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Posts Tagged ‘réveil’

On ne se couchait jamais (Pascal Commère)

Posted by arbrealettres sur 7 juillet 2020



 

Rockwell Kent 34 [1280x768]

On ne se couchait jamais sans glisser un chemin sous l’oreiller.
Pour que dès le réveil on continue sa marche.

(Pascal Commère)

Illustration: Rockwell Kent

 

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Je suis le tresseur de couronne (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2020



 

Alexandre Séon (1)

Je suis le tresseur de couronne,
Sois ma cueilleuse d’aujourd’hui;
A chaque fleur qu’elle me donne,
Ta main, pour un baiser qu’elle a fui,

Reçoit un autre et s’y résigne :
Ne faut-il pas tout accepter
D’un tresseur de couronne, indigne
Qu’on s’irrite de ses gaîtés?

Plus une fleur? ô ma cueilleuse,
Je sais un Jardin de soleil,
Je sais une Fleur merveilleuse :
On ne la cueille qu’au réveil.

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Alexandre Séon

 

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L’aurore s’allume (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2020



 

Illustration: William Turner
    
L’aurore s’allume

I
L’aurore s’allume ;
L’ombre épaisse fuit ;
Le rêve et la brume
Vont où va la nuit ;
Paupières et roses
S’ouvrent demi-closes ;
Du réveil des choses
On entend le bruit.

Tout chante et murmure,
Tout parle à la fois,
Fumée et verdure,
Les nids et les toits ;
Le vent parle aux chênes,
L’eau parle aux fontaines ;
Toutes les haleines
Deviennent des voix !

Tout reprend son âme,
L’enfant son hochet,
Le foyer sa flamme,
Le luth son archet ;
Folie ou démence,
Dans le monde immense,
Chacun. recommence
Ce qu’il ébauchait.

Qu’on pense ou qu’on aime,
Sans cesse agité,
Vers un but suprême,
Tout vole emporté ;
L’esquif cherche un môle,
L’abeille un vieux saule,
La boussole un pôle,
Moi la vérité !

II

Vérité profonde !
Granit éprouvé
Qu’au fond de toute onde
Mon ancre a trouvé !
De ce monde sombre,
Où passent dans l’ombre
Des songes sans nombre,
Plafond et pavé !

Vérité, beau fleuve
Que rien ne tarit !
Source où tout s’abreuve,
Tige où tout fleurit !
Lampe que Dieu pose
Près de toute cause !
Clarté que la chose
Envoie à l’esprit !

Arbre à rude écorce,
Chêne au vaste front,
Que selon sa force
L’homme ploie ou rompt,
D’où l’ombre s’épanche ;
Où chacun se penche,
L’un sur une branche,
L’autre sur le tronc !

Mont d’où tout ruisselle !
Gouffre où tout s’en va !
Sublime étincelle
Que fait Jéhova !
Rayon qu’on blasphème !
Oeil calme et suprême
Qu’au front de Dieu même
L’homme un jour creva !

III

Ô Terre ! ô merveilles
Dont l’éclat joyeux
Emplit nos oreilles,
Eblouit nos yeux !
Bords où meurt la vague,
Bois qu’un souffle élague,
De l’horizon vague
Plis mystérieux !

Azur dont se voile
L’eau du gouffre amer,
Quand, laissant ma voile
Fuir au gré de l’air,
Penché sur la lame,
J’écoute avec l’âme
Cet épithalame
Que chante la mer !

Azur non moins tendre
Du ciel qui sourit
Quand, tâchant d’entendre
Je cherche, ô nature,
Ce que dit l’esprit,
La parole obscure
Que le vent murmure,
Que l’étoile écrit !

Création pure !
Etre universel !
Océan, ceinture
De tout sous le ciel !
Astres que fait naître
Le souffle du maître,
Fleurs où Dieu peut-être
Cueille quelque miel !

Ô champs ! ô feuillages !
Monde fraternel !
Clocher des villages
Humble et solennel !
Mont qui portes l’aire !
Aube fraîche et claire,
Sourire éphémère
De l’astre éternel !

N’êtes-vous qu’un livre,
Sans fin ni milieu,
Où chacun pour vivre
Cherche à lire un peu !
Phrase si profonde
Qu’en vain on la sonde !
L’oeil y voit un monde,
L’âme y trouve un Dieu !

Beau livre qu’achèvent
Les coeurs ingénus ;
Où les penseurs rêvent
Des sens inconnus ;
Où ceux que Dieu charge
D’un front vaste et large
Ecrivent en marge :
Nous sommes venus !

Saint livre où la voile
Qui flotte en tous lieux,
Saint livre où l’étoile
Qui rayonne aux yeux,
Ne trace, ô mystère !
Qu’un nom solitaire,
Qu’un nom sur la terre,
Qu’un nom dans les cieux !

Livre salutaire
Où le cour s’emplit !
Où tout sage austère
Travaille et pâlit !
Dont le sens rebelle
Parfois se révèle !
Pythagore épèle
Et Moïse lit !

(Victor Hugo)

 

Recueil: Les rayons et les ombres
Traduction:
Editions: Bayard Jeunesse

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DANS LES FLEURS (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2020



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DANS LES FLEURS

Mignonne, allons-nous-en dans un pays de songe,
Joli, capricieux, absurde, comme vous,
Azuré d’impossible et fleuri de mensonge,
Où les arbres, les eaux et le ciel seront fous.

Regardez! Le soleil sort de chez sa maîtresse
En galant négligé du matin, pâli, las,
Tandis qu’à l’horizon traînant sa noire tresse
Elle lui jette au nez des bouquets de lilas.

Lilas de l’aube, blancs lilas semés de perles!
Mettez à votre front ce nimbe gracieux.
La diane déjà chante au gosier des merles.
Les feuilles au réveil s’ouvrent comme des yeux.

Le ruisseau qui gazouille a pour vous des cascades
De diamant ou bien des miroirs de cristal.
Les cailloux du sentier roulent des noix muscades,
Et l’écorce du bois est en bois de santal.

Le vent luxurieux sur vos lèvres dérobe
L’arôme des baisers et le vol des chansons,
Et le désir troublant qui dort sous votre robe
Fait courir un frisson d’amour dans les buissons.

Et sous vos pieds, vos mains, vos regards, votre haleine,
Tout va fleurir dans la forêt d’enchantement.
De fleurs aux mille noms pour que l’herbe soit pleine,
Fée, il vous suffit de m’aimer un moment.

L’héliotrope sombre embaumant la vanille,
L’aspérule aux relents de musc, le romarin,
La marjolaine en blanc qu’on nomme la gentille,
La sauge qui dans l’air met un souffle marin,

L’encens du basilic, la myrrhe des glycines,
L’œillet qui sent le poivre et l’anis plein de miel,
La gueule ouverte rouge et or des capucines,
Le bleu myosotis, gouttelette de ciel,

La mauve, le muguet, les lis, les violettes,
Le chèvrefeuille avec ses coraux blancs-rosés,
La lavande, l’iris, le thym, ces cassolettes,
Tous les pois de senteur, ces papillons posés,

La jacinthe, l’arum, l’ache, les amarantes.
Les clochetons ambrés des pAles liserons,
Les roses, firmament d’aurores odorantes,
Tout va s’épanouir quand nous nous baiserons .

Au printemps de nos cœurs tout se mêle et s’enivre.
Etreintes de parfums, de formes, de couleurs!
Notre baiser d’aveu, comme un clairon de cuivre,
Sonne la charge en rut aux batailles des fleurs.

Mignonne, nous voici noyés dans cette foule.
Tu n’y peux échapper, c’est en vain que tu cours.
Les fleurs aiment encor sous ton pied qui les foule.
Sous nos corps enlacés les fleurs aiment toujours.

Leur sang coule embaume du cœur de leurs calices.
Bu par les vents, pareils à des chiens maraudeurs.
Qui traînent dans l’air chaud saturé de délices
Des lambeaux de couleurs, de formes et d’odeurs.

Elles meurent d’aimer. Elles meurent, qu’importe?
Mort d’amour, ô le plus savoureux des trépas!
Et leur dernier soupir est un souffle qui porte
L’âpre besoin d’aimer à ceux qui n’aiment pas.

Mignonne, mourons comme ces fleurs qui s’aiment.
Donnons tout notre sang de désirs parfumé,
Et que les vents, grisés par nos baisers qu’ils sèment,
Aillent dire partout que nous avons aimé.

Qu’ils le disent au bois, au champ, à la ravine,
Le disent à la nuit et le disent au jour.
Qu’ils disent par sanglots notre extase divine
Au monde fatigué qui ne sait plus l’amour!

Qu’ils le disent au ciel, à la nature entière,
Qu’ils racontent que nous nous sommes épousés
Et que l’éternité de toute la matière
A fleuri ce jour-là dans un de nos baisers!

(Jean Richepin)

 

 

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LE RETOUR DES DIEUX (Georges Henein)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2020


 


Campos Edson 01 [1280x768]

LE RETOUR DES DIEUX

Seins issus d’une fête labiale
et cachetés à la cire du souvenir
une fille sourit à sa peau
dans le vent nu des campagnes
puis ses mains descendent le long
comme l’ancre d’un vaisseau
reconduit à la terre

Reflet exténué des saisons vécues
elle se replie sur un mal
plus secret que toute mort
sur la tige nacrée de sa solitude
de son corps
sur l’odeur brusque de l’amour
dans un tiroir d’embruns

les doigts à l’épreuve du tambour
la taille sur la pente du cerceau
elle s’affaiblit dans l’eau légère
de sa propre distance
comme un sort mal jeté

Aucun réveil pourtant
aucun réveil possible
sans le retour des Dieux
auxquels nulle croyance n’est due.

(Georges Henein)

Illustration: Campos Edson

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BESTIAIRE DES AMANTS (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2020



Illustration: Pierre Paul Rubens
    
BESTIAIRE DES AMANTS

Amants endormez-vous
après de tendres soins
serrez-vous aimez-vous
vos rêves iront loin
Bien au-delà du jour
au profond du sommeil
du bon-chaud de l’amour
renaîtra le soleil
Un écureuil viendra
Entre vos deux orteils
un lézard glissera
Tous vos amis de nuit
la loutre et le renard
le chat et la fourmi
accourront sans retard
à pas feutrés de rêve
jusqu’au chant de l’alouette
et se mélangeront
sans mordre ni crier
au jaune hérisson
à la fauvette huppée
Les hôtes amicaux
viendront à pas feutrés
jusqu’au cocorico
d’un grand coq très distrait
qui chassera enfin
cette ménagerie
que la soif ni la faim
n’auront jamais surpris
Sur la main de l’enfant aimée
un rossignol vient et se pose
(La gazelle viendrait aussi
mais elle a peur et elle n’ose)

La truite et le chien de mer
s’en vont naviguant de conserve
Le toucan l’étoile de mer
restent tous deux sur la réserve
Devant le bélier qui insiste
pour que le chat touche à ses cornes
ne sachant trop si elle existe
longuement pleure la licorne
La taupe et le corbeau
s’en vont à petits pas
Le renard les chevaux
marchent tout près du rat
et la chauve-souris
veille sur la dormeuse
tandis qu’une perdrix
lui chante une berceuse
La girafe et le chien
le lion le pangolin
le zèbre et la vigogne
flairent les endormis
les lèchent doucement
et parlent en amis
aux fidèles amants
qui s’éveillent enfin
lorsque le réveil sonne
et leur rend leur matin
de vraies grandes personnes.

(Claude Roy)

 

Recueil: Claude Roy un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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J’ai rêvé (Nancy Huston)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2020



j’ai rêvé que tu m’aimais
et au réveil

c’était vrai

(Nancy Huston)

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REVES QUI ME VENIEZ (Franz Hellens)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2020



 

REVES QUI ME VENIEZ

Rêves qui me veniez beaux comme le vol
De l’aigle ou balancés comme le chant du merle
Et que je disais fous parce qu’on ne pouvait
Ni les atteindre ni les suivre au réveil
Pourquoi m’avez-vous délaissé ?

L’aigle ne cesse pas d’éployer son haut vol
Le merle d’égrener son hymne antique
Mais le vol et le chant du sommeil
Se sont brisés au sol.
Je ne vois plus qu’un ciel désert aucun nuage
Qui me rappelle par sa forme aucun vent
Par son chant le rêve de mes anciens printemps.

(Franz Hellens)

Illustration: René Magritte

 

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OUTRE (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2020



Illustration: Gilbert Garcin
    
OUTRE

Seul le long de ce chemin
qui n’a ni commencement ni fin
ce n’est plus la peine de sourire
et surtout de rire aux éclats

comme ce tigre qui n’ose ni mordre ni caresser
Seul tout seul
comme un grand comme un petit
à la poursuite des nuages

et de cette nuit qui n’a ni commencement ni fin
Tout seul pour l’abandon quotidien
et la lutte contre les rêves
et les cauchemars du jour et de la nuit
qu’on invente pour mieux souffrir
alors qu’il faudrait pouvoir oublier
tout oublier tout sauf la joie

Seul contre l’injustice
l’ennui et tout le reste
la vérité l’heure du réveil
alors qu’il est temps enfin
de savoir et de connaître
le jour qui déjà se lève

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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ET S’IL PLAIT (Isabelle de Gill)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2020




Illustration: ArbreaPhotos     
   
ET S’IL PLAIT

Et s’il plaît à la lune
De coucher sur les dunes
Et s’il plaît au soleil
D’ajourner son réveil

Et s’il plaît à la source
D’interrompre sa course
Et s’il plaît à l’oiseau
De quitter son rameau

Et s’il plaît à l’orage
De brouiller le rivage
Et s’il plaît au violon
D’imiter l’oisillon

Laissons faire les Muses
Et que chacun s’amuse
D’un éclair, d’un rayon
D’un vol de papillon

(Isabelle de Gill)

 

Recueil: Arpèges
Traduction:
Editions: Les Délices

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