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Poésie

Posts Tagged ‘respecter’

Le Tung-whang-fung (Louis Bouilhet)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2018



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Le Tung-whang-fung

La fleur Ing-wha, petite et pourtant des plus belles,
N’ouvre qu’à Ching-tu-fu son calice odorant ;
Et l’oiseau Tung-whang-fung est tout juste assez grand
Pour couvrir cette fleur en tendant ses deux ailes.

Et l’oiseau dit sa peine à la fleur qui sourit,
Et la fleur est de pourpre, et l’oiseau lui ressemble,
Et l’on ne sait pas trop, quand on les voit ensemble,
Si c’est la fleur qui chante, ou l’oiseau qui fleurit.

Et la fleur et l’oiseau sont nés à la même heure,
Et la même rosée avive chaque jour
Les deux époux vermeils, gonflés du même amour.
Mais quand la fleur est morte, il faut que l’oiseau meure.

Alors, sur ce rameau d’où son bonheur a fui,
On voit Pencher sa tête et se faner sa plume.
Et plus d’un jeune coeur, dont le désir s’allume,
Voudrait, aimé comme elle, expirer comme lui.

Et je tiens, quant à moi, ce récit qu’on ignore
D’un mandarin de Chine, au bouton de couleur.
La Chine est un vieux monde où l’on respecte encore
L’amour qui peut atteindre à l’âge d’une fleur.

(Louis Bouilhet)

Illustration

 

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J’avais grand besoin (Marie Noël)

Posted by arbrealettres sur 7 septembre 2018



Illustration: Pablo Picasso    
    
« Aujourd’hui, après déjeuner, j’avais très mal.
Je suis allée marcher loin dans la campagne.
Au retour, sur la route, j’ai rencontrée une femme.
Je la connaissais à peine. Je ne savais pas son nom. »

Mais la femme, elle, reconnaît le poète, dont elle a une photo chez elle, découpée dans un journal.
Elle dit à Marie Noël:  » Je vous regarde… je vous respecte… », et aussi ce cri de femme blessée par l’injustice des hommes:
« Mademoiselle, il ne faut pas croire ce que les gens vous disent de moi. »

« Elle me prend la main, la presse fort, approche du mien son visage abîmé, boursouflé et rouge.
Je devine ce qu’elle voudrait… je l’embrasse sur les deux joues.
Elle pleure. Je pleure aussi.
Elle m’a fait beaucoup de bien, la pauvre Soulotte!
J’avais grand besoin d’elle à ce moment-là. »

(Marie Noël)

 

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Adieu (Alfred de Musset)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2018



Adieu

Adieu ! Je crois qu’en cette vie
Je ne te reverrai jamais.
Dieu passe, il t’appelle et m’oublie ;
En te perdant je sens que je t’aimais.
Pas de pleurs, pas de plainte vaine.
Je sais respecter l’avenir.
Vienne la voile qui t’emmène,
En souriant je la verrai partir.

Tu t’en vas pleine d’espérance,
Avec orgueil tu reviendras ;
Mais ceux qui vont souffrir de ton absence,
Tu ne les reconnaîtras pas.

Adieu ! tu vas faire un beau rêve
Et t’enivrer d’un plaisir dangereux ;
Sur ton chemin l’étoile qui se lève
Longtemps encor éblouira tes yeux.

Un jour tu sentiras peut-être
Le prix d’un coeur qui nous comprend,
Le bien qu’on trouve à le connaître,
Et ce qu’on souffre en le perdant.

(Alfred de Musset)


Illustration

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Les calices légers et clairs des primevères (Robert Mallet)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018



Les calices légers et clairs des primevères
que l’indifférence des vents avait semés
le jardinier municipal les respectait
dans les allées bien ratissées du cimetière
entre les tombes défleuries
Elles fleurissaient là pour les morts qu’on oublie
et pour les vivants qui marchaient
en se souvenant d’elles.

(Robert Mallet)

Illustration

 

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Les deux amitiés (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



Alexandr Sulimov -    (8)

Les deux amitiés

Il est deux Amitiés comme il est deux Amours.
L’une ressemble à l’imprudence ;
Faite pour l’âge heureux dont elle a l’ignorance,
C’est une enfant qui rit toujours.
Bruyante, naïve, légère,
Elle éclate en transports joyeux.
Aux préjugés du monde indocile, étrangère,
Elle confond les rangs et folâtre avec eux.
L’instinct du coeur est sa science,
Et son guide est la confiance.
L’enfance ne sait point haïr ;
Elle ignore qu’on peut trahir.
Si l’ennui dans ses yeux (on l’éprouve à tout âge)
Fait rouler quelques pleurs,
L’Amitié les arrête, et couvre ce nuage
D’un nuage de fleurs.
On la voit s’élancer près de l’enfant qu’elle aime,
Caresser la douleur sans la comprendre encor,
Lui jeter des bouquets moins riants qu’elle-même,
L’obliger à la fuite et reprendre l’essor.
C’est elle, ô ma première amie !
Dont la chaîne s’étend pour nous unir toujours.
Elle embellit par toi l’aurore de ma vie,
Elle en doit embellir encor les derniers jours.
Oh ! que son empire est aimable !
Qu’il répand un charme ineffable
Sur la jeunesse et l’avenir,
Ce doux reflet du souvenir !
Ce rêve pur de notre enfance
En a prolongé l’innocence ;
L’Amour, le temps, l’absence, le malheur,
Semblent le respecter dans le fond de mon coeur.
Il traverse avec nous la saison des orages,
Comme un rayon du ciel qui nous guide et nous luit :
C’est, ma chère, un jour sans nuages
Qui prépare une douce nuit.

L’autre Amitié, plus grave, plus austère,
Se donne avec lenteur, choisit avec mystère ;
Elle observe en silence et craint de s’avancer ;
Elle écarte les fleurs, de peur de s’y blesser.
Choisissant la raison pour conseil et pour guide,
Elle voit par ses yeux et marche sur ses pas :
Son abord est craintif, son regard est timide ;
Elle attend, et ne prévient pas.

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Alexandre Sulimov

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T’en souviens-tu, Sarah ? (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 7 juin 2018



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T’en souviens-tu, Sarah ?
La mort s’est abattue sur toi et sur les hommes.
Plus pressée que d’habitude. Cette mort-là n’est pas celle que nos sages
nous ont appris à respecter et à aimer.
Mort engendrée par la haine.

T’en souviens-tu, Sarah ?
En ce temps-là – temps de misère et de guerre – des millions d’hommes étaient partis
en croisade contre le nez, la bouche ; contre le front et l’âme d’une fraction de leurs
semblables dont les poitrines se rétrécissaient, dont les paumes avaient glissé le long des hanches.

Sarah, t’en souviens-tu ?
En ce temps-là – ceci se passait à l’intérieur de la parole donnée, glorifiée, répandue –
l’adolescent avait vu père et mère pris au piège, devenir le centre foisonnant d’une rafle,
le fardeau d’une rose humiliée et disparaître avec son parfum…

En ce temps-là, en ce temps-là – Sarah, t’en souviens-tu ? –
le crachat du conquérant, dans la nuit, rivalisait d’éclat avec l’étoile étirée
et le monde voguait sans mât (…)

(Edmond Jabès)

 

 

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Rose (Eugène Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
Rose,
Je te respecte.

Pâquerette,
Je t’aime!

Illustration: ArbreaPhotos
    
(Eugène Guillevic)

Recueil: Relier
Traduction:
Editions: Gallimard

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LES TROIS FEMMES DU MANDARIN (Textes chinois)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2018



    

LES TROIS FEMMES DU MANDARIN
Sao-Nan

L’ÉPOUSE LÉGITIME
Il y a du vin dans la tasse, et dans le plat il y a des nids d’hirondelles.
Depuis les temps les plus reculés, un mandarin a toujours respecté son épouse légitime.

LA CONCUBINE
Il y a du vin dans la tasse, et dans le plat, il y a une oie bien grasse.
Quand la femme d’un mandarin ne lui donne pas d’enfants, le mandarin choisit une concubine.

LA SERVANTE
Il y a du vin dans la tasse, et dans le plat il y a des confitures variées.
Il importe peu, à un mandarin, qu’une femme soit épouse ou concubine, mais il veut chaque nuit une femme nouvelle.

LE MANDARIN
Il n’y a plus de vin dans la tasse, et dans le plat il n’y a qu’un poireau sec.
Allons, allons, femmes bavardes, ne vous moquez pas d’un pauvre vieux.

(Textes chinois)

 

Recueil: Le Livre de Jade
Traduction: Judith Gautier
Editions: Plon

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UNE JEUNE FILLE (Textes chinois)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2018



Illustration: Kiyoshi Nakajima
    
UNE JEUNE FILLE
Che-King

Je t’en conjure, ô Tchon-Tseu, ne traverse pas mon village ;
ne grimpe pas sur ce saule, cultivé par moi !…
Je ne saurais t’aimer, car je dois craindre et respecter mes parents.

Oh ! je voudrais bien te donner mon cœur, Tchon-Tseu !
Mais les réprimandes de mes parents, n’est-ce pas,
je dois les accueillir avec une crainte respectueuse ?

Je t’en conjure, ô Tchon-Tseu,
n’escalade pas le mur de l’enclos ;
ne fais pas tomber les feuilles du mûrier que j’ai planté.
Je ne saurais t’aimer, car je dois craindre et respecter mes frères aînés.
Il me faut bien, n’est-ce pas, écouter leurs conseils avec déférence ?

Je t’en conjure, ô Tchon-Tseu,
ne brise pas le treillis ;
ne renverse pas mon arbre de santal !…

Je ne saurais t’aimer,
car il faut craindre les hommes et leurs paroles nombreuses.
Oh ! que je voudrais te donner mon cœur, Tchon-Tseu !
Mais les hommes et leurs paroles nombreuses, ne faut-il pas les craindre ?…

(Livre des Vers (Che-King), chant II, section VII.)
(Chants traditionnels, de l’an 2500 à l’an 1000 avant notre ère.)

(Textes chinois)

 

Recueil: Le Livre de Jade
Traduction: Judith Gautier
Editions: Plon

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« Nature morte », quel drôle de nom ! (Christophe André)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2018



 

« Nature morte », quel drôle de nom !
L’appellation anglaise still life – vie immobile -,
et l’allemande, et la flamande, qui disent la même chose, sont bien plus proches de la réalité :
ces peintures montrent une vie silencieuse, calme, apaisée.
Qu’elles nous invitent et nous incitent à rejoindre.
Dans ce monde en mouvement, dans ce monde utilitaire,
la nature morte nous arrête : vie immobile, vie inutile.
Inutile ? Parce qu’elle n’a rien à montrer que de l’ordinaire ?
Mais justement : ce qu’elle nous montre, c’est l’ordinaire qu’on ne regarde jamais.

Et si l’on regarde, on voit : de la simplicité en majesté.
Une présence intense derrière l’immobilité.
Si l’on regarde, on voit que même ce qui ne clignote pas, ne bouge pas, ne scintille pas, ne fait pas de bruit,
peut avoir de l’intérêt et de l’importance.
Si l’on regarde, on voit qu’il y a de la beauté, de l’intelligence et même de la grâce
dans le simple, l’accessible, le disponible.

Je me souviens d’une discussion, un jour, avec un moine Zen qui me recommandait de toujours respecter l’inanimé.
Mais qu’est-ce que l’inanimé ? C’est, me disait-il «ce qui ne crie pas quand on le frappe».
Les choses, les objets, tous ces bouts de matière, qui ne crient pas, jamais.
Mais qui parlent parfois…

(Christophe André)

Son site ici

Illustration: Jean-Baptiste Chardin

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