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Poésie

Posts Tagged ‘retarder’

La Prière du Védantin (Sri Aurobindo)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2020



Illustration: Mejda Ben
    
La Prière du Védantin

Esprit suprême
qui médite dans le silence du coeur,
éternelle clarté,

Toi seul Tu Es !
Ah, pourquoi suis-je voilé par cette obscurité,
ma part ensoleillée

assaillie par les nuages ?
Pourquoi suis-je ainsi défiguré par le désir,
distrait, entraîné,

consumé par le feu
de fantasques passions, chassé hors de ta paix
dans le tourbillon

de chaque rafale ?
Livré au chagrin, abattu,
surpris par la luxure ?

Ne laisse pas la grisaille de mon passé
taché de sang rebuter ta compassion souveraine,
ni même la retarder,

ô Vérité solitaire !
Ni ne laisse les dieux trompeurs qui Te singent encore
abuser ma jeunesse.

Calme ces clameurs ;
car je voudrais entendre la voix éternelle et connaître
l’éternelle Volonté.

Ce brillant étalage
encombrant le seuil de l’éternité,
disperse-le — accorde-moi

un regard sans ombre,
un coeur jeune et limpide. Réprime en moi
le cri assourdissant

de ces espoirs,
efface mes siècles souillés, restaure
ma pureté.

Ô porte cachée
de la Connaissance, ouvre-toi ! Force, accomplis-toi !
Amour, déverse-toi !

(Sri Aurobindo)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Français Cristof Alward-Pitoëff
Editions: Sri Aurobindo Ashram Trust

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Toutes les vérités (Walt Whitman)

Posted by arbrealettres sur 15 juillet 2019



Toutes les vérités sont en attente dans toutes les choses,
Elles ne hâtent ni ne retardent leur venue au monde,
Elles ne nécessitent pas le forceps de l’accoucheur.

(Walt Whitman)

 

 

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Mots brisés (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2019




    
Mots brisés.

Nous assemblerons leurs fragments
comme s’ils étaient les morceaux d’un verre,
pour sauver la fleur
qui retardait le moment de s’y flétrir.

Jusqu’à ce que le verre et la fleur
ne soient plus différents.
Jusqu’à ce qu’ils se flétrissent ensemble.

Jusqu’à ce que se flétrir
soit une autre façon de fleurir.

***

Palabras rotas.

Juntaremos sus fragmentos
como si fueran los trozos de un vaso,
para salvar a la flor
que demoraba marchitarse en él.

Hasta que ya no sea distinto
el vaso y la for.
Hasta que se marchiten juntos.

Hasta que marchitarse
sea otra forma de florecer.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Petites leçons d’érotisme (Giaconda Belli)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2018



 

Illustration: François Joxe
    
Petites leçons d’érotisme

1
Parcourir un corps dans son extension de voile
C’est s’ouvrir sur le monde
Traverser sans boussole la rose des vents
Îles golfes péninsules digues battues par des vagues furieuses
Pour être plaisante, ce n’est point tâche facile
Ne pense pas y parvenir en un jour ou une nuit de draps en bataille
Il est des secrets dans les pores pour combler tant de lunes

2
Le corps est une carte astrale en langage chiffré
Découvres-tu un astre, peut-être te faudra-t-il alors
Changer de cap lorsque nuée ouragan ou hurlement profond
Te feront tressaillir
Conque de la main que tu ne soupçonnais pas

3
Parcours plusieurs fois telle étendue
Découvre le lac aux nénuphars
Caresse de ton ancre le centre du lys
Plonge suffoque distends-toi
Ne te refuse point l’odeur le sel le sucre
Les vents profonds cumulus rhumbs des poumons
Brume dans le cerveau
Tremblement des jambes
Raz-de-marée assoupi des baisers

4
Attends pied dans l’humus sans peur de la fatigue sans hâte
Ne prétends pas atteindre le terme
Retarde l’entrée au paradis
Place ton ange retombé ébouriffe sa dense chevelure
De l’épée de feu usurpée
Croque la pomme

5
Sens
Ressens
Échange des regards salive imprègne-toi
Tourne et retourne imprime des sanglots peau qui s’éclipse
Pied découverte à l’extrémité de la jambe
Suis cherche secret du pas forme du talon
Courbure de la démarche baies croquant une allure cambrée
Savoure…

6
Écoute conque de l’oreille
Comme gémit l’humidité
Lobe qui s’approche de la lèvre rumeur de la respiration
Pores qui se dressent formant de minuscules montagnes
Sensation frémissante de peau insurgée au toucher
Pont suave nuque descends à la houle poitrine
Marée du coeur susurre à ton oreille
Découvre la grotte de l’eau

7
Franchis la terre de feu la bonne espérance
Navigue fou là où se rejoignent les océans
Traverse les algues arme-toi de coraux hulule gémis
Émerge avec le rameau d’olivier pleure fouissant des tendresses
occultes
Dé‚nude des regards stupéfaits
Éveille le sextant depuis le haut des cils
Hausse les sourcils dilate les narines

8
Aspire soupire
Meurs un peu
Doucement lentement meurs
Agonise contre la pupille accrois la jouissance
Plie le mât gonfle les voiles
Navigue cingle vers Vénus
Étoile du matin
— la mer comme un vaste cristal étamé —
endors-toi naufragé‚.

(Giaconda Belli)

 

Recueil: L’Ardeur ABC poétique du vivre plus
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Doux scepticisme du Cœur (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2018



Doux scepticisme du Cœur —
Qui sait — et ne sait pas —
Oscille comme une Flotte Balsamique —
Assaillie par la neige —
Invite et puis retarde la vérité
De crainte que le Sûr ne s’use
Comparé aux affres exquises
D’une extase que la Peur aiguise —

***

Sweet skepticism of the Heart —
That knows — and does not know —
And tosses like a Fleet of Balm –
Affronted by the snow —
Invites and then retards the truth
Lest Certainty he sere
Compared with the delicious throe
Of transport thrilled with Fear —

(Emily Dickinson)


Illustration: Katerina Belkina

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Une feuille qui tombe (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017



Une feuille qui tombe
s’entrave dans une branche intermédiaire
et y prend la forme
d’un petit nid.

Seule une chute interrompue
peut s’incurver en demeure ou refuge
pour retarder une autre chute.

Si les dieux existaient,
seul un dieu qui fut tombé
pourrait soutenir l’homme.

Comme seul un homme qui tombe
pourrait soutenir un dieu.

(Roberto Juarroz)

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SURSIS (Alain Bosquet)

Posted by arbrealettres sur 4 novembre 2016



 

SURSIS

Aux heures lasses de ce jour,
sauvés du doute et du suicide,
rions un peu, et tous ensemble
efforçons-nous de prolonger
la douce erreur qu’est notre vie,
puisqu’on prétend qu’un jeune atome
(dans quelle fleur, quelle cascade
ou quel poème très secret ? )
consentirait, si on l’en prie
avec tendresse, à retarder
d’un jour ou deux la fin du monde.

(Alain Bosquet)

Illustration

 

 

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Nuit d’automne (Henri de Régnier)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2016



Nuit d’automne

Le couchant est si beau, parmi
Les arbres d’or qu’il ensanglante,
Que le jour qui meurt à demi
Retarde sa mort grave et lente.

Le crépuscule, sur les roses,
Est si pur, si calme et si doux,
Que toutes ne se sont pas closes
Et que j’en cueille une pour vous.

Les feuilles chuchotent si bas,
Une à une ou toutes ensemble,
D’arbre en arbre, qu’on ne sait pas
Si tu ris ou si le bois tremble.

La rivière coule si douce
Entre les roseaux bleus des prés,
Si douce, si douce, si douce
Qu’on ne sait pas si vous pleurez.

La nuit d’ombre, de soie et d’or
Du fond du silence est venue,
Et l’automne est si tiède encor
Que tu pourras t’endormir nue.

***

Autumn Night

The sinking sun is so beautiful, among
The golden trees it bloodies,
That the half dying day
Delays its solemn, slow death.

Dusk on the roses
Is so pure, so calm and so soft,
That all are not yet closed
And I gather one for you.

The leaves whisper so gently,
One by one or all together,
From tree to tree, that one does not know
If you are laughing or the woods are trembling.

The river runs so gently
Between the blue reeds of the meadows,
So gently, so gently, so gently
That one does not know if you are crying.

The night of shadows, of silk and gold
Has come from the depths of silence,
And autumn is still so warm
That you could sleep naked.

(Henri de Régnier)

 Illustration: Elina Brotherus

 

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L’année (Rosemonde Gérard)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2016



L’année

Janvier nous prive de feuillage ;
Février fait glisser nos pas ;
mars a des cheveux de nuage,
Avril, des cheveux de lilas ;

mai permet les robes champêtres ;
Juin ressuscite les rosiers ;
Juillet met l’échelle aux fenêtres,
Août, l’échelle aux cerisiers.

Septembre, qui divague un peu,
Pour danser sur du raisin bleu
S’amuse à retarder l’aurore ;

Octobre a peur ; Novembre a froid ;
Décembre éteint les fleurs ; et moi,
L’année entière je t’adore !

(Rosemonde Gérard)

Illustration

 

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Pourquoi retardes-tu notre heure, O bien-aimée ? (Jacques Rabemananjara)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2015




Pourquoi retardes-tu notre heure, O bien-aimée ?
La nuit chaste officie aux limites du jour :
Prépare le copal et la coupe embaumée.
Je veux, ivre d’encens, dormir dans ton amour.

Un beau fruit de velours tremble au coeur de l’enceinte.
J’entends, là-haut, pleurer l’oiseau du paradis.
Parmi le champ des lis émerge l’hyacinthe,
Lourde d’un blanc sommeil de chérubin maudit.

Le jardin lumineux meurt d’ardeur et d’attente.
L’ombre sur le bassin a ramené l’hiver :
O Vierge, j’ai grand froid ! Viens dresser notre tente
Tranquille et somptueuse au seuil de l’Univers…

(Jacques Rabemananjara)

Illustration: William Bouguereau

 

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