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Poésie

Posts Tagged ‘respirer’

J’ai toujours aimé me perdre (Alain Jouffroy)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2018




    
J’ai toujours aimé me perdre, dans les villes ou ailleurs,
ce qu’on appelle «perdre son temps ».

L’emploi de la vie n’est pas un emploi du temps,
mais des espaces que l’on découvre en y avançant au hasard.

On respire enfin, hors tout itinéraire.
On pourrait appeler la vie l’emploi de la respiration.

Jusqu’à l’expiration, magnifique, finale.

(Alain Jouffroy)

 

Recueil: Être-Avec
Traduction:
Editions: De la Différence
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Louons les douceurs (Pierre Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2018




    
Louons les douceurs durant abandonnées à elles-mêmes
Respirant de leur peau lente afin de baiser leur objet
Louons la chose de beauté magicienne de lenteur
Et la chose de durée aussi belle à faire l’amour,
L’éternel est une main sur le haut vitrail de matière
Оù l’étincelle fut fixée avec les plus sombres des plombs
L’éternеl est le pli du sein d’une femme grande azurée
Qui ne fait point mouvement sous la caresse des anges,
Ou c’est la voix de l’ouragan dessus le toit du poète,
Alors qu’il gémit doucement du sabot de fer d’un songe.
La beauté du coeur éternel est celle que tu désires
Et la croix du coeur éternеl est cela que tu aspires.

(Pierre Jean Jouve)

 

Recueil: Diadème suivi de Mélodrame
Traduction:
Editions: Gallimard

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LES ADIEUX D’UNE FEMME DOUCE (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2018



Illustration: Edvard Munch
    
LES ADIEUX D’UNE FEMME DOUCE

Par les champs onduleux aux subtiles senteurs
Emportant ses baisers, derviche, en terre nue,
Sage et triste fakir ta femme est devenue,
Foulant la violette et n’offrant plus de fleurs !

Que n’es-tu sous mes yeux ombre fière et brillante
Suivant ma trace douce et pleine de gaîté…
Le ciel brun s’est défait de son azur d’été
Et fantôme, à présent, ton éclat se lamente.

Autant que l’infini je suis calme pourtant;
Comme la feuille aussi sur la mer qui respire.
Je veux aborder l’homme en sachant lui sourire,
Mais nul à mes côtés ne peut être présent.

Oui, les murs de ma vie ont pleuré de tristesse
Sans avoir épousé le soleil plein d’ardeur.
Mais je ne pleurai pas quand m’atteignit au coeur
L’adieu que je dus faire à tout ce que je laisse.

Comme un parfum, qu’il soit léger, mon souvenir
Vers le ciel envolé. Pour toujours, qu’il s’y pose.
Maint bûcher de mon coeur éclose comme rose !
Et fume mon amour, dont j’eus tant à souffrir.

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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C’ÉTAIT LE SOIR, ET NOS PEAUX SE TOUCHAIENT (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 11 juin 2018



Illustration: Omar Ortiz    
    
C’ÉTAIT LE SOIR, ET NOS PEAUX SE TOUCHAIENT

C’était le soir. Tombant du ciel d’été.
De fous désirs, ardents comme une flamme,
Intimement m’ont visité.
Ma peau touchait ta peau de femme.
Toute ma vie, alors, pulsait
Sur le petit espace
Où ta peau, soudain, à ma peau se fiançait.

Je le sais à présent, c’est toi qu’il me fallait,
Que je cherchais, lorsque ma raison fit surface.
Vous, lointains inhumains,
Ô vous ! petites fleurs à la fine corolle,
— Aux fins dessins,
Entendez-vous de son doux giron la parole ?
Elle est pour moi trop lourde assurément :
La totalité de la femme!
Telle une abeille bourdonnant,
Dès lors, de tout mon coeur bruissant,
Lanceur de comètes, je clame:

Que sont auprès de toi le vignoble au soleil,
Le céleste animal au pelage d’aurore
Empli de fraîcheur dès l’éveil
Ou bien encore
Le bercement matinal des buissons
Sur les coteaux intacts aux tendres mamelons !
Des baisers de la femme
Bouillonne sous ta peau
Toute la gamme.
Souvent j’ai peur, car nous formons un écheveau
Inextricable ! Et s’il me reste quelques fibres
Qui semblent libres,
Tu t’en saisis. Ô combien nous nous désirons !
Mais si c’est même amour que tous deux respirons,
Je le vis tel un roc dessous lequel j’enrage
Et toi comme un coussin plus léger que nuage.

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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Signe d’eau (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2018




    
Signe d’eau

L’eau vive m’a porté jadis
comme la vague porte au rivage
la graine qui prendra
racine, chair et visage.

Elle est inscrite en lettres bleues
sur la page de mon ciel:
poissons jumeaux qui vont nageant
dans le sillage des étoiles.

Elle est maîtresse de mon corps,
source sombre, ruisseau, rivière,
serrée entre terre et feu.

Et désormais dans une lourde nuit
j’entends une eau secrète
qui bouge et qui respire
tandis que rôde dans les chambres
l’odeur funèbre des marais.

(Jean Joubert)

 

Recueil: Longtemps j’ai courtisé la nuit
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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La rose, pourquoi pas? (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2018




    
La rose, pourquoi pas?

Je nommerai rose la rose,
rose toujours «déclose»
de Ronsard ou Saadi,
toujours mortelle et renaissante,
rose de siècle en siècle,
rose femme ou rose mystique,
humble rose que je respire, rose rose de mon jardin.

Voyez! sur ce roseau pensif
une libellule bleue s’est posée,
tendue, ailes vibrantes,
messagère de la beauté,
toute joie,
et dans l’ombre,
toute lumière

Un jour encore.
Qui remercier?
Remercions cette main vers nous tendue
et au-delà le corps immense
deviné
dans la brume qui se déchire.
Ce sont l’écoute
la ferveur,
et la louange
qui nous sauvent.

(Jean Joubert)

 

Recueil: Longtemps j’ai courtisé la nuit
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Lе temps mincit (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2018



Jean Joubert
    
Lе temps mincit

Le temps mincit.
La nuit apprête ses linceuls.

Respire encore un peu
le parfum du soir.

Dans ta main qui écrit
rassemble les derniers désirs.

(Jean Joubert)

 

Recueil: Longtemps j’ai courtisé la nuit
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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À Ninon (Alfred de musset)

Posted by arbrealettres sur 5 juin 2018



Illustration: Auguste Raynaud
    
À Ninon

Si je vous le disais pourtant, que je vous aime,
Qui sait, brune aux yeux bleus, ce que vous en diriez ?
L’amour, vous le savez, cause une peine extrême ;
C’est un mal sans pitié que vous plaignez vous-même ;
Peut-être cependant que vous m’en puniriez.

Si je vous le disais, que six mois de silence
Cachent de longs tourments et des voeux insensés :
Ninon, vous êtes fine, et votre insouciance
Se plaît, comme une fée, à deviner d’avance ;
Vous me répondriez peut-être : Je le sais.

Si je vous le disais, qu’une douce folie
A fait de moi votre ombre, et m’attache à vos pas :
Un petit air de doute et de mélancolie,
Vous le savez, Ninon, vous rend bien plus jolie ;
Peut-être diriez-vous que vous n’y croyez pas.

Si je vous le disais, que j’emporte dans l’âme
Jusques aux moindres mots de nos propos du soir :
Un regard offensé, vous le savez, madame,
Change deux yeux d’azur en deux éclairs de flamme ;
Vous me défendriez peut-être de vous voir.

Si je vous le disais, que chaque nuit je veille,
Que chaque jour je pleure et je prie à genoux ;
Ninon, quand vous riez, vous savez qu’une abeille
Prendrait pour une fleur votre bouche vermeille ;
Si je vous le disais, peut-être en ririez-vous.

mais vous ne saurez rien. – Je viens, sans rien en dire,
m’asseoir sous votre lampe et causer avec vous ;
Votre voix, je l’entends ; votre air, je le respire ;
Et vous pouvez douter, deviner et sourire,
Vos yeux ne verront pas de quoi m’être moins doux.

Je récolte en secret des fleurs mystérieuses :
Le soir, derrière vous, j’écoute au piano
Chanter sur le clavier vos mains harmonieuses,
Et, dans les tourbillons de nos valses joyeuses,
Je vous sens, dans mes bras, plier comme un roseau.

La nuit, quand de si loin le monde nous sépare,
Quand je rentre chez moi pour tirer mes verrous,
De mille souvenirs en jaloux je m’empare ;
Et là, seul devant Dieu, plein d’une joie avare,
J’ouvre, comme un trésor, mon coeur tout plein de vous.

J’aime, et je sais répondre avec indifférence ;
J’aime, et rien ne le dit ; j’aime, et seul je le sais ;
Et mon secret m’est cher, et chère ma souffrance ;
Et j’ai fait le serment d’aimer sans espérance,
mais non pas sans bonheur ; – je vous vois, c’est assez.

Non, je n’étais pas né pour ce bonheur suprême,
De mourir dans vos bras et de vivre à vos pieds.
Tout me le prouve, hélas ! jusqu’à ma douleur même…
Si je vous le disais pourtant, que je vous aime,
Qui sait, brune aux yeux bleus, ce que vous en diriez ?

(Alfred de musset)

 

 

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LA SAISON DES ANGES (Hwang Ji-u)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2018



Illustration: Arnaud Martin
    
LA SAISON DES ANGES

…, Quelque chose, ce quelque chose vient, vient à moi, à ma
femme, aux enfants, à ma mère, à mon frère aîné, à ma
soeur aînéе, à mon frère cadet, vient. Quelque chose
d’omis : la déclaration d’un absent, une place vide.

Quelque chose, quelque chose vient, vient plus tôt vers le ciel,
vient vers cette terre, vient vers cette fleur, vient vers
cette mer en pleurs, vient la situation en crise, notre coeur,
notre coeur, sous le givre.

Ah, ce quelque chose, ce quelque chose, je ne peux plus
parler. Le ciel, je ne peux plus le regarder. La terre, je ne
peux plus marcher. La fleur, n’éclora plus ! Respirer, je ne
peux plus ! Je devrais éclater !

Père, retombez vite en poussière. Pourquoi nous regardez
vous fixement, nous les vivants, avec les yeux que vous
aviez en vie?

(Hwang Ji-u)

 

Recueil: DE L’HIVER-DE-L’ARBRE AU PRINTEMPS-DE-L’ARBRE Cent poèmes __..
Traduction: Kim Bona
Editions: William Blake & co

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Une sphère de pur Amour (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 31 mai 2018



C’est l’instant, par excellence.
Chute du jour, tombée du monde.

Où le regard devient une énergie.
Le jour se noie dans la nuit pleine.

Entre le chien du rêve et le loup de l’éveil.
Décline, tombe, disparais.

C’est l’heure tardive.
C’est à la brune anéantie.

C’est où l’esprit respire.
Le partage d’abîmes.

C’est l’instant d’une présence organique.
L’encre de la solitude.

Où les mots portent les choses.
L’instant où l’on se dépeuple.

Où l’on de dépasse d’un cran.
Où l’on s’offre à l’inconnaissance.

La lueur touchée juste.
La parole du monde en creux.

L’instant du surgi.
De la pure mise à nuit.

Où l’on arpente la ferveur.
Du plus haut abandon.

Le ciel intérieur.

(Zéno Bianu)


Illustration

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