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Poésie

Posts Tagged ‘respirer’

Ici et là (Rose Ausländer)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2017



    

Ici et là

Si je n’étais que moi, tout serait bien simple.
Mais je suis aussi tous les possibles Tu et Il et Elle.
Je ne puis mettre la main sur moi.
La main me passe plus loin, je ne sais pas toujours à qui.
L’emplacement est tout aussi incertain.

Il a beau dire : je suis ici,
mais qui peut savoir ce que signifie ici.
Le Là aussi peut être ici.
Ici et là il y a des yeux.
Des yeux de lumière, des yeux de nuit.
Là aussi, il y a de l’oxygène dans l’air.

Ici et là, je respire mon chez-moi étranger.

(Rose Ausländer)

 

Recueil: Sans visa
Traduction: Eva Antonnikov
Editions: Héros-Limite

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Je suis un arbre (Rose Ausländer)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2017



Illustration
    
 
Je suis un arbre
et respire mon
feuillage chuchotant

Du ciel
descend un ange
et embrasse
mes racines

***

Ich bin ein Baum
und atme mein
flüsterndes Laub

[tom Himmel
kommt ein Engel
und küsst
meine Wurzeln

(Rose Ausländer)

 

Recueil: Je compte les étoiles de mes mots
Traduction: Edmond Verroul
Editions: Héros-Limite

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Ô mon serviteur, où me cherches-tu ? (Kabîr)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



Illustration
    
Ô mon serviteur, où me cherches-tu ?
Regarde !
Je suis auprès de toi.

Je ne suis ni dans le temple ni dans la mosquée;
ni dans le sanctuaire de La Mecque,
ni dans le séjour des divinités Indoues.

Je ne suis ni dans les rites et les cérémonies,
ni dans l’ascétisme et ses renoncements.

Si tu me cherches vraiment,
tu me verras aussitôt
et un moment viendra où tu me rencontreras.

Kabîr dit : « Ô Saint, Dieu est le souffle de tout
ce qui respire. »

(Kabîr)

 

 

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Avis à tous (Marie-Claire Bancquart)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2017



Illustration: Alberto Giacometti
    
Avis à tous:
je viens de respirer
comme l’insecte
comme à sa manière
le platane devant chez moi
dans une vocation commune et mystérieuse.

Et je m’en vais
au hasard des rencontres.

(Marie-Claire Bancquart)

 

Recueil: Terre Energumène
Editions: Le Castor Astral

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Ah ! tu viens d’enivrer mon âme (Ecouchard Lebrun)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2017



Ah ! tu viens d’enivrer mon âme
D’un baiser si délicieux
Que j’ai cru respirer la flamme
Dont Vénus embrase les dieux.

Ce n’est point un baiser ; non, c’est l’Amour lui-même.
Il passe dans mon coeur, et mon coeur embrasé,
Tout à coup palpitant, saisi d’un trouble extrême,
A reconnu le dieu vainement déguisé.

Il se trouble, il palpite encore,
Il se plaît à consumer ;
Il désire, il craint, il adore,
Et tout conspire à l’enflammer.

Aux accents de ta voix mon âme est éperdue ;
Mes regards inquiets brillent d’humides feux ;
Je rougis, je pâlis ; un voile est sur ma vue ;
Tous mes sens sont en proie au délire amoureux.

Même quand ma bouche est muette,
Fanni, mon coeur parle à ton coeur
Et le doux nom de son vainqueur
Est le seul nom qu’il me répète.

Absent de tes regards, dans l’ombre et le sommeil,
Je te vois, je te suis, j’embrasse ton image ;
De mes songes brûlants, Fanni, reçois l’hommage ;
Fanni, reçois encor l’hommage du réveil.

O baiser ! divine caresse !
Source flatteuse de tourment !
O Fanni ! partage l’ivresse
Du baiser qui m’a fait amant !

Te désirer, te voir, parler et t’entendre,
T’aimer ! … que sais-je encore ? Il est un autre voeu !
Donne un second baiser plus secret et plus tendre ;
J’étais plus qu’un mortel ; je serai plus qu’un dieu.

(Ecouchard Lebrun)

 

 

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Je voudrais tant que tu sois (Herman Gorter)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2017



Illustration: René Magritte
    
Je voudrais tant que tu sois cet air
Qui m’entoure et me pénètre
Pouvoir te respirer.
Te voir dans la haute lumière
Et passer en toi.

Où sont tes bras, tes mains,
Les blanches terres plus que belles
De tes épaules, tes seins brillants ?
J’ai tellement soif,
Tellement faim.

(Herman Gorter)

 

Recueil: Poètes néerlandais de la modernité
Traduction: Anna Maria van Soesbergen et Henri Deluy
Editions: Le Temps des Cerises

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Absence (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 14 mai 2017



Absence

Je n’ose ouvrir la porte
de crainte de découvrir
un cadavre allongé derrière
ou de respirer l’odeur de l’absence.

(Jean-Baptiste Besnard)

son site ici: Jean-Baptiste Besnard

Illustration: Vladimir Kush

 

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De quel pays reviens-tu? (Eugénio de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 12 mai 2017



Illustration: ArbreaPhotos
    
De quel pays reviens-tu?
De quelle mer, de quels bras
où lentement respire le désir?
Parle, dis encore le mot
qui fera du silence la maison,
ou élèvera la couronne
du feu à hauteur du regard.

(Eugénio de Andrade)

 

Recueil: Matière Solaire / Poids de l’Ombre / Blanc sur Blanc
Traduction:Michel Chandeigne, Patrick Quillier, Maria Antonia Câmara Manuel
Editions: Gallimard

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Ce n’était pas la Mort, car j’étais debout et que tous les Morts, gisent (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2017



Ce n’était pas la Mort, car j’étais debout
Et que tous les Morts, gisent –
Ce n’était pas la Nuit, car toutes les Cloches,
Langue dardée, sonnaient Midi.

Ce n’était pas le Gel, car sur ma Chair
]e sentais – ramper — des Siroccos –
Ni le Feu – car le seul Marbre de mes pieds
Eût gardé frais, un Sanctuaire —

Pourtant, j’éprouvais tout cela ensemble,
Les Formes que j’ai vues
Apprêtées, pour l’Enterrement,
Me rappelaient la mienne –

Comme si pour l’adapter à un cadre,
On eût rogné ma vie,
Et qu’elle ne pût respirer sans clé,
On aurait dit Minuit —

Quand tout ce qui tictaque — stoppe —
Et que partout — bée l’espace —
Ou que l’Affreux gel — aux matins d’Automne,
Abolit le Sol Palpitant —

Mais, surtout, le Chaos — Sans bornes — froid —
Sans une Chance, ou un espar —
Ni même l’Annonce d’une Terre —
Pour justifier – le Désespoir.

***

It was not Death, for I stood up,
And all the Dead lie down —
It was not Night for all the Bells
Put out their Tongues, for Noon.

It was not Frost, for on my Flesh
I felt Siroccos — crawl —
Nor Fire – for just my marble feet
Could keep a Chancel, cool —

And yet, it tasted like them all,
The Figures I have seen
Set orderly, for Burial
Reminded me, of mine —

As my life were shaven,
And fitted to a frame,
And could not breathe without a key,
And ’twas like Midnight, some —

When everything that ticked — has stopped —
And spaces stares — all around —
Or Grisly frosts — first Autumn morns,
Repeal the Beating Ground —-

But, most, like Chaos — Stopless — cool —
Without a Chance, or spar —
Or even a Report of Land —
To justify — Despair

(Emily Dickinson)


Illustration: Gilbert Garcin

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Tais-toi, la lumière brûle (Eugénio de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 9 mai 2017



Illustration: Lisa G.
    
Tais-toi, la lumière brûle entre les lèvres
et l’amour ne contemple pas, sans cesse
l’amour cherche, tâtonne dans l’obscurité,
cette jambe est la tienne?, il est à toi ce bras?,
je m’élève sur toi de branche en branche,
je respire au ras de ta bouche,
l’âme s’ouvre à la langue, je mourrais
maintenant si tu me le demandais, dors,
jamais l’amour ne fut facile, jamais,
elle aussi la terre meurt.

(Eugénio de Andrade)

 

Recueil: Matière solaire / Le poids de l’ombre / Blanc sur blanc
Traduction: Michel Chandeigne, Patrick Quillier et Maria Antonia Câmara Manuel
Editions: Gallimard

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