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Poésie

Posts Tagged ‘repousser’

N’approchez pas (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2017



Illustration: Michael Parkes
    
N’approchez pas, ô mes lèvres,
Le langage de la raison
Repoussez-le et tenez-vous loin
Et toi, braise de la confusion, prolonge-toi en flammes

Nous sommes arrivés au bout de nos tentations
Sans feindre, sans poser de questions
Sans retour

(Adonis)

 

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LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (IV) (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2017



Illustration: Alphonse Mucha
    
LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (IV)

Il me faut inventer d’incroyables pièges de chair
pour prendre le monde dans un baiser,
il me faut abattre les murailles dont tu t’entoures
pour que le plaisir puisse te couper en deux.

C’est alors que l’air est dans ma bouche
la racine même de l’espace et des fruits
que, pour me laisser passer de ma vie à ta vie,
tu te fais arche des épaules aux pieds.

Partout sur les murs, sur les visages
la lumière se dévêt de sa lingerie
et montre son beau ventre de femme
d’où l’ombre tombe comme une fourmilière écrasée.

Car il y a vraiment de quoi vivre sur la terre,
mais il faut avoir la force des arbres
pour pouvoir repousser le ciel bas
que la mort fait peser sur les paupières.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Racines des rosées et des nuages (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    

Racines des rosées
et des nuages
Nous ne céderons pas d’un pouce
Sur ce que nous avons arraché
aux saisons
Au coeur de l’ultime hibernation
Les mousses garderont souvenance
Re-pousseront les saules
de la nostalgie

(François Cheng)

 

Recueil: A l’orient de tout
Editions: Gallimard

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Si chagrin pour chagrin peut te toucher (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2017



Si chagrin pour chagrin peut te toucher,
Malheur au malheur répondre,
Si quelque pitié peut te fléchir
Viens à moi en cet instant !

Je ne saurais être plus seule,
Plus morne je ne saurais l’être !
Mon coeur usé bat si violemment
Pour toi il va se rompre —

Et quand le monde n’est que mépris
Quand le Ciel repousse ma prière
Mon ange va-t-il pas consoler ?
Mon idole entendre ?

Oh ! Par tant de larmes versées,
Tant d’heures passées à souffrir
Je suis sûre, mon bien-aimé,
De te reconquérir !

***

If grief for grief can touch thee,
If answering woe for woe,
If any ruth can melt thee
Come to me now !

I cannot be more lonely,
More drear I cannot be !
My worn heart throbs so wildly
‘Twill break for thee —

And when the world despises —
When Heaven repels my prayer
Will not mine angel comfort ?
Mine idol hear ?

Yes by the tears I’ve poured,
By all my hours of pain
O I shall surely win thee
Beloved, again !

(Emily Brontë)

Illustration

 

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Le Souffle des Morts (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2017



Je sens le souffle des morts
sur mon visage.

Vous m’avez dit:
Ne les redoutez pas,
ne les repoussez pas
mais demandez…

Je demande l’intercession des morts
dans la nuit où nous sommes,

leur si faible,
leur si tendre lueur.

(Jean Joubert)

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Poème sur mes pensées (Antoni Lange)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2017



 

pont en feu

Poème sur mes pensées

Où que tu sois, tu as toujours envie de partir,
Tu voudrais être à un autre endroit, en ce moment,
Tu t’es mis en tête que ton sort peut changer et devenir
Comme l’étoile qui brille, ailleurs… Tu y penses chaque jour !

Où que tu sois, tu souhaites seulement partir au loin,
Car ta place, tu le sais, ne se trouve nulle part, ici-bas —
Et tu vogues, toujours déchiré dans tes pensées profondes,
Et dans l’erreur, tu suis sans cesse des vagues qui te repoussent.

Où que tu sois, tu cherches seulement à fuir, fuir au loin,
Peu importe où, là où tu n’existes, car partout où tu n’es pas,
Tes chagrins non plus n’y sont pas — et ce désespoir sans voix
Ne t’effraie plus, là-bas… Pousse au loin ta barque, et rame !

Où que tu sois, tu es toujours porté vers cet ailleurs,
Où tu cesses à jamais d’être dans l’espace et le temps,
Pour toujours — là-bas — où que tu sois, jusques
Aux portes de l’éternité — cette demeure est la tienne.

***

J’ai construit un pont —
J’ai relié les bords des deux rives, de façon
À pouvoir, sur-le-champ, quitter
La première rive, pour rejoindre l’avenir des féeries…
Derrière moi, des lignées sombres sont restées,
Emplies de rêves et de baisers,
Et de désillusions…
Et, bien que je regrette de les laisser,
Il me faut pourtant partir au loin —
Je dois aller vers ces pays impossibles à mesurer…
Quand bien même je souhaiterais revenir sur mes pas,
Une voix m’appelle et crie : Brûle tes souvenirs !
Oh, je voudrais tellement revenir en arrière —
Rejoindre le soleil d’or de ma jeunesse…
Mais, cette voix m’a dit :
Oublie ce que tu sais et avance au loin,
Avance tout droit
Vers l’autre rive !…
… J’ai traversé la rive et rejoint l’autre bord —
Alors, j’ai mis le feu au pont…

(Antoni Lange)

 

 

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On le prend sur le fait, le changement ruisselant des humeurs (Henri Michaux)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2017



 

On le prend sur le fait, le changement ruisselant des humeurs.
Tout à coup, la joie est là, révélée, avant qu’on ne l’ait sentie.
Il ne faut plus que la reconnaître. Mais quelques minutes plus tard,
sans se briser, elle ralentit, s’immobilise en quelque embrouillamini,
où elle trouve une attache forte et dont elle ne peut se défaire,
rôdant autour sans profit.
[…]
Lentement, une mélancolie, traversant une mélancolie, rencontre
plus loin une mélancolie qui se fond et se rallonge en une nouvelle mélancolie.
Les chars sont embourbés. Tout afflige. Tout « repousse ».
Mélancolie ne désemplit plus.

(Henri Michaux)

Découvert chez Lara ici

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Que ma chanson soit simple comme l’éveil du matin (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 1 novembre 2016




Que ma chanson soit simple comme l’éveil du matin,
comme la rosée tombant des feuilles goutte à goutte,
simple comme les couleurs des nuages et des ondées nocturnes.

Mais les cordes de mon luth, nouvellement tendues,
lancent leurs notes tranchantes
comme des javelots fraîchement aiguisés.

Ainsi elles n’atteignent pas l’esprit du vent
et blessent la lumière du ciel;
et les accents de ma chanson luttent, obstinément
pour repousser ta propre musique!

(Rabindranath Tagore)

Illustration

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La folie de ne pas être fou (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2016



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La folie de ne pas être fou,
de repousser le bras tendu
les zones intérieures
où guette le marécage,
fait parfois fouler
les pieds abandonnés.

Ne pas être fou
à certains moments,
ressemble trop à la folie.
Excessive, insupportable intensité,
se défendant à la fois des tignasses flottantes
et des cheveux intolérablement lisses.

Il est nécessaire, de temps en temps,
de se reposer de ne pas être fou.

***

La locura de no estar loco,
de rechazar con el brazo estirado
las zonas interiores
donde aguarda la ciénaga,
hace pisar a veces
los pies abandonados.

No estar loco,
en algunos momentos,
se parece demasiado a la locura.
Excesiva, insoportable intensidad,
defendiéndose a la vez de las greñas flotantes
y del cabello intolerablemente liso.

Es preciso, cada tanto,
descansar de no estar loco.

(Roberto Juarroz)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 Illustration

 

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Comment te repousser, lumière noire (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 22 juillet 2016



Comment te repousser, lumière noire
qui monte en nos vergers
si faussement complices du carnage ?

Nous devisons de neige, de clarté.

Pourtant l’intruse pétrifie. L’orfraie
se fige à la plus sèche branche,
le fruit se fend avec un bruit de mort.

Un mot à dire encore, une question
posée dans la nuit d’une chambre
par la servante jeune
qui déjà s’éloigne entre les murs,

et notre main levée, traçant un signe obscur
et la pluie suspendue qui nous effacera.

(Jean Joubert)


Illustration

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