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Posts Tagged ‘reproche’

Les pétales se détachent (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 5 mai 2019




    
Les pétales se détachent

Un par un depuis les vases
Les pétales de roses éphémères viennent de se détacher.
Dans le monde des fleurs
Je ne trouve nulle décomposition de la mort.
Le pas-beau ne lance nulle invective ultime contre la vie.
Nulle fleur ne cherche à avilir de sa haine
Cette terre à qui elle demeure redevable
Et lui rend les reliefs du peu qui lui reste, pâle, en parfums et formes.
Là-dedans se cache le toucher mélancolique d’un adieu,
Point de reproches.
Quand le jour de l’anniversaire et celui de la mort
Viennent à se rencontrer,
Entre l’aube et le crépuscule
je compte déceler, dans cette union,
L’échange de regards entre le jour si las
A l’horizon du levant et celui du coucher,
Et la belle apothéose
D’une éclatante gloire en prosternation !

***

An Example

From the flower vase fell, one by one,
Petals from a short-lived rose.
In the realm of flowers
I see no decrepitude from death.
Ugliness is unable to scoff ultimately at life.
No flower profanes with its hatred
The soil to which it is indebted,
It pays back the faint remnants
of its forms and perfumes.
It has a melancholic touch of bidding farewell,
Exempt from blames.
I seem to find in the union
When birth-day and death-day meet face to face
An exchange of look of the exhausted day
At the horizons where rises and sets the sun :
A humble and beautiful end
of a resplendent glory.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Tantôt Dièse, Tantôt Bémol
Traduction: Prithwindra Mukherjee
Editions: Shahitya Prakash

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Votre rire est éclatant comme un bel oiseau des Iles (Jean de la Ville de Mirmont)

Posted by arbrealettres sur 5 octobre 2018



I

Votre rire est éclatant
Comme un bel oiseau des Iles.
Mais à rire on perd son temps,
O ma soeur, ma soeur fragile !

Vous savez des jeux plus fous
Que celui de « pigeon-vole ».
C’est un mauvais point pour vous,
O ma soeur, ma soeur frivole !

Vous manquez de sérieux
Et de vertus ménagères.
Vous n’irez jamais aux cieux,
O ma soeur, ma soeur légère !

II

Pourquoi ces mains, dont vous ne faites
Qu’un usage absolument vain ?
Mais quelle fête,
Quand je saisis leurs doigts divins !

Pourquoi ces yeux où ne réside
Rien du tout, pas même l’ennui ?
Mais quel suicide
Que de les perdre dans la nuit !

Pourquoi ces lèvres d’où j’écoute
Tomber des mots sans intérêt ?
Mais quelle absoute
Leur seul baiser me donnerait !

III

Le rire clair, l’âme sans reproche,
Un regard pur comme du cristal,
Elle viendra, puisque c’est fatal !
Moi, je l’attends les mains dans les poches.

A tout hasard, je me suis pourvu
D’un stock d’amour et de prévenances,
N’oubliant point qu’en cette existence
Il faut compter avec l’imprévu.

Tu n’auras donc, petite vestale,
Qu’à t’installer un jour dans mon coeur,
Il est, je crois, plus riche en couleur
Que ton album de cartes postales.

IV

Depuis tant de jours il a plu!
Pourtant, voilà que recommence
Un printemps comme on n’en voit plus,
Chère, sinon dans tes romances.

Adieu rhumes et fluxions !
Adieu l’hiver, saison brutale !
C’est, ou jamais, l’occasion
D’avoir l’âme sentimentale.

Que ne puis-je, traînant les pieds,
Et mâchonnant ma cigarette,
Cueillir pour toi, sur les sentiers,
De gros bouquets de pâquerettes !

V

Amie aux gestes éphémères,
Cher petit être insoucieux,
Je ne veux plus d’autre chimère
Que l’azur calme de tes yeux.

Pas besoin d’y chercher une âme !
De tels objets sont superflus.
Le seul bonheur que je réclame,
C’est de m’y reposer, sans plus.

Que m’importe l’horreur du vide ?
Je vais plonger, à tout hasard,
Ainsi qu’un nageur intrépide,
Dans le néant de ton regard.

(Jean de la Ville de Mirmont)

Illustration: Jeff Scher

 

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Une pomme verte au centre (André Thirion)

Posted by arbrealettres sur 1 juillet 2018




Illustration: René Magritte
    
La grisaille d’une journée maussade,
avec le reproche d’une pomme verte
au centre.

(André Thirion)

 

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MESSAGE (La Flûte de Jade)

Posted by arbrealettres sur 9 février 2018



estampe chinoise -16

MESSAGE

Ami, je t’en conjure, ne viens pas me retrouver!
Tu meurtrirais les saules que j’ai plantés devant ma demeure.
Je ne dois plus t’aimer.

Il faut que j’obéisse à mes parents.
Je leur ai dit combien je t’aime, combien tu m’es nécessaire,
et j’ai entendu leurs violents reproches.

Ami, je t’en conjure, ne franchis pas le mur de notre cour!
Tu briserais les rameaux du jeune santal que j’arrose, chaque matin.
Il m’est impossible de te donner mon coeur.
La volonté de mon frère aîné est inébranlable, et il m’a défendu de t’aimer.

Ami, je t’en conjure, n’arrache pas la barrière où nous nous sommes accoudés, le soir de ton départ!
Tu déracinerais le rosier dont je vais respirer les fleurs, au crépuscule.

(La Flûte de Jade)

 

 

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Quelqu’un, Chacun, Tout le monde et Personne (Conte Anonyme)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2018




    
Quelqu’un, Chacun, Tout le monde et Personne

Il était une fois quatre individus qu’on appelait
Tout le monde – Quelqu’un – Chacun – et Personne.
Il y avait un important travail à faire,
Et on a demandé à Tout le monde de le faire.
Tout le monde était persuadé que Quelqu’un le ferait.
Chacun pouvait l’avoir fait, mais en réalité Personne ne le fit.
Quelqu’un se fâcha car c’était le travail de Tout le monde !
Tout le monde pensa que Chacun pouvait le faire
Et Personne ne doutait que Quelqu’un le ferait…
En fin de compte, Tout le monde fit des reproches à Chacun
Parce que Personne n’avait fait ce que Quelqu’un aurait pu faire.

MORALITÉ :
Sans vouloir le reprocher à Tout le monde,
Il serait bon que Chacun
Fasse ce qu’il doit sans nourrir l’espoir
Que Quelqu’un le fera à sa place…
Car l’expérience montre que
Là où on attend Quelqu’un,
Généralement on ne trouve Personne

(Conte Anonyme)

 

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DÉJÀ ! (Henry Bataille)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2017



Illustration: Edvard Munch
    
DÉJÀ !

Hé quoi ?… Déjà ?… Amour léger comme tu passes !
A peine avons-nous eu le temps de les croiser
Que mutuellement nos mains se désenlacent.
Je songe à la bonté que n’a plus le baiser.

Un jour partira donc ta main apprivoisée !
Tes yeux ne seront plus les yeux dont on s’approche.
D’autres auront ton coeur et ta tête posée.
Je ne serai plus là pour t’en faire un reproche.

Quoi ? sans moi, quelque part, ton front continuera !
Ton geste volera, ton rire aura sonné,
Le mal et les chagrins renaîtront sous tes pas ;
Je ne serai plus là pour te le pardonner.

Sera-t-il donc possible au jour qui nous éclaire,
A la nuit qui nous berce, à l’aube qui nous rit,
De me continuer leur aumône éphémère,
Sans que tu sois du jour, de l’aube et de la nuit ?

Sera-t-il donc possible, hélas, qu’on te ravisse,
Chaleur de mon repos qui ne me vient que d’elle !
Tandis que, loin de moi, son sang avec délice
Continuera son bruit à sa tempe fidèle.

La voilà donc finie alors la course folle ?
Et tu n’appuieras plus jamais, sur ma poitrine,
Ton front inconsolé à mon coeur qui console,
Rosine, ma Rosine, ah ! Rosine, Rosine !

Voici venir, rampant vers moi comme une mer,
Le silence, le grand silence sans pardon.
Il a gagné mon seuil, il va gagner ma chair.
D’un coeur inanimé, hélas, que fera-t-on ?

Eh bien, respire ailleurs, visage évanoui !
J’accepte. A ce signal séparons-nous ensemble…
Me voici seul ; l’hiver là… c’est bien… Nuit.
Froid. Solitude… Amour léger comme tu trembles !

(Henry Bataille)

 

Recueil: Le Beau Voyage

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Tant il fut ébloui (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 21 octobre 2017


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Tant il fut ébloui
Qu’en ce moment

Il se reproche
De ne l’être pas.

(Guillevic)

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L’odeur épanouie de ta faim (Pierre Béarn)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2017



LUI :
L’odeur épanouie de ta faim
éveille une envie de carnage
Mon regard s’enflamme en tes yeux
Je deviens un volcan qui bascule !
Que soient balayés la Morale
et les reproches des horloges!
Que soient culbutés en oubli
ceux qui se gardent spectateurs et juges
Je veux brûler dans ta blessure
mon ciel et mon enfer
Que mon désir dardé creuse sa tombe en toi.

ELLE :
Ma main paralysée sur ta vie triomphante
je renais à la joie
Mon tumulte s’enivre à ton odeur de fauve
Le soleil pénètre en moi
m’illumine !
Les trépidations me ravagent
Mes mains s’agrippent à des crinières
Je crie d’amour dans la douleur.
Locomotive emballée
tu brûles les gares
m’oubliant en fumée vivante
derrière toi
Je hurle de faim sauvage
Ton évasion m’affole et m’exaspère
J’ai des visions de comètes et d’usines
Je me disloque et me fragmente
Un vertige agressif m’entraîne
et me béatifie

LUI :
Hors de toi
rien que de la nuit
rien que du vent perdu
du bruit qui s’illusionne
Je nie que j’aie pu vivre hors de tes bras
tel un haut vent dédaigneux des formes
de la terre
Mais
déjà
Voici surgir le cri qui te délivre !
et m’abandonne…
Nous fûmes toujours en plénitude
la flamme et l’eau se mariant en incendie
Sous la neige de ton absence
mon désir est un tison brûlant
Ma fièvre chante et t’appelle
Toi seule me pacifie.

(Pierre Béarn)

Illustration

 

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REMINISCENCES (Tudor Arghezi)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2017



 

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REMINISCENCES

Toujours elles s’en viennent d’elles-mêmes,
les voici, toutes ces bribes devers moi :
débris plus ou moins ébréchés
de choses qu’on a mal à comprendre.
Elles n’ont pas changé depuis ce long oubli
où elles reposaient :
vieux cimetière de poupées.
Elles commencent à bouger
et à reprendre corps;
sortant de l’ombre et d’une rumeur de ruche,
ces déchirées lentement se refont :
sabots au nimbe angélique,
morceaux d’icônes, gardant comme un reproche,
quelque ébauche de bonne ou mauvaise influence,
une larme fixée dans la peinture,
une main blessée, un regard,
et, très loin, dirait-on, des cloches
ou une page de livre.
Un tesson ressuscite une amphore brisée,
le lierre mort se remet à bruisser
et, reprenant langage, tour à tour,
les voix éteintes, semble-t-il, rient ou murmurent.
Je me vois tantôt participant à la Cène,
tantôt centurion dans des massacres.
J’essaie encore la chemise de ce temps-là,
étroite et déchirée d’une blessure
que j’avais oubliée, silencieuse,
au coeur du temps.
Et si je porte la main à la déchirure
— reste de quel combat ? —
ma main glisse sur une coulure de sang.
C’est là que tout s’amasse
au gré de soi,
bouts d’évangile et copeaux de lune :
je ne puis me mentir.
Le gel me brûle, glaçon d’argent,
et les doigts dans le brouillard,
à la pointe de l’ongle, se changent
en charbons de glace.

(Tudor Arghezi)

Illustration: Brendan Monroe

 

 

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Permets-moi de ne pas t’aimer (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 5 mai 2017



L’air grisâtre est bruissant et moite;
On se sent bien et à l’abri dans la forêt.
Docile je vais porter une fois encore
La croix légère des promenades solitaires.

Et de nouveau, vers l’indifférente patrie,
Le reproche, comme l’oiseau, monte en spirale.
Je participe à la vie ténébreuse,
Je suis innocent de ma solitude.

Un coup de feu. Sur le lac assoupi
Les ailes des canards pèsent lourd à présent.
Les troncs des sapins sont hypnotisés
Par le reflet d’une double existence.

Ciel vitreux à l’étrange miroitement,
De l’univers la brumeuse douleur —
Ô permets-moi d’être pareillement brumeux,
Permets-moi de ne pas t’aimer.

(Ossip Mandelstam)

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