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Poésie

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Dame à son miroir (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2018



Illustration: Paul Delvaux
    
Dame à son miroir

Comme on fait fondre en la boisson du soir
des épices, elle dissout ses gentes las
dans la fluide transparence du miroir;
et elle y met tout son sourire.

puis elle attend que le liquide monte;
versant alors sa chevelure
dans le miroir, et faisant ressortir
de la robe du soir son épaule adorable,

elle boit, calme, son image. Elle boit
ce qu’un amant boirait dans le vertige,
goûtant, pleine de défiance; et ne fait signe

à la soubrette que lorsqu’au fond
de son miroir elle découvre des lumières,
des armoires et le trouble d’une heure tardive.

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

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Inaugurer la transparence (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2018



Illustration: Laurence Dutilleul
    
Inaugurer la transparence.
Voir à travers un corps, une idée,
un amour, la folie,
distinguer sans obstacle l’autre côté,
traverser de part en part
l’illusion tenace d’être quelque chose.
Non seulement pénétrer du regard dans la roche
mais ressortir aussi par son envers.

Et plus encore :
inaugurer la transparence
c’est abolir un côté et l’autre
et trouver enfin le centre.
Et c’est pouvoir suspendre la quête,
parce qu’elle n’est plus nécessaire,
parce qu’une chose cesse d’être interférence,
parce que l’au-delà et l’en-deçà se sont unis.

Inaugurer la transparence
c’est te découvrir à ta place.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Martine Broda pour Roberto Juarroz
Traduction: Martine Broda
Editions: José Corti

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Entrez en vous-même (Jean Anouilh)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2018


 


 

On dit toujours:
entrez en vous-même, entrez en vous même!
J’ai essayé.
Il n’y avait personne.
Alors j’ai eu peur, et je suis ressorti vite fait!

(Jean Anouilh)

 

 

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LA MER N’EST PAS LA MER (Félix Leclerc)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2018



 

LA MER N’EST PAS LA MER

La mer n’est pas la mer
C’est un gouffre sans fond
qui avale les garçons
par les matins trop clairs

L’amour n’est pas l’amour
c’est un faux carrefour
où les filles entrent en chantant
en ressortent en pleurant

La vie n’est pas la vie
mais triste comédie
qu’il faut vite quitter
avant que d’y goûter

Moi, je sais un pays
qui est bien loin d’ici
où la mer et la vie
et l’amour sont unis

(Félix Leclerc)

Illustration: ArbreaPhotos

 

 

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CHOSES (Pierre Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2018




    
CHOSES

I
Les objets ont l’immortelle tranquillité
Et l’immortel amour quand les relient les nombres
Entre l’antique ton la belle majesté
Du temps et le lieu pur l’espace en clair et sombre

Quand les formes sont nues ainsi la pleine chair
Consentante aux frissons, quand ressortent les songes
Des ornements secrets, quand un rayon d’éclair
Pressant chaque mémoire entre eux les fait répondre

Quand leur calme sortant pareil à l’oraison
Ils donnent au coeur d’homme avant qu’il ne les perde
Tout à coup sécurité consolation

Chacun est au plus haut dans les êtres qui sont
L’achèvement de leur mariage est leur superbe
Où Dieu pose la main sur la condition.

II
Chacun soucieux d’être tant
Ne prit sa fonction sa forme
Que de ce lieu où le présent
Le plaça le soumet l’informe

Sa valeur en Dieu est ce fruit
Qu’il est ici et non point la
Ne rayonnant là mais ici.

(Pierre Jean Jouve)

 

Recueil: Diadème suivi de Mélodrame
Traduction:
Editions: Gallimard

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Inaugurer la transparence (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
Inaugurer la transparence,
voir à travers un corps, une idée,
un amour, la folie,
distinguer sans obstacle l’autre côté,
traverser de part en part
l’illusion tenace d’être quelque chose.
Non seulement pénétrer du regard dans la roche
mais ressortir aussi par son envers.

Et plus encore :
Inaugurer la transparence
c’est abolir un côté et l’autre
et trouver enfin le centre.
Et c’est pouvoir suspendre la quête
parce qu’elle n’est plus nécessaire,
parce qu’une chose cesse d’être interférence
parce que l’au-delà et l’en deçà se sont unis ;

Inaugurer la transparence
c’est te découvrir à ta place.

***

Inaugurar la tranparencia.
Ver a través de un cuerpo, de una idea,
de un amor, de la locura,
divisar sin estorbo el otro lado,
traspasar de parte a parte
el trompo ubicuo de ser algo.
No solo penetrar con el ojo en la roca
sino también salir por su revés.

Y algo más todavía:
inaugurar la transparencia
es abolir un lado y el otro
y encontrar por fin el centro.
Y es poder no seguir,
porque ya no es preciso,
porque una cosa deja de ser interferencia,
porque el más allá y el más aca se han unido.

Inaugurar la transparencia
es hallarte en tu sitio.

(Roberto Juarroz)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Poésie verticale
Traduction: Roger Munier
Editions: Points

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Ô ma vraiment peu sage et catégorique dame (Edward Estlin Cummings)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2018



Illustration
    
ô ma vraiment peu sage et catégorique
dame aux mains de poupée mélancolique

(dont la nudité est pressée d’entourer
son dernier geste exquisément lubrique
d’un certain décorum acceptable et
petit)ô ma dame entièrement faite
pour l’amour
(et ce qui de moi subsiste
tes seins m’embrassant timidement le compliquent)

seul ton baiser toujours me saisira vraiment.

Toujours mes bras ne serrent complètement
dans la nuit effrayante et radieuse
que ta passionnante nudité affolée

—toujours je ressors seulement de quelque chose

de toi négligé magnifique et sans geste

***

o my wholly unwise and definite
lady of the wistful dollish hands

(whose nudity hurriedly extends
its final gesture lewd and exquisite,
with a certain agreeable and wee
decorum)o my wholly made for loving
lady
(and what is left of me
your kissing breasts timidly complicate)

only always your kiss will grasp me quite.

Always only my arms completely press
through the hideous and bright night
your crazed and interesting nakedness

—from you always i only rise from something

slovenly beautiful gestureless

(Edward Estlin Cummings)

 

Recueil: Erotiques
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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Saint-Nicolas (Pierre Albert-Birot)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2017



Saint-Nicolas

Un son
Il a traversé tous les murs
Et les murs l’ont laissé passer
Je ne vois pas par où
Il veut me traverser moi-même
Et le voici qui ressort
Poème

(Pierre Albert-Birot)


Illustration

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MON PETIT (Tennessee Williams)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2017



Illustration: Paul Klee
    
MON PETIT

Mon petit dont la langue est muette,
dont les doigts ne peuvent tenir à rien
et la jeunesse est si impitoyable,
il saute sur tout ce qui lui vient,

je ne le retiens pas. D’ailleurs, qui le pourrait ?
Il court dans le bois en feu.
Suis-le, suis-le si tu peux
Il en ressortira grand comme un homme

ayant oublié ceux qu’il embrassait,
qui l’attrapaient par son mince poignet
et le tenaient sous un tendre joug
que, ne comprenant pas, il dénoue.

***

MY LITTLE ONE

My little one whose tongue is dumb,
whose fingers cannot hold to things,
who is so mercilessly young,
he leaps upon the instant things,

I hold him not. Indeed, who could?
He runs into the burning wood.
Follow, follow if you can!
He will come out grown to a man

and not remember whom he kissed,
who caught him by the slender wrist
and bound him by a tender yoke
which, understanding not, he broke.

(Tennessee Williams)

Recueil: Dans l’hiver des villes
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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Ronde (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2016



Sous un soleil ressort du paysage
Une femme s’emballe
Frise son ombre avec ses jambes
Et d’elle seule espère les espoirs les plus mystérieux.

Je la trouve sans soupçons sans aucun doute amoureuse
Au lieu des chemins assemblés
De la lumière en un point diminuée
Et des mouvements impossibles
La grande porte de la face
Aux plans discutés adoptés
Aux émotions de pensée
Le voyage déguisé et l’arrivée de réconciliation

La grande porte de la face
La vue des pierres précieuses
Le jeu du plus faible en plus fort.

(Paul Eluard)

Illustration: Paul Delvaux

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