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Poésie

Posts Tagged ‘retraite’

Les regrets (Nicolas-Germain Léonard)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2018



Carry Akroyd river-landscape

Les regrets

Pourquoi ne me rendez-vous pas
Les doux instants de ma jeunesse ?
Dieux puissants ! ramenez la course enchanteresse
De ce temps qui s’enfuit dans la nuit du trépas !
Mais quelle ambition frivole !
Ah ! dieux ! si mes désirs pouvaient être entendus,
Rendez-moi donc aussi le plaisir qui s’envole
Et les amis que j’ai perdus !

Campagne d’Arpajon ! solitude riante
Où l’Orge fait couler son onde transparente !
Les vers que ma main a gravés
Sur tes saules chéris ne sont-ils plus encore ?
Le temps les a-t-il enlevés
Comme les jeux de mon aurore ?
Ô désert ! confident des plus tendres amours !
Depuis que j’ai quitté ta retraite fleurie,
Que d’orages cruels ont tourmenté mes jours !

Ton ruisseau dont le bruit flattait ma rêverie,
Plus fidèle que moi, sur la même prairie,
Suit constamment le même cours :
Ton bosquet porte encore une cime touffue
Et depuis dix printemps, ma couronne a vieilli,
Et dans les régions de l’éternel oubli
Ma jeune amante est descendue.

Quand irai-je revoir ce fortuné vallon
Qu’elle embellissait de ses charmes ?
Quand pourrai-je sur le gazon
Répandre mes dernières larmes ?
D’une tremblante main, j’écrirai dans ces lieux
 » C’est ici que je fus heureux !  »

Amour, fortune, renommée,
Tes bienfaits ne me tentent plus ;
La moitié de ma vie est déjà consumée,
Et les projets que j’ai conçus
Se sont exhalés en fumée :
De ces moissons de gloire et de félicité
Qu’un trompeur avenir présentait à ma vue,
Imprudent ! qu’ai-je rapporté ?
L’empreinte de ma chaîne et mon obscurité :
L’illusion est disparue ;

Je pleure maintenant ce qu’elle m’a coûté ;
Je regrette ma liberté
Aux dieux de la faveur si follement vendue.
Ah ! plutôt que d’errer sur des flots inconstants,
Que n’ai-je le destin du laboureur tranquille !
Dans sa cabane étroite, au déclin de ses ans,
Il repose entouré de ses nombreux enfants ;
L’un garde les troupeaux ; l’autre porte à la ville
Le lait de son étable, ou les fruits de ses champs,
Et de son épouse qui file
Il entend les folâtres chants.

Mais le temps même à qui tout cède
Dans les plus doux abris n’a pu fixer mes pas !
Aussi léger que lui, l’homme est toujours, hélas !
Mécontent de ce qu’il possède
Et jaloux de ce qu’il n’a pas.
Dans cette triste inquiétude,
On passe ainsi la vie à chercher le bonheur.
A quoi sert de changer de lieux et d’habitude
Quand on ne peut changer son coeur ?

(Nicolas-Germain Léonard)

Illustration: Carry Akroyd

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Au bruit mélancolique (Saigyo)

Posted by arbrealettres sur 26 avril 2018



 

Au bruit mélancolique
du vent dans les pins
ajoute à la solitude
de ma retraite montagnarde
le chant des cigales

(Saigyo)

 

 

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NOCTURNE (Ernest Delève)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2018



 

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NOCTURNE

J’habite les reflets d’un vieux canal qui tremble
Fenêtres sans rideaux faites de frissons d’eau
Palpitations des murs couverts de grands lambeaux
De dentelle menue que percent les oiseaux
Hirondelles d’été qui deviendront mouettes

On a levé le pont pour que le soleil passe
L’horizon comme un mort laisse un monde d’encens
Quelques notes
des gouttes
lentes à nous atteindre
A travers les rumeurs mal éteintes du jour
Un remorqueur entraîne les dernières lueurs

On n’allume plus les fanaux tout autour
De l’endroit où viendra se refléter la lune
Quand les arbres éteindront leur torche dans la brume

Comme un coucher de voiliers noirs au fond des eaux
La nuit n’a plus de mâts pour promener ses lampes
On tend partout des chaînes dont sonnent les anneaux

C’est la nuit le canal déjà rêve plus haut
Des noyés de naguère atteignent la surface

O nuit je sais qu’au loin la houle infranchissable
Qui errait sur les mers est maintenant en rade
On ne peut plus partir le canal est réduit
A cette flaque étroite égout du clair de lune
Beaux bateaux échoués dans la boue du port
Vous êtes condamnés ne cherchez plus le nord
Grands coquillages noirs on entend dans vos cales
Non le chant du travail mais la rouille qui râle

Le désespoir est une retraite salutaire
Un sommeil volontaire aux rêves dirigés
On ferme les yeux le temps d’y voir plus clair
On ouvre les yeux le monde est transformé

L’abîme s’ouvre à pic au bord de la fenêtre
Le balcon ne domine que le vide ou peut-être
Deux fleuves l’un de nuit l’un de lait l’un est mort
L’autre naît à peine ce n’est qu’un brouillard qu’une haleine
De la mer traversant tout le pays qui dort

Ces fleuves sont unis où l’homme en lui les mêle
Pour t’embellir ô nuit d’un pavillon rebelle

(Ernest Delève)

Illustration

 

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LA RETRAITE (La Flûte de Jade)

Posted by arbrealettres sur 8 avril 2018



Shitao -autoportrait

 

LA RETRAITE

Comme je ne sors plus d’ici, le monde ne s’occupe plus de moi.
Je vis en paix. Depuis combien de temps, au juste?
Il doit y avoir deux ou trois ans,
puisque tant de feuilles noircies de mes poèmes encombrent ma table,
et puisque mon petit garçon parle déjà.

Je considère avec pitié mes semblables
qui se fatiguent à la recherche de la fortune ou de la gloire.
Je me demande ce qu’ils en auront, dans la tombe.

Le sourire de mon petit garçon a, pour moi,
plus de prix que tous les trésors du monde.
Et quand j’ai composé quelques bons vers,
j’éprouve une satisfaction
que n’a jamais connue l’Empereur des Cinq Fleuves.

(La Flûte de Jade)

 Illustration: Shitao

 

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PRIX DU SILENCE (Axel Toursky)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2018



 

Ai Xuan 3

PRIX DU SILENCE

Eté, je n’ai pour t’appeler
que des paroles imprécises.
Mon sang n’est pas dans les cerises,
ma voix ne lève pas le blé.

Mais quels arguments trouve-t-il,
ce patriarche de la boue,
pour ébranler la lourde roue
calée dans la neige d’avril ?

Tu viens par le sentier caché.
On oublie aux premières pommes
de chercher ce que le vieil homme
était venu te reprocher.

Impuni, peut-être, mais sûr
des retraites qu’il te ménage,
tu remplis de sang tes images
à nous faire oublier ce mur.

(Axel Toursky)

Illustration: Ai Xuan

 

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RETRAITE (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2018



RETRAITE

Ah qu’il fait bon dans son village
Dormir le nez au ras des blés
En remontant sa montre à clé,
Montre venue du fond des âges.

Ah qu’il fait bon dans sa contrée
Boire le vin rusé du cru
Fraîche et septembrale purée
Âpre, redoutée des recrues.

Ah qu’il fait bon sur son terroir
Caresser les filles farouches
Qui ne s’ouvrent que dans le noir,
Dans l’ombre épaisse de leur bouche !

Ah qu’il fait bon dans la galerne
La bise aigre le vent crachin
— Le caban roussi des lanternes
Sa vieille pipe et son vieux chien —
Fouler du sabot les luzernes.

Tous les chagrins roulés en berne
Boquain, plainier ou maraîchin,
C’est tempérament sauvagin !
Dans la cage á pluies où j’hiberne
Seul, que j’aime mieux mon prochain !

Sur la suie de ma cheminée
Brillent les signes du destin.
J’écoute couler les années,
— Le monde est neuf chaque matin —

(Maurice Fombeure)

Illustration

 

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Le Grand Événement (Leonard Cohen)

Posted by arbrealettres sur 23 janvier 2018



Illustration
    
Le Grand Événement

Il va se produire très bientôt. Le grand événement
qui mettra fin à l’horreur. Qui mettra fin au chagrin.
Mardi prochain, quand le soleil descendra, je jouerai
la Sonate au Clair de Lune à l’envers. Ceci inversera
les effets de la folie du monde plongeant dans la
souffrance depuis 200 millions d’années. Quelle nuit
merveilleuse ce sera ! Quel soupir de soulagement,
de voir les rouges-gorges séniles redevenir écarlates,
et les rossignols à la retraite relever leurs queues
poussiéreuses, pour affirmer la majesté de la création !

***

The Great Event

It’s going to happen very soon. The great
event which will end the horror. Which will
end the sorrow. Next Tuesday, when the sun
goes down, I will play the Moonlight Sonata
backwards. This will reverse the effects of
the world’s mad plunge into suffering, for
the last 200 million years. What a lovely
night that would be. What a sigh of relief, as
the senile robins become bright red again,
and the retired nightingales, pick up their
dusty tails, and assert the majesty of creation!

(Leonard Cohen)

Recueil: Le livre du désir
Traduction: Jean-Dominique Brierre et Jacques Vassal
Editions: Cherche Midi

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Je croyais que mon voyage touchait à sa fin (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2017




    
Je croyais que mon voyage touchait à sa fin,
ayant atteint l’extrême limite de mon pouvoir,
– que le sentier devant moi s’arrêtait,
que mes provisions étaient épuisées
et que le temps était venu de prendre retraite
dans une silencieuse obscurité.

Mais je découvre que ta volonté ne connaît pas de fin en moi.
Et quand les vieilles paroles expirent sur la langue,
de nouvelles mélodies jaillissent du cœur ;

et là où les vieilles pistes sont perdues,
une nouvelle contrée se découvre avec ses merveilles.

(Rabindranath Tagore)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: L’offrande lyrique
Editions: Gallimard

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Le lever du soleil au couvent du mont Po-chan (Chang Jian)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2017




    
Le lever du soleil au couvent du mont Po-chan

La lumière pure d’une belle matinée pénètre déjà dans le vieux couvent ;
Déjà la cime éclairée des grands arbres annonce le retour du soleil.
C’est par de mystérieux sentiers qu’on arrive à ce lieu solitaire,
Où s’abrite la cellule du bonze, au milieu de la verdure et des fleurs.

Dès que la montagne s’illumine, les oiseaux, tout à la nature, se réveillent joyeux ;
L’œil contemple des eaux limpides et profondes, comme les pensées de l’homme dont le cœur s’est épuré.
Les dix mille bruits du monde ne troublent jamais cette calme retraite ;
La voix harmonieuse des pierres sonores est la seule qui s’élève ici.

(Chang Jian)

 

 

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Mon bien-aimé (Mahmoud Darwich)

Posted by arbrealettres sur 9 octobre 2017




    
Mon bien-aimé élève la voix,
il me dit:

«Lève-toi, ma bien-aimée,
ma belle, viens.

Car voilà l’hiver passé,
c’en est fini des pluies, elles ont disparu.
Sur notre terre, les fleurs se montrent.
La saison vient des gais refrains,
le roucoulement de la tourterelle se fait entendre
sur notre terre.
Le figuier forme ses premiers fruits
et les vignes en fleur exhalent leur parfum.

Lève-toi, ma bien-aimée,
ma belle, viens!

Ma colombe, cachée au creux des rochers,
en des retraites escarpées,
montre-moi ton visage,
fais-moi entendre ta voix.»

(Mahmoud Darwich)

 

Recueil: Quand on n’a que l’amour
Editions: Bruno Doucey

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