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Poésie

Posts Tagged ‘ressaisir’

Ici je reprends le goût de la vie (Henri Thomas)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2019



Illustration: Pablo Ruiz Picasso
    
Ici je reprends le goût de la vie,
Ainsi le dormeur, son sexe l’éveille,
Soudain rebandé par la même envie,
Et la femme est là, totale merveille.

Ainsi le nageur, la mer le soulève,
Et l’offre au soleil, et le ressaisit,
Il voit l’avenir, une immense grève,
Où se coucher nu dans l’après-midi.

Ainsi l’arbre en fleurs au fond d’un ravin
L’entrecroisement des hautes fougères…
Le mot le plus juste est encore vain,
Puisqu’ici le corps est tout le mystère.

Je rencontrerai peut-être la femme
Sœur de la fougère et des vagues nues.
Le sentier tournant deviendra la flacon
Qui la brûlera, sitôt apparue.

(Henri Thomas)

 

Recueil: Poésies
Traduction:
Editions: Gallimard

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En une attente désespérée (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2019



Illustration: Renata Ratajczyk
    
En une attente désespérée je vais cherchant après elle
dans tous les coins de ma demeure; je ne la trouve pas.
Ma maison est petite, et ce qui une fois en est sorti jamais plus ne peut être ressaisi.
Mais immense est ton palais, mon Seigneur,
et tandis que je cherchais après elle je suis parvenu devant ta porte.

Je m’arrête sous le céleste dais d’or de ton soir,
et vers ton visage je lève mes yeux pleins de désir.
Je suis parvenu sur le bord de l’éternité d’où jamais rien ne se dissipe
– nul espoir, nul bonheur, nul souvenir de visage entrevu à travers les larmes.

Oh ! trempe dans cet océan ma vie creuse,
plonge-la dans le sein de cette plénitude, et que cette caresse perdue,
je la ressente enfin dans la totalité de l’univers.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: L’offrande lyrique
Traduction: André Gide
Editions: Gallimard

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L’innocence (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018



Carol Carter  4001

L’innocence

Beau fantôme de l’innocence,
Vêtu de fleurs,
Toi qui gardes sous ta puissance
Une âme en pleurs !

Ô toi qui devanças nos hontes
Et nos revers,
Es-tu si grand que tu surmontes
Tout l’univers !

Le reste, comme la poussière,
S’est envolé,
Devant le feu de ma paupière
Tout s’est voilé,

Tout s’est enfui, flamme et fumée,
Tout est au vent ;
Toi seul sur mon âme enfermée
Planes souvent.

Pour courir à ta voix qui crie :
 » Éternité !  »
Pour monter à Dieu que je prie,
J’ai tout jeté.

La nuit, pour chasser un mensonge
Qui me fait peur,
Ta main, plus forte que le songe,
Étreint mon coeur.

Quelle absence est assez profonde
Pour te braver,
Quand ton regard perce le monde
Pour nous trouver ?

De mon âme ont jailli des âmes
Dignes de toi :
Au milieu de ces pures flammes,
Ressaisis-moi !

Beau fantôme de l’innocence
Vêtu de fleurs,
Oh ! Garde bien en ta puissance
Notre âme en pleurs.

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Carol Carter

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La ronde ailée des heures tourne dans la prairie (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2017



 

La ronde ailée des heures
Tourne dans la prairie.
Pas une qui demeure
Qu’elle pleure, qu’elle rie.
Elles fuient entraînées
Vers le couchant de gloire…
Quel soir (de quelle année ?)
Se mire au flot de Loire ?
Qui voudrait ressaisir,
Fantômes clairs et chantants,
La rose du Désir
Qu’on jette au flot du temps ?

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Andrew Wyeth

 

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ENNUI DE VIVRE (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2016



ENNUI DE VIVRE

Quand de pâles amants, l’extase étant finie,
Ont la sensation d’une heureuse agonie
Et qu’éveillés à peine et doucement brisés
Ils sentent un vol blanc d’immatériels baisers,
Si l’aube envahissante à ce moment pénètre,
t’est comme une faux d’or à travers la fenêtre
Coupant les blés du rêve et les fleurs du plaisir !
Et quand le couple triste a pu se ressaisir
Il songe, en entendant le bruit vain de la rue,
Qu’il faudra de nouveau rentrer dans la cohue,
Tandis qu’on est amer, coudoyer des gens gais,
Étreindre un peu de vent dans ses bras fatigués,
Récrire encor son nom sur les pages du livre,
Qu’il faudra de nouveau recommencer à vivre
Et soudain, comme épris d’un rêve illimité,
Eux qui veulent, vivants, vivre d’éternité,
Les amants délicats que le jour effarouche
Dans un nouveau baiser ont rapproché leur bouche
Pour ne pas revêtir leurs manteaux, lourds d’ennui,
Et, fermant les rideaux, ils refont de la Nuit !

(Georges Rodenbach)

 

 

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Le temps où les filles du pays (André Hardellet)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2015



 

Sepia-Hearts - [1280x768]

Le temps où les filles du pays venaient danser au « Belvédère »
échappe à notre atteinte : il a déjà rejoint celui des légendes.

Certaines photographies très anciennes provoquent un trouble comparable :
la réalité, ou plutôt son contour — est là, devant nos yeux,
et, néanmoins, elle s’affirme impossible à ressaisir dans sa durée vivante…

(André Hardellet)

 

 

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O vie (Léon-Paul Fargue)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2015



 Christian Schloe - Austrian Surrealist Digital painter -   (98) [1280x768]

O vie, dans ce moment qui passe
et que nous voudrions pour toujours ressaisir,
Cesse de dérober le secret de nos jours…

(Léon-Paul Fargue)

Illustration: Christian Schloe

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Qui reste debout ? (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 7 juillet 2015



Qui reste debout ?

D’abord,
Efface ton nom
Abolis ton âge
Supprime tes lieux
Déracine ce que tu sembles

Qui reste debout ?

Maintenant,
Ressaisis ton nom
Revêts ton âge
Adopte ta maison
Pénètre ta marche

Et puis…

À n’en plus finir,
Recommence.

*

Who remains standing?

First,
Erase your name
Unravel your years
Destroy your surroundings
Uproot what you seem

And who remains standing?

Then,
Rewrite your name
Restore your age
Rebuild your house
Pursue your path

And then…

Endlessly,
Start over, all over again.

(Andrée Chedid)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Alex Colville

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