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Poésie

Posts Tagged ‘respirer’

Aurore (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2017




    
Aurore

Dans les jardins frais à l’aurore,
Rêver près des volubilis,
Coupés de lapis-lazulis
Qu’un humide rayon décoré.

Sous un vieux poirier qui s’éplore,
Et que l’aube d’un clair surplis
Habille, au soleil qui les dore
Respirer l’haleine des lys.

Voir sur les roses balsamines,
S’empétrant à leurs étamines,
Errer un bourdon diligent.

Cueillir dans la pâle lumière
Qui nimbe sa sveltesse altière,
Un œillet blanc glacé d’argent.

(Marie Dauguet)

 

 

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S’asseoir sur un murger… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2017



Illustration: Alexander Nedzvetskaya
    
S’asseoir sur un murger…

S’asseoir sur un murger, les pieds dans les broussailles
Et les doigts enlacés aux rugueuses pierrailles,
Seule avec les lointains où le soleil se meurt,
Seule avec sa pensée et seule avec son coeur.

Respirer le parfum des herbes attiédies,
Ecouter la cigale aux lentes psalmodies
Vibrer parmi les brins séchés des serpolets,
Voir s’embrumer du soir le vitrail violet.

Voir s’élever du creux des placides jachères,
En arceaux imprécis, l’encens crépusculaire,
Et l’orchis opalin de la lune, aux prés bleus
Du ciel, éparpiller son pollen nébuleux.

Savourer cette odeur de la lande que baigne
Quelque ruisseau muet et filtrant sous les sphaignes,
Savourer cette odeur enivrante qui sort
Mystérieusement de la gèbe qui dort.

Goûter le souffle obscur de la forêt prochaine
Dont le frisson murmure au feuillage des chênes,
La fauve et l’âcre odeur qui vient comme un baiser
De faune sur la bouche ardemment se poser.

Et n’être que la nuit, le parfum, la bruyère,
Le tourbillon léger des derniers éphémères,
Etre le serpolet bruissant sous ma main,
Fuir hors de ce cachot qu’on nomme un coeur humain,

Mais, dans l’humilité douce des moindres choses,
Devenir l’herbe morte où le grillon repose,
Ou bien le roitelet lassé de pépier
Qui perche sommeilleux aux branches des ronciers.

(Marie Dauguet)

 

 

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J’approcherai mon oreille (Luis Mizón)

Posted by arbrealettres sur 8 novembre 2017



Illustration: Oleg Zhivetin
    
J’approcherai mon oreille
du mur qui nous unit
et du bruit de mon sang
caché dans ton ventre
J’approcherai ma bouche
je toucherai de mes lèvres
l’air que tu respires
et ta fleur ramassée en rêve
et ton épi de blé
j’approcherai mes yeux
d’une épée qui brûle
un miroir d’ombre
nous lavera la mémoire
tu seras
ma lumière

(Luis Mizón)

 

Recueil: Poèmes d’eau et de lumière
Traduction:
Editions: Al Manar

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Les arbres sont des ange (Luis Mizón)

Posted by arbrealettres sur 8 novembre 2017



    

Les arbres sont des anges
et nous sommes des pierres
converties au plaisir de respirer
ici nous tissons notre haleine
nous soufflons dans nos doigts
filant le chaos et l’écho
écrivant des énigmes de fumée

(Luis Mizón)

 

Recueil: Poèmes d’eau et de lumière
Traduction:
Editions: Al Manar

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Caresse-moi de tes doigts (Luis Mizón)

Posted by arbrealettres sur 8 novembre 2017




    
Caresse-moi de tes doigts
toi qui récoltes les algues
approche tes mains
je veux respirer ton rêve

(Luis Mizón)

 

Recueil: Poèmes d’eau et de lumière
Traduction:
Editions: Al Manar

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Étude de voix d’enfant (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2017




    
Étude de voix d’enfant
Rengaine pour piano mécanique
(Comme un rémouleur superbe et désabusé.)

Dépêche-toi de rire
il en est encor temps
bientôt la poêle à frire
et adieu le beau temps.

D’autres viendront quand même
respirer le beau temps
c’est pas toujours les mêmes
mais y a toujours des gens.

Sous le premier empire
y avait des habitants
sous le second rempire
y en avait tout autant.

Même si c’est plus les mêmes
tu t’en iras comme eux
tu t’en iras quand même
tu t’en iras chez eux.

C’est pas moi c’est mes frères
qui vivront après moi
même chose que mon grand-père
qui vivait avant moi.

Même si c’est plus les mêmes
on est content pour eux
nous d’avance on les aime
sans en être envieux.

Dépêche-toi de rire
il en est encor temps
bientôt la poêle à frire
et adieu le beau temps…

(Jean Tardieu)

 

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Si d’aventure tu venais à passer (Claire Genoux)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2017



    

Si d’aventure tu venais à passer
à portée de mes pattes
je te saisirai en une seule fois
te roulerai sous mes dents
puis je tannerai ta peau comme un cuir
prendrai ta place dans les jardins sur les terrasses
partout là où tu respires
veillant à ce que rien n’efface
la piqûre de tes seins sur mes seins
les lanceurs de couteau tenir haut leur manche ?
ce n’est pas la crainte qui me fait presser le pas
plutôt l’envie de retrouver mes outils
la corde pour jouer sous la lune noire
et les fouets qui ne suffiront pas pour affronter la mort

(Claire Genoux)

 

Recueil: Revue Vagabondages
Editions: Cherche Midi

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LAISSE ICI TON BAGAGE D ESPOIR… (Pierre Gabriel)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2017



Illustration
    
LAISSE ICI TON BAGAGE D’ESPOIR…

Laisse ici ton bagage d’espoirs,
De peurs secrètes, de ténèbres,
Tes oripeaux d’enfance, tes ferveurs,
Et tous les morts qui t’accompagnent
De leurs paisibles voix aimées.
Tu dois poursuivre seul,
Lourd de tes mots, de tes silences,
Sans autre recours que ton dénuement,
Pour mesurer ta vie
A l’abandon des êtres et des rêves,
Pour que ton âme s’illumine
De ce qu’elle a quitté.

Ce qui est écrit sur la pierre
Ne t’apprend rien que tu ne saches.
Méfie-toi de ces mots qui voudraient
Te parler de toi. Ils sont leurres.
Ce qu’ils cherchent à dire
Demeure en deçà des paroles.
Fouille en toi plus profond,
Jusqu’à cette lueur qui tremble
En ce miroir embué de ténèbres
Où ton visage dort encore.
Ne désespère pas, tout est si proche,
Ta lumière ici fait silence.

Toutes les routes sont promises
A qui les rêve sans les voir.
L’une s’ouvre à tous les voyages,
L’autre avec toi s’enfonce au coeur du temps,
La troisième fait don d’une enfance
A celui qui n’en avait plus,
Une autre encore à l’errance t’incite
Vers une terre en friche où naisse enfin
L’espoir sous la parole et toute paix
Dans le regard des hommes.
Tu t’inventes, les yeux fermés,
Le seul chemin qui ne mène qu’à toi.

Ce que le monde te raconte,
Préserve-le comme un secret
Scellé sous l’écorce de la chair.
Au fond de tes yeux veille encore
L’innocence du premier regard.
Chaque syllabe en toi fait don
De sa lumière au jour qui la suscite
Et, d’un souffle, renait pour mourir
D’une autre vie, d’elle-même jaillie.
L’été, la nuit, tout t’habite à jamais,
La neige, le galet, l’oiseau perdu
Et cette flaque où le ciel nu respire.

(Pierre Gabriel)

 

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Les pétales de cerisier (Nagiko Nishimura)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2017



Les pétales de cerisier
tourbillonnent tellement,
je peine à respirer

(Nagiko Nishimura)

 

 

 

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MIROIR VIDE (Kenneth Rexroth)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2017




    
MIROIR VIDE

Tant que nous vivons perdus
Dans le règne de la finalité
Nous ne sommes pas libres. Je suis assis
Dans ma cabane de dix mètres carrés.

Les oiseaux chantent. Les abeilles bourdonnent.
Les feuilles frémissent. L’eau
Murmure sur les rochers.
Le canyon me referme sur moi-même.

Un mouvement, et la grenouille de Basho
Sauterait dans l’étang.
Tout l’été les feuilles dorées
Des lauriers ont tourné dans l’espace.

Aujourd’hui, une feuille
D’érable dérivait sur l’eau.
A la tombée de la nuit, je contemple le feu.

Il fut un temps où je voyais des cités de feu,
Des villes, des palais, des guerres,
Des aventures héroïques
Dans les feux de camp de ma jeunesse.

Aujourd’hui, je ne vois plus qu’un feu.
Je respire doucement.
Les étoiles se meuvent dans le ciel.

Dans l’obscurité pure
Seule une petite lueur rougeoyante
Palpite encore parmi la cendre.

Sur la table, une peau
De serpent desséchée, une pierre brute.

(Kenneth Rexroth)

 

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