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A MA MONTAGNE (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2018




    
A MA MONTAGNE

Puisque je dois aimer ton nord
d’obscurité, de froid et de douleur,
la neige, le vallon désert —
qu’il me soit donné d’en aimer l’essence,

la puissance des roches dures,
le flot assourdissant du vent
qui emporte au loin l’esprit
plus vite que le cours du sang.

La bruyère est âpre aux larmes
et les landes revêches
n’apaisent pas le visage enfoui
mais elles me font renaître :

oh, la douce odeur, et les ciels pourpres!

***

TO MY MOUNTAIN

Since I must love your north
of darkness, cold, and pain,
the show, the lonely glen,
let me love true Worth,

the strength of the hard rock,
the deafening stream of wind
that carries sense away
swifter ‘ban ‘rowing blood.

Heather is harsh to tears
and the rough moors
give the buried face no peace
but make me rise,

and oh, the sweet scent, and purple skies !

(Kathleen Raine)

 

Recueil: ISIS errante Poèmes
Traduction: François Xavier Jaujard
Editions: Granit

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Le corps fugace (Miguel Espejo)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2016



Le corps fugace

L’homme ne peut presque jamais dire vraiment ce qu’il pense
parce qu’il l’ignore lui-même.
Comment pourrait-il parler de ce qu’il ne comprend pas
d’une ombre envoûtante à l’aube
ou de l’étrangeté de son corps ?
Comment parvenir à comprendre le bonheur de contempler
le fond d’autres yeux
et d’arriver à les ouvrir à notre propre abîme ?
Le mot est revêche. Et le regard aussi.
Ce qui ressemble à un troupeau de guanacos dans la Puna
est à peine un vrombissement d’insectes.
Une femme nous attire grâce au calice de sa beauté
et nous montons impuissants sans toucher ses cordes.
Car rien n’est ce qu’il paraît être.
Ni le corps, ni la femme, ni la beauté.
Comment harmoniser les accords
au milieu de la confusion générale ?
Une main frappe à la porte. Une autre l’ouvre.
Le corps ne répond pas. Il ne parle qu’en murmurant.

***

El cuerpo esquivo

El hombre casi nunca puede decir verdaderamente lo
que piensa
porque él mismo no lo sabe.
¿Cómo podría hablar de aquello que no comprende
de alguna subyugante sombra al amanecer
o de la extrañeza de su cuerpo?
¿Cómo alcanzar la dicha de contemplar
el fondo de otros ojos
y lograr abrirlos a nuestro propio abismo?
La palabra es esquiva. Y la mirada también.
Lo que parece una tropilla de guanacos en la Puna
es apenas un zumbido de insectos.
Una mujer nos atrae con el cáliz de su belleza
y ascendemos impotentes sin tocar sus cuerdas.
Porque nada es lo que parece.
Ni el cuerpo, ni la mujer, ni la belleza.
¿Cómo reunir entonces los acordes
en medio de la confusión general?
Una mano toca la puerta. Otra, la abre.
El cuerpo no responde. Sólo habla entre susurros.

(Miguel Espejo)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Danny Quirk

 

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Passe-temps (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2015



Passe-temps

Blanc satin neuf, oeuf de couvée fraîche,
Neige qui ne fond,
Que vos tétins, l’un à l’autre revêche,
Si tant clairs ne sont.

Chapelets de fine émeraude, ophites,
Ambre coscoté,
Semblables aux yeux dont soulas me fîtes,
Onques n’ont été.

Votre crêpe chef le soleil efface,
Et votre couleur
Fait se dépiter la cerise, et passe
La rose en sa fleur.

Joncade, coings farcis de frite crème,
Pâté, tarte (ô vous ! ),
Que vos gras baisers, voire de carême,
Ne sont pas plus doux.

(Jean Moréas)

Illustration: Octavio Ocampo

 

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