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Poésie

Posts Tagged ‘résignation’

POSTLUDIUM (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 4 septembre 2018



POSTLUDIUM

Je racle comme une drague sur le fond de la terre.
Ne s’accrochent que des choses dont je n’ai nul besoin.
Indignation lassée, résignation ardente.
Les bourreaux emportent les rochers. Dieu écrit sur le
sable.

Chambres calmes.
Les meubles sont prêts à l’envol dans la clarté lunaire.
Doucement j’entre en moi
par une forêt d’armures creuses.

(Tomas Tranströmer)

 

 

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Amour Noir (Marie-Anne Bruch)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2018




Amour Noir

Je te préfère au bonheur
comme je préfère
le rouge au rose
les impasses aux ruelles
et le tango à la farandole.

Je te préfère à l’espoir
comme je préfère
l’éclair à l’arc-en-ciel,
le pavot à la marguerite,
et le bâton à la carotte.

Je te préfère à la raison
comme je préfère
l’adolescence à l’enfance,
Tantale à Sisyphe,
et le désespoir à la résignation.

Je te préfère à la vie
comme je préfère
le noir au gris,
la douleur à l’errance,
et les vacheries aux singeries.

(Marie-Anne Bruch)

son site laboucheaoreilles ici

Illustration: Alexandre Cabanel

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Tais-toi, âme lasse (Camillo Sbarbaro)

Posted by arbrealettres sur 10 mai 2018



 

Tais-toi, âme lasse d’être heureuse
et de souffrir (vers l’un et vers l’autre tu vas
résignée).
Je n’entends aucune de tes voix si j’écoute :
ni celle des regrets pour la misérable
jeunesse, ni celle de colère ou d’espoir,
ni celle de l’ennui
Tu gis
comme le corps, muette, toute pleine
d’une résignation désespérée
[…]

(Camillo Sbarbaro)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Alberto Pancorbo

 

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LES AMOUREUX (Jaime Sabines)

Posted by arbrealettres sur 29 janvier 2018


 


 

Benjamin Dominguez (3)

LES AMOUREUX

Les amoureux se taisent.
L’amour est le silence le plus fin,
le plus tremblant, le plus insupportable.
Les amoureux guérissent,
délaissent,
mutent, oublient.
Le coeur leur dit qu’on ne trouve jamais,
ils cherchent en vain, ils persistent.

Les amoureux passent à la déraison
parce que seuls, ils sont deux, deux, deux,
ils se livrent, se donnent, à chaque instant,
et se récrient de ne pas sauver l’Amour.
L’Amour les dévore. Les amoureux vivent
d’instants, impuissants à dépasser
les frontières du temps.
Ils cherchent toujours un aller
vers quelqu’autre lieu.
Ils attendent,
n’espèrent pas, mais languissent encore.
Ils savent trop bien que jamais on ne joint.
L’amour est perpétuel sursis
reste toujours le pas qui vient, et l’autre, et l’autre encore.
Les amoureux sont des insatiables
de leur solitude.

Les amoureux sont l’hydre de l’erne,
des tentacules en guise de bras,
leurs veines autour du cou se gonflent
les étouffant comme des serpents.
Les amoureux ne peuvent dormir,
s’ils ferment l’oeil, la vermine festoie.

A l’obscurité, ils ouvrent le regard,
la terreur au coeur.
Ils trouvent des scorpions sous leurs draps
et leur couche dérive sur le lac.

Les amoureux sont fous, simplement fous,
sans Dieu ni Démon.

Les amoureux sortent d’eux-mêmes
tremblants et affamés,
ils vont chasser les fantasmes.
Ils se rient des sages de l’amour,
de ceux qui aiment à jamais, en toute Vérité,
de ceux qui croient que l’amour est une lampe à la
flamme inusable.

Lies amoureux jouent au puits,
ils dessinent et tatouent les fumées, ils s’amusent à ne pas partir.
Ils jouent le long et triste jeu de l’amour.
ils récusent la résignation.
Ils clament qu’aucun règne ne doit se démettre.
Les amoureux ont honte de toute conformation

Vacants, vides de côte est en côte ouest,
fermentant la mort derrière leur regard,
ils avancent, de sanglot en sanglot, jusqu’à l’aube,
où équipages et chants du coq font leurs douloureux adieux.

Une odeur de terre nouvelle leur arrive parfois,
un parfum de femme doucement abandonnée, la main
fleurissant le mont,
une senteur d’eau tiède, un fumet de chair.
Les amoureux chantent, modulent
un phrasé nouveau.
Ils pleurent l’évanescence
de leur beau dérèglement.

(Jaime Sabines)

Illustration: Benjamin Dominguez

 

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LES PARFUMS (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2017



Illustration: Malinowsky
    
LES PARFUMS

J’ai recueilli tous vos trésors, molles errances,
Haleine aux soirs dormants qu’ont les chanvres rouis,
Les trèfles que l’on fauche en la brume enfouis
Et les sainfouins qu’un souffle matinal balance.
J’ai recueilli tous vos trésors, molles errances.

Je connais la douceur que vos parfums renferment,
Chambres à four où le pain brûlant fume encor,
Margelle des vieux puits parés de mousse d’or
Et, pleine de fumier, cour sereine des fermes.
Je connais la douceur que vos parfums renferment.

J’ai saisi quelquefois, rêvant dans l’écurie,
Où le souffle des boeufs sortant des mufles blonds
Monte en brouillard d’azur, un peu l’âme qu’ils ont
De résignation calme et de paix fleurie.
J’aime l’odeur qui flotte aux murs de l’écurie.

J’ai goûté bien souvent l’arôme ambrosiaque
Des sarrasins meurtris qu’écrasent les fléaux
Et des tiges s’entassent en pourpres monceaux,
Pendant que le grain noir jaillit et qu’on l’ensaque.
J’ai goûté bien souvent l’arôme ambrosiaque,

En septembre, des fruits tombant dans l’herbe humide,
De l’estragon, des lys, des floraisons d’asters
Et des noyers livrant leurs feuillages amers,
Sous le ciel pluvieux, au vent qui les oxyde.

Et j’ai fait un linceul à mes désirs défunts,
Par les vergers d’automne et que la brume inonde,
De l’effeuillement doux des roses moribondes:
Mon âme est une amphore où dorment des parfums.

(Marie Dauguet)

 

 

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Souhaits (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2017




    
Souhaits

Je voudrais pour prier la très vieille chapelle
Au milieu des bois frais et des eaux murmurantes;
Je voudrais pour pasteur un vieil aumônier frêle
Qui bénit les enfants avec ses mains tremblantes.

Je voudrais pour aimer la hutte sous les aulnes
Et non la tour d’ivoire aux somptueux paliers;
Je voudrais à mon seuil de pâles anémones
Et le sanglotement d’un couple de ramiers.

Je voudrais dans mon coeur cette simplicité
Grâce à laquelle on croit et l’on accepte tout,
Qui fait de ce qu’on aime une divinité
Et noue jette en pleurant devant elle à genoux.

Je voudrais pour dormir la touffe de verveine
Que les sorciers chez nous posent sur les blessures;
Je voudrais pour dormir la douceur de la laine
D’un agneau nouveau-né dans une étable obscure.

Je voudrais pour mourir la résignation
De l’herbe qui pourrit, de la feuille qui tombe;
Je voudrais pour cercueil le repli d’un sillon
Et des blés fleurissant au printemps sur ma tombe.

*

Mais je voudrais pourtant qu’il restât quelque chose
De mon âme sonore et pleine de chansons:
Un refrain d’alouette envolé des blés roses
Ou la plainte du vent qui berce les moissons.

(Marie Dauguet)

 

 

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Celui (Kabîr)

Posted by arbrealettres sur 25 avril 2017



Celui qui est modeste et content de son sort;
celui qui est juste, celui dont l’esprit est rempli de résignation et de paix;
Celui qui L’a vu et qui L’a touché, celui-là est libéré de la crainte et de l’angoisse.

Pour lui la pensée de Dieu est comme une pâte de santal répandue sur son corps.
Pour lui il n’y a aucune autre joie que cette pensée.
Une harmonie accompagne son travail et son repos ;
un rayonnement d’amour émane de lui.

Kabîr dit : «Touche les pieds de Celui qui est un, indivisible, immuable, paisible,
qui remplit de joie à pleins bords les vases terrestres et dont la forme est amour. »

(Kabîr)

Illustration

 

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La paix est dans le bois (Francis Jammes)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2017



La paix est dans le bois silencieux et sur
les feuilles en sabre qui coupent l’eau qui coule,
l’eau reflète, comme en un sommeil, l’azur
pur qui se pose à la pointe dorée des mousses.

Je me suis assis au pied d’un chêne noir
et j’ai laissé tomber ma pensée. Une grive
se posait haut. C’était tout. Et la vie,
dans ce silence, était magnifique, tendre et grave.

Pendant que ma chienne et mon chien fixaient une
mouche qui volait et qu’ils auraient voulu happer,
je faisais moins de cas de ma douleur et laissais
la résignation calmer tristement mon âme.

(Francis Jammes)

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AMOUR NOIR (Marie-Anne Bruch)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2017



 

AMOUR NOIR

Je te préfère au bonheur
comme je préfère
le rouge au rose
les impasses aux ruelles
et le tango à la farandole.

Je te préfère à l’espoir
comme je préfère
l’éclair à l’arc-en-ciel
le pavot à la marguerite
et le bâton à la carotte.

Je te préfère à la raison
comme je préfère
l’adolescence à l’enfance
Tantale à Sisyphe
et le désespoir à la résignation.

Je te préfère à la vie
comme je préfère
le noir au gris
la douleur à l’errance
et les vacheries aux singeries.

(Marie-Anne Bruch)

Découvert ici: Lucarne Poétique

Illustration: Andor Novák

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Résignation (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2016



Résignation

Parasite insensé d’une obscure planète,
Dans l’infini tonnant d’éternelles clameurs,
Sur un point inconnu j’apparais et je meurs,
Et je veux qu’aussitôt tout le sache, et s’arrête!

Je veux que pour un cri perdu dans la tempête
Les océans soudain sèchent leurs flots hurleurs,
Et que pour apporter sur ma tombe des fleurs,
Les soleils en troupeaux accourent de leur Fête!

Pauvre coeur insensé! brise-toi, tu n’es rien.
Et bien d’autres sont morts dont le cœur fut le tien,
Et la terre elle-même ira dans le silence.

Tout est dur et sans coeur et plus puissant que toi.
Souffre, aime, attends toujours et danse
Sans même demander l’universel Pourquoi.

(Jules Laforgue)

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