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Posts Tagged ‘réveiller’

Le champ a réveillé ses enfants (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2019



    
Le champ a réveillé ses enfants
Son visage est choeur, ses mains sont cithare

Les oiseaux récitent leur passion
Un rossignol ravale sa langueur
Trempe sa corde
Dans le nectar de l’arbre

(Adonis)

 

Recueil: Lexique amoureux
Traduction: Vénus Khoury-Ghata Issa Makhlouf Houria Abdelouahed
Editions: Gallimard

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Tu veux savoir (Bernard Bertrand)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2019




Tu veux savoir si le désir …
Jamais il ne me quitte,
Lui, qui chaque jour s’invite
Et vers elle, me pousse et m’inspire…
Comme ces matins où dans sa couche,
Je me coule et où renaît l’espoir…
Comme à ses sorties de douche,
Quand j’approche mes doigts,
Jaloux des mille perles d’eau,
Qui, avant moi, lui caressent la peau.

Ode au désir qui jamais ne me quitte,
Quand, derrière elle, silencieux
Ma bouche sur son cou s’invite,
Quand elle ferme les yeux…
Quand ma main cherche le chemin
De ses reins, le chemin de ses seins.

Ode au désir
Qui en elle était enfoui,
Rassuré par mes envies.
Ode au désir
Voilà qu’en elle, il renaît,
Voilà que tu l’as réveillé…

(Bernard Bertrand)

Illustration: Ekaterina More

 

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Les mots ont fui ma forêt solitaire (Franz Hellens)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2019


 


Sarolta Bán   j-07 [1280x768]

Les mots ont fui ma forêt solitaire
Perdus d’espace, privés d’eau,
Les arbres ont encor toutes leurs feuilles
Mais sur les branches plus un oiseau.

Leur chant rythmait un silence sans fond
Et l’immobilité des jours où le vent tombe.
Le vent peut agiter les feuilles, le silence
De mort n’en est que plus profond.

L’obscurité bougeait au bruissement des ailes
Et chaque feuille était le mirage d’un mot
Aujourd’hui plus une aile pour réveiller l’écho
De ma sombre forêt solitaire.

*

Les eaux de la mémoire ont délaissé mes plages,
Le temps de marée haute est bien fini,
Je suis de sable sec où de blancs coquillages
Rappellent le passé dans le sol endormi.

Des pas dans mon désert marquent seuls le passage
D’une vie qui m’échappe, et de qui, de quels dieux
Inconnus, de quel temps, de quels âges ?
J’avance avec ces mêmes pas, mais d’autres yeux

*

Le silence est si dur qu’on marcherait dessus,
Le sol est un pain sec tout rond, tout noir, mon âme
Si de ce corps tout sec aussi, durci, fourbu,
Tu trouves la sortie va-t’en à coups de rames
Sur le grand fleuve roux de soleil qui voisine
Et dans ce fond d’eau claire et de fraîcheur chemine
Jusqu’au retour de pluie on terre et ciel fondus
Dans une même chair au printemps revenus
Comme deux amoureux que le soleil marie
Voient la croûte changée en nourrissante mie.

Le silence est si blanc qu’on écrirait dessus.
La page luit comme un morceau de glace lisse.
Ma plume retiens-toi de glisser, n’écris plus,
C’est un piège tendu par la froide malice
Qui du plaisir d’aller plus vite fait un don.
Ne sais-tu pas que la vitesse est sans pardon
Quand l’âme ne suit plus, quand l’esprit se dérobe,
Arrête-toi, retiens ta chute, enfonce-toi
Par la pointe en ce papier glissant qui nous daube,
L’heure viendra de rompre un silence si froid.

Le silence est si lourd qu’on se pendrait à l’arbre.
Pas une feuille, un fruit, ne bouge, on les dirait
Comme le tronc qui les porte construits en marbre
Et l’absence du bruit damne à mort la forêt.

La vie dans ce trépas ne trouve plus d’issue,
Plus d’oiseaux pour l’ouïe et le bonheur des yeux,
Plus un bourdonnement d’insecte, tout est vieux,
Sourd et muet dans l’écorce, le bois, la nue
D’où ne tombera plus une goutte de pluie,
Et dans ma chair aussi l’âme ne chante plus.

*

Je n’ai pas moins de force en mon hiver
Que la pomme de jus après l’automne,
Je marcherai jusqu’au bord de la mer
Comme le fleuve au versant s’abandonne.
Nul au monde parmi ceux qui voient clair
Ne trouvera l’endroit de ma présence,
Je serai, mort, comme le vent de mer
Qui semble finir là et plus loin recommence.

(Franz Hellens)

Illustration: Sarolta Bán

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Nourrisson (Bertrand Delporte)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2019



 

Alexandre de Riquer 7t7

Nourrisson
sur le sein
de sa mère:

– Bach:
Réveille-toi, mon âme!

En l’église,
L’orgue

synchronise.

(Bertrand Delporte)

Illustration: Alexandre de Riquer

 

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Amour engourdi (Bernard Friot)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2019




    
Amour engourdi
amour oreiller mou
j’y pose ma tête endormie
et je rêve d’orage
et d’ouragan.

Réveille-moi
par un baiser enflammé
sur les lèvres ou dans le cou
réveille-moi
et dis-moi
oh oui dis-moi
que la nuit est finie.

(Bernard Friot)

 

Recueil: Je t’aime, je t’aime, je t’aime… Poèmes pressés
Traduction:
Editions: Folio Junior

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UNE LIGNE (Pai Ch’iu)

Posted by arbrealettres sur 15 juillet 2019



Illustration : Barbaras BilderKunst – Barbara Walder
    
UNE LIGNE

Ce qui s’élève est ciel, est envol.
Ce qui descend sont vagues écrasantes,
est déchéance et perdition.

Une ligne divise le monde :
abandonné au milieu il y a toi,
désemparé tu vacilles

Réveillée de sa sieste
une oie sauvage pourchasse l’horizon.

Tu es une moucheture de poussière
entre ciel et terre.

***

A LINE

What ascends is sky, escape.
What descends is dashing waves, decadence and decay.

A line divides the world:
You’re left in the centre,
Floating unsupported.

Awakening from an afternoon nap,
A wild goose chases the horizon.

You’re a speck of dust
Between heaven and earth
Seeking a place to stay for the night

***

EEN LIJN

Wat opstijgt is hemel, is vlucht.
Wat neerdaalt zijn verpletterende golven,
is teloorgang en verderf.

Een lijn scheidt de wereld:
achtergelaten in het midden ben jij,
zwalp je hulpeloos rond.

Uit haar middagslaap ontwaakt
jaagt een wilde gans de horizon achterna.

Jij bent een spikkeltje stof
tussen hemel en aarde,

***

EINE LINIE

Was aufsteigt ist Himmel, ist Flucht
Was absteigt sind zerschmetterende Wogen.

Eine Linie trennt die Welt
Vergessen, in der Mitte, bist du
Hilflos treibend

Du bist ein Körnchen Staub
Zwischen Himmel und Erde
Suchst du einen Hort für die Nacht.

***

Una linea

Ciò che sale è il cielo, fuga.
Ciò che scende sono onde che si infrangono, decadenza
e declino.

Una linea divide il mondo: tu
rimani al centro,
galleggiando senza un aiuto.

Svegliandosi dal riposo del pomeriggio
un’oca selvaggia insegue l’orizzonte.

Sei un granello di polvere
fra cielo e terra
Alla ricerca di un posto dove passare la notte.

***

O LINIE

Ce crește spre cer, e doar evadare
Ce cade din el e tumult vijelios.

O linie simplă desparte Pământul
E muchia pe care stingher poposești
Suspendat în derivă

Firicel de nisip
Între cer și pământ
Căutând adăpost pentru-o noapte.

***

ΜΙΑ ΓΡΑΜΜΗ

Ότι ανυψώνεται είναι ουρανός, διαφυγή
Ότι κατέρχεται κύματα ολοφώτεινα, παρακμή, φθορά.

Μια γραμμή χωρίζει τον κόσμο:
Κι έμεινες στο κέντρο
να πλέεις δίχως σωσίβιο.

Tο απόγευμα που ξυπνά
μια χήνα κυνηγά τον ορίζοντα

ένας κόκκος σκόνης είσαι
ανάμεσα σε γη κι ουρανό
και ψάχνεις να βρεις πού να ξοδέψεις τη νύχτα

***

一条线

上升的是天空,逃离。
下降的是汹涌的波浪,颓废和腐朽。
一条线分割世界:
你被留在中心,
没有支撑地漂浮着。
从午睡中醒来,
一只天鹅在追求地平线。
你是天地间的
一粒尘埃
在找个地方过夜。

***

UMA LINHA

O que sobe ao céu, é fuga
O que desce são ondas desfeitas, decadência e perdição.

Uma linha divide o mundo:
Permaneces no centro,
Flutuando sem sustentação.

Despertando de uma sesta
Um ganso selvagem persegue o horizonte.

És um pouco de pó
Entre o céu e a terra
Buscando um lugar de acolhimento à noite.

***

LINIA

Co wzniosłe – jest niebem, ocaleniem.

Co upadłe – jest szalejącymi falami,
dekadencją i rozpadem.

Świat dzieli linia:
Ty pozostajesz w centrum,
unosisz się,
niczym nie podtrzymywany.

Przebudzenie z popołudniowej drzemki.
Dzika gęś goni za horyzont.

Jesteś drobiną pyłu między niebem i ziemią,
poszukującą miejsca na nocleg.

(Pai Ch’iu)

 

Recueil: Ithaca 591
Traduction: Français: Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Anglais: Zhou Dao Mo / Néerlandais: Germain Droogenbroodt / Allemand / Italien: Luca Benassi / Roumain: Gabriela Căluțiu Sonnenberg / Grec: Manolis Aligizakis / Chinois / Portugais: José Eduardo Degrazia / Polonais: Mirosław Grudzień – Małgorzata Żurecka
Editions: POINTS

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Nostre Aurore vermeille (Vincent Voiture)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2019



 

Leon-Francois Comerre  lune  rl

Nostre Aurore vermeille

Nostre Aurore vermeille
Sommeille,
Qu’on se taise à l’entour,
Et qu’on ne la resveille
Que pour donner le jour.

Vostre beauté divine,
Assassine
Nos coeurs par ses beaux yeux,
C’est la belle Lucine,
Le chef-d’oeuvre des Cieux.

En vous, belle Julie,
S’allie
La Grâce et la bonté,
Et la Vertu remplie
D’attraits et de beauté.

Vous estes accomplie,
Julie,
Plus belle que le jour,
Et chacun vous publie
L’ornement de la Cour.

La beauté d’Angélique
Est unique,
Et ses yeux nos vainqueurs,
Ont un secret magique
Pour gagner tous les coeurs.

(Vincent Voiture)

Illustration: Leon-Francois Comerre

 

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L’lNTIME ABSOLU (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2019



    
L’lNTIME ABSOLU
Antaratama

L’objet de mon désir que je poursuivais
divaguant
n’était que peu de chose.
J’arpentais le désert —
ce qu’y cherchait mon coeur altéré
n’était ni or ni diamant,
rien qu’un peu d’eau au creux des mains
rien qu’une ombre sous les palmes d’une source
pour un instant.
Ce rien réconcilie la mort et la vie,
ce rien délasse la fatigue du chemin.

Au marché où l’air n’est que bruit
et poussière
entendre quelques notes d’un chant
est entre tout rarissime et pourtant
ce n’est que peu de chose.

C’est comme une averse éphémère
au passage imprévu d’un nuage
qu’attend la terre aride
en fin de baishakha brûlant,
comme une douce main qui réveille
d’un cauchemar suffocant.

C’est si peu de chose et pourtant
que son manque m’accable
et mon coeur inconsolable
le recherche éperdument.

Il était d’impossibles rêves
que je poursuivis et fis miens
mais que je désertai
en passant.

Le trésor qu’on ne sent que sourdre
dans ses veines,
qui fait la trame des songes,
qui siège au coeur du mouvement,
qui ne laisse d’épigraphe
ni de gloire ni de mémoire
sur écriteau de pierre ;

dans l’étoile du soir de phâlguna
s’inscrit son histoire,
son langage seule ma flûte le connaît —
ce don au tréfonds de ma vie fusionné
qui fut au-delà de mon espérance,
pour qui je ne bâtis aucune maison,
qui hors pesanteur reste dérobé à la vision,

c’est sa douleur qui emplit
mon être tout entier
c’est sa nostalgie
qui fait mon univers.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: L’écrin vert
Traduction: Saraju Gita Banerjee
Editions: Gallimard

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Habitations (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 30 mai 2019


Yeux

 

J’ai logé dans le merle,
Je crois savoir comment
Le merle se réveille et comment il veut dire
La lumière, du noir encore, quelques couleurs,
Leurs jeux lourds à travers
Ce rouge qu’il se voit.

J’ai fait leur verticale
Avec les blés.
Avec l’étang j’ai tâtonné
Vers le sommeil toujours tout proche.

J’ai vécu dans la fleur.
J’y ai vu le soleil
Venir s’occuper d’elle
Et l’inciter longtemps
A tenter ses frontières.

J’ai vécu dans des fruits
Qui rêvaient de durer.

J’ai vécu dans des yeux
Qui pensaient à sourire.

(Guillevic)

 

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A un crâne qui n’avait plus sa mâchoire inférieure (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2019



Mon frère! — où vivais-tu? dans quel siècle? Comment?
Que vécut le cerveau qui fut dans cette boite?
L’infini? la folie? ou la pensée étroite
Qui fait qu’on passe et meurt sans nul étonnement?

Chacun presque, c’est vrai, suit tout fatalement,
Sans rêver au-delà du cercle qu’il exploite.
L’ornière de l’instinct si connue et si droite,
Tu la suivis aussi, — jusqu’au dernier moment.

Ah! ce moment est tout! C’est l’heure solennelle
Où, dans un bond suprême et hagard, tu partis
Les yeux grand éblouis des lointains paradis!

Oh! ta vie est bien peu, va! si noire fut-elle!
Frère, tu crus monter dans la Fête éternelle,
Et qui peut réveiller tes atomes trahis ?

(Jules Laforgue)

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