’en va tout seul
Hors de ses draps comme un frère somnambule,
Quand le sang coule plus sombre de ses secrètes montagnes,
Que le corps jusqu’aux cheveux n’est qu’une grande main inhumaine
Tâtonnante, même en plein jour…
Mais il est un autre corps,
Voici l’autre somnambule,
Ce sont deux, têtes qui bourdonnent maintenant et se rapprochent,
Des torses nus sans mémoire cherchent à se comprendre dans l’ombre,
Et la muette de soie s’exprime par la plus grande douceur
Jusqu’au moment où les êtres
Sont déposés interdits sur des rivages différents.
Alors l’âme se retrouve dans le corps sans savoir comment
Et ils s’éloignent réconciliés, en se demandant des nouvelles.

(Jules Supervielle)

 

Recueil: Le forçat innocent suivi de Les amis inconnus
Traduction:
Editions: Gallimard

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L’AVEU (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2018



Illustration: Constantin Brancusi
    
L’AVEU

A ma dame

Ton âme avait alors la blancheur des grands lys
Que berce la chanson des vents rasant la terre ;
L’Amour était encor pour toi tout un mystère,
Et la sainte candeur te drapait dans les plis

De sa robe… Ce fut par les bois reverdis,
A l’heure où dans le ciel perce la lune austère.
Je te vis, je t’aimai, je ne pus te le taire
Et tout naïvement alors je te le dis.

Tu fixas sur mes yeux tes yeux de jeune vierge,
Brillants de la clarté douce et pure d’un cierge,
Ton front rougit…. tu n’osas pas me repousser.

Et l’aveu tremblotant, dans un soupir de fièvre,
S’exhala de ton cœur pour errer sur ta lèvre,
Où je le recueillis dans un premier baiser.

(Gaston Couté)

 

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Après les remparts dans le quartier de l’Océan (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2018




    
Après les remparts
dans le quartier de l’Océan
vivait Khalti Samar

À son grand désespoir
son mari ce mécréant
ne buvait que du café noir

«Pourquoi boire du thé?
disait-il d’un air critique
Son goût est beaucoup trop sucré
et il amollit la logique

Prenez n’importe quelle démente
donnez-lui un thé à la menthe
et elle vous contera des histoires
que vous écouterez jusqu’au soir!

Qu’Allah me protège du merveilleux
qui s’insinue même dans les coeurs
des plus malingres et des plus vieux
pour leur faire croire au bonheur!

Faut-il que je cède au rêve
de mon épouse Samar la douce
et que pour son tajine aux fèves
le savoir je repousse ?

Faut-il que je rie ?
Faut-il que je pleure?
Faut-il que j’aille voir le cadi
pour lui parler sans candeur ?

Ah! Samar la grâce de tes yeux
est un tel baume une telle richesse
Tu ne sais pas ma sécheresse
quand tu allumes tes feux

Je suis chandelle entre tes mains
assoiffé de ta lumière
Je veux vivre entre tes seins
jusqu’à ma larme dernière»

Ainsi parlait le mari de Khalti Samar
quand elle lui versait du café noir

(Aya Cheddadi)

 

Recueil: Tunis marine
Traduction:
Editions: Gallimard

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31 JANVIER 1940 (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017



 

Anita Burnaz 87648 [1280x768]

31 JANVIER 1940

Je te regarde
Ma mémoire est pleine de lézardes
Et je confonds les jours
Ta main repousse au loin la fièvre
Et mon amour

Tout entier ton corps tremble
Je tremble moi aussi
Ah comme on se ressemble
Mon père
La douleur a coulé nos fronts
Dans le même air

Sur moi
Tes yeux se baissent
J’entends ton coeur qui tire encore sur sa laisse
Tes poumons s’envoler
Mon Dieu si tu allais tout à coup
T’en aller.

(René Guy Cadou)

Illustration: Anita Burnaz

 

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N’approchez pas (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2017



Illustration: Michael Parkes
    
N’approchez pas, ô mes lèvres,
Le langage de la raison
Repoussez-le et tenez-vous loin
Et toi, braise de la confusion, prolonge-toi en flammes

Nous sommes arrivés au bout de nos tentations
Sans feindre, sans poser de questions
Sans retour

(Adonis)

 

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LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (IV) (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2017



Illustration: Alphonse Mucha
    
LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (IV)

Il me faut inventer d’incroyables pièges de chair
pour prendre le monde dans un baiser,
il me faut abattre les murailles dont tu t’entoures
pour que le plaisir puisse te couper en deux.

C’est alors que l’air est dans ma bouche
la racine même de l’espace et des fruits
que, pour me laisser passer de ma vie à ta vie,
tu te fais arche des épaules aux pieds.

Partout sur les murs, sur les visages
la lumière se dévêt de sa lingerie
et montre son beau ventre de femme
d’où l’ombre tombe comme une fourmilière écrasée.

Car il y a vraiment de quoi vivre sur la terre,
mais il faut avoir la force des arbres
pour pouvoir repousser le ciel bas
que la mort fait peser sur les paupières.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Racines des rosées et des nuages (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    

Racines des rosées
et des nuages
Nous ne céderons pas d’un pouce
Sur ce que nous avons arraché
aux saisons
Au coeur de l’ultime hibernation
Les mousses garderont souvenance
Re-pousseront les saules
de la nostalgie

(François Cheng)

 

Recueil: A l’orient de tout
Editions: Gallimard

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Si chagrin pour chagrin peut te toucher (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2017



Si chagrin pour chagrin peut te toucher,
Malheur au malheur répondre,
Si quelque pitié peut te fléchir
Viens à moi en cet instant !

Je ne saurais être plus seule,
Plus morne je ne saurais l’être !
Mon coeur usé bat si violemment
Pour toi il va se rompre —

Et quand le monde n’est que mépris
Quand le Ciel repousse ma prière
Mon ange va-t-il pas consoler ?
Mon idole entendre ?

Oh ! Par tant de larmes versées,
Tant d’heures passées à souffrir
Je suis sûre, mon bien-aimé,
De te reconquérir !

***

If grief for grief can touch thee,
If answering woe for woe,
If any ruth can melt thee
Come to me now !

I cannot be more lonely,
More drear I cannot be !
My worn heart throbs so wildly
‘Twill break for thee —

And when the world despises —
When Heaven repels my prayer
Will not mine angel comfort ?
Mine idol hear ?

Yes by the tears I’ve poured,
By all my hours of pain
O I shall surely win thee
Beloved, again !

(Emily Brontë)

Illustration

 

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