Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘reptile’

Être angélique (Goethe)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2018


Ce petit corps charmant que semble avoir sculpté la main la plus habile
Comme il est là flottant, souple et sans ossature, au mollusque pareil!
En lui tout est organe, et tout s’y articule, et tout y plaît aux yeux.
Tout y est fait selon les normes, tout y est mobile à volonté.
Des hommes, j’en connais, des animaux aussi, tant oiseaux que poissons,
Et maints reptiles bien à part, miracles nés de la grande nature;
Pourtant je te regarde avec stupeur, Bettine, adorable miracle,
Toi qui es tout cela ensemble et qui, de plus, es un être angélique.

***

Wie, von der künstlichsten Hand geschnitzt, das liebe Figürchen,
Weich und ohne Gebein, wie die Molluska nur schwimmt!
Alles ist Glied, und alles Gelenk, und alles gefällig,
Alles nach Maßen gebaut, alles nach Willkür bewegt.
Menschen hab ich gekannt und Tiere, so Vögel als Fische,
Manches besondre Gewürm, Wunder der großen Natur;
Und doch staun ich dich an, Bettine, liebliches Wunder,
Die du alles zugleich bist, und ein Engel dazu.

(Goethe)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

À SEXTE (Marie Noël)

Posted by arbrealettres sur 24 septembre 2018



    

À SEXTE
Je suis à toi. Sauve-moi.
Ps. 118-94. (Office de Sexte.)

Hélas ! hélas ! je suis dans le trouble verger
Où les fleurs et les fruits m’entourent de danger.
Les oiseaux sont muets, les arbres n’ont pas d’ombre,
Des crapauds haletants se collent au puits sombre.

Je tourne dans le cercle enflammé des iris.
Hélas ! dans le soleil ma chair brûle et les lis
De leur bouquet pesant d’essences déréglées
Me provoquent sans fin tout le long des allées.

Sans fin à chaque bord des sentiers continus
Des oeillets jaillissants agacent mes pieds nus
Et les roses d’hier trop vite épanouies
Se renversent pâmant sur mes mains éblouies.

Et ce jardin d’embûche où je vais sans secours
Est plein de vigne folle et de cerisiers lourds,
De seringas ardents d’où s’échappent des fièvres
Et de framboises aussi douces que des lèvres.

Et je voudrais manger à la branche qui pend,
À pleine bouche ainsi qu’un animal gourmand,
Les cerises, sang mûr, d’une avide sucée,
Ivre et de vermillon la face éclaboussée ;

Je voudrais arracher aux rosiers palpitants,
Comme on plume un oiseau sans y mettre le temps,
À pleine main leurs pétales et, la main pleine,
Les écraser sur ma poitrine hors d’haleine ;

Je voudrais me rouler sur la terre au sein chaud,
Les yeux brouillés d’azur éclatant, vaste, haut ;
Je voudrais… qui m’allume ainsi qu’une fournaise ?…
Des femmes au cou nu s’en vont cueillir la fraise…

Alarme ! éveille-toi, pauvre moine engourdi !
C’est le vieux guet-apens du démon de Midi.
Fuis sans rouvrir les yeux, fuis, piétine la vie
Qui voudrait être et ne doit pas être assouvie.

Fuis ! Mais où fuir ? Où donc ? Où ? J’ai les pieds trop las.
Où donc ?… La mauvaise herbe est haute sous mes pas,
Derrière et devant moi partout la Bête rôde
Sous les fleurs, sur le ciel, dans la broussaille chaude,

Et je sens, comme un fruit où chemine le ver,
Un serpent doux et chaud qui me suce la chair
Et chaque battement de mon coeur me torture…
Par où t’échapperai je, ô maudite Nature ?

Quelle verge d’épine ou quels charbons ardents
Me guérira du mal dont je grince les dents ?
Quel fouet aux noeuds de plomb, quelle source glacée
Me guérira du mal que j’ai dans la pensée ?

Faut-il me laisser choir à mon dam entraîné,
Comme un oiseau par un reptile fasciné
Ou me débattre encor bien qu’à bout de courage ?…
Mais Seigneur, c’est à Vous de faire votre ouvrage.

Je suis votre brebis, Vous êtes mon berger.
Comme un agneau perdu me laisserez-vous manger ?
À l’aide ! Poursuivez ce loup qui me menace,
Courez et jetez-lui des pierres à la face ;

Car si vous me laissiez périr à l’abandon,
Ce Vous serait, Seigneur, un bien piteux renom
De mauvais pâtre et pour le soin de votre gloire
À personne, ô mon Dieu, ne le donnez à croire.

(Marie Noël)

 

Recueil: Les Chansons et les Heures / Le Rosaire des joies
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Nous rendons grâces (Chant Iroquois)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2018



chef iroquois [800x600]

Nous rendons grâces à notre mère la terre, qui nous soutient.
Nous rendons grâces aux rivières et aux ruisseaux qui nous donnent l’eau.
Nous rendons grâces à toutes les plantes qui nous donnent les remèdes contre nos maladies.
Nous rendons grâces au maïs et à ses soeurs les fèves et les courges, qui nous donnent la vie.
Nous rendons grâces aux haies et aux arbres qui nous donnent leurs fruits.
Nous rendons grâces au vent qui remue l’air et chasse les maladies.
Nous rendons grâces à la lune et aux étoiles qui nous ont donné leur clarté après le départ du Soleil.
Nous rendons grâces à notre grand-père Hé-no, pour avoir protégé ses petits-enfants des sorcières et des reptiles, et nous avoir donné sa pluie.
Nous rendons grâces au Soleil qui a regardé la terre d’un oeil bienfaisant.
Enfin, nous rendons grâces au Grand Esprit en qui s’incarne toute bonté et qui mène toutes choses pour le bien de ses enfants.

(Chant Iroquois)

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

ARDOISE (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 11 juin 2018



ARDOISE

Tu gardes en toi
le sceau des fougères et des prèles,
le calque des écorces, étant
paume ouverte du temps
mémoire des ruches de la vie
où bourdonne encore en nos doigts
l’enfance des reptiles.

(Jacques Lacarrière)


Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Ascèse des corps (Anne-Lise Blanchard)

Posted by arbrealettres sur 17 mars 2018



Ascèse des corps

À mots
ouverts

la peau
radieuse

dit merci de lui

*

Flamme dure
flamme

les souffles
convergent

Vitalité

exacte
inattendue

*

Puits d’étoupe de
sons étouffés

échine reptile
de feu dans

l’écart ou la suspension
devenir passage

(Anne-Lise Blanchard)

Découvert ici: http://revuedepoesie.blog.lemonde.fr/

 

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Dans la nuit (conte)

Posted by arbrealettres sur 29 décembre 2017




    

Dans la nuit, un homme s’éveille
pour découvrir qu’un serpent se trouve dans sa chambre.
La présence de ce reptile le fige sur place.

Mais pour le mental, il en va tout autrement:
frappé de panique, il s’agite, se démène, s’affole.

Le serpent va-t-il s’approcher et bondir?
Ne vient-il pas de bouger?…

Plus le temps passe,
plus le mental de cet homme s’échauffe.

La nuit lui paraît interminable.
Mais au petit matin,
il découvre qu’il s’agissait…

d’une corde.

(conte)

 

Posted in méditations | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Vipère affreuse… (Olivier Larronde)

Posted by arbrealettres sur 25 octobre 2017



Vipère affreuse…

Vipère affreuse harmonise tes nœuds
Ferme la boucle — ou méandrez en couple :
Deux corps sans chaleur sont rien qu’armes souples
Tracé de l’être à son pic vénéneux.
Tiède la mort près du métal de Toi !
Le froid dans l’homme (au face à face habile)
Vainc le Phoebus réciproque
Ô Reptile.

(Olivier Larronde)

Illustration: Edward Coley Burne-Jones

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Symphonie du printemps (Yannis Rítsos)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2017



    

Symphonie du printemps
(Chant XIV)

Nous tendons nos bras
au soleil
et nous chantons.

La lumière gazouille
dans les veines de l’herbe
et de la pierre.

Les cris de la vie
ont déployé les branches
arcs puissants.

L’écorce des arbres
verte et luisante
brille
— robe rayée déployée
sur des seins naissants de paysanne.

Comme nous aimons
nos corps sensuels.

Ne nous priez pas de partir.
Enfermés dans notre corps
nous sommes partout.

Chaque oiseau
qui plonge dans l’azur
chaque petite herbe
qui pousse au bord du chemin
nous apporte le message de dieu

Les êtres
passent près de nous
beaux aimés
revêtus
de notre rêve de notre jeunesse
et de notre amour.

Nous aimons
le ciel et la terre
les hommes et les bêtes
les reptiles et les insectes.
Nous sommes nous aussi
tout à la fois
et le ciel et la terre.

Notre corps orgueilleux
par la beauté de la joie.
Notre main toute puissante
par l’ardeur de l’amour.

L’amour dans son poing
contient l’univers.

(Yannis Rítsos)

 

Recueil: Quand on n’a que l’amour
Editions: Bruno Doucey

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Ardoise (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 24 septembre 2017



Ardoise

Tu gardes en toi
le sceau des fougères et des prêles,
le calque des écorces, étant
paume ouverte du temps
mémoire des ruches de la vie
où bourdonne encore en nos doigts
l’enfance des reptiles.

(Jacques Lacarrière)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Retouche à l’abandon (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2017




    
retouche à l’abandon

reptile du silence dans les sables

un homme à contre-jour
garde le mausolée du ciel
son ombre est en couleur

le figuier mort dans l’étendue
est le reflet de sa prière

(Daniel Boulanger)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :