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Poésie

Posts Tagged ‘respirer’

De ton coeur monte (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 6 septembre 2018



Illustration: Freydoon Rassouli  
    
De ton coeur
monte
ton arôme
comme depuis la terre
la lumière jusqu’à la cime du cerisier :
sur ta peau j’arrête
ton battement
et je hume
la vague de lumière qui monte,
le fruit submergé
dans sa senteur,
la nuit que tu respires,
le sang qui parcourt
ta beauté
jusqu’au baiser
qui m’attend
sur ta bouche.

(Pablo Neruda)

 

Recueil: Nouvelles odes élémentaires
Traduction: Jean-Francis Reille
Editions: Gallimard
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Ne descend ni ne monte le temps (Robert Mallet)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2018



Illustration: Andrey Kartashov
    
Ne descend ni ne monte le temps
faîte du toit aux deux versants
vertigineusement ruisselants
de futur et passé dévorant
le présent qui les fait par l’instant
et qu’ils font et défont dès l’instant
éternellement inexistant
n’étant que le passage du temps

Ô ce temps impossible à saisir
malgré les battements si forts, si présents
de la chair qui respire et soupire
malgré le pouls pointillé qui défend
la ligne sûre des désirs
malgré les voluptés et cruautés
de l’attente et du souvenir
malgré le halètement cadencé
des instants existants

Ô ce temps sans devenir
où survient notre temps!

(Robert Mallet)

 

Recueil: Presqu’îles presqu’amours
Traduction:
Editions: Gallimard

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PRESENTE – ABSENTE (Jules Tordjman)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2018



PRESENTE – ABSENTE

Toujours la même et d’une nuit à l’autre
Elle m’attend sous la lumière exsangue.
Elle est assise au centre de ma table.
Je la regarde : elle mange mon pain
Et boit mon vin goulée après goulée.
Toujours la même et sa bouche est un fruit
Qui saigne un peu — gercé par le sommeil.
Toujours la même… Elle ôte enfin sa robe,
Gagne ma couche y jetant un poids d’ombre
Sans que mon corps ne frémisse d’un choc.
Elle me parle en pétales qui brûlent
Et deviendront murmures calcinés.
Elle me parle et nous nous épousons
Chair contre chair jusqu’à jouir du feu
Dont au matin je respire la cendre.

(Jules Tordjman)

Illustration: Odd Nerdrum

 

 

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Un samedi (Georges-L. Godeau)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2018


l'aube-800

 

Il y en a partout qui posent leur sac
sur le trottoir, autour du marché,
et qui respirent avant de repartir.
Celui-ci a posé le sien et il s’appuie
à bout de forces sur sa canne.
Sa figure de terre s’accroche à tous
comme pour dire:
« Vous ne voyez donc pas…? »
Nul ne peut se charger, un samedi,
d’un vieux qui va mourir.

(Georges-L. Godeau)

Illustration

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GENÈSE (Jules Tordjman)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2018



GENÈSE

Ni anges ni dieux, peut-être sommes-nous les hôtes
d’une terre d’avant la pomme et le serpent.

Genèse de notre amour : l’air se sculpte de visages,
la lumière se creuse d’alvéoles, tout n’est pas que fausses images
dans la distance et nous jouissons de minutes
où l’algue rime avec la roche, la ruche avec la rose.

L’arbre né de mes yeux rejoint le vol de la colombe
que ton regard enfante.

Je presse tes mains au goût d’herbe,
je respire l’odeur du buis sur tes cheveux.

Entends-tu bien-aimée les salves du soleil ?
vois-tu la chute des falaises blanches ?

(Jules Tordjman)

Illustration: René Julien

 

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Les Fenêtres (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2018



Les Fenêtres

Las du triste hôpital, et de l’encens fétide
Qui monte en la blancheur banale des rideaux
Vers le grand crucifix ennuyé du mur vide,
Le moribond sournois y redresse un vieux dos,

Se traîne et va, moins pour chauffer sa pourriture
Que pour voir du soleil sur les pierres, coller
Les poils blancs et les os de la maigre figure
Aux fenêtres qu’un beau rayon clair veut hâler,

Et la bouche, fiévreuse et d’azur bleu vorace,
Telle, jeune, elle alla respirer son trésor,
Une peau virginale et de jadis ! encrasse
D’un long baiser amer les tièdes carreaux d’or.

Ivre, il vit, oubliant l’horreur des saintes huiles,
Les tisanes, l’horloge et le lit infligé,
La toux ; et quand le soir saigne parmi les tuiles,
Son œil, à l’horizon de lumière gorgé,

Voit des galères d’or, belles comme des cygnes,
Sur un fleuve de pourpre et de parfums dormir
En berçant l’éclair fauve et riche de leurs lignes
Dans un grand nonchaloir chargé de souvenir !

Ainsi, pris du dégoût de l’homme à l’âme dure
Vautré dans le bonheur, où ses seuls appétits
Mangent, et qui s’entête à chercher cette ordure
Pour l’offrir à la femme allaitant ses petits,

Je fuis et je m’accroche à toutes les croisées
D’où l’on tourne l’épaule à la vie, et, béni,
Dans leur verre, lavé d’éternelles rosées,
Que dore le matin chaste de l’Infini

Je me mire et me vois ange ! et je meurs, et j’aime
— Que la vitre soit l’art, soit la mysticité —
À renaître, portant mon rêve en diadème,
Au ciel antérieur où fleurit la Beauté !

Mais, hélas ! Ici-bas est maître : sa hantise
Vient m’écœurer parfois jusqu’en cet abri sûr,
Et le vomissement impur de la Bêtise
Me force à me boucher le nez devant l’azur.

Est-il moyen, ô Moi qui connais l’amertume,
D’enfoncer le cristal par le monstre insulté
Et de m’enfuir, avec mes deux ailes sans plume
— Au risque de tomber pendant l’éternité ?

(Stéphane Mallarmé)


Illustration

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Les fenêtres (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2018



Las du triste hôpital, et de l’encens fétide
Qui monte en la blancheur banale des rideaux
Vers le grand crucifix ennuyé du mur vide,
Le moribond sournois y redresse un vieux dos.

Se traîne et va, moins pour réchauffer sa pourriture
Que pour voir du soleil sur les pierres, coller
Les poils blancs et les os de la maigre figure
Aux fenêtres qu’un beau rayon clair veut hâler.

Et la bouche, fiévreuse et d’azur bleu vorace,
Telle, jeune, elle alla respirer son trésor,
Une peau virginale et de jadis! encrasse
D’un long baiser amer les tièdes carreaux d’or.

Ivre, il vit, oubliant l’horreur des saintes huiles,
Les tisanes, l’horloge et le lit infligé,
la toux; et quand le soir saigne parmi les tuiles,
Son oeil, à l’horizon de lumière gorgé,

Voit des galères d’or, belles comme des cygnes,
sur un fleuve de pourpre et de parfums dormir
En berçant l’éclair fauve et riche de leurs lignes
Dans un grand nonchaloir chargé de souvenirs!

Ainsi, pris du dégoût de l’homme à l’âme dure
Vautré dans le bonheur, où ses seuls appétits
Mangent, et qui s’entête à chercher cette ordure
Pour l’offrir à la femme allaitant ses petits,

Je fuis et je m’accroche à toutes les croisées
D’où l’on tourne l’épaule à la vie et, béni,
Dans leur verre, lavé d’éternelles rosées,
Que dore le matin chaste de l’Infini

Je me mire et me vois ange ! et je meurs, et j’aime
– Que la vitre soit l’art, soit la mysticité –
À renaître, portant mon rêve en diadème,
Au ciel antérieur où fleurit la Beauté!

Mais hélas! Ici-bas est maître : sa hantise
Vient m’écœurer parfois jusqu’en cet abri sûr,
Et le vomissement impur de la Bêtise
Me force à me boucher le nez devant l’azur.

Est-il moyen, ô Moi qui connais l’amertume,
D’enfoncer le cristal par le monstre insulté
Et de m’enfuir, avec mes deux ailes sans plume

(Stéphane Mallarmé)

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Joli compagnon (Claude Esteban)

Posted by arbrealettres sur 8 août 2018



 

Domingo Moreno Otero el-beso

Joli compagnon,
le gouffre est profond,
la route incertaine

si tu voulais bien
on pourrait demain
s’arrêter quand même

respirer un peu,
oublier les dieux,
c’est permis, je pense

mais tu continues
avec ta peau nue
et ta faute immense.

(Claude Esteban)

Illustration: Domingo Moreno Otero

 

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SOMMEIL BLESSE (Albert Ayguesparse)

Posted by arbrealettres sur 8 août 2018



 

SOMMEIL BLESSE

Tu respires dans un autre monde
vivante à peine et soulevée par un nuage de poudre
tirée en arrière par des troupes de fumées
et sourde à l’eau des lèvres
aux coups de grâce
au beau rêve humide de la nuit
qui rejette dans le sommeil
les armées d’ombelles qui te lèchent les jambes
la poitrine nue où bat
l’haleine d’une longue paresse
avec des bouquets de feu dans les cheveux
dans tes mains trop grandes pour retenir la mer
que j’entends ruisseler au fond des routes
et j’aiguise le tranchant de la vie
sur ta belle peau mouillée de soupirs.

(Albert Ayguesparse)

Illustration: José Vital Anselmo

 

 

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Si tu as besoin de moi (Béatrice Bonhomme)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2018




Si tu as besoin de moi siffle seulement !

la mer des prairies
l’odeur de la pluie qui sent la terre
respirer l’odeur de la nuit
seule l’attente existe
après l’attente ou derrière l’attente
souvent il n’y avait rien qu’une autre attente
la même attente
attraper l’attente comme on attrape une maladie
attendu ce moment impossible
où les droites parallèles se croiseraient
une course de haies
rester seule avec l’attente
devenir comme le rocher
sur lequel passe la mer et creuse l’érosion
le goût de la vie posséder tout son temps
avoir l’éternité
l’instant
le vrai visage de l’attente

(Béatrice Bonhomme)

Illustration: Edson Campos

 

 

 

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