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Poésie

Posts Tagged ‘retourner’

Les champs et le jardin (Tao Yuan Ming)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2020



    

Les champs et le jardin doivent déjà être envahis par les herbes,
Pourquoi ne m’en suis-​je pas retourné plus tôt ?…
Aujourd’hui j’ai raison, hier j’avais tort…
J’interroge des passants pour trouver le bon chemin
À l’aube je regrette que la lumière soit à peine claire
Dès que j’aperçois mon humble hutte,
Joyeux aussitôt je me mets à courir
Le jeune serviteur vient m’accueillir,
Mes jeunes enfants attendent à la porte…
Tenant la main des enfants j’entre dans la maison
Il y a un pot rempli de vin
Je prends le pot, me sers et bois seul
À contempler les arbres dans la cour se réjouit mon visage

(Tao Yuan Ming)

 

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Le pain des oiseaux (Georges Drano)

Posted by arbrealettres sur 13 mai 2020


oiseau-pain

Si tu viens
Je t’ouvrirai la barrière du pré
Nous irons cueillir les cris des oiseaux dans les campagnes
et tu t’émerveilleras de la fuite d’une fontaine sur la feuillée
et tu me parleras du pays de ton premier âge
dans une odeur de tilleul et de cueillette de romarin.

Si tu viens
ta joie triomphera sur les cris de ma douleur
Dans l’odeur épanouie du pain chaud dans le matin
Dans le parfum de foins coupés
dans l’eau légère et fraîche que l’on boit dans la main
Je retrouverai la fête vivante qui brillait dans tes yeux

Viens
A l’heure où le ciel et la terre se partagent les étoiles
nous danserons encore sur les dunes
en souvenir des chansons assises sur le rivage
et nous irons jusqu’au dernier village
où longtemps le sable chanta dans mes mains
avant de retourner à la terre.

(Georges Drano)

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Entre le ciel et l’eau (Mihai Beniuc)

Posted by arbrealettres sur 9 mai 2020




Illustration: ArbreaPhotos
    

Entre le ciel et l’eau
Vole, vif et léger, l’oiseau.
Au-dessous est le gouffre; au-dessus, l’infini;
En face, le vent froid,
Coupant comme un couteau;
Derrière lui, la terre au loin,
Appelle la joyeuse étoile
Vers un tout autre but,
Le but, c’est un songe gravé
Dans le coeur de l’oiseau.

*

Des clartés sans nom apparaissent
Et des ténèbres
Attendent que tu les traverses,
Comète, avec ta traîne de rayons.
Elles sont assoiffées, les ténèbres,
Elles t’étreignent.

*

Le temps est là de retourner aux choses
D’où un jour tu pris ton essor.

(Mihai Beniuc)

 

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La Ville-de-Pierres (Liu Yu-Xi)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2020




    
La Ville-de-Pierres

Pays ancien entouré de montagnes qui demeurent
Vagues frappant les murailles, retournant sans écho
A l’est de la rivière Huai, la lune d’autrefois
Seule, franchit encore, à minuit, les créneaux

(Liu Yu-Xi)

 

Recueil: L’Ecriture poétique chinoise
Traduction: François Cheng
Editions: du Seuil

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J’ai cent vies… (Sri Aurobindo)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2020



Sri Aurobindo
    
J’ai cent vies…

J’ai cent vies encore devant moi
pour m’emparer de toi, ô esprit éthéré,
sois sûr que d’un coeur insatiable
à travers elles toutes comme un chasseur je te poursuivrai.
Tu te retourneras pourtant sur la route éternelle
et, ta vision s’éveillant, tu me verras venir,
souriant un peu des erreurs passées, et tu mettras
ta main en hâte dans la mienne, sa vraie demeure.
Rendu heureux par ton bonheur
je m’approcherai de toi dans les choses et les êtres chers,
en partie te posséderai dans les mouvements de ton esprit,
aimant ce que tu as aimé je te sentirai proche,
jusqu’à ce que je pose mes mains sur toi
quelque part parmi les étoiles, comme il fut décrété.

(Sri Aurobindo)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Français Cristof Alward-Pitoëff
Editions: Sri Aurobindo Ashram Trust

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Instructions pour lire mes poèmes (Hervé Le Tellier)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2020




    
Instructions pour lire mes poèmes

pour lire mes poèmes tu dois
être seule au calme dans le presque noir

chaque poème il faut le lire à voix douce lentement
tu dois bien respecter les pauses
que le poète a indiquées
il fait son métier de poème le poème
il ne faut pas l’en empêcher
il accomplit sa destinée
alors si écoute bien si
au détour d’un mot d’une rime ou d’un rien
tu perçois quelque chose en toi
qui bouge
une couleur rouge
quelque chose qui fait un peu mal
aussi un petit peu de bien
ne touche à rien n’arrête pas
le poème fait son travail
c’est tout à fait normal
tu peux retourner en arrière
relire plusieurs fois les mots
le poème est à toi aussi
car c’est pour toi qu’on l’a écrit
tu as le droit d’y revenir d’y poser tes silences à toi
mais mais si tu sens qu’il faudrait t’arrêter
parce que ça te remue fort déjà
et qu’il se passe quelque chose à l’intérieur
cette chose dont tu ne voulais pas
il faut pourtant continuer encore et encore et encore
tant pis pour l’eau qui mouille ta joue
laisse lui faire son métier au poème
parce qu’il veut tellement tellement que tu l’aimes
le poème

(Hervé Le Tellier)

 

Recueil: Les poèmes ont des oreilles
Traduction:
Editions: Rue du Monde

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S’ÉVEILLANT DE L’IVRESSE UN MATIN DE PRINTEMPS (Li Po)

Posted by arbrealettres sur 7 février 2020




    
S’ÉVEILLANT DE L’IVRESSE UN MATIN DE PRINTEMPS

Puisque vivre en ce monde est le songe d’un songe
ni souci, ni travail ne me le gâcheront.
Et du matin au soir je bois et je m’enivre
endormi, allongé sur le pas de ma porte.

Lorsque je me réveille, il y a le jardin,
un seul oiseau qui chante au milieu des fleurs
Je ne sais plus le jour, la saison, ni le temps.
Un loriot sans repos bavarde dans le vent.

Tant me touche son chant que je pousse un soupir.
Le vin est devant moi. Je m’en verse une coupe,
puis j’attends en chantant que la lune se lève,
et ma chanson finie je retourne à l’oubli.

(Li Po)

 

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LE RETOUR À LA CAMPAGNE (Tao Yuan Ming)

Posted by arbrealettres sur 7 février 2020




    
LE RETOUR À LA CAMPAGNE

Jeune je n’aimais pas la vie agitée.
J’ai grandi dans l’amitié des montagnes
C’était une erreur d’entrer dans le monde.
J’ai perdu treize ans de ma seule vie.
L’oiseau en cage songe aux forêts d’antan,
le poisson du bassin à l’ancienne rivière.
Ainsi je suis retourné vivre dans le midi.
Je bêche mon jardin, je cultive mes champs.
J’ai peu de terre, dix mous à peine.
Ma maison est petite. Un orme et un saule
me font de l’ombre. J’ai des pêchers et des
abricotiers en face de la maison. Au loin
il y a les maisons des paysans. Je vois fumer
leurs cheminées dans le ciel calme. Un chien
aboie. Perché sur un mûrier, un coq chante.
Le silence habite chez moi. J’ai de l’espace.
J’ai du temps. Si longtemps j’ai vécu
en cage. Me voilà rendu à moi-même.

Il n’arrive pas grand-chose chez nous.
Il passe peu de voitures sur le chemin.
Pendant le jour les portes restent closes.
Dans la maison calme les désirs se calment.
Quelquefois je rencontre un voisin sur la route.
On parle peu. La récolte de chanvre sera bonne.
Il y aura cette année beaucoup de mûriers.
La moisson sera belle. La terre s’enrichit.
Pourvu qu’il ne gèle pas, que le gel ne tue pas
tout, laissant seulement broussaille morte.

Je me lève tôt pour aller bêcher,
Quand je reviens avec ma bêche, je porte aussi le clair de lune
sur mon épaule.
Le sentier est étroit, hautes les fleurs sauvages et l’herbe.
Mes habits sont trempés de rosée. Ça m’est égal,
si rien ne vient troubler ma paix.
Sur le versant sud j’ai planté des haricots.
Il y a beaucoup de mauvaises herbes. Les semis sont maigres.

(Tao Yuan Ming)

 

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Rondeauderdrome des vagues (Jacques Roubaud)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2020



Illustration
    
Rondeauderdrome des vagues

Les vagues touchent le sable
Montent la pente s’affaissent
Avec leurs rouleaux d’écume
Et retournent dans la mer
Les vagues touchent le sable
L’une après l’autre les vagues
Montent la pente s’affaissent
Et retournent dans la mer
L’une après l’autre les vagues
Avec leurs rouleaux d’écume
Les vagues touchent le sable

(Jacques Roubaud)

 

Recueil: Rondeaux poésies
Traduction:
Editions: Gallimard

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Rondeau de la guerre de Cent Ans (Jacques Roubaud)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2020



Illustration  
    
Rondeau de la guerre de Cent Ans

Vous partez, chevalier, pourquoi ?
« Mais, pour la guerre de Cent Ans ! »
Ça vous fera bien cent vingt mois
Sans retourner en Vendômois
Où votre épouse vous attend

Elle vous attend sans émoi
Écartant tous ses prétendants
Filant, jouant au jeu de l’oie
Vous partez, chevalier, pourquoi ?

Les années passent, il fait froid
Votre épouse a les cheveux blancs
Ses os brinquebalent, sa voix
Se casse, toujours elle attend
Mais pourquoi, chevalier, pourquoi ?

(Jacques Roubaud)

 

Recueil: Rondeaux poésies
Traduction:
Editions: Gallimard

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