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Poésie

Posts Tagged ‘ressembler’

Mots (Nizar Qabbani)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2023



Illustration: Oleg Zhivetin
    
Mots

Il me fait entendre
quand il danse avec moi…
des mots…
qui ne ressemblent pas à des mots
il me saisit
par le bras
me plante
dans l’un des nuages
et dans mes yeux
tombe la pluie noire
averse …
averse

il m’emporte avec lui…
il m’emporte
vers un soir de balcons roses
et moi comme une enfant dans ses mains
comme une plume… portée par la brise
il apporte pour moi…
sept lunes dans ses mains
et un bouquet de chansons
il m’offre un soleil.
Il m’offre…
un été…
un troupeau d’hirondelles…

il m’informe…
que je suis sa merveille
que je vaux…
des milliers d’étoiles
que je suis un trésor…
et que je suis…
le tableau le plus beau qu’il ait jamais vu
il raconte…
des choses qui me font tourner la tête
me font oublier le tintamarre de la musique
me font oublier…
la piste…
et les pas
des mots
qui retournent sens dessus-dessous mon histoire…
qui me font femme en quelques instants
une autre femme…
en quelques instants…

Il me fait entendre quand il danse avec moi…
des mots…
qui ne ressemblent pas à des mots
il me laisse…
perdue pendant des heures…
il me laisse
m’amuser avec un fil
un fil dont les noeuds sont serrés
un fil fait de cauris
un fil fait de mots
il me laisse
au milieu du drame…

je ressasse…
je ressasse…
les mots
avec moi rien…
que…
les mots

***

(Nizar Qabbani)

 

Recueil: Poésie Syrienne contemporaine
Traduction:de l’Arabe par Saleh Diab
Editions: Le Castor Astral

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MAINTENANT ET À L’HEURE DE NOTRE MORT (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 25 décembre 2022



    

MAINTENANT ET À L’HEURE DE NOTRE MORT

Si facile d’aimer
Le vent
La porte ouverte
Et la lampe allumée
La même voix
La même plainte
Et les deux mains tendues où dépassent les pointes

Le bleu
La haute neige attardée sur ton front
L’églantier de tes yeux
Et tes yeux au plafond
Tout ce qui te ressemble

Il nous reste un pays sans borne
A mesurer
Des écarts de tendresse
Un pas lourd dans l’allée
Sur le bord de la nuit
La première fumée.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: René Guy Cadou Poésie la vie entière oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Seghers

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Devant les ruines d’un vieux palais (Du Fu)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2022



Illustration: Shan Sa
    
Devant les ruines d’un vieux palais

Le ruisseau s’éloigne en bouillonnant, le vent crie sa violence à travers les pins ;
Les rats gris s’enfuient à mon approche et vont se cacher sous les vieilles tuiles.
Aujourd’hui sait-on quel prince éleva jadis ce palais ?
Sait-on qui nous légua ces ruines, au pied d’une montagne abrupte ?
Sous forme de flammes bleuâtres, se montrent des esprits dans les profondeurs sombre
Et, sur la route défoncée, on entend des bruits qui ressemblent à des gémissement
Ces dix mille voix de la nature ont un ensemble plein d’accords,
Et le spectacle de l’automne s’harmonise aussi avec ce triste tableau.
Le prince avait de belles jeunes filles ; elles ne sont plus que de la terre jaune,
Inerte comme l’éclat de leur teint, qui déjà n’était que mensonge ;
Il avait des satellites pour accompagner son char doré,
Et, de tant de splendeurs passées, ce cheval de pierre est tout ce qui reste.
La tristesse m’étreint ; je m’assieds sur l’herbe épaisse,
Je commence des chants où ma douleur s’épanche ;
Les larmes me gagnent et coulent abondamment.
Hélas ! Dans ce chemin de la vie, que chacun parcourt à son tour,
Qui donc pourrait marcher longtemps !

(Du Fu)
(712-770)

 

Recueil: Nuages immobiles Les plus beaux poèmes des seize dynasties chinoises
Traduction: Alexis Lavis
Editions: l’Archipel

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Toute langue (Yves Rouquette)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2022



Illustration: https://wordart.com/
    
Toute langue

Toute langue est celle de la maison ou
seulement bruit sans pouvoir sur le silence.

Les mots se laissent mener
à l’abattoir comme ces boeufs
que tu voyais paître dans la combe
corne contre corne, comme s’ils étaient encore
tenus ensemble par le joug.

Ils ressemblent aussi aux morts
quand la terre les pétrit
pour en faire enfin des dieux

Pourtant tu ne peux pas tout leur demander.
Il sont ce que tu es.

***

(Yves Rouquette)

Traduction de l’Occitan par Alain Freixe

 

Recueil: Poésies du Monde
Traduction:
Editions: Seghers

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Un vieil enfant puni (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2022



Illustration: Céline Roussin
    
Un vieil enfant puni :
nous ressemblons souvent à ça, n’est-ce pas?

Et quand on lève la tête sur les nuages
ou quand on la baisse sur les fleurs,

on entend une parole incroyable.

(Christian Bobin)

 

Recueil: La grande vie
Traduction:
Editions: Folio

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Je sais ce que c’est maintenant, un chat (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2022



Je sais ce que c’est maintenant, un chat:
c’est quelqu’un qui ressemble à un chat,
qui vient et qui vous prend le coeur.

(Christian Bobin)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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La douceur des femmes n’est rien, au regard de ta douceur (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 29 novembre 2022



La douceur des femmes n’est rien,
au regard de ta douceur.
Leur coeur ressemble à du ciel bleu,
mais quand on le prend dans nos mains,
nos mains sont aussitôt tâchées de noir.

(Christian Bobin)

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Les pins, les nuages et le ciel (Michel Houellebecq)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2022



Alexandre Pavlenko 1974 - Ukrainian Pointillist painter (59) [1280x768]

Les pins, les nuages et le ciel
Se reflètent en foyers mobiles
Un bref croisement de pupilles,
Chacun repart vers l’essentiel.

La souple surface des prés
Imite la peau cervicale,
La journée s’agite et s’étale ;
Retour au calme. Le jeu diapré

Des masses d’air en flaques huileuses
Qui circulent entre les collines
Capte nos intuitions, les ruine ;
L’après-midi est amoureuse.

Les noyaux de conscience du monde
Circulent sur leurs pattes arrière
Entre l’espace et sa lisière ;
Chacun sait que la Terre est ronde.

Chacun sait qu’il y a l’espace
Et que son ultime surface
Est dans nos yeux, et nous ressemble
(Ou qu’il ressemble à nos cerveaux,
Comme le modèle au tableau) ;
Quand nous tremblons, le monde tremble.

L’anneau de nos désirs
Se formait en silence
Il y a eu un soupir,
L’écho d’une présence.

Quand nous traverserons la peur
Un autre monde apparaîtra
Il y aura de nouvelles couleurs
Et notre coeur se remplira
De souffles qui seront des senteurs.

(Michel Houellebecq)

Illustration: Alexandre Pavlenko

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Matin vert (Georges-Emmanuel Clancier)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2022



Matin vert

Qui vive parmi les écureuils de l’automne?
Vif-argent du corps, oriflamme ou feuillage,
Le souvenir de l’amour à l’avenir se confond.
Qui cherchez-vous? Quel être ou quel espace apaisé
De paysage en pays, de regards en étreintes?
Est-ce le fleuve ou les années à l’horizon?
Le monde est vieux mais sa lumière vient de naître
Comme naît dans la chair, dans le souffle et l’image
Un désir où l’aimée ressemble au matin vert.

(Georges-Emmanuel Clancier)

 

 

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LE MONDE (Carl Norac)

Posted by arbrealettres sur 7 septembre 2022



Illustration: Julie Bernard
    
LE MONDE

Le monde est rond. C’est une pomme.
Il ne faut pas trop la croquer
ni la salir, la réchauffer,
lui faire manquer d’air,
la laisser pourrir, dépérir,
ou l’arracher à la branche de l’univers.
IL ne s’agit pas d’une brillante étoile
ni du plus géant soleil,
voilà notre fruit, notre décor.
Mais c’est bien là,
sur cette pomme qui nous ressemble,
que nous voulons ensemble
vivre encore.

(Carl Norac)

 

Recueil: Le livre des beautés minuscules / Images de Julie Bernard
Traduction:
Editions: RUE DU MONDE

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