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Poésie

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CABALETTE DU SORCIER BIENVEILLANT (Giorgio Caproni)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2017



Illustration: Frederick McCubbin
    
CABALETTE DU SORCIER BIENVEILLANT

Ne quémande plus.
Ici ne reste rien pour toi.
Tu n’es pas de la tribu.
Tu t’es trompé de forêt.

***

CABALETTA DELLO STREGONE BENEVOLO

Non chieder più.
Nulla per te qui resta.
Non sei della tribù.
Hai sbagliato foresta.

(Giorgio Caproni)

 

Recueil: Le mur de la Terre
Traduction: Philippe Di Meo
Editions: Atelier la Feugraie

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REDDITION (Giorgio Caproni)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2017



    


    
REDDITION

J’ai mis bas les armes.
J’ai amené les voiles.
J’ai baissé pavillon.
Que me reste-t-il, sinon
battre la chamade ?

***

DEDIZIONE

J’ai mis bas les armes.
J’ai amené les voiles.
J’ai baissé pavillon.
Que me reste-t-il, sinon
battre la chamade?

(Giorgio Caproni)

 

Recueil: Le mur de la Terre
Traduction: Philippe Di Meo
Editions: Atelier la Feugraie

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Les larmes (Jacqueline Kelen)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    
Les plus douces émotions, comme les plus violentes
jaillissent par les yeux
et les larmes se fraient,
entre silence et musique,
un chemin inédit où tout peut se dire,
où tout demeure secret.

Elles coulent, les larmes, elles s’effacent aussi,
rappelant que le plus précieux de l’être ne peut être capturé
et que la douleur et le bonheur sont fugaces :

reste ce flot de vie ou d’oubli,
reste cette source claire.

Pleurer, c’est reconnaître et aimer en soi
cette source mystérieuse et intarissable.

L’amour ne sèche pas les larmes, il les invite,
il les rend éclatantes.

Il n’apaise pas,
il exalte.

(Jacqueline Kelen)

 

Recueil: Les Larmes
Traduction:
Editions: Alternatives

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Il ne nous reste guère plus de temps (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017




    
Il ne nous reste guère plus de temps
Pour admirer les festins d’ici-bas :
Bientôt, les énigmes se dévoileront,
Et resplendiront des mondes lointains.

Nous vivons dans une cellule antique,
À l’orée des crues.
Au printemps la joie bouillonne,
Et le fleuve chante.

Mais, présage de la joie,
Au printemps d’orages,
Par la porte de la cellule
L’azur clair se glisse.

Et pleins du frisson sacré
Des années d’attente,
Nous irons par les routes en débâcle,
Vers l’indicible lumière.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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L’encre ne veut plus rien dire (Mathieu Brosseau)

Posted by arbrealettres sur 8 décembre 2017




    
L’encre ne veut plus rien dire que sa trace
Le reste est affaire d’être en demeure
D’être en lieu et place de ce qui se dit

S’il ne fallait plus se perdre mais rester là

Assis dans ça
Assis dans le serpent qui camisole la force
Assis dans ce qui se sait

Inscrit dans l’être en demeure
Dans la demeure de celui qui fuit

(Mathieu Brosseau)

 

Recueil: L’espèce
Traduction:
Editions: Mots Tessons

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Mon histoire est pipée (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017




    
Mon histoire est pipée. Dissipez-vous, mirages !
Ni dames ni valets, je reste sans atouts.
Je joue au vrai poète, est-ce là mon chantage ?
Je triche mais je perds. Je me moque de tout.

(Joë Bousquet)

 

Recueil: Poèmes, un
Traduction:
Editions: Gallimard

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POUR UN TEMPS, POUR UN PETIT TEMPS (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017



Illustration: Pascal Baudot
    
POUR UN TEMPS, POUR UN PETIT TEMPS

Pour un temps, pour un petit temps,
De la foule et du bruit gardée,
Je puis chanter, je puis sourire :
Pour un petit temps j’ai congé!

Où iras-tu, coeur harassé?
Oh! plus d’une terre t’invite,
Là-bas comme iei, plus d’un gîte
Te promet repos, front lassé.

Je sais, parmi d’âpres collines,
Un vallon où hurle l’hiver,
Mais où, dans la froidure, brille
Une réchauffante lumière.

Ce n’est, sous un brouillard sans lune,
Qu’un vieux toit flanqué d’arbres nus,
Mais qu’est-il de plus cher au monde
Que le foyer qu’on a perdu?

L’oiseau muet perché sur la pierre,
Le mur que la mousse verdit,
L’allée où foisonne l’ortie,
Combien, ô combien je les aime!

Les rejoindrai-je? Ou chercherai-je
Un climat autre, un autre ciel
Pour la musique familière
D’un parler cher au souvenir?

Comme je rêvais, s’évanouirent
Le feu vacillant, les murs nus :
Après la pénombre lugubre,
Un jour radieux m’apparut.

Verdoyant, un sentier désert
Débouchait sur un vaste herbage
Que des monts vaporeux, bleuâtres,
Cernaient là-bas de toutes parts;

Un ciel si limpide, une terre
Si calme, tant de paix dans l’air,
Des moutons sauvages paissant
Pour parfaire l’enchantement —

La scène m’était bien connue,
Et connues toutes, même au loin,
Les pistes qui, sur chaque butte,
Marquaient le passage des daims.

N’y fussé-je restée qu’une heure,
Elle eût valu des jours de peine,
Mais le réel chasse le rêve :
Voici qu’on tire mes verrous.

Tandis que j’étais abîmée
Dans cette extase lumineuse,
Mon heure de paix avait fui
Pour me rendre au poignant souci.

***

A LITTLE WHILE, A LITTLE WHILE

A little while, a little while,
The noisy crowd are barred away;
And I can sing and I can smile
A little while I’ve holiday!

Where wilt thou go, my harassed heart?
Full many a land invites thee now;
And places near and far apart
Have rest for thee, my weary brow.

There is a spot ‘mid barren hills
Where winter howls and driving rain,
But if the dreary tempest chills
There is a light that warms again.

The house is old, the trees are bare
And moonless bends the misty dome,
But what on earth is half so dear,
So longed for as the hearth of home?

The mute birds sitting on the stone,
The dank moss dripping from the wall,
The garden-walk with weeds o’ergrown,
I love them—how I love them all !

Shall I go there? or shall I seek
Another clime, another sky,
Where tongues familiar music speak
In accents dear to memory?

Yet, as I mused, the naked room,
The flickering firelight died away
And from the midst of cheerless gloom
I passed to bright, unclouded day—

A little and a lone green lane
That opened on a common wide;
A distant, dreamy, dim blue chain
Of mountains circling every aide;

A heaven so clear, an earth so calm,
So sweet, so soft, so hushed an air
And, deepening still the dream-like charm,
Wild moor-sheep feeding everywhere—

That was the scene; I knew it well,
I knew the pathways far and near
That winding o’er each billowy swell
Marked out the tracks of wandering deer.

Could I have lingered but an hour
It well had paid a week of toil,
But truth has banished fancy’s power;
I hear my dungeon bars recoil—

Even as I stood with raptured eye
Absorbed in bliss so deep and dear
My hour of rest had fleeted by
And given me back to weary care.

(Emily Brontë)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Gallimard

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Mort d’un Poète (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2017




    
Mort d’un Poète
I. M. Francis Jammes

Mon Dieu comme il fait silence ici
on dirait que les sources ont tari
que les coeurs ont perdu leur vie
et les feuilles le secret des nids.

Comme il fait silence, on dirait que les jeunes filles
ont perdu le goût de chanter leurs rêves
ou que leurs rêves sont restés sans récompense
ou qu’elles savent que Dieu veut les priver de vie.

Plus personne n’appellera les fleurs par leurs noms
tous les prés s’en iront nourriture à fenil
sans qu’un doigt ait noué chaque brin d’harmonie

Vois comme est triste la prairie
depuis qu’il n’est plus là pour la chanter
vois comme les joncs sont durs au bout du pré
comme l’aube est pressée d’abandonner les sources…

Il y a toute la nuit avec son chant d’enfance
et le cri des crapauds vers-luisants du silence
il y a toute la nuit fermée sur les amours
et la lutte d’ailes au vents

toute la nuit de larves et d’essaims
(l’assassin doucement tourne la roue de lune sur la lame)
(le lecteur fantastique sous l’ombre des cheveux
voit naître sur la page la lointaine bataille)

il y a toute la nuit au bruit de source :
goutte à goutte, chant à chant, râle à râle
les sanglots jusqu’à l’aurore
les gestes pour soi-même et le poème écrit…

solitude ! solitude ! oh ! beauté de la nuit !…
la porte frappe sur la chair d’attente.

(Alain Borne)

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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Je ne suis pas moi (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 3 décembre 2017



Illustration: Marie Coisnon
    
Je ne suis pas moi.

Je suis celui
qui va à mes côtés sans le voir
que parfois je vais voir
et que parfois j’oublie.
Celui qui se tait serein quand je parle
celui qui doucement pardonne quand je hais
celui qui se promène où je ne suis pas
celui qui restera debout après ma mort.

***

YO NO SOY YO.

Soy este
que va a mi lado sin yo verlo;
que, a veces, voy a ver,
y que, a veces, olvido.
El que calla, sereno, cuando hablo,
el que perdona, dulce, cuando odio,
el que pasea por donde no estoy,
el que quedará en pié cuando yo muera.

***

ICH BIN NICHT ICH.

Ich bin jener,
der an meiner Seite geht, ohne daß ich ihn erblicke,
den ich oft besuche,
und den ich oft vergesse.
Jener, der ruhig schweigt, wenn ich spreche,
der sanftmütig verzeiht, wenn ich hasse,
der umherschweift, wo ich nicht bin,
der aufrecht bleiben wird, wenn ich sterbe.

(Juan Ramón Jiménez)

 

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Pourquoi mangeons-nous et buvons-nous autre chose que lumière ou feu ? (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2017



Illustration: Ethan Cranke
    
Les dieux n’ont pas eu d’autre substance
que celle que j’ai moi-même.

J’ai, comme eux, la substance de tout ce qui a été vécu
et de tout ce qui reste à vivre.

Je ne suis pas seulement un présent,
mais une fugue torrentielle, de bout en bout.

Et ce que je vois, de part et d’autre, dans cette fugue
(avec des roses, des ailes brisées, de l’ombre et de la lumière)
n’appartient qu’à moi, souvenir et désirs
bien à moi, pressentiment, oubli.

Qui sait mieux que moi, qui,
quel homme ou quel dieu peut, a pu, ou pourra me dire à moi
ce que sont ma vie et ma mort, ce qu’elles ne sont pas ?

Si quelqu’un le sait, je le sais mieux que lui,
et si quelqu’un l’ignore, mieux que lui je l’ignore.

Une lutte entre cette ignorance et ce savoir,
voilà ma vie, sa vie, voilà la vie.

Passent des vents comme des oiseaux,
des oiseaux comme des fleurs,
des fleurs soleils et lunes,
des lunes soleils comme moi,
comme des âmes comme des corps,
des corps comme la mort et la résurrection ;
comme des dieux.

Et je suis un dieu sans épée,
sans rien de ce que font les hommes avec leur science ;
seulement avec ce qui est le fruit de la vie, ce qui change tout ;
oui, de feu ou de lumière, de lumière.

Pourquoi mangeons-nous et buvons-nous autre chose
que lumière ou feu ?

Si je suis né dans le soleil, et si de lui je suis venu ici dans l’ombre,
suis-je fait de soleil et comme lui ai-je le pouvoir d’éclairer ?

Ma nostalgie, comme celle de la lune,
est d’avoir été soleil d’un soleil un jour et de le refléter, sans plus, maintenant.

Passe l’iris en chantant comme moi.

Adieu iris, iris, nous nous reverrons,
car l’amour est un et seul
et il revient chaque jour.

***

Los dioses no tuvieron más sustancia
que la que tengo yo. Yo tengo, como ellos,
la sustancia de todo lo vivido
y de todo lo por vivir. No soy presente sólo,
sino fuga raudal de cabo a fin. Y lo que veo
a un lado y otro, en esta fuga,
rosas, restos de alas, sombra y luz,
es sólo mío,
recuerdo y ansia míos, presentimiento, olvido.
¿Quién sabe más que yo, quién puede,
ha podido, podrá decirme a mí
qué es mi vida y mi muerte, qué no es?
Si hay quien lo sabe,
yo lo sé más que ése, y si lo ignora,
más que ése lo ignoro.
Lucha entre este saber y este ignorar
es vida, su vida, y es la vida. Pasan vientos
como pájaros, pájaros igual que flores,
flores soles y lunas, lunas soles
como yo, como almas, como cuerpos,
cuerpos como la muerte y la resurrección,
como dioses. Y son un dios
sin espada, sin nada
de lo que hacen los hombres con su ciencia;
sólo con lo que es producto de lo vivo,
lo que se cambia todo; sí, de fuego
o de luz, luz. ¿Por qué comemos y bebemos
otra cosa que luz o fuego? Como yo he nacido
en el sol y del sol he venido aquí a la sombra,
¿sol del sol, como el sol alumbro?, y mi nostaljia,
como la de la luna, es haber sido sol
y reflejarlo sólo ahora. Pasa el iris
cantando como yo. Adiós iris, iris,
volveremos a vernos, que el amor
es uno solo y vuelve cada día.

(Juan Ramón Jiménez)

 

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