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Posts Tagged ‘ressasser’

Les Animaux (Walt Whitman)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018


 

Les Animaux

Ils ne s’échinent pas, ils ne geignent pas sur leurs sort,
Il ne restent pas éveillés dans les ténèbres à pleurer sur leurs péchés.
Ils ne ressassent pas leurs devoirs envers Dieu,
Pas un seul n’est mécontent, pas un seul n’est rendu fou par la manie de posséder,
Pas un seul ne ploie le genou devant un autre, ni devant un de ses pareils qui vivait
il y a des milliers d’années.
Pas un seul ne mène une vie respectable, pas un seul n’étale son infortune sur toute
la surface de la terre.

(Walt Whitman)

 

 

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Nausée du ressassement (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2018




    
nausée
du ressassement
de l’ennui
de la torpeur des heures grises

sache une bonne fois
leur dire non

et reviens à la vie
sors
va marcher sur les collines

et laisse le vent
te traverser la tête

laisse le vent
emporter tes feuilles mortes

(Charles Juliet)

 

Recueil: L’Opulence de la nuit
Traduction:
Editions: P.O.L.

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PRÉLUDE (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 1 juillet 2018




PRÉLUDE

Le jour n’est pas une heure suivant l’autre,
il est douleurs se succédant :
le temps ne se ride jamais,
jamais il ne se détériore :
mer, ressasse la mer,
terre,
dit et redit la terre :
l’homme attend.
Seule
sa cloche
se tient là au milieu des autres,
elle garde en son vide
un silence implacable
qui se répandra quand de vague en vague
se lèvera sa langue de métal.

Après avoir possédé tant de choses,
en marchant à genoux de par le monde,
me voici, nu,
je n’ai plus que le dur midi
de la mer, et une cloche.

Ils m’offrent leurs voix pour souffrir
et leur monition pour me retenir.
Nul n’y échappe:
l’espace continue.
Et la mer ne cesse de vivre.
Les cloches d’exister.

(Pablo Neruda)

Illustration

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Dimanche vers le sud (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2018




    
Ces années déjà lointaines
furent celles de l’ennui de la détresse
des aveugles et interminables errances

poursuivies au hasard des rues sombres
À cette époque j’étais empêché de quitter
la ville et la ville m’étouffait

Souvent se psalmodiait en moi
le titre d’un recueil de poèmes
que je possède et que je n’ai jamais

lu : Dimanche vers le sud…
Dimanche vers le sud avait
écrit le poète espagnol

dont je ne sais rien sinon
qu’il a passé la majeure partie
de son existence en exil

Dimanche — journée pour moi
particulière, marquée par une attente
véhémente mais toujours déçue

l’attente de l’événement
qui allait me désentraver
déverrouiller ma vie

me pousser sur les ohemins
Dimanche vers le sud… dimanche
vers le sud… je ressassais ces mots

qui attisaient en moi
un violent désir de fuite
de décisive échappée vers des terres

de lumière vers la mer vers une Espagne
fantasmée En d’ineffables instants
de liberté et d’allégresse je parcourais alors

en tous sens les vastes étendues
du plateau castillan éclairé
par une pâle lumière d’automne

une lumière douce secrète
et qui n’offusquait pas la nuit
dans laquelle je me cherchais

(Charles Juliet)

 

Recueil: L’Opulence de la nuit
Traduction:
Editions: P.O.L.

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ENTRETIEN DU FEU (Jean-Claude Xuereb)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2018



 

ENTRETIEN DU FEU

Le feu inspire et respire le monde
s’y consume et irradie
la contraignante liberté des astres
énigme programmée des hommes
pour anéantir purifier allier forger

Chaque homme prend racine
dans son feu intérieur
il peut en être consumé
sans le moindre élixir
capable de l’éteindre
jusqu’à l’instant où soufflera la mort

Immortel le feu qui tourmente le magma
parfois explose et ruine le sol des hommes
et la terre ressasse son tournoiement
dans un immuable rituel de derviche

(Jean-Claude Xuereb)

 

 

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INTÉRIEUR (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 8 avril 2018



 

INTÉRIEUR

Chair déchirée
du tout autre.
Et chaque chose ici, comme si c’était la dernière chose
à dire : le son d’un mot
marié à la mort, et la vie
qui est cette force en moi
à disparaître.

Volets clos. La poussière
d’un moi antérieur, vidant l’espace
que je ne remplis pas. Cette lumière
qui croît au coin de la pièce,
là où la pièce
entière
a basculé.

La nuit ressasse. Une voix qui ne me parle
que de choses infimes.
Pas même des choses — mais de leurs noms.
Et où n’est aucun nom —
de pierres. Le tintamarre des chèvres
remontant par les villages
de midi. Un scarabée
dévoré dans la sphère
de sa propre fiente. Et le pullulement violet
des papillons au loin.

Dans l’impossibilité des mots,
dans le mot imprononcé
qui asphyxie,
je me trouve.

(Paul Auster)

Illustration: Léon Bonnat

 

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Au café (Gilbert Trolliet)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2018



Au café

Les uns
Sortes d’assis
Ressassaient la minute
Qui fondait comme sucre.

D’autres
Entraient
Toujours d’autres
S’en viennent
Poussés par l’habitude
Et le froid du dehors –

Le grand froid du dehors.

(Gilbert Trolliet)

Illustration: Edgar Degas

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J’AI CACHÉ MON AMOUR (John Clare)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2018




    
J’AI CACHÉ MON AMOUR

J’ai caché mon amour étant jeune et farouche
Jusqu’à ne plus souffrir le bourdon d’une mouche
J’ai caché mon amour pour ma détresse amère
Jusqu’à ne plus souffrir la vue de la lumière
Je n’osais pas jeter les yeux sur son visage
Mais par monts et par vaux je laissais son image
A chaque fleur des champs c’était un baiser pour
Dire adieu une fois encore à mon amour

C’est au plus vert du val que je l’ai rencontrée
La jacinthe des bois s’emperlait de rosée
Et la brise perdue baisait ses yeux d’azur
L’abeille aussi baisait et s’en allait chantant
Un rayon de soleil se frayant un passage
Mit une chaîne d’or à son col éclatant
Celée comme le chant de l’abeille sauvage
Elle est demeurée là tout le long de l’été

J’ai caché mon amour aux champs et à la ville
Jusqu’à être un jouet pour la brise gracile
L’abeille me semblait ressasser des ballades
Et la mouche rugir en lionne irritée
Il n’est pas jusqu’au silence qui ne prît langue
Et qui ne me hantât tout le long de l’été
L’énigme qui laissait la nature impuissante
N’était pas autre chose qu’un amour secret

***

I HID MY LOVE

I hid my love when young till I
Couldn’t bear the buzzing of a fly
I hid my love to my despite
Till I could not bear to look at light
I dare not gaze upon her face
But left her memory in each place
Where’er I saw a wild flower lie
I kissed and bade my love good-bye

I met her in the greenest dells
Where dewdrops pearl the wood bluebells
The lost breeze kissed her bright blue eye
The bee kissed and went singing by
A sunbeam found a passage there
A gold chain round her neck so fair
As secret as the wild bee’s song
She lay there all the summer long

I hid my love in field and town
Till e’en the breeze would knock me down
The bees seemed singing ballads o’er
The fly’s bass turned a lion’s roar
And even silence found a tongue
To haunt me all the summer long
The riddle nature could not prove
Was nothing else but secret love

(John Clare)

 

Recueil: Poèmes et Proses de la Folie de John Clare
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Mercure de France

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Mezza voce (Linda Bastide)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2015



Mezza voce

Ils sont là.
Des millions de gens passés au fil de l’horreur,
depuis le commencement.
Et qui attendent.

Tu vois, c’est simple, ils sont là.
Je ne raconte pas une histoire ou un rêve.
Il ne s’agit pas d’un conte ou d’une folie.
Je te parle de ma vie.

Ça se passe sous mes yeux. Ils sont derrière moi
quand je marche dans la rue, ils envahissent
mon jardin au crépuscule, sans un bruit. Ils
s’allongent à perpétuité, et jonchent le sol de
leurs pauvres cadavres, si nombreux qu’ils
recouvrent l’herbe verte et s’entassent les uns
sur les autres. Les enfants au-dessus.

Souvent, ils se taisent, ruinés de fatigue. Ou bien
ils hurlent, ils sanglotent, ils geignent et se
déchirent, réclamant père ou mère en des
langues différentes et que je comprends toutes.
Ils traversent le temps, pour venir m’écorcer de
leurs caresses froides. On s’étouffe dans le sang
des promesses non tenues.

Je suis l’herboriste des expirations.
Aujourd’hui même, qui passera d’un souffle
l’autre, et de quelle façon ?
Choisis. Un homme, une femme, un enfant.
Choisis.
A toi de voir.

Pour le fardeau de mémoire, pour l’inconsolable
minute de silence, pour les veillées à venir, je
répète, je ressasse et j’insiste.

Tu vois, c’est simple. Ils sont là.
Et elles chanteront longtemps, ces voix
exténuées qui rampent et qui me hantent.
Si tu n’écoutes pas.

(Linda Bastide)

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