Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘ressouvenir’

Sortilèges (Bernard Dimey)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2018



Licorne_loin

Dans les jardins de ma mémoire,
Sur les eaux calmes d’un étang
Où les licornes viennent boire
J’ai vu tes yeux se reflétant.
J’en redoute les sortilèges
Et ne m’approche qu’en tremblant
Pour mieux me laisser prendre au piège
Que j’ai redouté si longtemps.

Au jardin de la Mandragore
Je m’aventure chaque nuit,
Me promenant jusqu’à l’aurore
Malgré ton ombre qui me suit.
L’oiseau phénix au vol superbe
Peut disparaître et revenir,
Ses cendres répandues dans l’herbe
De toi me font ressouvenir.

Au jardin bleu des espérances
J’ai vu danser les paons de nuit
Sur les arpèges du silence
Où vient se perdre mon ennui.
Mais au premier souffle de brise
Le son de ta voix me revient
Et le songe soudain se brise,
De notre amour ne reste rien.

(Bernard Dimey)

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La vie est du futur un souhait agréable (Jean-Baptiste Chassignet)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2017




Illustration: Carrie Vielle
    
La vie est du futur un souhait agréable

La vie est du futur un souhait agréable,
Et regret du passé, un désir indompté
De goûter et tâter ce qu’on n’a pas goûté ;
De ce qu’on a goûté, un dégoût incurable :

Un vain ressouvenir de l’état désirable
Des siècles jà passés, du futur souhaité,
Un espoir incertain, frivolement jeté
Sur le vain fondement d’une attente muable.

Une horreur de soi-même, un souhait de sa mort,
Un mépris de sa vie, un gouffre de remords,
Un magasin de pleurs, une mer de tempête :

Où plus nous approchons du rivage lointain,
Plus nous nous regrettons et lamentons en vain
Que le vent ait si tôt notre course parfaite.

(Jean-Baptiste Chassignet)

 

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La mère qui pleure (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2016



 

Jeanie Tomanek   byebye [1280x768]

La mère qui pleure

J’ai presque perdu la vue
A suivre le jeune oiseau
Qui, du sommet d’un roseau,
S’est élancé vers la nue.

S’il ne doit plus revenir,
Pourquoi m’en ressouvenir ?

Bouquet vivant d’étincelles,
Il descendit du soleil
Eblouissant mon réveil
Au battement de ses ailes.

S’il ne doit plus revenir,
Pourquoi m’en ressouvenir ?

Prompt comme un ramier sauvage,
Après l’hymne du bonheur,
Il s’envola de mon coeur,
Tant il craignait l’esclavage !

S’il ne doit plus revenir,
Pourquoi m’en ressouvenir ?

De tendresse et de mystère
Dés qu’il eut rempli ces lieux,
Il emporta vers les cieux
Tout mon espoir de la terre !

S’il ne doit plus revenir,
Pourquoi m’en ressouvenir ?

Son chant que ma voix prolonge
Plane encore sur ma raison,
Et dans ma triste maison
Je n’entends chanter qu’un songe.

S’il ne doit plus revenir,
Pourquoi m’en ressouvenir ?

Le jour ne peut redescendre
Dans l’ombre où son vol a lui,
Et pour monter jusqu’à lui
Mes ailes ont trop de cendre.

S’il ne doit plus revenir,
Pourquoi m’en ressouvenir ?

Comme l’air qui va si vite,
Sois libre, ô mon jeune oiseau !
Mais que devient le roseau,
Quand son doux chanteur le quitte !

S’il ne doit plus revenir,
Pourquoi m’en ressouvenir ?

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Jeanie Tomanek

 

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