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Posts Tagged ‘résoudre’

MON INQUIÉTUDE (Moshe-Leib Halpern)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2019



    

MON INQUIÉTUDE

J’ai l’inquiétude des loups, la quiétude des ours sages,
L’ennui écoute retentir en moi les cris d’un coeur sauvage,
Je ne suis point ce que je pense et ne suis pas tel que je veux,
Je suis l’enchanteur et je suis le sortilège de son jeu.

Je suis l’énigme qui se tue à résoudre enfin son mystère
Moi, plus agile que le vent qui se noue autour d’une pierre,
Je suis le soleil de l’été, l’hiver, le vent glacé du Nord
Et je suis le riche dandy que l’on voit gaspiller son or,

Hardi je suis le gars qui porte un peu de biais sa casquette
Et qui dévalise son temps en sifflotant un air de fête,
Je suis le violon mais aussi le tambourin, la contrebasse,
De ces trois vieux musiciens, orchestre vagabond qui passe,

Je suis la danse de l’enfant et sous la clarté de la lune
Je suis cet innocent qui rêve au pays bleu de la fortune.
Lorsqu’en passant je vois d’une maison détruite les décombres
Je suis le vide qui m’observe avec ses regards troués d’ombre.

Je suis la peur en ce moment qui m’épie peut-être au-dehors,
La fosse ouverte dans un champ à la mesure de mon corps,
Maintenant je suis la lueur qui brûle pour le souvenir
Et l’inutile image au mur suintant qui reste à jaunir,

Maintenant, le temps d’un éclair, je suis cette immense tristesse
Qui depuis un siècle me guette et qui me débusque sans cesse,
Et maintenant je suis la nuit, la lassitude est sa rançon,

Le pesant brouillard de la nuit, le soir et sa calme chanson,
L’étoile blanche que l’on voit très haut dans le ciel allumée
Et la rumeur sourde d’un arbre, un son de cloche, une fumée…

(Moshe-Leib Halpern)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Sans jamais me résoudre (Maria Angela Alvim)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2019



 

tunisia_desert

Sans jamais me résoudre
à combler un désert
ni me rassasier de mourir

(Maria Angela Alvim)

Illustration

 

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La fellah (Théophile Gautier)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2018




    
La Fellah

Caprice d’un pinceau fantasque
Et d’un impérial loisir,
Votre fellah, sphinx qui se masque,
Propose une énigme au désir.

C’est une mode bien austère
Que ce masque et cet habit long,
Elle intrigue par son mystère
Tous les Oedipes du salon.

L’antique Isis légua son voile
Aux modernes filles du Nil ;
Mais, sous le bandeau, deux étoiles
Brillent d’un feu pur et subtil.

Ces yeux qui sont tout un poème
De langueur et de volupté
Disent, résolvant le problème,
 » Sois l’amour, je suis la beauté.  »

(Théophile Gautier)

 

Recueil: Émaux et Camées
Traduction:
Editions: Gallimard

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L’absence ne résout rien (Sylvie Fagre G.)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2018



Illustration
    
L’absence ne résout rien

pourquoi, pourquoi ce désordre
de la mort
dans lequel bruit sans fin
l’indissoluble ?

(Sylvie Fagre G.)

 

Recueil: Frère humain
Traduction:
Editions: L’AMOURIER

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Je me souviens des longs tourments (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



 

Illustration: Evaristo
    
Je me souviens des longs tourments :
La nuit se mourait aux fenêtres;
Elle se tordait les bras, son image
Luisait dans les rayons du jour.

Cette vie, fuyant, inutile,
Blessait, brûlait et humiliait:
Et tel un spectre se dressant,
Le jour profilait les coupoles;

Sous la fenêtre, plus pressant
Se faisait le pas des passants;
Et, dans l’eau grisâtre des flaques,
La pluie faisait des ronds.

Le matin n’en finissait pas…
La question vaine taraudait,
Et rien n’a résolu l’averse
De larmes folles du printemps.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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Une seule fois (Nuno Júdice)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2017



Aron Wiesenfeld l

 

Une seule fois

l’amour a suspendu sa phrase ;
une seule fois
le fleuve a débordé sur la berge ;
une seule fois
les astres se sont éteints ;
une seule fois
j’ai entendu le silence des vents.
Le hasard
ne conjugue pas les coïncidences :
il les résout
dans un échange de regards que les amants avaient cru
éternel
Et je descends cette page
jusqu’au bout de la rue
– en vain.

Le bureau de tabac
A fermé ce soir,
Seulement une fois
– la dernière fois.

(Nuno Júdice)

Illustration: Aron Wiesenfeld

 

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L’OURS ET LES DEUX COMPAGNONS (Jean de la Fontaine)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017



 

L’OURS ET LES DEUX COMPAGNONS

Deux compagnons pressés d’argent
A leur voisin Fourreur vendirent
La peau d’un Ours encor vivant,
Mais qu’ils tueraient bientôt, du moins à ce qu’ils dirent.
C’était le Roi des Ours au compte de ces gens.
Le Marchand à sa peau devait faire fortune.
Elle garantirait des froids les plus cuisants,
On en pourrait fourrer plutôt deux robes qu’une.
Dindenaut prisait moins ses Moutons qu’eux leur Ours :
Leur, à leur compte, et non à celui de la Bête.
S’offrant de la livrer au plus tard dans deux jours,
Ils conviennent de prix, et se mettent en quête,
Trouvent l’Ours qui s’avance, et vient vers eux au trot.
Voilà mes gens frappés comme d’un coup de foudre.
Le marché ne tint pas ; il fallut le résoudre :
D’intérêts contre l’Ours, on n’en dit pas un mot.
L’un des deux Compagnons grimpe au faîte d’un arbre ;
L’autre, plus froid que n’est un marbre,
Se couche sur le nez, fait le mort, tient son vent,
Ayant quelque part ouï dire
Que l’Ours s’acharne peu souvent
Sur un corps qui ne vit, ne meut, ni ne respire.
Seigneur Ours, comme un sot, donna dans ce panneau.
Il voit ce corps gisant, le croit privé de vie,
Et de peur de supercherie
Le tourne, le retourne, approche son museau,
Flaire aux passages de l’haleine.
C’est, dit-il, un cadavre ; Otons-nous, car il sent.
A ces mots, l’Ours s’en va dans la forêt prochaine.
L’un de nos deux Marchands de son arbre descend,
Court à son compagnon, lui dit que c’est merveille
Qu’il n’ait eu seulement que la peur pour tout mal.
Eh bien, ajouta-t-il, la peau de l’animal ?
Mais que t’a-t-il dit à l’oreille ?
Car il s’approchait de bien près,
Te retournant avec sa serre.
– Il m’a dit qu’il ne faut jamais.
Vendre la peau de l’Ours qu’on ne l’ait mis par terre.

(Jean de la Fontaine)

Illustration: Marc Chagall

 

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Je ne crois plus qu’aux gestes (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2017




Illustration: Aimé-Nicolas Morot

    
je ne crois plus qu’aux
gestes
Il n’y a pas de mots dans le monde
Il n’y a que des gestes
Le problème de la bonté
de la pureté de la légèreté
n’est pas pour autant résolu
mais il a du moins trouvé sa
juste formulation
Quel geste accomplir
pour atteindre à la vie pure
Quel geste faire ou retenir

(Christian Bobin)

 

Recueil: La Vie Passante
Editions: Fata Morgana

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Un poème sauve un jour (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2016



Un poème sauve un jour.

Plusieurs poèmes pourront-ils
sauver la vie entière?
Ou suffit-il d’un seul?

Tout ce qui sauve
pose ce dilemme.
Le résoudre est la clé
du hasard de se sauver.

(Roberto Juarroz)


Illustration: Odilon Redon

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Il y a des moments et des lieux (Robert Mallet)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2016



Il y a des moments et des lieux
où l’harmonie des choses
nous fait croire que nous résoudrons
l’insoluble de nos vies.

(Robert Mallet)

 

 

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