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Posts Tagged ‘résine’

Habillage (Philippe Claudel)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2020



Illustration: Pascal Renoux
    
Habillage

Mon amour
Mon Dieu que c’est long
Que c’est long
Ce temps sans toi
J’en suis à ne plus compter les jours
J’en suis à ne plus compter les heures
Je laisse aller le temps entre mes doigts
J’ai le mal de toi comme on a le mal d’un pays
Je ferme les yeux
J’essaie de retrouver
Tout ce que j’aime de toi
Tout ce que je connais de toi
Ce sont tes mains
Tes mains qui disent comme ta bouche les mots
En les dessinant dans l’air et sur ma peau parfois
Tes mains serrées dans le sommeil avec la nuit
Dans le creux de ta paume
Tes mains qui battent les rêves comme des cartes à jouer
Tes mains que je prends dans les miennes
Pendant l’amour
Ce matin tandis que le soleil venait à la fenêtre j’ai fermé les yeux
Et ta bouche s’est posée sur ma bouche
La tienne à peine ouverte
Et tes lèvres doucement se sont écrasées sur les miennes
Et ta langue s’est enroulée à ma langue
J’ai songé à l’Italie alors
Au citronnier de Ravello accroché dans l’à-pic au-dessus de la mer
Très bleue
Au vent dans tes cheveux
Tu portais ta robe rose
Elle devenait une fleur
Elle jouait avec tes cuisses et tes bras nus
Le vent la tordait comme un grand pétale souple
Le vent chaud comme ton ventre après l’amour
Tandis que mon sexe dans ton sexe frémit encore et s’émerveille
Que le plaisir a rendu mauves nos paupières
Que nous sommes couchés non pas l’un contre l’autre
Mais l’un à l’autre
Oui l’un à l’autre mon amour
Mon présent s’orne de mille passés dont il change la matière
Et qui deviennent par ta grâce des présents magnifiques
Ces heures ces instants ces secondes au creux de toi
Je me souviens du vin lourd que nous avions bu
Sur la terrasse tandis que la nuit couvrait tes épaules
D’un châle d’argent
Je me souviens de ton pied gauche jouant avec les tresses de ta sandale
La balançant avec une grâce qui n’appartient qu’à toi
Je me souviens de ce film de Nanni Moretti Caro Diaro
Vu dans un vieux cinéma
Des rues de Rome
De la lumière orangée de la ville
Et de la Vespa que nous avions louée quelques jours plus tard
Et nous avions roulé comme Nanni dans le film
Sans but et sans ennui
Dans l’émerveillement du silence de la ville
Désertée pour la ferragosto
Tu me tenais par la taille et tu murmurais à mon oreille
« Sono uno splendido quarantenne »
Et tu riais
Et je riais avec toi sous le nuage des pins parasols
Dans les parfums de résine
Et le soir devant le grand miroir rouillé de la très petite chambre de l’hôtel
Tu jouais un autre film
« Tu les trouves jolies mes fesses ?
Oui. Très.
Et mes seins tu les aimes.
Oui. Enormément. »
Et je disais oui à tout
Oui à toi
Oui à nous
Je sors une heure chaque jour
Cela est permis
Je marche je tourne je tourne en rond
Et rien ne tourne rond
Pour moi sans toi
Pour moi loin de toi et qui n’ai plus que ma mémoire
Pour te faire naître dans mon cerveau
Et l’apaiser l’embraser t’embrasser te serrer te chérir en lui
Hier le surveillant tandis que je rentrais dans ma cellule après la promenade
M’a dit que le confinement allait prendre fin au-dehors

Dombasle-sur-Meurthe, le 20 mai 2020

(Philippe Claudel)

 

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NOEL (Hugo von Hofmannsthal)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2019



 

 

NOEL

Les carillons de Noël
Dans le vent nocturne…
Qui sait où sont aujourd’hui
Les cloches
Et les sons de jadis ?

Les sons vivants
Des ans écoulés
Avec leur beauté enfantine
Et leurs cheveux parfumés
Leurs cheveux parfumés de l’odeur de résine
Avec des lèvres et des boucles
Alourdies par les rêves ?

Et d’où viennent les cloches
D’aujourd’hui

Les vagabondes cloches d’aujourd’hui ?
Les jours présents
Glissent dans un souffle.
Qui écoute seulement si c’est une plainte
Ou le rieur mois de Mai
Le rougissant fleurissant mois de Mai ?

(Hugo von Hofmannsthal)

Illustration

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Que ne t’atteigne pas l’air, l’aurore, la nuit (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 21 décembre 2019



Que ne t’atteigne pas l’air, l’aurore, la nuit,
mais seulement la terre, et la vertu des grappes,
et la pomme qui pousse en entendant l’eau pure,
la résine et la boue de ta terre odorante.

Depuis Quinchamali où tes yeux furent faits
jusqu’à tes pieds créés pour moi sur la Frontière
tu es la glaise obscure et que je reconnais :
tout le blé je le touche à nouveau sur tes hanches.

Et peut-être l’ignorais-tu, mon Araucane,
lorsque avant de t’aimer j’oubliai tes baisers
qu’il nie restait au coeur mémoire de ta bouche

et j’allai par les rues pareil à un blessé
pour comprendre à la fin que j’avais découvert
mon territoire, amour, de baisers, de volcans.

***

No te toque la noche ni el aire ni la aurora,
sólo la tierra, la virtud de los racimos,
las manzanas que crecen oyendo el agua pura,
el barro y las resinas de tu país fragante.

Desde Quinchamalí donde hicieron tus ojos
hasta tus pies creados para mí en la Frontera
eres la greda oscura que conozco :
en tus caderas toco de nuevo todo el trigo.

Tal vez tú no sabías, araucana,
que cuando antes de amarte me olvidé de tus besos
mi corazón quedó recordando tu boca

y fui como un herido por las calles
hasta que comprendí que había encontrado,
amor, mi territorio de besos y volcanes.

(Pablo Neruda)

Illustration

 

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Vergers d’enfance (Michel Butor)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2019




    
Vergers d’enfance

Nymphes et dryades enlacées
houris et péris sous gaze et perles

Les pétales dans l’herbe
un lézard sur un caillou

Les guêpes mordent
dans la poire

Une collection de noyaux
des arabesques de pelures

Une goutte de résine
au fond de la blessure
d’un cerisier

Le parfum des fraises
un sourire velouté

Murmures des écorces
crépitements en sourdine

Un goût de tendre aveu
sur le bout de la langue

Sous les caresses des brindilles
les bourgeons s’entrouvrent

(Michel Butor)

 

Recueil: Collation précédé de HORS-D’OEUVRE scandés par les SOUVENIRS ILLUSOIRES D’UN JAPON TRES ANCIEN
Traduction:
Editions: Seghers

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MAJORQUE (Renée Brock)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2019




    
MAJORQUE

L’odeur de la résine et sa jupe empesée
La barque « Filea » : ma vie heureuse ancrée.

Mes deux fils de quinze ans, deux poissons sans écailles,
Tirent des traits de cuivre au flanc vert de la vague.

La chaleur est une énorme reine assise
Sur treize chaises de bougainvillée rose.

Grenade, Algésiras et les balcons de fer,
Les murs blancs, la rosée marine, les oranges,

Les pâtisseries que l’on nomme
« Ensaimadas » avec leur sucre en cheveux d’ange.

L’île est une main d’or qui serre mon bonheur
Dans le creux corail de sa paume.

Nul ne sait où nous sommes.

D’être heureuses, mes mains s’ouvraient comme des fleurs.

(Renée Brock)

 

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LORSQUE la nuit cède (Rafael Carcelén)

Posted by arbrealettres sur 6 février 2019



Illustration: Christian Schloe 
    
LORSQUE la nuit cède
Et fatiguée dans sa mémoire elle s’effondre.
Lorsque le tout n’est plus rien
et pour le néant tout
abandonne doucement ses doigts
à la seule fragrance
à l’humide épaisseur de toute forme,
qui retient et éteint,
qui dissout, qui unit, qui détache,

avec cette légère paresse
comme la lente résine, de ton corps
l’aube se sécrète.

***

CUANDO cede la noche
y exhausta en su memoria se desploma.
Cuando ya todo es nada
y por la nada todo
mansamente abandona sus dedos
a la sola fragancia,
al húmedo espesor de toda forma
que retiene y apaga,
que disuelve, que une, que desata,

con qué leve pereza
como lenta resina, de tu cuerpo
va segregándose el alba.

(Rafael Carcelén)

 

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VERLAINE (Manuel Bandeira)

Posted by arbrealettres sur 21 octobre 2018



 

VERLAINE

Je ne puis te donner fruit ni fleur. Feuille ou branche,
Si. Feuille d’orme, non, ni d’agreste glycine.
Feuille de la forêt, parfumée de résine,
A ta gloire apportant la rosée du matin.

(Manuel Bandeira)

 

 

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La lumière de midi fait éclater les fronts (Albert Ayguesparse)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



La lumière de midi fait éclater les fronts.
Elle peint de résine les masques insensés
Que les puissants ont pris pour traverser la ville
Où les bûchers croulants grillent le ciel géant.

Elle bouge avec l’ombre décapitée des murs
Et recouvre de chaux les cris des premiers morts.
Ses doigts d’encre ont tracé les couloirs de la peur,

Ne me demande pas ce que font ces fantômes.
Ils arrachent le coeur des colombes blessées
Et vendent des colliers d’amulettes sonores
Pour conjurer la foudre et sauver les damnés,
Mais l’enfer n’entend pas ce doux bruit d’ossements.

(Albert Ayguesparse)

Illustration: Julien Girard

 

 

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Interprétations d’un pin tordu (Kenneth White)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2018



Interprétations d’un pin tordu (Extrait)

J’ai commencé
Par pousser tout droit
Comme qui que ce soit.
Suivirent alors
Un virage vers le sud
Une inclinaison vers l’est
Une poussée vers le nord
Et un brusque tournant vers l’ouest.

Donc, si vous m’approchez
Attendez-vous à un brin de folie
Il n’y a que des pins dans la philosophie.

Je vis paisible
Mais les vents me prennent pour cible

Ma métaphysique est une danse
Au cœur de l’existence.

Les branches de mon cerveau
Vibrent au soleil et au vent

La forêt de mon esprit
Est fécondée par la pluie

Ma résine est ma raison.
Regardez sur le ciel

Le fou, très réel.

(Kenneth White)

 

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LES PIEDS D’HERBE CHUCHOTENT (Inger Christensen)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2018



Illustration
    
LES PIEDS D’HERBE CHUCHOTENT

Les pieds d’herbe chuchotent
se glissent à travers nous,
les doigts de pin se touchent
quand les chemins se croisent,
la résine gluante qui suinte
nous colle l’un à l’autre,
les pics désireux d’été
hachent les coeurs d’ovaire durs.

(Inger Christensen)

 

Recueil: HERBE
Traduction: Janine et Carl Poulsen
Editions: Atelier La Feugraie

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