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Poésie

Posts Tagged ‘reprocher’

Les objets (Herbert Zbigniew)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2018



Illustration

    
Les objets

Les objets inanimés sont toujours comme il faut,
et on ne peut malheureusement rien leur reprocher.

Je n’ai jamais réussi à voir une chaise
se balancer d’un pied sur l’autre, ni un lit se bercer.

Aussi les tables, même quand elles sont fatiguées,
n’osent pas plier.

Je crois que les objets font cela pour nous éduquer,
afin de nous reprocher notre inconstance.

(Herbert Zbigniew)

 

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PETIT POUCET (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2018



Illustration
    
PETIT POUCET

Puisqu’on ne trouve plus sa vie
Au bout des sillons de chez nous,
Un jour, j’ai dû quitter ma mie
Pour la ville où pleuvent les sous ;
Et, ce jour-là, dans ma mémoire :
Lit clos des contes du passé,
J’ai vu se réveiller l’histoire,
L’histoire du Petit Poucet.

Refrain
En partant chez l’ogresse,
L’ogresse qu’est la vie,
J’ai semé des caresses
Pour retrouver ma mie !

Poucet semait parmi les sentes
Son pain bis et ses cailloux blancs.
Sur le corps blanc de ma charmante
Quel semis de baisers brûlants !
Sur son front et ses yeux en fièvres,
Sur son ventre et ses seins en fleurs,
Le geste rose de mes lèvres
A semé l’Amour de mon cœur.

Plus tard, pour retrouver ma mie :
« Où sont mes baisers d’autrefois ? »
Les baisers sont de blanches mies
Sous le bec des oiseaux des bois.
Plus un seul ! sur sa chair impure,
Un seul ! de mes baisers brûlants !
Tous sont partis sous la morsure
Du baiser des autres galants !

Ma mie qui ne se souvient guère
Se rappelle pourtant qu’un jour,
Je l’ai frappée dans ma colère
D’une gifle de mon poing lourd.
Elle me reproche ce geste
Toujours avec la même ardeur.
Le mal est un caillou qui reste
Dans les pauvres sentiers du cœur !

(Gaston Couté)

 

 

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La faim qui me tenaille (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2018




    
la faim qui me tenaille
il est rare qu’elle me hisse
jusqu’à l’inoubliable festin

le plus souvent elle me voue
aux heures grises de l’attente
aux terres désolées de l’ennui

le plus souvent je l’invective
lui reproche de me harceler
la supplie de lâcher prise

aussitôt
elle m’impose
silence

me rappelle ces instants
où il m’advient
de jubiler

(Charles Juliet)

 

Recueil: L’Opulence de la nuit
Traduction:
Editions: P.O.L.

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LENDEMAIN DE FÊTE (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2018



 

Illustration: Beatrice Lotta
    
LENDEMAIN DE FÊTE

Qu’as-tu donc ce matin, chère? Tu n’es pas gaie.
Parce que ta frimousse est un peu fatiguée,
Ta lèvre un peu pâlie et ton front un peu lourd.
Vas-tu me reprocher d’avoir bu trop d’amour?

Laisse là ton miroir où tu me fais la moue.
Que veux-tu, moi qui n’ai point de rose à la joue,
Comme toi je-ne puis être pâle au réveil.
Est-ce ma faute, à moi, si mon cuir peu vermeil,

Lui que le travail tanne et que le soleil dore.
Est plus solide au feu que ta fraîcheur d’aurore?

C’est vrai, tu gardes, toi, les traces de la nuit.
Mais cet air fatigué, tu crois donc qu’il te nuit ?
Non. Je t’aime encor mieux en ta paresse lasse,
Et ta défaite, enfant, te donne plus de grâce.

Sur tes lèvres de fraise, où courait un sang pur,
L’âpre fièvre a passé comme un glacis d’azur;
Et mes baisers ardents, qui les ont calcinées,
Font de ces roses des violettes fanées.

La pâleur de ton front mystérieux me plaît.
Ton visage aujourd’hui semble pétri de lait.
Le noir qui sous tes yeux met son estompe brune
Est comme un chaud nuage à l’entour de la lune.

Reste! je t’aime ainsi, quand ton regard mouillé
A l’air d’un fou qui rêve et dort tout éveillé,
Quand ton corps alangui s’abandonne à ta hanche
Comme un beau fruit trop mûr qui fait ployer sa branche,

Quand ta gorge palpite et ne peut s’apaiser.
Quand tu semblés prête à mourir sous un baiser.
Reste! je t’aime ainsi. Reste, ma pauvre chatte.
Pose bien sur mon cœur ta tête délicate,

Enlace-moi de tes deux bras mis à mon cou,
Et dors dans mon giron, chère, dors un grand coup.
Ferme tes yeux, ainsi qu’une fleur son calice.
Dors, je te bercerai, je ferai la nourrice.

Et je fredonnerai, sur des rythmes très lents,
Les chansons que l’on chante aux tout petits enfants.

(Jean Richepin)

 

 

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PERSONNE NE PARLE DE LA MORT (Eraclio Zepeda)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018



 

Agata Bulla 6

PERSONNE NE PARLE DE LA MORT

Qui me reproche mes paroles ?
Je suis l’annonceur de la vie,
pas le prophète des rues obscures.
Je suis celui qui chante l’amour plein et simple :

Je suis en train de chanter ce que je vois à mes côtés
comme une course de cent chevaux.
Je ne suis pas celui qui parle de la mort.
Ouvre tes yeux et cherche un oiseau malade !

Je me lève avec le dernier feu d’artifice
de la terre,
j’explose en beauté,
et j’illumine tout le monde de mon souffle.

(Eraclio Zepeda)

Illustration: Agata Bulla

 

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SOULEIKA (Johann Wolfgang Von Goethe)

Posted by arbrealettres sur 27 avril 2018



Illustration: Irina Karkabi
    
SOULEIKA

Comblée de bonheur par ton amour,
Je ne reproche rien à l’occasion ;
Quand bien même elle fut pour toi un larron,
Combien je me réjouis de pareil larcin !

Et pourquoi parler de larcin ?
Donne-toi à moi par libre choix ;
I1 me serait très doux de croire —
Oui, c’est moi qui t’ai volé.

Ce que tu as donné si volontiers
Tе rapportera un gain splendide ;
Mon repos, ma vie en fleur,
Je te les donne volontiers, accepte-les !

Ne plaisante pas ! Ne parle pas de ruine !
L’amour ne nous fait-il pas riches ?
Quand je te tiens dans mes bras,
Mon bonheur ne le cède à aucun autre.

(Johann Wolfgang Von Goethe)

 

Recueil: Goethe Le Divan
Traduction: Henri Lichtenberger
Editions: Gallimard

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PRIX DU SILENCE (Axel Toursky)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2018



 

Ai Xuan 3

PRIX DU SILENCE

Eté, je n’ai pour t’appeler
que des paroles imprécises.
Mon sang n’est pas dans les cerises,
ma voix ne lève pas le blé.

Mais quels arguments trouve-t-il,
ce patriarche de la boue,
pour ébranler la lourde roue
calée dans la neige d’avril ?

Tu viens par le sentier caché.
On oublie aux premières pommes
de chercher ce que le vieil homme
était venu te reprocher.

Impuni, peut-être, mais sûr
des retraites qu’il te ménage,
tu remplis de sang tes images
à nous faire oublier ce mur.

(Axel Toursky)

Illustration: Ai Xuan

 

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VOYAGEUSE (Philippe Delaveau)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2018



Illustration: John William Waterhouse
    
VOYAGEUSE

Nous sommes nés de la douceur. Notre pays
N’appelle pas la mort du chant de ses oiseaux.
Même le sable était tranquille sur les allées,
Comme nous parcourions les roseraies, le long de la rivière.
Le soleil caressait nos cheveux et les feuilles.
Quelle ombre a visité le jour du chêne, quel automne
A jeté sur le dallage ces chevauchées de feuilles cramoisies ?

Souviens-toi, semble dire
La source qui reproche faiblement. Souviens-toi, dit encore
Caché dans la nuit d’arbre, le rossignol de l’ancienne folie
Qui a brisé l’ordonnance du monde et divisé ton coeur.
Tu n’aimeras qu’au prix de douleurs infinies. Tes mains
Se fermeront vainement sur les objets du monde,
Sur l’eau qui t’abandonne, le jour qui t’aimait
Sera comme une nuit.

En vain l’enfant du square pousse un cerceau d’or,
Jason

(Philippe Delaveau)

 

Recueil: Le Veilleur amoureux précédé d’Eucharis
Traduction:
Editions: Gallimard

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LE DRAGON DOUX (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017




    
LE DRAGON DOUX

Un serpent de mer arrive à bon port
il rencontre des journalistes
il leur explique quel est son sort
et pourquoi il se sent si triste
et d’où vient le fait qu’il existe

Au bout de peu de temps on se familiarise
on l’appelle par son petit nom
les femmes veulent lui faire des bises
un chasseur prépare du petit plomb

Quand il parle maintenant on ricane
plus question de lui à la télévision
on lui reproche d’obstruer la porte océane
ce qui amène de nombreuses protestations

Alors il retourne vers sa solitude marine
avant qu’on ne lui fasse un mauvais sort
s’il avait soufflé un peu de feu par les narines
peut-être aurait-il trouvé un plus accueillant port

(Raymond Queneau)

 

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Pois de senteur (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2017



Pois de senteur

Ne vous attendez pas à trouver dans ma vie
des circonstances extraordinaires, des évènements imprévus.
Une fois sur la terre, voulant rester paysanne,
je m’étais mise au service d’un jardinier.
Une autre servante et moi nous composions toute sa maison.

Margot, c’était le nom de ma compagne, était une grosse campagnarde joufflue,
haute en couleurs, carrée d’épaules,
l’objet de l’admiration de tous les villageois.
« Elle fait presque autant d’ouvrage qu’un boeuf »
disait souvent notre maître, pour donner une idée de ses précieuses qualités.

Aussi était-elle l’objet de toutes ses préférences.
Quant à moi, je ne savais rien faire;
je n’étais bonne qu’à danser le dimanche,
à rire et à sauter tout le reste de la semaine.
Elle est assez gentille, disait le fermier en parlant de moi;
mais c’est une tête folle, elle est toujours à mettre le nez à la fenêtre,
à se balancer, à chanter; on n’en fera jamais rien.

Le résultat de cette comparaison entre Margot et moi
était qu’à elle allaient les bons repas,
les succulents morceaux de galette de maïs,
les cuisses d’oies grasses et dodues,
les verres pleins de cidre écumeux.
A moi les vieux morceaux de pain dur,
les os et l’eau du puits; encore avait-on l’air de me la reprocher,
et quelquefois j’étais obligée d’aller m’abreuver
à l’aide de l’arrosoir et à l’insu du fermier.

Il me semblait pourtant que j’étais plus jolie que Margot,
et je ne comprenais pas pourquoi on me la préférait.
[Jusqu’au moment où:]
Je compris: sur la terre, l’utile vaut mieux que l’agréable.

(J.J. Grandville)

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