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Poésie

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Le secret est la plus belle des maisons (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 21 juin 2022


le secret

Oui la lumière se prosterne
mais seulement devant une autre lumière
***

Toujours la pensée revient
Toujours la poésie voyage

***

Le message de la rose est son parfum
Elle nous le transmet dans un murmure
***

Le secret est la plus belle des maisons
mais on ne peut y habiter
***

Le désert est allé loin dans l’amour du soleil
Ainsi s’est-il brûlé
***

Le météore tombe
et la feuille tombe
Mais où est la ressemblance
***

L’obscurité naît paralysée
La lumière voyage dès sa naissance
***

Le soleil répète sa limière
qui est toujours nouvelle
***

Le papillon est fil de lumière –
le feu est son plus beau vêtement
***

Rarement chante la mer –
elle est créée pour danser
***

Les vagues -requiem de voix
que la mer élève
pour saluer le silence des rochers
***

Jardin – femme
dont la terre est le corps
et l’herbe le vêtement
***

Même quand il s’attriste
le soleil ne peut s’habiller que de clarté
***

L’obscurité – despote qui encercle l’espace
La lumière – chevalier qui le libère
***

Rose – vaisseau naviguant dans l’air
transportant un seul passager – le parfum
***

Le parfum de le rose la révèle
toute vertu se délecte de telle révélation
***

Il est heureux que la lumière lise
et n’écrive pas
Sinon elle resterait absente
prise par la lecture de l’obscurité
***

La volupté est-elle péché
Parfois peut-être
Quant au plaisir
il est toujours innocence
***

(Adonis)

Illustration

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POÈME (Ron Padgett)

Posted by arbrealettres sur 18 juin 2022




    
POÈME

Même si nous sommes tous sérieux
ce n’est pas si facile d’être profond
et de s’en sortir. Eschyle
et Jimmy Schuyler y arrivent pourtant.
Les fleurs de Jimmy plongent dans une version
plus vibrante d’elles-mêmes tout en restant
exactement les mêmes. Comment font-elles?
La surface de cette table
est un blanc doux qui se met à suggérer
autre chose et puis rien. C’est
juste le dessus de la table. Quand je laisse courir mes doigts
dessus, ils font un doux froufrou.
Encore une fois. Doux froufrou.

(Ron Padgett)

 

Recueil: On ne sait jamais
Traduction: Claire Guillot
Editions: Joca Seria

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Et si (Claude Haller)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2022



Illustration: Freydoon Rassouli
    
Et si

Et si le ciel
N’avait plus la terre

La terre
Plus d’arbres

L’arbre
Plus d’oiseaux

L’oiseau
Plus de chants

Que me resterait-il
Sinon l’âme claire
De ton regard
À peine entrevu

(Claude Haller)

Recueil: Poèmes du petit matin
Traduction:
Editions: Hachette

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Par monts et par rivières (Hanshan Deqing)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2022



    

Par monts et par rivières je suis las de courir,
Vieillissant sans vieillir, ce lieu est mon refuge.
Mon corps déjà ressemble à une fleur flétrie,
Le monde est déjà mort, tel un courant qui passe.
Les nuages accompagnent le calme solitaire,
Cheveux blancs broussailleux sont neige sur ma tête.
Ce qui me reste d’ans, peu importe combien,
Penser à la non-vie m’accorde le repos.

(Hanshan Deqing)

Recueil: Poèmes Chan
Traduction: du chinois par Jacques Pimpaneau
Editions: Philippe Picquier

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L’habitant des montagnes (Hanshan Deqing)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2022




    
L’habitant des montagnes

La blancheur des cheveux ne vaut celle du coeur;
Ma forme déjà ressemble à un vieil arbre mort.
Les causes dans le calme se sont toutes dissoutes;
J’ai pour seule pensée de voir venir l’unique.
Le ciel a pardonné ma bêtise insouciante,
Le chan force à quitter l’être et son opposé.
De vie ce qui me reste est un soleil couchant,
Voici que je regagne pas à pas la demeure.

(Hanshan Deqing)

Recueil: Poèmes Chan
Traduction: du chinois par Jacques Pimpaneau
Editions: Philippe Picquier

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S’il faut partir (Wang Fanzhi)

Posted by arbrealettres sur 11 juin 2022




    

S’il faut partir, eh bien partons,
S’il faut rester, eh bien restons,
Revêtu d’une robe rapiécée,
Chaussé de chaussettes reprisées.
Des paroles et encore des mots,
Voilà d’où viennent les erreurs.
Si tu veux affranchir les vivants,
Commence donc par t’affranchir toi-même.

(Wang Fanzhi)

Recueil: Poèmes Chan
Traduction: du chinois par Jacques Pimpaneau
Editions: Philippe Picquier

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Le corps ressemble à une auberge (Wang Fanzhi)

Posted by arbrealettres sur 11 juin 2022




    
Le corps ressemble à une auberge
Et le destin au voyageur qui passe.
Le voyageur parti, l’auberge est vide;
Si vous le comprenez, qui reste à l’intérieur?

(Wang Fanzhi)

Recueil: Poèmes Chan
Traduction: du chinois par Jacques Pimpaneau
Editions: Philippe Picquier

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Des filles chantent (Rainer-Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 11 juin 2022



Illustration: Anne-François-Louis Janmot
    
Des filles chantent:

L’époque dont les mères ont parlé
n’a pas trouvé l’accès de nos alcôves,
et tout y est resté lisse et clair. Elles
nous disent qu’elles se brisèrent lors
d’une année fouaillée de tempête.

Nous ne savons pas : qu’est-ce que c’est la tempête ?

Nous habitons toujours dans les profondeurs de la tour,
et parfois, de loin seulement, nous entendons
dehors les forêts bruire dans le vent ;
une fois, une étoile étrangère
s’est arrêtée chez nous.

Et puis si nous sommes au jardin, nous
tremblons que cela ne commence, et
nous attendons jour après jour —
Mais il n’est nulle part un vent
qui voudrait nous plier.

***

Longtemps nous avons ri dans la
lumière, et chacune apportait à l’autre
des brassées d’oeillets et de résédas,
solennellement, comme à une promise
et c’était devinette et réponse.

Puis avec le nom de la nuit,
lentement, le silence s’est étoilé.
Nous fûmes alors comme réveillées de tout, et
très éloignées l’une de l’autre :
nous avons appris le désir, qui rend triste,
comme une chanson…

***

Les filles, sur la pente du jardin,
ont ri longtemps,
et en chantant,
comme si elles avaient fait une longue marche,
se sont fatiguées.

Les filles à côté des cyprès
tremblent : l’heure
commence où elles ignorent
de qui seront toutes choses.

(Rainer-Maria Rilke)

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Mère et enfant réfugiés (Chinua Achebe)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2022




    
Mère et enfant réfugiés

Nulle Vierge à l’Enfant ne pourrait se mesurer
à cette image de la tendresse maternelle
pour un fils qu’elle devrait bientôt oublier.
L’air était lourd d’odeurs

de diarrhée d’enfants non lavés
aux côtes délavées et aux derrières
décharnés qui avancent d’un pas laborieux
traînés par des ventres vides et gonflés. Tant
de mères avaient cessé depuis longtemps
de prodiguer leurs soins, mais pas celle-ci; elle arborait
un sourire fantôme entre ses dents
et dans ses yeux le fantôme de l’orgueil
d’une mère tandis qu’elle peignait telle la touffe de cheveux
couleur rouille qui restait sur son crâne et puis –

dans ses yeux un chant – elle a commencé à les
séparer avec soin… Dans une autre vie ça
aurait été un peu banal
un acte sans conséquence avant son
petit-déjeuner et l’école; mais en cet instant

son geste était de fleurir
une tombe minuscule

(Chinua Achebe)

Traduit de l’anglais par Frieda Ekotto, &ware Sou! Brother, Heinemann, 1971.

Recueil: 120 nuances d’Afrique
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Sonnet en retard (José Saramago)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2022




    
Sonnet en retard

De Marília les signes ici sont restés,
Car tout est signe d’avoir été :
Si de fleurs je vois le sol tapissé,
C’est que du sol ses pieds les ont soulevées.

Du rire de Marília se sont formés
Les chants que j’écoute enchanté
Et les eaux courantes dans cette prairie
C’est des yeux de Marília qu’elles ont jailli.

Suivant sa trace, je vais de l’avant,
Sentant ou la douleur, ou la joie,
Entre l’une et l’autre la vie partageant :

Mais quand le soleil se cache, la nuit froide
Sur moi descend, et puis, misérable,
Après Marília je cours, après le jour.

***

Soneto atrasado

De Marília os sinais aqui ficaram,
Que tudo são sinais de ter passado:
Se de flores vejo o chão atapetado,
Foi que do chão seus pés as levantaram.

Do riso de Marília se formaram
Os cantos que escuto deleitado,
E as águas correntes neste prado
Dos olhos de Marília é que brotaram.

O seu rasto seguindo, vou andando,
Ora sentindo dor, ora alegria,
Entre urna e outra a vida partilhando:

Mas quando o sol se esconde, a noite fria
Sobre mim desce, e logo, miserando,
Após Marília corro, após o dia.

(José Saramago)

Recueil: Les poèmes possibles
Traduction: Nicole Siganos
Editions: Jacques Brémond

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