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Poésie

Posts Tagged ‘respiration’

MUR (Jean Grosjean)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2018




    
MUR

Les respirations du ciel
sur l’étendue des jardins.
Les nuages sur les maisons
comme des toitures.

Une ondée soudaine suffit
à tendre en l’air l’arc-en-ciel.

Le brasier solaire
se rallume sur le pays.
L’arbre sur le mur
laisse luire son feuillage.

(Jean Grosjean)

 

Recueil: Nathanaël
Traduction:
Editions: Gallimard
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L’AVANT DU COMMENCEMENT (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2018



 

Guillermo Oyaguez Montero (30)

L’AVANT DU COMMENCEMENT

Bruits confus, clarté incertaine.
Un autre jour commence.
C’est une chambre dans la pénombre
et deux corps étendus.
Dans mon front je me perds
en une plaine désertée.
Maintenant les heures aiguisent leurs couteaux.
Mais à mon côté tu respires ;
très aimée et éloignée
tu coules et ne bouges pas.
Inaccessible si je te pense,
te palpe avec les yeux,
te regarde avec les mains.
Les rêves nous séparent
et le sang nous réunit :
Nous sommes un fleuve de battements.
Sous tes paupières mûrit
la semence du soleil.
Le monde
n’est pas toujours réel,
le temps doute :
seule est certaine
la chaleur de ta peau.
Dans ta respiration j’écoute
la marée d’être,
la syllabe oubliée du Commencement.

(Octavio Paz)

Illustration: Guillermo Oyaguez Montero

 

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J’ai toujours aimé me perdre (Alain Jouffroy)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2018




    
J’ai toujours aimé me perdre, dans les villes ou ailleurs,
ce qu’on appelle «perdre son temps ».

L’emploi de la vie n’est pas un emploi du temps,
mais des espaces que l’on découvre en y avançant au hasard.

On respire enfin, hors tout itinéraire.
On pourrait appeler la vie l’emploi de la respiration.

Jusqu’à l’expiration, magnifique, finale.

(Alain Jouffroy)

 

Recueil: Être-Avec
Traduction:
Editions: De la Différence

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Silence (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2018



    

Silence

Je t’offre le silence
dit une voix — souffle, murmure —
venue de l’au-delà de la terre.
Je t’offre ce jardin de silence,
ce lieu blanc
où tu pourras t’agenouiller
non pas pour la prière
mais pour l’attente immobile
de l’éclosion du silence.

Je t’offre le silence et je me tais.
Je te laisse à ce que l’on nomme silence:
la respiration de la terre,
l’harmonie du sang et de la sève,
du coeur paisible et du frisson des sources.

Ailleurs, dans la fureur des villes
les hommes sont esclaves
et complices du vacarme,
assaillis, engloutis, sans âme ni parole.

Avec l’âgе est venu le temps du retrait et du refus.
Dans la grâce de ce jardin
voici pour la seule pensée
la musique silencieuse des mots.

(Jean Joubert)

 

Recueil: Longtemps j’ai courtisé la nuit
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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La baleine (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2018



Baleine nocturne
fantasque fontaine dont
les jets d’eau sont la
respiration On danse
autour d’elle ondes
qu’incendie la joie de la
mer Le masque tombé
elle disparaît avec l’heure et
le dernier noctambule

(Edmond Jabès)

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Plus que le noeud (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
Plus que le noeud, la corde.
Plus que la bouche, la voix.

Plus que les bronches, la respiration;
mais aussi plus que l’écrit, l’écart;

plus que la rame, le rythme;
plus que l’hélice, le sillage.

(Edmond Jabès)

 

Recueil: L’ineffaçable L’inaperçu
Traduction:
Editions: Gallimard

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UNE ALCÔVE AU SOLEIL LEVANT (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2018



Illustration: John Everett Millais
    
UNE ALCÔVE AU SOLEIL LEVANT

L’humble chambre a l’air de sourire ;
Un bouquet orne un vieux bahut ;
Cet intérieur ferait dire
Aux prêtres : Paix ! aux femmes : Chut !

Au fond une alcôve se creuse.
Personne. On n’entre ni ne sort.
Surveillance mystérieuse !
L’aube regarde : un enfant dort.

Une petite en ce coin sombre
Était là dans un berceau blanc.
Ayant je ne sais quoi dans l’ombre
De confiant et de tremblant.

Elle étreignait dans sa main calme
Un grelot d’argent qui penchait ;
L’innocence au ciel tient la palme
Et sur la terre le hochet.

Comme elle sommeille ! Elle ignore
Le bien, le mal, le cœur, les sens.
Son rêve est un sentier d’aurore
Dont les anges sont les passants.

Son bras, par instants, sans secousse,
Se déplace, charmant et pur ;
Sa respiration est douce
Comme une mouche dans l’azur.

Le regard de l’aube la couvre ;
Rien n’est auguste et triomphant
Comme cet œil de Dieu qui s’ouvre
Sur les yeux fermés de l’enfant.

(Victor Hugo)

 

Recueil: La chanson des rues et des bois
Traduction:
Editions: Gallimard

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Paroles de Perlimpinpin (Barbara)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018




    
Paroles de Perlimpinpin

Pour qui, combien, quand et pourquoi ?
Contre qui ? Comment ? Contre quoi ?
C’en est assez de vos violences
D’où venez-vous ?
Où allez-vous ?
Qui êtes-vous ?
Qui priez-vous ?
Je vous prie de faire le silence,
Pour qui, comment, quand et pourquoi ?
S’il faut absolument qu’on soit
Contre quelqu’un ou quelque chose,
Je suis pour le soleil couchant
En haut des collines désertes
Je suis pour des forêts profondes,
Car un enfant qui pleure,
Qu’il soit de n’importe où,
Est un enfant qui pleure,
Car un enfant qui meurt
Au bout de vos fusils,
Est un enfant qui meurt
Que c’est abominable d’avoir à choisir
Entre deux innocences !
Que c’est abominable d’avoir pour ennemis
Les rires de l’enfance !
Pour qui, comment, quand et combien ?
Contre qui ? Comment et combien ?
À en perdre le goût de vivre,
Le goût de l’eau, le goût du pain
Et celui du Perlimpinpin
Dans le square des Batignolles !
Mais pour rien, mais pour presque rien,
Pour être avec vous et c’est bien !
Et pour une rose entrouverte,
Et pour une respiration,
Et pour un souffle d’abandon,
Et pour ce jardin qui frissonne !
Rien avoir, mais passionnément,
Ne rien se dire éperdument,
Ne rien savoir avec ivresse
Et riche de dépossession,
N’avoir que sa vérité,
Posséder toutes les richesses,
Ne pas parler de poésie,
Ne pas parler de poésie
En écrasant les fleurs sauvages
Et voir jouer la transparence
Au fond d’une cour au murs gris
Où l’aube n’a jamais sa chance
Contre qui, ou bien contre quoi ?
Pour qui, comment, quand et pourquoi ?
Pour retrouver le goût de vivre,
Le goût de l’eau, le goût du pain
Et celui du Perlimpinpin
Dans le square des Batignolles,
Et contre rien et contre personne,
Contre personne et contre rien,
Et pour une rose entrouverte,
Pour l’accordéon qui soupire
Et pour un souffle d’abandon
Et pour un jardin qui frissonne !
Et vivre, vivre passionnément,
Et ne combattre seulement
Qu’avec les feux de la tendresse
Et riche de dépossession,
N’avoir que sa vérité,
Posséder toutes les richesses,
Ne plus parler de poésie,
Ne plus parler de poésie
Mais laisser vivre les fleurs sauvages
Et faire jouer la transparence
Au fond d’une cour aux murs gris
Où l’aube aurait enfin sa chance.

(Barbara)

 

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Amants, heureux amants (Gérard Noiret)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2018



– Amants, heureux amants,

tous autant que nous sommes
– Nous vous aimons
– Nous vous envions
Dans le bouillonnement d’être un homme,
une femme, deux verticalités
Pull contre pull,

deux tensions qui se prodiguent la moiteur
– Deux biographies qui d’étreignent,
échangent leurs frontières, ivres
– D’être plus que le terre, le ciel,
les quatre éléments,
ivres dans l’imposture délicate
Du verbe durer
– Vous condensez en quelques respirations,
l’histoire de la tendresse au plaisir accordée
Et le silence autour de vous n’a plus la même certitude
– Ni les murs, ni la faim
Vous êtes une naissance de paumes,
un midi à hauteur des lèvres

Vous êtes, vous êtes …
– Amants, heureux amants …

(Gérard Noiret)

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Le signe (Jean Grosjean)

Posted by arbrealettres sur 14 mai 2018




    
Le signe

Та voix sous la Grande Ourse qui tournait lente dans le
ciel, la netteté de ta voix. Les silences de ta voix malgré
l’urgence.

Et maintenant les cheminées de la centrale, leurs
colonnes de vapeur blanche qui vont chercher très haut
les respirations de l’azur. Maintenant une fois, deux fois
cet admirable signe de tes sourcils qui n’est qu’à toi.

(Jean Grosjean)

 

Recueil: Arpèges et paraboles
Traduction:
Editions: Gallimard

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