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SE LA COULER DOUCE, C’EST LUNDISPENSABLE (Achbé)

Posted by arbrealettres sur 14 janvier 2020



Illustration: Achbé    
    
SE LA COULER DOUCE, C’EST LUNDISPENSABLE

Se la couler douce, c’est lundispensable.
Reprends en douceur.
Si tu as le choix entre les escaliers et l’ascenseur,
Prends l’ascenseur.
Si tu es au travail, fais mine d’être débordée,
Attention! cela demande beaucoup de talent.
Si tu n’es pas encore au travail, ralentis le pas.
Si tu es à la maison, laisse la vaisselle sale dans l’évier.
S’il y a des moutons sur le parquet,
Laisse-les et ce soir, compte-les pour t’endormir.
La lenteur est un art de vivre.
La slow life, c’est le faste de l’Homme moderne.
Car attention, à vivre trop vite, tu meurs plus longtemps.

(Achbé)

 

Recueil: Ma rue par Achbé
Traduction:
Editions: Gallimard

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Fiat Voluntas (Louis-Honoré Fréchette)

Posted by arbrealettres sur 3 janvier 2020



 

Jean Delville 52 [1280x768]

Fiat Voluntas

Vous me l’aviez donné, vous me l’avez ôté ;
Mon cher petit trésor, mon amour blond et rose,
Lui qui, d’un seul sourire, en mes jours de névrose,
Ramenait à mon front le calme et la gaîté !

Vous me l’avez ôté, Seigneur ; et quand j’arrose
De mes pleurs le berceau vide qu’il a quitté,
Je sens que le bonheur et la sérénité
Ont aussi déserté mon pauvre cœur morose.

Mon chérubin chéri, mon doux bébé mignon,
De mes vieux ans futurs et dernier compagnon,
Vous me l’aviez donné dans un beau jour de fête.

Un seul de ses regards était pour moi sans prix ;
Pourquoi donc en mes bras l’avoir si tôt repris ?..
Et pourtant, ô mon Dieu, ta volonté soit faite !

(Louis-Honoré Fréchette)

Illustration: Jean Delville

 

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Les anges (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 31 décembre 2019



Illustration: Giovanni Giacometti
    
Les anges Nella
ne sont pas
comme on voit dans la peinture
des serviteurs aux mains de femme
des messagers aux manières tendres
aux ailes sucrées
Les anges c’est vrai nous amènent quelque chose
mais avant de l’amener
il leur faut débarrasser notre coeur
de tout ce qui l’encombre
comme on passe une éponge sur la table
avant d’y déplier une dentelle
une soie très fragile
qu’un rien pourrait salir

Les anges comme je les sais
n’ont qu’un seul travail
qui est d’arrêter de suspendre
interrompre la vie ordinaire
l’eau courante de la vie
comme on dresse un barrage sur un fleuve
pour avoir un peu plus d’eau d’énergie
Après on peut reprendre poursuivre
après on peut entendre
la bonne nouvelle
de vivre
après seulement

Les anges ne sont pas des personnes
ne sont que des silences
de purs silences gardiens
On peut en voir souvent
si on regarde bien
dans les jardins publics
auprès d’une femme
penchée sur son enfant
ou d’un arbre
incliné sur son ombre

(Christian Bobin)

 

Recueil: La Vie Passante
Editions: Fata Morgana

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Le gant rouge (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2019




    
Le gant rouge

Le gant rouge perdu par un enfant
et sans doute oublié,
un passant sur la place
l’a suspendu à une branche

Chaque matin, je le regarde,
le salue des yeux et du coeur.
Un instant, je m’attarde
rêvant de son éclat
dans le vert du feuillage,
rêvant de la main nue et du visage
de cet enfant, ailleurs,
dans l’inconnu du monde.

Reviendra-t-il un jour,
soudain joyeux reprendre
le gant perdu?

Il y aurait alors comme un vide,
une absence,
une flamme envolée de la muraille verte.

(Jean Joubert)

 

Recueil: Bris de vers Les émeutiers du XXè siècle
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Notturno (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2019




    
Notturno

En cette heure-là
tu étais devant ma bouche
comme une comète.
Je saisis tes mains
comme pour une prière.
Là où notre haleine se rejoignit
se trouvaient les incendies,
qui vifs s’enflammèrent
et sans égard me soulevèrent
en une vague.

Dans le désert aucun puits
jamais encore ne me fit
courber de soif
comme le tendon de tes blanches épaules.
Ton habit ajusté
ma main a toléré
plus qu’en hôte.

Tu étais mien.
Dans aucun mot, dans ton silence uniquement
je lisais ton bonheur.
Puis tu repris pourtant
le chemin du matin gris.

Combien de fois encore immobile, le regard fixe
et rêvant, je t’exige et t’attends et t’espère
et me tourmente en pensant de nouveau à toi.
Mais comme les présents trop rares
que l’on perd, aucun jour ne te ramène.
Combien de fois aussi je t’appelle
dans les plaintes et les prières.

Ton ombre est également une lumière
qui s’étend infiniment
Un son venu des profondeurs de la mer
Sur la corde de silence un chant.

Elle est la douleur à vif, étrangère
Et angoisse dans les rêves
Elle pousse un cri en se déchaînant
Dans un lâcher d’écume bouillonnant.

Dans la plus belle des nuits étoilées
La fraîcheur tout autour s’épanouit
Et sur le monde transfiguré
Une incandescence élevée jaillit.

***

Notturno

In jener Stunde
warst du vor meinem Munde
wie ein Komet.
Ich fasste deine Hände
wie zum Gebet.
Wo unser Hauch sich traf
standen die Brände,
die hell entfacht
mich ohne Bedacht
hoben zur Welle.

Wie deiner weissen Schultern Band
so hiess noch keine Quelle
in einem Wüstenland
mich dürstend neigen.
Dein schmiegendes Gewand
duldete meine Hand
mehr, denn als Gast.

Du warst mein Eigen.
In keinem Wort, nur deinem Schweigen
las ich dein Glück.
Dann gingst du doch zurück
den morgengrauen Weg.

Wieviele Male steh ich noch und starre
und träum, verlange dein und barre
und schmerze mich in neuem Dein-Gedenken.
Doch gleich den seltenen Geschenken,
Die man verliert, bringt dich kein Tag.
Wieviele Male ich auch klag
und betend nach dir rufe.

Dein Schatten ist ein Licht zugleich
Von ungemessner Weite
Ein Klang aus einem tiefen Meer
Ein Sang auf stiller Saite.

Und ist der wunde fremde Schmerz
Und Bangigkeit in Träumen
Und jauchzt entfesselt einen Ruf
In freiem Überschäumen.

Und in der schönsten Sternennacht
Ist Kühle rings im Blühen
Und über der verklärten Welt
Entspringt ein hohes Glühen.

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

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Levant les yeux (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2019



Illustration: Kazuya Akimoto
    
Levant les yeux

Qu’après une jouissance insipide
Humiliée, amère et sans lumière
Je me ressaisisse et me reprenne,
Me redonne un peu d’estime.
Je suis un fleuve
Avec des vagues qui cherchent les rives,
L’ombre des buissons sur le sable,
La chaleur des rayons du soleil,
Ne serait-ce qu’une seule fois.

Mais mon chemin est sans pitié.
Sa pente me pousse vers la mer.
Grande, sublime mer !
Je ne connais pas d’autre souhait
Que de m’engloutir en me répandant
Dans la plus infinie des mers.

Comment un désir
De saluer des rives plus douces
Peut-il me retenir
Tant que du sens ultime
Je connais l’existence !

***

Aufblickend

Daß ich nach schalem Genusse,
Erniedrigt, bitter und lichtlos
Mich fasse und in mich greife,
Macht mich noch wert.
Ich bin ein Strom
Mit Wellen, die Ufer suchen,
Schattende Büsche im Sand,
Wärmende Strahlen von Sonne,
Wenn auch für einmal nur.

Mein Weg aber ist ohne Erbarmen.
Sein Fall drückt mich zum Meer.
Großes, herrliches Meer!
Ich weiß keinen Wunsch auf diesen,
Als strömend mich zu verschütten
In die unendlichste See.

Wie kann ein Begehren,
Süßere Ufer zu grüßen,
Gefangen mich halten,
Wenn ich vom letzten Sinne
Immer noch weiß!

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

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МОNSTRES (Eugène Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2019



Illustration: John Henry Fuseli
    
МОNSTRES

Il y a des monstres qui sont très bons,
Qui s’assoient contre vous les yeux clos de tendresse
Et sur votre poignet
Posent leur patte velue.

Un soir —
Où tout sera pourpre dans l’univers,
Où les roches reprendront leurs trajectoires de folles,

Ils se réveilleront.

(Eugène Guillevic)

 

Recueil: Terraqué suivi de Exécutoire
Traduction:
Editions: Gallimard

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Si l’angoisse (René Char)

Posted by arbrealettres sur 1 octobre 2019



Casey Baugh -   (6)

Si l’angoisse qui nous évide
abandonnait sa grotte glacée,
si l’amante dans notre coeur
arrêtait la pluie de fourmis,
le Chant reprendrait.

(René Char)

Illustration: Casey Baugh

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Sans joie vraie (Franck Venaille)

Posted by arbrealettres sur 22 septembre 2019




    
sans joie vraie
la vie reprend
son

trop de douleur
affine la douleur

il semble même
que l’on entende
parfois
ce qui n’est pas

ce qui
une fois encore
nous échappe

(Franck Venaille)

 

Recueil: Ça
Traduction:
Editions: Mercure de France

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NOCTURNE (Franck Venaille)

Posted by arbrealettres sur 22 septembre 2019



 
    
NOCTURNE

La belle femme nue debout à sa fenêtre, pressent que face à elle
Dans le noir Quelqu’un admire la coupe rectangulaire de ses poils
La tenue des seins dont on voit la puissance et la fragilité. C’est le
Présent qu’elle fait parfois à la vie, à cet inconnu de la cour sombre
Qui, sans doute, à l’instant, a repris sa faction et, très vite, se signe.

(Franck Venaille)

 

Recueil: Ça
Traduction:
Editions: Mercure de France

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