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Poésie

Posts Tagged ‘résister’

Solitude (Miroslav Antić)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2021



     


    
Solitude

Tu reconnaîtras ta force
à ta capacité
à résister à la solitude.

Les étoiles géantes sont seules
en marge de l’espace.
Les petites et les confuses
se tassent en galaxies.

La semence du séquoia choisit les clairières
riches en soleil, ouragan et oxygène.
La semence des fougères se niche dans les forêts vierges.

L’aigle n’a jamais eu besoin
de faire la connaissance d’un autre aigle.
Les fourmis ont inventé les peuples.

Tu reconnaîtras ta force
à ta capacité
à surmonter l’instant présent,
car l’instant présent est plus dur,
plus terrible et plus long
que le temps, que l’éternité.

***

Самоћа

Своју снагу препознаћеш по томе
Колико си у стању
Да издржиш самоћу.

Џиновске звезде самују
На ивицама свемира.
Ситне и збуњене
Сабијају се у галаксије.

Семе секвоје бира чистине
Са много сунца, урагана и ваздуха.
Семе папрати завлачи се у прашуме.

Орао никад није имао потребу
Да се упозна са неким другим орлом.
Мрави су измислили народе.

Своју снагу препознаћеш по томе
Колико си у стању
Да пребродиш тренутак,
Јер тренутак је тежи
И страшнији и дужи
Од времена и вечности.

(Miroslav Antić)

 

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

et … lui-même ici: serbica.u-bordeaux-montaigne
Recueil:
Traduction: Traduit du serbe par Boris Lazić
Editions:

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Étrangers… (Domenico Brancale)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2021



    

Étrangers…

Étrangers. Les jours ne cadrent pas. Pour
différentes raisons. Nous vivons derrière
les paupières d’une personne. Dehors
résiste. Obstinément. Dehors limite.
Derrière nous vivons.

Lumière. Dedans.
Irruption jusque là où l’emporte le noir.
«Parce que incandescente. Parce que nul ne lui résisterait ».
Dehors est un périmètre évanoui.
Les corps vaquent. La main aux aguets.

(Domenico Brancale)

Traduit de l’italien par Jean-Charles Vegliante.

 

Recueil: Voix Vives de méditerranée en méditerranée Anthologie Sète 2019
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Rien n’avait résisté… (Marilyse Leroux)

Posted by arbrealettres sur 30 octobre 2020




    
Rien n’avait résisté…

Rien n’avait résisté ni le fer ni l’acier
Dieu est une arme plus cruelle
que la houe du jardinier
j’aurais voulu me coucher dans la terre une
jarre d’eau fraîche à portée de main mais
où étaient mes mains?

J’ai recollé ma tête et mes pieds
pour épargner le sable

mais rien ne tenait on avait broyé mes os
Alors j’ai suivi la route des fourmis
mon souffle dans leurs pattes
La colonne avançait en bénissant les nuages
pour trois gouttes d’eau
aucun dieu ne nous a aidés.

Nos pieds allaient vers la mer
loin des arbres à histoires
Nous marchions vers un monde
que nous ne connaissions pas
nos sandales ne comprenaient plus le sable.

La marche m’a forcée
à habiter mon corps
le désert à l’oublier
La mer fut un miracle
je l’ai remerciée de nous porter
plus encore de nous laisser.

Ce que j’ai vu
aucune eau ne pourra l’effacer
aucune source aucune pluie la
mer elle-même a renoncé.

Aujourd’hui je suis là de l’autre côté
avec ma peau d’hier et d’avant-hier
je suis là et je vous regarde grande comme je peux
avec ce poids au bout de mes bras
Des ondes me traversent que je ne comprends pas
ni la force qui me porte
ni le courage qu’elles me donnent
Si je le savais mon coeur s’en irait avec elles.

(Marilyse Leroux)

 

Recueil: Courage Dix variations sur le courage et un chant de résistance
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Un mal la ronge… (François Deblué)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2020



    

Un mal la ronge…

Un mal la ronge
qui est mal fatal
un mal la ronge
peu à peu
la prive
de tout plaisir
de tout désir
malgré quoi
elle lutte
résiste
jour après jour
pied à pied
malgré quoi
obstiné
le mal
lui aussi
poursuit son oeuvre
pas à pas
lui aussi
la détruit
la réduit
à peu de chose
à presque rien

Elle se bat pourtant
et luttera encore jusqu’au jour

« courage »
à son tour
ne sera plus
que lettre morte.

(François Deblué)

 

Recueil: Courage Dix variations sur le courage et un chant de résistance
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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SÈVE ASCENDANTE (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2020



Illustration: Vincent Van Gogh
    
SÈVE ASCENDANTE

Un frisson parcourt les arbres
comme un battoir vert
Ossip Mandelstam

ce sont les arbres
du grand paysage interne
écoutons-les croître
ce sont arbres à visions

arbres résistants
aux racines comme des mains
arbres-personnages
selon Van Gogh

arbres de vie vivante
dont chaque feuille
est une prophétie
arbres aux mélancolies fulgurantes

arbres d’un Paul Klee
pénétrant dans les profondeurs de la forêt
pour se réfugier dans le vert
chaud tendre abyssal

arbres aux tendresses
qui trouent le ciel
interprètes des vents solaires
babels de toutes les géographies

arbres voyants
hommes posés sur la tête
dont la sève bleutée
circule dans notre sang

(Zéno Bianu)

Illustration: Paul Klee 

Recueil: Infiniment proche et Le désespoir n’existe pas
Traduction:
Editions: Gallimard

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Inventer le retour du monde (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2020




    
Inventer le retour du monde
après sa disparition.
Et inventer un retour vers ce monde
depuis notre disparition.
Et réunir les deux souvenirs
pour assembler tous les détails.
Il faut soumettre l’infini à des tests
pour voir s’il y résiste.

***

inventar el regreso del mundo
después de su desaparición.
E inventar un regreso a ese mundo
desde nuestra desaparición.
Y reunir las dos memorias,
para juntar todos los detalles.
Hay que ponerle pruebas al infinito,
para ver si resiste.

***

inventar o regresso do mundo
após o seu desaparecimento.
E inventar um regresso a esse mundo
a partir do nosso desaparecimento.
E reunir as duas memórias,
para juntar todos os detalhes.
É preciso pôr à prova o infinito
para ver se resiste.

***

创造世界的回归
在它的消失之后
且创造一个回归这个世界的机会
自从我们消失以后。
并把这两个记忆再联合
在所有它的细节上。
一个人必须顺从无限到检验
来看它是否抵抗。

***

To invent the return of the world
after its disappearance.
And to invent a return to this world
since our disappearance.
And to reunite the two memories
together in all its details.
One must submit infinity to tests
to see if it resists.

***

De terugkeer van de wereld uitvinden
na haar verdwijning.
En een terugkeer naar deze wereld uitvinden
vanaf onze verdwijning.
En beide herinneringen verenigen,
om alle details te verbinden.
Men dient de oneindigheid aan testen te onderwerpen,
om te zien of ze het uithoudt.

***

Die Rückkehr der Welt erfinden
nach ihrem Verschwinden.
Und eine Rückkehr zu dieser Welt erfinden
seit unserem Verschwinden.
Und beide Erinnerungen vereinen,
um alle Einzelheiten zusammenzuführen.
Man soll die Unendlichkeit auf die Probe stellen,
um zu sehen, ob sie es aushält.

***

दनियाु
की वापसी का आववष्कार करिे के लिए
इसके गायब होिे के बाद।
और इस दनु िया में वापसी का आववष्कार करिे के लिए
हमारे िापता होिे के बाद से।
और दो यादों को फिर से लमिािे के लिए
एक साथ इसके सभी वववरणों में।
एक परीक्षण के लिए अिंत प्रस्त
तु
करिा चाहहए
देखिा है फक क्या यह ववरोध करता है।

***

Inventare il ritorno del mondo
dopo la sua scomparsa.
E inventare il ritorno a questo mondo
fin dalla nostra scomparsa.
E raccogliere i due ricordi
per mettere insieme i suoi dettagli.
Bisogna mettere alla prova l’infinito
per vedere se resiste.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Ithaca 594
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Espagnol / Portugais Maria do Sameiro Barroso / Chinois Zhou Dao Mo / Anglais Stanley Barkan / Néerlandais Germain Droogenbroodt / Allemand Wolfgang Klinck / Hindi Jyotirmaya Thakur / Italien Stanley Barkan – Luca Benassi /
Editions: POINTS

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Sous ces grosses gouttes (Tôjun)

Posted by arbrealettres sur 16 septembre 2020




    
Sous ces grosses gouttes
elle résiste à la pluie
la fleur de pavot

(Tôjun)

 

Recueil: Friches
Traduction: René Sieffert
Editions: Verdier poche

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L’ami des champs (Stefan George)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2020



L’ami des champs

Peu avant les rougeurs de l’aurore on le voit
Avec la serpe nue marcher dans les sillons
De ses épis profus il soupèse le poids
Les grains déjà jaunis éprouvant de ses dents.

Puis on le voit parmi les vignes attachant
Des pampres égarés aux solides bâtons
Et palper les raisins fermes et verts encore
Et briser un sarment devenu trop puissant.

Puis il va secouant pour qu’il résiste aux vents
Le jeune arbre estimant la menace des nues
Il donne à son ami un pieu pour protection
Et lui sourit : déjà lui poussent des bourgeons.

Il puise et il arrose avec une citrouille
Et se penchant souvent arrache l’herbe folle.
Et sous son pas pesant de toutes parts mûrit
S’enflant profusément un paysage fleuri.

(Stefan George)


Illustration: Emile Claus

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Jour nuit soleil et arbres (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2020



Jean Tardieu
    
(Recueil Jours pétrifiés)
Jour nuit soleil et arbres

Certains mots sont tellement élimés, distendus, que ‘l’on peut voir le jour au travers.
Immenses lieux communs, légers comme des nappes de brouillard – par cela même difficile à manœuvrer.
Mais ces hautes figures vidées, termes interchangeables, déjà près de passer dans le camp des signes algébriques,
ne prenant un sens que par leur place et leur fonction, semblent propres à des combinaisons précises
chaque fois que l’esprit touche au mystère de l’apparition et de l’évanouissement des objets.

I
Est-ce pour moi ce jour ces tremblantes prairies
ce soleil dans les yeux ce gravier encore chaud
ces volets agités par le vent, cette pluie
sur les feuilles, ce mur sans drame, cet oiseau ?

II
L’esprit porté vers le bruit de la mer
que je ne peux entendre
ou bien vers cet espace interdit aux étoiles
dont je garde le souvenir
je rencontre la voix la chaleur
l’odeur des arbres surprenants
j’embrasse un corps mystérieux
je serre les mains des amis

III
De quelle vie et de quel monde ont-ils parlé ?

– De jours pleins de soleil où nous nous avançons,
d’espace qui résiste à peine à nos mains et de nuits
que n’épaissira plus l’obscurité légère.

IV
Entre les murs un visage survint
qui se donnait le devoir de sourire
et m’entraîna vers une autre fenêtre
d’où le nuage à ce moment sortait.

Tout était lourd d’un orage secret
un homme en bleu sur le seuil s’avançait
le tonnerre éclata dans ma poitrine
un chien les oreilles basses
rentrait à reculons.

V
Mémoire
Et l’ombre encor tournait autour des arbres
et le soleil perdait ses larges feuilles
et l’étendue le temps engloutissait
et j’étais là je regardais.

VI
Je dissipe un bien que j’ignore
je me repais d’un inconnu
je ne sais pas quel est ce jour ni comment faire
pour être admis.

VII
Comme alors le soleil (il était dans la nuit
il roule il apparaît avec silence
avec amour, gardant pour lui l’horreur)
ainsi viendront les jours du tonnerre enchaîné
ainsi les monstres souriants ainsi les arbres
les bras ouverts, ainsi les derniers criminels
ainsi
la joie.

VIII
Quand la nuit de mon coeur descendra dans mes mains
et de mes mains dans l’eau qui baigne toutes choses
ayant plongé je remonterai nu
dans toutes les images :
un mot pour chaque feuille un geste pour chaque ombre
« c’est moi je vous entends c’est moi qui vous connais
et c’est moi qui vous change. »

IX
Je n’attends pas un dieu plus pur que le jour même
il monte je le vois ma vie est dans ses mains :
la terre qui s’étend sous les arbres que j’aime
prolonge dans le ciel les fleuves les chemins…
Je pars j’ai cent mille ans pour cet heureux voyage.

X
Epitaphe
Pour briser le lien du jour et des saisons
pour savoir quelle était cette voix inconnue
sur le pont du soleil à l’écart de ma vie
je me suis arrêté.
Et les fleuves ont fui, l’ombre s’est reconnue
espace les yeux blancs j’écoute et parle encore
je me souviens de tout même d’avoir été.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: Jean Tardieu Un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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Dilacérable (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2020


La femme regarde sans voix
l’étoffe que crut solide
dilacérable
monde pense-t-elle
où rien ne résiste
pourtant on entend chaque soir
au dos le sac
dont s’entrechoquent les outils
celui qui rentre au bout du compte mortifié
tandis que d’une allée
doucement ratissée
monte une odeur de nourriture.

(Jean Follain)

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