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T’en souviens-tu, Sarah ? (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 7 juin 2018



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T’en souviens-tu, Sarah ?
La mort s’est abattue sur toi et sur les hommes.
Plus pressée que d’habitude. Cette mort-là n’est pas celle que nos sages
nous ont appris à respecter et à aimer.
Mort engendrée par la haine.

T’en souviens-tu, Sarah ?
En ce temps-là – temps de misère et de guerre – des millions d’hommes étaient partis
en croisade contre le nez, la bouche ; contre le front et l’âme d’une fraction de leurs
semblables dont les poitrines se rétrécissaient, dont les paumes avaient glissé le long des hanches.

Sarah, t’en souviens-tu ?
En ce temps-là – ceci se passait à l’intérieur de la parole donnée, glorifiée, répandue –
l’adolescent avait vu père et mère pris au piège, devenir le centre foisonnant d’une rafle,
le fardeau d’une rose humiliée et disparaître avec son parfum…

En ce temps-là, en ce temps-là – Sarah, t’en souviens-tu ? –
le crachat du conquérant, dans la nuit, rivalisait d’éclat avec l’étoile étirée
et le monde voguait sans mât (…)

(Edmond Jabès)

 

 

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Rose (Eugène Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
Rose,
Je te respecte.

Pâquerette,
Je t’aime!

Illustration: ArbreaPhotos
    
(Eugène Guillevic)

Recueil: Relier
Traduction:
Editions: Gallimard

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LES TROIS FEMMES DU MANDARIN (Textes chinois)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2018



    

LES TROIS FEMMES DU MANDARIN
Sao-Nan

L’ÉPOUSE LÉGITIME
Il y a du vin dans la tasse, et dans le plat il y a des nids d’hirondelles.
Depuis les temps les plus reculés, un mandarin a toujours respecté son épouse légitime.

LA CONCUBINE
Il y a du vin dans la tasse, et dans le plat, il y a une oie bien grasse.
Quand la femme d’un mandarin ne lui donne pas d’enfants, le mandarin choisit une concubine.

LA SERVANTE
Il y a du vin dans la tasse, et dans le plat il y a des confitures variées.
Il importe peu, à un mandarin, qu’une femme soit épouse ou concubine, mais il veut chaque nuit une femme nouvelle.

LE MANDARIN
Il n’y a plus de vin dans la tasse, et dans le plat il n’y a qu’un poireau sec.
Allons, allons, femmes bavardes, ne vous moquez pas d’un pauvre vieux.

(Textes chinois)

 

Recueil: Le Livre de Jade
Traduction: Judith Gautier
Editions: Plon

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UNE JEUNE FILLE (Textes chinois)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2018



Illustration: Kiyoshi Nakajima
    
UNE JEUNE FILLE
Che-King

Je t’en conjure, ô Tchon-Tseu, ne traverse pas mon village ;
ne grimpe pas sur ce saule, cultivé par moi !…
Je ne saurais t’aimer, car je dois craindre et respecter mes parents.

Oh ! je voudrais bien te donner mon cœur, Tchon-Tseu !
Mais les réprimandes de mes parents, n’est-ce pas,
je dois les accueillir avec une crainte respectueuse ?

Je t’en conjure, ô Tchon-Tseu,
n’escalade pas le mur de l’enclos ;
ne fais pas tomber les feuilles du mûrier que j’ai planté.
Je ne saurais t’aimer, car je dois craindre et respecter mes frères aînés.
Il me faut bien, n’est-ce pas, écouter leurs conseils avec déférence ?

Je t’en conjure, ô Tchon-Tseu,
ne brise pas le treillis ;
ne renverse pas mon arbre de santal !…

Je ne saurais t’aimer,
car il faut craindre les hommes et leurs paroles nombreuses.
Oh ! que je voudrais te donner mon cœur, Tchon-Tseu !
Mais les hommes et leurs paroles nombreuses, ne faut-il pas les craindre ?…

(Livre des Vers (Che-King), chant II, section VII.)
(Chants traditionnels, de l’an 2500 à l’an 1000 avant notre ère.)

(Textes chinois)

 

Recueil: Le Livre de Jade
Traduction: Judith Gautier
Editions: Plon

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« Nature morte », quel drôle de nom ! (Christophe André)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2018



 

« Nature morte », quel drôle de nom !
L’appellation anglaise still life – vie immobile -,
et l’allemande, et la flamande, qui disent la même chose, sont bien plus proches de la réalité :
ces peintures montrent une vie silencieuse, calme, apaisée.
Qu’elles nous invitent et nous incitent à rejoindre.
Dans ce monde en mouvement, dans ce monde utilitaire,
la nature morte nous arrête : vie immobile, vie inutile.
Inutile ? Parce qu’elle n’a rien à montrer que de l’ordinaire ?
Mais justement : ce qu’elle nous montre, c’est l’ordinaire qu’on ne regarde jamais.

Et si l’on regarde, on voit : de la simplicité en majesté.
Une présence intense derrière l’immobilité.
Si l’on regarde, on voit que même ce qui ne clignote pas, ne bouge pas, ne scintille pas, ne fait pas de bruit,
peut avoir de l’intérêt et de l’importance.
Si l’on regarde, on voit qu’il y a de la beauté, de l’intelligence et même de la grâce
dans le simple, l’accessible, le disponible.

Je me souviens d’une discussion, un jour, avec un moine Zen qui me recommandait de toujours respecter l’inanimé.
Mais qu’est-ce que l’inanimé ? C’est, me disait-il «ce qui ne crie pas quand on le frappe».
Les choses, les objets, tous ces bouts de matière, qui ne crient pas, jamais.
Mais qui parlent parfois…

(Christophe André)

Son site ici

Illustration: Jean-Baptiste Chardin

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L’enfant nu et son carquois (Armand Lanoux)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2018



L’enfant nu et son carquois
le bel enfant narquois
parce qu’il a des ailes
l’enfant vise l’oiseleur
vise la demoiselle
et d’un trait perce deux coeurs.
Il joue son jeu ardent
le jeu du Petit Dardant.

Le Petit Dardant riait – mon coeur –
quand tu deviens cette drôle de soeur
que je ne respectais que tout bas.
La Loire a des vagues moins douces que tes bas.
La Loire a des mousses moins lisses que tes bras.

J’ai tant tardé à t’aimer
j’ai mis tant de temps à t’attendre
que je ne sais commencer
et que je tremble
devant notre carte du Tendre.

Au bosquet des Mirages partagés
m’a dit le Petit Dardant :
– Va sur les berges de ta belle
le miel de lune t’attend.
Va sur les rives aux mésanges
ta princesse fait l’ange.
Sur les bords de ses hanches
va faire un tour en barque
pêcher ses goujons
et danser sous ses ponts
au Bal du Monarque
à Cithère-le-Pont.

Depuis j’allais sur les bords de toi
les mains le coeur les pieds nus
avec les émois
de celui que je fus.

Tout m’écorche
du passé les souvenirs les roches
pourtant une rose naît à chaque peine
que tu me donnes.
Je la cueille pour que m’abandonne
le mal de douce-mère.

A la Fontaine des Fougères
la rose épousait le lierre
et le Petit Dardant
riait de toutes les dents
du printemps.

(Armand Lanoux)


Illustration:Lambert Sustris

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CONQUÉRANT (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018



    

CONQUÉRANT

J’ai balayé tout le pays
En une fière cavalcade;
Partout les gens se sont soumis,
Ils viennent me chanter l’aubade.

Ce cérémonial est fade;
Aux murs mes ordres sont écrits.
Amenez-moi (mais pas de cris)
Des filles pour la rigolade.

L’une sanglote, l’autre a peur,
La troisième a le sein trompeur
Et l’autre s’habille en insecte.

Mais la plus belle ne dit rien;
Elle a le rire aérien
Et ne craint pas qu’on la respecte.

(Charles Cros)

 

Recueil: Le Collier de griffes
Traduction:
Editions: Gallimard

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LE POÈTE PAYSAN (John Clare)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2018



Illustration: Louis-Philippe Kamm
    
LE POÈTE PAYSAN

Il aimait le ruisseau chanteur
Le coup d’aile de l’hirondelle
Le sol vêtu de pâquerettes
La robe pommelée du ciel
Pour lui l’orage fracasseur
Était la voix même de Dieu
Où se dressait le roc du soir
Il voyait Moïse et sa verge
Tout ce qu’embrassait son regard
Jusqu’aux insectes des fougères
Créatures du Tout-Puissant
Il l’aimait pour l’amour de Lui
Homme à respecter le silence
Dans les affaires de la vie
Penseur dès son adolescence
Paysan de par ses soucis
Et poète pour sa joie grande.

***

THE PEASANT POET

He loved the brook’s soft sound
The swallow swimming by
He loved the daisy-covered ground
The cloud-bedapled sky
To him the dismal storm appeared
The very voice of God
And when the evening rock was reared
Stood Moses with his rod
And everything his eyes surveyed
The insects i’ the brake
Were creatures God Almighty made
He loved them for his sake —
A silent man in life’s affairs
A thinker from a boy
A peasant in his daily cares
A poet in his joy.

(John Clare)

 

Recueil: Poèmes et Proses de la Folie de John Clare
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Mercure de France

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Je vous fais don de mon amour (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2017




    
Je vous fais don de mon amour
je vous fais don du chardon le plus doux du bouquet
cruel entre vos mains si pures
que la neige n’ose s’aventurer en leurs parages.

Vous savez ce qu’est l’amour humain
c’est tout ce que je puis offrir
et qui est vôtre
puisque rien ne passe pour mes yeux
l’éclat de votre front.

J’aurais voulu avant déjà
que moins de boue pendît de moi
qu’une plus sûre flamme tint dans ma main
et que l’humiliation de vivre dans les larves
et d’attendre la mort
acceptât de s’éteindre.

C’est dans la cendre qu’il faut accueillir ce pur rosier
C’est dans la cendre qu’il faut chercher son parfum.

Vous m’avez fait rêver d’un grand glacier de ciel
ô mon amour
unique autel digne de porter votre éclat.

Vous m’avez fait rêver d’un pur baiser d’absence
ô mon amour
seule aile transparente assez
pour respecter votre lumière.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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Fleur de grenadier (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2017



Fleur de grenadier

Après le toréador Havradi, après les processions,
après les courses de taureaux, après les arrivages de la flotte d’Espagne,
ce que les habitants de Mexico aimaient le mieux,
c’était la danseuse Grenadilla.

Seigneurs, bourgeois, matelots, soldats,
tout le monde la connaissait, tout le monde l’admirait,
tout le monde la respectait,
et pourtant ce n’était qu’une pauvre danseuse des rues,
une fille du peuple qui ne connaissait même pas sa famille,
une bohémienne, une saltimbanque.
Mais quand cette bohémienne, cette saltimbanque,
se mettait à danser le fandango, il n’y avait pas de duchesse qui eût l’air plus noble,
la taille plus souple, les gestes plus fiers et plus gracieux que la Grenadilla.
Dès qu’elle paraissait, son tambour de basque ou ses castagnettes à la main,
la foule s’amassait autour d’elle, on faisait cercle,
on se disputait une place pour la voir danser.
Le directeur du théâtre avait voulu l’engager, mais sans succès.
La Grenadilla ne voulait pas être autre chose que la danseuse du peuple,
aussi le peuple l’adorait.
Malheur à celui que eût osé toucher seulement un cheveu de la Grenadilla!

[Mais on ne peut échapper au destin:]
Après trois mois de traversée, le vaisseau qui la portait [vers l’Europe] fit naufrage.
Le corps de Grenadilla fut porté par la vague sur le rivage d’Espagne.
La Fée aux Fleurs, qui se trouvait en ce moment dans ces parages pour surveiller le Jasmin,
recueillit le corps de Grenadilla et permit qu’à l’endroit où elle l’avait trouvé
s’élevât un magnifique bosquet de grenadiers
dont les fleurs et les fruits réjouissent la vue,
comme Grenadilla la récréait autrefois par sa beauté et ses talents.

(J.J. Grandville)

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