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Poésie

Posts Tagged ‘requin’

Le Mort Joyeux (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018




Le Mort Joyeux

Dans une terre grasse et pleine d’escargots
Je veux creuser moi-même une fosse profonde,
Où je puisse à loisir étaler mes vieux os
Et dormir dans l’oubli comme un requin dans l’onde.

Je hais les testaments et je hais les tombeaux;
Plutôt que d’implorer une larme du monde,
Vivant, j’aimerais mieux inviter les corbeaux
A saigner tous les bouts de ma carcasse immonde.

O vers! noirs compagnons sans oreille et sans yeux,
Voyez venir à vous un mort libre et joyeux;
Philosophes viveurs, fils de la pourriture,

A travers ma ruine allez donc sans remords,
Et dites-moi s’il est encor quelque torture
Pour ce vieux corps sans âme et mort parmi les morts!

(Charles Baudelaire)

Découvert ici: \ »Rouge Dessin\ »

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Combien le ciel a-t-il d’églises ? (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 28 juillet 2018



Combien le ciel a-t-il d’églises ?

Pourquoi le requin ne mord-il
les sirènes si effrontées ?

La fumée parle-t-elle aux nuages ?

Est-il vrai qu’il faut arroser
l’espoir avec de la rosée ?

(Pablo Neruda)


Illustration

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La vache (Damien Suave)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2018



Le moineau vole.
Le requin nage.
Le cheval galope.
La vache se meuh.
Lentement.

(Damien Suave)

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LES MURS NE CROULENT PAS (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 13 mai 2018



 

LES MURS NE CROULENT PAS

Il existe, par exemple, une formule
en chaque coquillage :

la mer pousse, continuelle,
et ne peut rien contre corail,

os, pierre, marbre
taraudés du dedans par cet artisan,

l’hôte de la coque :
huître, palourde, mollusque,

c’est un maître-maçon qui façonne
la merveille de pierre :

oui, cet ermite amorphe, flasque
là-dedans, comme la planète

pressent le fini,
il limite l’orbite

de son être, sa maison,
temple, sanctuaire, lieu saint :

il délivre les portails
à intervalles fixes :

tiraillé par la faim,
il s’ouvre au flux de la marée :

mais l’infini ? non,
de rien-de-trop :

je ressens ma propre limite,
les mâchoires de ma coque claquent

et refusent l’invasion du sans-limite,
le poids de l’océan ; l’infinité de l’eau

ne peut me briser, moi œuf dans ma coquille ;
cercle clos, immortel, complète

plénitude, je sais la force
de la marée, et la bonace

tout autant que la lune ;
le poulpe et son obscurité

sont sans pouvoir contre
sa froide immortalité ;

de même moi à ma façon, je sais
que la baleine

ne peut me digérer :
tiens bon dans ton orbite limitée, statique,

toute petite, et les mâchoires de requin
de ce qui dehors t’entoure

te recracheront :
sois indigeste, dur, sans cœur,

et ainsi vivant en dedans,
engendre-toi, toi-même de toi-même,

et sans toi,
cette perle-de-grand-prix.

***

THE WALLS DO NOT FALL

There is a spell, for instance,
in every sea-shell:

continuous, the seathrust
is powerless against coral,

bone stone marble
hewn from within by that craftsman,

the shell-fish:
oyster, clam, mollusc

is master-mason planning
the stone marvel:

yet that flabby, amorphous hermit
within, like the planet

senses the finite,
it limits its orbit

of being, its house,
temple, fane, shrine:

it unlocks the portals
at stated intervals:

prompted by hunger,
it opens to the tide-flow:

but infinity? no,
of nothing-too-much:

I sense my own limit,
my shell-jaws snap shut

at invasion of the limitless,
ocean-weight; infinite water

can not crack me, egg in egg-shell;
closed in, complete, immortal

full-circle, I know the pull
of the tide, the lull

as well as the moon;
the octopus-darkness

is powerless against
her cold immortality;

so I in my own way know
that the whale

can not digest me:
be firm in your own small, static, limited

orbit and the shark-jaws
of outer circumstances

will spit you forth:
be indigestible, hard, ungiving

so that, living within,
you beget, self-out-of-self,

selfless,
that pearl-of-great-price.

(Hilda Doolittle)

Illustration

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Tout est si simple (Georges Ribemont-Dessaignes)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2018



 

Oiseau, oiseau, je ne demande pas pour qui tu chantes,
A toi, caillou, pourquoi tu tombes,
Tu ne tisses pas la toile, épeire, devant la porte d’outre-tombe
Tout est si simple.

O belle, je ne sais pas pourquoi j’aime ta trace
Dans le sable durci dans l’habitude des vagues,
Miroir, je ne demande rien au reflet de ma face,
Tout est si simple.

Un jour viendra qui déjà essaie sa robe noire,
La retouche et l’arrange et la prépare,
Qu’importe, un merle sifflera en riant dans le noir,
Tout est si simple.

Le monde est plein d’agneaux, de loups, de papillons,
De tigres, de requins, de pinsons, de serpents,
Et là-dessus laissez passer les quatre saisons,
Tout est très simple.

(Georges Ribemont-Dessaignes)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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La Vague (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 15 janvier 2018




    
La Vague

Il est des mont Fuji montagne Boukornine
fiefs des oiseaux perdus dans les étendues d’eau
Quand la Vague est venue me portant sur son dos
j’ai vu leurs cimes fondre sous l’écume opaline

Des villes ont glissé lumières dans la mer
parcs mairies minarets auxquels manque le son
cyprès au bord des routes et des cimetières
trains de noyés hagards visitant les grands fonds

Moi perchée sur la Vague témoin impuissant
ne sachant s’il fallait plonger ou résister
flairant la mort proche comme un requin du sang
je me surpris soudain à vouloir et lutter

Parlai-je d’aujourd’hui ou d’un hier livide
Trépasser par noyade est la fin redoutée
des Naïades hantant les Golfes veloutés
Vertige inconnu et chute dans le vide

(Aya Cheddadi)

 

Recueil: Tunis marine
Traduction:
Editions: Gallimard

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Marine (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2017



 

Ana Cruz _Under the waves

Marine

Les poissons ont de si jolies têtes
qu’on est obligé de les déplacer fréquemment
à cause des ravages qu’ils font dans le cœur des méduses
Les cœurs des méduses ravagés vont s’échouer dans les ports
sous forme de pétroliers ou de charbonniers
Les méduses elles-mêmes ne sont jamais repêchées
un nouveau cœur leur pousse bien plus grand que le premier
bien plus beau et bien plus vert et bien plus dur
car les méduses ne veulent plus aimer les poissons aux nageoires coupantes et
aux ouïes blanches
elles ne veulent plus aimer que le centre de gravité de chaque chose
dans le ciel et sur la terre
Les requins eux ne s’ennuient pas
avec de la toile à matelas
ils fabriquent de jolis draps
pour les noyés astucieux
qui sont accourus vers eux
en mâchant de la verveine
pour se parfumer les veines
non les requins ne s’ennuient pas
ils ont aussi de jolies têtes
pour ravager le cœur des méduses inquiètes

(Raymond Queneau)

Illustration: Ana Cruz

 

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Nuages (Pierre-Albert Birot)

Posted by arbrealettres sur 8 novembre 2017



 

nuage

Nuages ont des gueules de requin
C’est le néant qui brille
Cornes sont là d’on ne sait quel bétail
Le néant s’est fait prince

(Pierre-Albert Birot)

Illustration

 

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Il y a un charme, par exemple, dans chaque coquillage (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2017



Les murs ne tombent pas
[4]

Il y a un charme, par exemple,
dans chaque coquillage :

continue, la poussée marine
n’a aucune prise sur le corail,

os, pierre, marbre
taillés du dedans par cet artisan,

le coquillage :
huître, palourde, mollusque

est maître-maçon concevant
la merveille de pierre :

pourtant cet ermite flasque, amorphe
en dedans, comme la planète

ressent le fini,
il limite l’orbite

de son être, sa maison,
temple, fanum, lieu saint :

il déverrouille les portails
à intervalles fixes :

poussé par la faim,
il s’ouvre au flot de la marée :

mais l’infinité ? non,
de rien-de-trop :

je sens ma propre limite,
mes dents de nacre se referment

devant l’invasion du poids
illimité de l’océan ; l’eau infinie

ne peut me briser, oeuf en coquille ;
cercle fermé, complet,

immortel, je connais la force brutale
de la marée, de l’étale

tout autant que la lune ;
l’obscurité de pieuvre

est impuissante devant
sa froide immortalité ;

ainsi je sais à ma façon
que la baleine

ne peut me digérer:
sois ferme dans ta petite orbite statique,

limitée, et les dents de requin
des circonstances externes

te recracheront :
sois indigeste, dure, résistante,

pour que, vivant au- dedans,
tu engendres, soi-hors-du-soi,

altruiste,
cette perle-de-grand-prix.

***

There is a spell, for instance,
in every sea-shell:

continuous, the sea thrust
is powerless against coral,

bone, stone, marble
hewn from within by that craftsman,

the shell-fish:
oyster, clam, mollusc

is master-mason planning
the stone marvel:

yet that flabby, amorphous hermit
within, like the planet

senses the finite,
it limits its orbit

of being, its house,
temple, fane, shrine:

it unlocks the portals
at stated intervals:

prompted by hunger,
it opens to the tide-flow:

but infinity? no,
of nothing-too-much:

I sense my own limit,
my shell jaws snap shut

at invasion of the limitless,
ocean-weight; infinite water

can not crack me, egg in egg-shell;
closed in, complete, immortal

full-circle, I know the pull
of the tide, the lull

as well as the moon;
the octopus-darkness

is powerless against
her cold immortality;

so I in my own way know
that the whale

can not digest me:
be firm in your own small, static, limited

orbit and the shark jaws
of outer circumstance

will spit you forth:
be indigestible, hard, ungiving,

so that, living within,
you beget, self-out-of-self,

selfless,
that pearl-of-great-price.

(Hilda Doolittle)

Illustration: Vladimir Kush

 

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J’ai entendu Scorpion affûter sa lame (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2017



zodiaque [800x600]

Les murs ne tombent pas
[30]

J’ai entendu Scorpion affûter sa lame,
j’ai craint Archer (son arc tendu),

les cornes du Bouc étaient menace,
d’abord se haussaient ? puis jusqu’à terre ;

de l’autre côté de l’abîme
le Batelier attendait,

l’époque est celle de la nouvelle dimension,
ose, cherche, cherche encore, ose davantage,

voici la clé de l’alchimiste,
elle ouvre des portes secrètes,

le présent va un peu plus loin
dans la fine distillation de l’émotion,

l’élixir de vie, la pierre philosophale
est tienne si tu abandonnes

logique stérile, raison triviale ;
ainsi l’esprit dispersé, osait le savoir occulte,

trouvait les portes secrètes ouvertes,
s’affolait, perdu dans les profondeurs marines,

océan subconscient ou Poissons
suivent deux directions, dévorent ;

quand l’identité dans les profondeurs,
se fusionnant au meilleur,

pieuvre ou requin s’élève
du fond de la mer :

illusion, réversion des vieilles valeurs,
unité perdue, folie.

***

I heard Scorpion whet his knife,
I feared Archer (taut his bow),

Goat’s horns were threat,
would climb high? then fall low;

across the abyss
the Waterman waited,

this is the age of the new dimension,
dare, seek, seek further, dare more,

here is the alchemist’s key,
it unlocks secret doors,

the present goes a step further
toward fine distillation of emotion,

the elixir of life, the philosopher’s stone
is yours if you surrender

sterile logic, trivial reason;
so mind dispersed, dared occult lore,

found secret doors unlocked,
floundered, was lost in sea-depth,

sub-conscious ocean where Fish
move two-ways, devour;

when identity in the depth,
would merge with the best,

octopus or shark rise
from the sea-floor :

illusion, reversion of old values,
oneness lost, madness.

(Hilda Doolittle)

Illustration

 

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