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Poésie

Posts Tagged ‘respirer’

JAMAIS PLUS ! (Noël Bazan)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2021



JAMAIS PLUS !

Quand le printemps revient, sous l’ombre des saulaies,
Mirer son jeune front à la fraîcheur des eaux,
Et rendre au bois feuillu toutes les notes gaies
Qu’en bâtissant leur nid fredonnent les oiseaux,

Quand la fleur d’aubépin se courbe sous une aile,
Que le blé qui grandit estompe les sillons,
Que le muguet s’entr’ouvre, et que, sur sa dentelle,
A travers le soleil, volent les papillons,

L’esprit chargé de rêve et de mélancolie,
Sans cueillir les lilas, sans respirer le jour,
Je vais, comme l’on va vers une ensevelie,
Écarter un linceul et contempler l’amour.

Il est là, pâle et froid, la paupière fermée,
Le coeur ne battant plus, et, cependant, si beau!
Insensible à ma voix, jadis la voix aimée,
Endormi pour jamais dans la nuit du tombeau.

Je mets, les yeux en pleurs, ma lèvre sur sa bouche,
Je lui dis : « Viens, je t’aime!… Ecoute, tout renaît!
Viens! C’est moi qui te parle et c’est moi qui te touche!»
Mais il ne me répond ni ne me reconnaît.

« Mon amour, mon amour, éveille-toi, c’est fête!
La violette a mis son étoile au gazon,
C’est la saison d’aimer, pour aimer je suis prête,
C’est la délicieuse et divine saison!

« Viens !… nous irons encor, sous la lune attiédie,
Redire les serments que tu m’as répétés ! »
Mais sa main de ma main s’échappe, refroidie,
Et l’arc brisé d’Eros demeure à ses côtés.

Il n’est plus ! je maudis le sourire des choses,
Le velours de la mousse et la paix des étangs;
Je maudis la nature et ses métamorphoses,
Je maudis le soleil, je maudis le Printemps,

Et, l’esprit plein de rêve et de mélancolie,
Sans cueillir les lilas, sans respirer le jour,
Je laisse ma jeunesse, hélas! ensevelie,
S’endormir pour jamais au tombeau de l’Amour!

(Noël Bazan)

Illustration: Emile Vernon

 

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Bien tard, je t’ai aimée (Saint Augustin)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2021



Saint Augustin 
    
Bien tard, je t’ai aimée, ô beauté si ancienne et si nouvelle,
bien tard, je t’ai aimée !

Et voici que tu étais au-dedans, et moi au-dehors,
et c’est là que je te cherchais,
et sur la grâce de ces choses que tu as faites, pauvre disgracié, je me ruais !

Tu étais avec moi et je n’étais pas avec toi ;
elles me retenaient loin de toi, ces choses
qui pourtant, si elles n’existaient pas en toi, n’existeraient pas !

Tu as appelé, tu as crié et tu as brisé ma surdité ;
tu as brillé, tu as resplendi et tu as dissipé ma cécité ;
tu as embaumé, j’ai respiré et haletant j’aspire à toi ;
j’ai goûté, et j’ai faim et j’ai soif ;
tu m’as touché et je me suis enflammé pour ta paix.
(Saint Augustin)

 

Recueil:
Traduction:
Editions:

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Je respire où tu palpites (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2021



Je respire où tu palpites

Je respire où tu palpites,
Tu sais ; à quoi bon, hélas !
Rester là si tu me quittes,
Et vivre si tu t’en vas ?

A quoi bon vivre, étant l’ombre
De cet ange qui s’enfuit ?
A quoi bon, sous le ciel sombre,
N’être plus que de la nuit ?

Je suis la fleur des murailles
Dont avril est le seul bien.
Il suffit que tu t’en ailles
Pour qu’il ne reste plus rien.

Tu m’entoures d’Auréoles;
Te voir est mon seul souci.
Il suffit que tu t’envoles
Pour que je m’envole aussi.

Si tu pars, mon front se penche ;
Mon âme au ciel, son berceau,
Fuira, dans ta main blanche
Tu tiens ce sauvage oiseau.

Que veux-tu que je devienne
Si je n’entends plus ton pas ?
Est-ce ta vie ou la mienne
Qui s’en va ? Je ne sais pas.

Quand mon orage succombe,
J’en reprends dans ton coeur pur ;
Je suis comme la colombe
Qui vient boire au lac d’azur.

L’amour fait comprendre à l’âme
L’univers, salubre et béni ;
Et cette petite flamme
Seule éclaire l’infini

Sans toi, toute la nature
N’est plus qu’un cachot fermé,
Où je vais à l’aventure,
Pâle et n’étant plus aimé.

Sans toi, tout s’effeuille et tombe ;
L’ombre emplit mon noir sourcil ;
Une fête est une tombe,
La patrie est un exil.

Je t’implore et réclame ;
Ne fuis pas loin de mes maux,
O fauvette de mon âme
Qui chantes dans mes rameaux !

De quoi puis-je avoir envie,
De quoi puis-je avoir effroi,
Que ferai-je de la vie
Si tu n’es plus près de moi ?

Tu portes dans la lumière,
Tu portes dans les buissons,
Sur une aile ma prière,
Et sur l’autre mes chansons.

Que dirai-je aux champs que voile
L’inconsolable douleur ?
Que ferai-je de l’étoile ?
Que ferai-je de la fleur ?

Que dirai-je au bois morose
Qu’illuminait ta douceur ?
Que répondrai-je à la rose
Disant :  » Où donc est ma soeur ? »

J’en mourrai ; fuis, si tu l’oses.
A quoi bon, jours révolus !
Regarder toutes ces choses
Qu’elle ne regarde plus ?

Que ferai-je de la lyre,
De la vertu, du destin ?
Hélas ! et, sans ton sourire,
Que ferai-je du matin ?

Que ferai-je, seul, farouche,
Sans toi, du jour et des cieux,
De mes baisers sans ta bouche,
Et de mes pleurs sans tes yeux !

(Victor Hugo)

Illustration:Edvard Munch

 

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L’usine (Leslie Kaplan)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2021



Illustration: Ernest Zobole
    
L’usine, la grande usine univers, celle qui respire pour vous.
Il n’y a pas d’autre air que ce qu’elle pompe, rejette.
On est dedans.

Tout l’espace est occupé : tout est devenu déchet.
La peau, les dents, le regard.

On circule entre des parois informes.
On croise des gens, des sandwichs, des bouteilles de coca,
des instruments, du papier, des caisses, des vis.
On bouge indéfiniment, sans temps.
Ni début, ni fin. Les choses existent ensemble, simultanées.

A l’intérieur de l’usine, on fait sans arrêt.

On est dedans, dans la grande usine univers,
celle qui respire pour vous.

(Leslie Kaplan)

 

Recueil: L’excès – l’usine
Traduction:
Editions: Hachette

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Puisse mon amour… (Lorand Gaspar)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2021



    

Puisse mon amour…

Puisse mon amour des dessins changeants
des corps, des eaux et des vents de ce monde
avec les martinets voler encore ce soir
certitude d’un instant dans la joie
d’une vie d’un coup d’aile dépliée
comme si dans le geste de s’ouvrir
il y avait une braise éternelle –

Reviens près de ces pierres
où quelques mots respirent –
écoute-les de toute ta nuit
tout le poids de l’oubli courbé
sur un feu qui consent aux gris
lumineux et fragiles de ces cendres –
poignée de semences
que dispersent les vents –

(Lorand Gaspar)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Derrière le dos de Dieu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Comment ça va ? (Ben Corlaciu)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2021




    
Comment ça va ?

Comment vas-tu ? Merci, ça marche après l’aurore.
Je vis, il n’y a pas d’autre solution.
Le matin au marché parmi les fleurs et les poivrons
Je respire l’odeur des coings encore et encore
Et je rentre avec le cabas plein de météores.

Je vis bien, ne te fais pas de soucis.
Je n’attends pas que la mort vienne, j’attends que la vie passe.
C’est vrai, quelques émois me tracassent
Mais ils sont éphémères et tout petits :
Je dis bonjour au lieu de bonne nuit.

(Ben Corlaciu)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Le blues roumain
Traduction: Traduit du roumain par Radu Bata
Editions: Unicité

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CAMONIENNE (Nuno Jùdice)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2021



Illustration: Catherine Suchocka
    
CAMONIENNE

Qui es-tu, barbara, qui demeures
dans un poème que l’on étudie et récite
dans les écoles,
— toi qui t’es limitée à être aimée
d’un poète qui, peut-être, ne t’a
rien donné d’autre en échange de cet amour
qu’un poème que toi, peut-être,
tu n’as jamais entendu? Qui es-tu,
ô femme plus réelle que ce
poète qui t’a chantée, et dont nul ne
sait rien — si ce n’est
qu’il t’a aimée, et mise dans
ce poème où tu vis encore, et respires,
comme au jour où il l’a écrit,
se rappelant ton corps, et tes
lèvres, et les jours, ou les nuits,
qu’il passa près de toi? Qui es-tu,
femme réelle et rêvée qui habites
tous les poèmes que ce poème
a inspirés, et tous les rêves qui
ont trouvé en cette barbara une image
précise et définitive ? Retourne-toi,
dans ces vers, pour que nous voyions
ton visage, et dis-nous ton nom — ton nom
authentique, et non pas celui que le poète
a inventé pour t’appeler dans un poème
qui ne garde le secret que de toi seule ;
et ensuite, dors, oublie
ce que l’on a dit de toi, et les commentaires
dont tu as été le prétexte, et les images
où chaque fois davantage, tu as perdu
cette image unique, la tienne.

(Nuno Jùdice)

 

Recueil: Un chant dans l’épaisseur du temps suivi de méditation sur des ruines
Traduction: Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

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Les morts minuscules (Monika Herceg)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2021




    
les morts minuscules

nous respirons bruyamment de chaleur suffocante
dormant dans la même pièce
l’angoisse plus lourde que l’air
remplit l’espace comme le dioxyde de carbone
et nous étouffons dans le cauchemar

dans le rêve de mon père le vide prolifère
comme les doryphores sur les pommes de terre
jusqu’à la destruction complète des plantations
souvent il tousse
comme un chat qui rejette
une boule de poils
mon frère grince des dents
ma mère est immobile
les lèvres serrées
à l’image de la madone qu’elle prie
quelquefois je me penche sur son visage
pour vérifier si elle respire

j’écoute aussi
nos pieds dépasser les chaussures devenues étroites
nos cheveux s’assombrir
nos cartilages s’user à courir
dehors l’atmosphère se consume

et en nous brûlent nos corps d’enfants
comme les bougies d’anniversaire
suffisamment vite pour que le matin on
ne s’en souvienne plus

(Monika Herceg)

Traduit du croate par Martina Kramer

 

Recueil: Voix Vives de méditerranée en méditerranée Anthologie Sète 2019
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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L’AUTOMNE DES ROSES (Francisco Brines)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2021



 

Illustration: Francisco Lozano
    
Poem in French, Italian, German, Portuguese, Romanian, Greek, Icelandic, Sicilian, Polish, Chinese, Arab, Hindi, Japanese, Farsi, Bulgarian, Russian, Filipino, Hebrew, Tamil, Kurdish, Bangla, Irish, Gurajati, Serbian

Francisco Brines has been awarded in November the Premio Cervantes, the Spanish “Nobel Prize of Literature”
Poem of the Week Ithaca 660
« Song of the Sleepless » Francisco Brines, Spain (1932)
From: “El ruido del mundo The Noise of the World” POINT Editions 1998
– All translations are made in collaboration with Germain Droogenbroodt –

***

L’AUTOMNE DES ROSES

Déjà tu vis à la saison du temps qui s’attarde :
Tu l’as nommé l’automne des roses.
Respire-les et prends feu. Puis, quand le ciel s’éteint,
Ecoute le silence du monde.

(Francisco Brines)

Traduction Elisabeth Gerlache
Translation into French by Elisabeth Gerlache

***

CHANT DE L’INSOMNIAQUE

C’est encore la nuit et le coq chante.
Il fait ainsi nuit après nuit.
Et chaque nuit j’attends son chant.
Le cri que crache le coq est sinistre.
La lumière est éclatante et le coq déchire la nuit.
J’explore l’obscurité, et j’écoute le coq.
A nouveau tu as perdu une nuit, dit le coq.
Jusqu’à ce qu’il n’y ait plus ni coq, ni nuit.

***

CANZONE DELL’INSONNIA

È ancora notte e il gallo canta.
E così fa notte dopo notte.
E ogni notte aspetto il suo canto.
Tenebrosa è la voce che lancia il gallo.
La luce è acida, e il gallo squarcia la notte.
vado a tentoni nel buio e ascolto il gallo.
“Hai sprecato un’altra notte” mi dice il gallo
“finché non ci saranno più né gallo né notte.”

***

L’AUTUNNO DELLE ROSE

Vivi già nella stagione di un tempo lasciato indietro:
lo hai chiamato l’autunno delle rose.
Respiralo e accendilo. E ascolta,
quando il cielo si spegne, il silenzio del mondo.

Traduzione di Luca Benassi

***

LIED DES SCHLAFLOSEN

Es ist noch Nacht, und der Hahn kräht.
So kräht er Nacht für Nacht.
Und jede Nacht warte ich auf sein Krähen.
Der Schrei, den der Hahn ausstößt, ist unheilvoll.
Sauer ist das Licht, und der Hahn bricht die Nacht.
Ich erkunde die Dunkelheit und lausche dem Hahn.
Du hast wieder eine Nacht verloren, sagt der Hahn.
Bis es weder Hahn noch Nacht wird geben.

***

DER HERBST DER ROSEN

Du lebst schon in der verlangsamten Jahreszeit:
du hast sie den Herbst der Rosen genannt.
Atme sie ein und entflamme. Und höre zu,
wenn der Himmel erlischt, die Stille der Welt.

Übersetzung Wolfgang Klinck
Translation into German by Wolfgang Klinck

***

CANÇÃO DO INSONE

No entanto é de noite e canta o galo.
E faz assim uma noite e outra noite.
E eu espero o seu canto cada noite.
Tenebrosa é a voz que lança o galo.
Amarga é a luz e o galo rompe a noite.
Apalpo a escuridão e escuto o galo.
Até que não haja galo nem noite.

***

O OUTONO DAS ROSAS

Vives na estação de um tempo que já passou:
tinhas chamado o outono dessas rosas.
Aspirando-as elas te acendem. E escutas,
quando o céu se apagar, o silêncio do mundo.

Tradução ao português: José Eduardo Degrazia

***

CÂNTEC DE NEADORMIRE

E încă noapte și cocoșul cântă.
O face noapte după noapte.
Iar eu pândesc cântarea-i în fiecare seară.
Sumbru e timbrul vocii sale aproape stinse.
Lumina pare acră, noaptea se sparge în tril.
Pipăi întunecimea și-i deslușesc mesajul.
Ai mai pierdut o noapte, vrea parcă să-mi vestească.
Până într-o bună zi, când noapte și cocoș nu vor mai fi.

***

TOAMNA TRANDAFIRILOR

Trăiești deja în gara timpului depășit:
i-ai pus nume de Toamnă din Trandafiri.
Absoarbe-le și aprinde-te. Și ascultă,
sub cerul stins, liniștea lumii.

Traducere: Gabriela Căluțiu Sonnenberg

***

ΤΡΑΓΟΥΔΙ ΤΩΝ ΑΓΡΥΠΝΩΝ

Νύχτα ακόμα και κράζει ο πετεινός
όπως και κάθε νύχτα
καθώς αναμφίβολα τον περιμένω
το κάλεσμα του πετεινού οδυνηρό
πικρό σκοτάδι που διακόπτει ο πετεινός
στη νύχτα μέσα ψάχνω για τη φωνή του.
Έχασες άλη μια νύχτα μου λέει ο πετεινός
ώσπουκιηνύχτακιοπετεινόςπεθάνουν.

***

ΡΟΔΑ ΤΟΥ ΦΘΙΝΟΠΩΡΟΥ

Κιόλας ζεις σ’ εποχή που ο χρόνος έχει ξεχάσει
την ονομάζεις φθινόπωρο των ρόδων
ανάσανε την, πάρε φωτιά, κι άκου
τον ουρανό που εξαντλείται
μέσα στου κόσμου τη σιωπή

ΜετάφρασηΜανώληΑλυγιζάκη
Translation into Greek by Manolis Aligizakis

***

SÖNGURSVEFNLEYSINGJANS

Það er ennþánóttoghaninngalar.
Ogþettagerirhannnótteftirnótt.
Oghverjanóttbíðégeftiraðhanngali.
Skrækirhananseruhörmulegir.
Súr er birtan, oghaninnrýfurnóttina.
Égfálma í myrkriðoghlusta á hanann.
Þúhefurmisstafenneinninóttinni,segirhaninn.
Bráttverðurhvorkihani nénótt.

***

Haustrósanna

Þúertstraxfarinnaðlifa í liðinniárstíð:
Ogkallarhanahaustrósanna.
Andaðuhenniaðþérogkveiktu í. Oghlustaðu,
þegarhiminninnslokknar, á þögnheimsins.

Translation into Icelandic by ÞórStefánsson

***

CANZUNA DI UNU CA NON PÒ DORMIRI

Ancora è notti e u jaddu canta.
E fa accussì notti dopu notti
E iò aspettu lu so cantu ogni notti.
La vuci ca lu jaddu jetta è lamintusa.
Amara è a luci e u jaddu rumpi la nuttata.
Tastìu nni l’oscurità, e scutu ô jaddu.
Pirdisti nautra nuttata, dici u jaddu.
Finu a quannu non c’è jaddu e mancu notti

***

L’AUTUNNU DI LI ROSI

Già vivi nni la staciuni di lu tempu lassatu jiri
lu chiamasti l’autunnu di li rosi
Aspiralu e nciammati. Y scuta,
quannu lu celu si stuta, lu silenziu dû munnu.

Traduzioni in sicilianu di Gaetano Cipolla
Translation into Sicilian by Gaetano Cipolla

***

PIEŚŃ BEZSENNEGO

Jeszcze trwa noc i pieje kogut.
I czyni tak noc po nocy.
I wyczekuję jego piania każdej nocy.
Mroczny jest głos, który kogut wyrzuca z siebie.
Ostre jest światło, i kogut przełamuje noc.
Dotykiem wyczuwam mroki słucham koguta.
Straciłeś jeszcze jedną noc, pieje kogut
aż przyjdzie chwila, gdy koguta ani nocy nie będzie.

***

JESIENNA PORA RÓŻ

Żyjesz już porączasu pozostawionego za sobą.
Nazwałeś ją jesienną porą róż.
Wdychaj ją irozpalaj. I słuchaj,
gdy niebo zgaśnie, ciszy świata.

Przekład na polski: Mirosław Grudzień

Translation into Polish by Mirosław Grudzień

***

不眠之歌

静静的夜而公鸡啼鸣。
他一夜又一夜都是如此。
每天晚上我都在等他的叫声。
公鸡发出的尖叫声是有害的。
郁闷的是光明,而公鸡打破黑夜。
我摸索进黑暗,而倾听公鸡啼鸣。
你又失去了一个夜晚,公鸡说。
直到将来既没公鸡也无黑夜。

***

玫瑰的秋天

你已经生活在流逝时间的季节里:
你给它起名叫玫瑰的秋天。
吸进玫瑰香并动情。而倾听,
当天空熄灭,直到世界的寂静。

原 作:西班牙 弗朗西斯科·布林斯 奥利瓦 1932年
英 译:比利时 杰曼·卓根布鲁特
汉 译:中 国 周道模 2020-11-27

Translation into Chinese by William Zhou

***

القلق

مازال الوقت ليلا والديك يصيح
يفعل ذلك ليلة بعد أخرى.
أنتظر صياحه في كل ليلة،

فالصراخ الذي يطلقه هذا الديك صوت وعيد.
نهاري فظ، وليلي يشقه هدوءه هذا الديك.
أتلمس طريقي في الظلام لأستمع له
فيقول لي إنني أضعت ليلة أخرى.
لا خيار أمامي باختفاء الديك أو تواري النهار.

***

خريف الزهور

تحيا الآن في فصل توارى زمانه
أطلقت عليه خريف الزهور.
تنفسه بعمق لتشعر نشوته
واستمع

لصمت العالم عندما تنطفئ السماء.
ترجمته عن الانجليزية سارة سليم

Translation into Arab by Sarah Slim

***

बिना आस्तीन का गाना

अभी भी रात है और मुर्गा चिल्लाता है
और इसलिए वह रात-रात भर चिल्लाता है
और हर रात मैं उसकी चीखों का इंतजार करता हूं

चीख़ता मुर्गा उबाऊ है।

खट्टी रोशनी है, और मुर्गा रात को तोड़ता है।
मैं अंधेरे में टटोलता हूं और मुर्गा सुनता हूं।
आप एक और रात खो दिया है, मुर्गा कहते हैं।
जब तक न तो मुर्गा होगा और न ही रात।

Hindi translation by Jyotirmaya Thakur

***

眠れない夜の歌

まだ夜なのに鶏が鳴く
夜ごとに鳴く
そして毎夜わたしはその鳴き声を待った
その雄どりの発する甲高い声は何かを脅かすようだ
光が酸っぱく感じるほど鶏は夜の闇を打ち破る
わたしは闇の中を這うようにしてその声を聴く
あなたはまた一つ夜を失った、とその鶏は言う
それはこの世に鶏も夜も無くなるまで続くのだ

***

薔薇の咲く秋

すでにあなたは残された時間の季節を生きている
あなたはそれを薔薇の咲く秋と名づけた
それを吸い込み燃やすのだ
そして空が消える時、世界の静けさの中に
それを聴け

Translation into Japanese by Manabu Kitawaki

***

آواز بی خوابی

هنوز شب است و خروس مى خواند
و همچنان شبی بعد از شبی دیگر تکرارش می کند.
و هر شب من منتظر آوازش می مانم.
آواز خروس غمناک است.
نور کم سوی، خروس شب را می شکند
من کورمال در تاریکی و به خروس گوش میدهم.
خروس میگوید تو شب دیگری را از دست دادی.
و شب دیگر و آواز دیگری نخواهد بود.

***

پاييز گل هاى رز

از قبلو تو در فصلي كه گذشت زندگى مى كنى:
و آنرا پاييز رزها نام نهادى.
استنشاقش كن و شعله ور شو. و گوش كن،
وقتى آسمان خاموشش مى كند، در مقابل دنيا.
فرانسيسكو برينس، اوليوا، اسپانيا، ١٩٣٢
ترجمه: سپیده زمانی

Translation into Farsi by Sepideh Zamani

***

Корица на книгата „Шумът на света“ от Франсиско Бринес

ПЕСЕН НА БЕЗСЪННИКА

Все още е нощ и петелът кукурига.
И така нощ след нощ.
И всекипът чакам неговото кукуригане.
Крясъкът, който той издава е заплашителен.
Горчива е светлината и петелът прекъсва нощта.
Опипом в мрака слушам неговото кукуригане.
„Загубил си още една нощ“ – казва той.
И така докато и петелът,и нощта изчезнат.

***

ЕСЕНТА НА РОЗИТЕ

Ти вече живееш в сезона на времето,
което тече назад.
Нарече го есента на розите.
Вдишвай го и се възпламенявай.
Икогато небето гасне,
слушай тишината на света.

превод от английски: Иван Христов
Translation into Bulgarian by Ivan Hristov

***

Песня неспящих

Сейчас ночь, и кричит петух.
Онгорланиткаждуюночь.
От него я не сплю по ночам.
Зловещкрикпетуха.
Светкислый, апетухразрываетночь.
Ятрогаютемнотуислушаюпетуха.
Тыпрозевал еще одну ночь– кричитпетух.
И так повторится вновь, пока не будет ни петуха, ни ночи.

***

ОСЕНЬРОЗ

Ты живешь в отстающем времени:
Тызовешьегоосеньюроз.
Вдохниих, гори.И, пока догорает небо,
слушайтишину мира.

ПереводнарусскийязыкДарьиМишуевой
Translation into Russian by Daria Mishueva

***

AWIT NG HINDI MAPAGKATULOG

gabi pa lng at tumitilaok na ang mga manok.
Ganyan ang ginagawa niya gabi-gabi.
At tuwing gabi aking hinihintay ang kanyang pagtilaok.
Ang sigaw na nasambit ng tandang ay masama.
Nangangasim ang ilaw, at ang tandang ay nagpapahinga sa gabi.
Nangapa ako sa dilim at pinakinggan ang tandang.
Isang gabi nanaman ang nawala sa iyo, sabi ng tandang.
Hanggang sa wala na ni tandang o ang gabi.

***

ANG TAGLAGAS NG MGA ROSAS

Nabubuhay ka na sa panahong nagpag-iwanan na ng panahon:
Tinawag mo itong taglagas ng mga rosas.
Huminga ito at umapoy. At pakinggan mo,
ng ang langit ay mapawi, sa katahimikan ng mundo.

Translation in Filipino Eden Soriano Trinidad

***

השינה
פרנצ’יסקו בריינס זכה בנובמבר בפרס סרוונטס, המכונה פרס נובל הספרדי

עֲדַיִןלַיְלָהוְהַתַּרְנְגוֹלמְקַרְקֵר.
וְכָךְמִנְהָגוֹלַיְלָהאַחַרלַיְלָה.
וְכָללַיְלָהאֲנִימְחַכֶּהלְקִרְקוּרוֹ.
הַצְּוָחָהשֶׁהַתַּרְנְגוֹלמַשְׁמִיעַמְלֵאַתשִׂנְאָה.
מַרנֶפֶשׁהוּאהָאוֹר, וְהַתַּרְנְגוֹלשׁוֹבֵראֶתהַלַּיְלָה.
אֲנִימְגַשֵּׁשׁאֶלתּוֹךְהַחֹשֶׁךְוּמַקְשִׁיבלַתַּרְנְגוֹל.
אִבַּדְתָּעוֹדלַיְלָה, אוֹמֵרהַתַּרְנְגוֹל.
עַדשֶׁלֹּאיִהְיֶהלֹאתַּרְנְגוֹלוְלֹאלַיְלָה.

***

הסתיו של הורדים

אַתָּהכְּבָרחַיבְּעוֹנָהשֶׁהַזְּמַןהִשְׁאִירמֵאָחוֹר:
כִּנִּיתָאוֹתָהּסְתָושֶׁלוְרָדִים
שְׁאַףאוֹתָהּפְּנִימָהוְהַצֵּת. וְהַקְשֵׁב,
כְּשֶׁהַשָּׁמַיִםנִכְבִּים, לְדִמְמַתהָעוֹלָם.

מאנגלית לעברית: דורית ויסמן
כריכת הספר « רעש העולם », שירים של פרנצ’סקו בריינס
Translation into Hebrew by Dorit Weisman

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உறக்கமற்றவரின் பாடல்

இன்னமும் இரவு சேவற்கோழி கூவுகிறது
அப்படியே இரவிற்குப்பின் இறவு செய்து கொண்டிருக்கிறான்
ஒவ்வொரு இரவும் அவன் கூவலிற்காகக் காத்திருக்கிறேன்
அது தங்கியுள்ள கூடு எழுப்பும் அலறல் என்னை இறுக்கக் கட்டிவிடுகிறது!
வெளிச்சம் புளிப்பு, சேவல் கூண்டு இரவைப் பிளந்து விடுகிறது.
நான் இரவில் தட்டித் தடவித் தேடுகிறேன், காதால் கேட்கிறேன்
மற்றொரு இரவையும் இழந்துவிட்டாய் என்றது சேவலின் இல்லம்
அதுவரை சேவலும் இருக்காது, இரவும் இருக்காது!
ரோஜாக்களின் இலையுதிர் காலம்
ஏற்கெனவே, கடந்தகாலப் பருவத்திற்குப் பின்னே வாழ்ந்து

***

கொண்டிருக்கிறாய்

ரோஜாக்களின் இலையுதிர் காலம் எனப்பெயர் இட்டாய்
அதைச் சுவாசி; உணர்ச்சியை ஊட்டு. செவிசாய்த்துக் கேள்.
உலகின் அமைதியில், மெளனத்தில் வானம் அணைத்துவிடும்போது!
ஆக்கம்:

Translation into Tamil by Dr. N V Subbaraman

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STIRANA XEWNEKIRIYAN

Hin şev e û keleşêr diqîqîne.
Weha diqîqîne şev bi şev.
Û her şevekê ez li benda qîqîya wî me.
Qêrîna ew dişîne bobelat e.
Ronahî jê rûtirş e û keleşêr ditengijîne.
Ez ji şevê dipirsim û guhdarî keleşêr dikim.
Te ji nû ve şeveke din hindakir, keleşêr ji min re got.
Taku ne keleşêr û ne şev hebê.

***

PAYÎZA GULAN

Tu hîn di dema kevin de dijî:
Te payîza bi gulê navandiye.
Wê bihenasîne û bibehcîne. Û guhdar bike,
gava esman hêminiya cîhnê vedimirîne.

Translation into Kurdish by Hussein Habasch

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নিশাচরেরগান

এখনোরাতকাকেরাডাকে
এবংঠিকতেমনিরাতেরপররাত
আরপ্রতিরাতেআমিথাকিতারডাকেরপ্রতীক্ষায়
মোরগেরধ্বনিরাতকেকরেতিমিরাচ্ছন্ন
রাতহয়েযায়হালকাআরমোরগধ্বনিকরেরাতেরসমাপ্তি
আমিঅন্ধকারেমগ্নহয়েমোরগেরডাকশুনি
মোরগবলেতুমিআরোএকটিরাতকেহারালে
ততক্ষণযখননাথাকবেনামোরগনারাত

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গোলাপেরশরৎকাল

এরমধ্যেতুমিবসবাসকরোপিছনেপড়েথাকা
মৌসুমেরসময়ে
তুমিএরনামদিয়েছোগোলাপেরশরৎকাল
শ্বাসফেলাএরমধ্যেকরোপ্রজ্বলিতআর
শোনো
যখনআকাশনিভেযায়পৃথিবীরনীরবতায়

Translation into Bangla by Tabassum Tahmina Shagufta Hussein

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AMHRÁNNA N-EASUANACH

Lárnahoícheagustáan coilleach ag glaochganstad—
Seo mar a dhéanannséoícheindiaidhoíche.
Chuileoíchebioraímmochluasadághlaoch—
Glaochgarbh an choilligh.
Tá an oíchesearbh, achbriseann a ghlaocha géire.
Ag smúrthachtromhaimsadorchadas,éistim leis an gcoilleach.
Oícheeileimitheamú ort,a deirsé,
Tiocfaidh an lánachmbeidhcoilleachnáoícheann a thuilleadh.”

***

FÓMHARNARÓSANNA

Cheana, tátú ag maireachtáiliséasúr an amatácaite:
Fómharnarósanna a bhaisttú air sin.
Líonanois do scámhógalenabhladhm. Aguséist—
nífada go múchfar an spéir, go dtitfidh an domhaninathost.

AistriúchánGaeilge – Rua Breathnach – ruabreathnach.com
Translation into Irish by Rua Breathnach

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નિંદરવિહોણાનું ગીત

રાત જ છે હજી, તોય કૂકડો બોલે છે
પ્રત્યેક રાતે એમ જ બોલે છે તે
પ્રત્યેક રાતે હું રાહ જોઉં છું તેના બોલવાની
એનો ચિત્કાર ચેતવણીરૂપ છે
ખાટું છે અજવાળું
કૂકડો રાતને ભાંગે છે
હું રાતને ફંફોસતાં કૂકડાને સાંભળું છું
-તેં વધુ એક રાત ગુમાવી, તે કહે છે
થોડા સમય પછી ન કૂકડો હશે ન રાત.

ગુલાબોની પાનખર

તમે વસો છો છૂટી ગયેલા સમયમાં
તમે એનું નામકરણ કર્યું છે: ગુલાબોની પાનખર
એને શ્વસો અને સળગાવો અને સાંભળો
આકાશ ઠંડું પડ્યા પછીના વિશ્વની ચુપકીદીને

અનુ. ઉદયન
Translation into Gujariti by Udayan Thakkar

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PESMAO BUDNIMA

Još je noća petaokukuriče.
I takoiznoći u noć.
I svakenoćičekam da zakukuriče.
Njegovokukurikanje je zastrašujuće.
Kiselo je svetlodokpetaoprelamanoć.
Opipavamtamuislušampetla.
Izgubiosijošjednunoć, kažepetao.
Svedok ne budevišenipetlaninoći.

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JESEN RUŽA

Već živite u sezoni preostalog vremena.
Nazvali ste ga Jesen ruža.
Udahnite ga i rasplamsajte. I slušajte,
kad ga nebo ugasi i postane tišina sveta.

S engleskogprevelaS.Piksiades
Translation into Serbian by S. Piksiades

(Francisco Brines)

 

Recueil: ITHACA 660
Editions: POINT
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Quand je respire (Ishikawa Takuboku)

Posted by arbrealettres sur 29 décembre 2020



Illustration: Hokusai
    
Quand je respire,
ce son rauque dans ma poitrine.
plus désolé que la dernière bise d’automne.

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(Ishikawa Takuboku)

 

Recueil: Le jouet triste
Traduction: Jérôme Barbosa et Alain Gouvret
Editions: Arfuyen

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