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Poésie

Posts Tagged ‘reverdir’

Las ! que me sert de voir ces belles plaines (Philippe Desportes)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2019



 

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Las ! que me sert de voir ces belles plaines,
Pleines de fruits, d’arbrisseaux et de fleurs ;
De voir ces prés bigarrés de couleurs,
Et l’argent vif des bruyantes fontaines ?

C’est autant d’eau pour reverdir mes peines,
D’huile à ma braise, à mes larmes d’humeurs,
Ne voyant point celle pour qui je meurs,
Cent fois le jour, de cent morts inhumaines.

Las ! que me sert d’être loin de ses yeux
Pour mon salut, si je porte en tous lieux
De ses regards les sagettes meurtrières ?

Autre penser dans mon coeur ne se tient :
Comme celui qui la fièvre soutient,
Songe toujours des eaux et des rivières.

(Philippe Desportes)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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RIVIÈRE (Annie Salager)

Posted by arbrealettres sur 9 février 2019




    
RIVIÈRE

Ma main d’eau ouverte
— mais qu’aurait-elle aimé
retenir entre ses doigts —
ne se soucie pas de
celles à l’insatiable avoir
qui blessent écrasent tuent
ma main aime l’oubli
et pauvreté l’a enrichie,

main devenue rivière
reverdit le champ
où le chant d’oiseau
fait l’eau des matins
quand le blé viril vole
et le féminin en lui
sourit du même désir,

main d’eau, elle s’est ouverte
malgré tant de saisons
passées à s’ignorer,
sur l’opacité de l’ombre
et la nuit des mots
qui les roule et luit

(Annie Salager)

 

Recueil: La Mémoire et l’Archet
Traduction:
Editions: La rumeur libre

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Quand la neige s’est effacée (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2018




    
Quand la neige s’est effacée,
les monts de la sierra
se sont éloignés.
La vallée a reverdi
au soleil d’avril, la vallée
est pleine d’une verte flamme,
pleine d’une vie, sans souci,
et l’âme songe à un papillon,
atlas du monde, et songe.
Avec le prunier en fleur et la campagne verte,
avec la glauque vapeur du rivage,
autour des branches,
avec les premières ronces qui blanchissent,
avec cette douce brise
qui triomphe de la mort et de la pierre,
cette amertume qui m’étouffe
s’écoule en espérance d’Elle…

(Antonio Machado)

 

Recueil: Champs de Castille précédé de Solitudes, Galeries et autres poèmes et suivi de Poésies de la guerre
Traduction: Sylvie Léger et Bernard Sesé
Editions: Gallimard

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D’une fontaine (Philippe Desportes)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2018



 

D’une fontaine

Cette fontaine est froide, et son eau doux-coulante,
A la couleur d’argent, semble parler d’Amour ;
Un herbage mollet reverdit tout autour,
Et les aunes font ombre à la chaleur brûlante.

Le feuillage obéit à Zephyr qui l’évente,
Soupirant, amoureux, en ce plaisant séjour ;
Le soleil clair de flamme est au milieu du jour,
Et la terre se fend de l’ardeur violente.

Passant, par le travail du long chemin lassé,
Brûlé de la chaleur et de la soif pressé,
Arrête en cette place où ton bonheur te mène ;

L’agréable repos ton corps délassera,
L’ombrage et le vent frais ton ardeur chassera,
Et ta soif se perdra dans l’eau de la fontaine.

(Philippe Desportes)

 

 

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Nos racines ne sont pas dans notre enfance (Karl Ristikivi)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2018



 

Nos racines ne sont pas dans notre enfance,
dans le sol natal, dans un lopin de terre,
dans la prairie enclose
où jouent les enfants de la maternelle.
Nos racines sont en chaque lieu
que nous avons un jour traversé.

Ainsi, comme le gratteron, croissons-nous
en nous agrippant ici et là.
Et ces chemins qui serpentent sans fin,
et ces forêts bleuissant dans le lointain
— sans parler des montagnes de nos rêves —,
les lieux étrangers et les noms étrangers,
deviennent nôtres et de nouveau étrangers.

Ils ne nous quittent pas pour de bon.
Soudain la canne du marcheur reverdit,
et prend racine, et refleurit

(Karl Ristikivi)

Découvert chez Lara ici

Illustration: ArbreaPhotos

 

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CHANT D’AMOUR (La Flûte de Jade)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2018



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CHANT D’AMOUR

Tes mains sont deux fleurs de lan.
Tes pieds sont deux lotus.
Tes joues sont deux oranges de Kiang-ngan.
Ton parfum est celui du printemps.

Ta voix est plus séduisante
que le chant de la brise dans les saules qui reverdissent.
Ton haleine est plus grisante
que l’odeur d’une pagode où brûlent des aromates.

Tu es plus belle
qu’une fleur d’abricotier arrosée de lune.
Tu es toutes les fleurs, tous les parfums.
Tu es la splendeur du monde.

Lorsque je pense à toi, je n’envie plus les Dieux.

(La Flûte de Jade)

 

 

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Harmonie (François de Cornière)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2018


harmonie

 

portes et fenêtres ouvertes
sur le jardin qui reverdit
on entend
par-dessus les voitures de la rue
mille détails se ramasser
graviers jetés à la volée
d’un coup de pelle
dans la cour d’un immeuble
le raclement d’outils
sur le ciment d’un mur
portière claquée
chien qui aboie
et des enfants crier
dans la cour d’une école
avec parfois des mots
qu’on ne comprend pas
que disent des ouvriers
ou des mères au balcon
alors qu’on est dedans
dans un bureau avec des livres
à chercher à écrire
pourquoi on aime ce temps
quand c’est pourtant l’automne
depuis deux jours
et qu’on est seul
et qu’il fait beau
jusque dans les bruits

(François de Cornière)

 

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Le mouru (Michel Camus)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018



Le mourant perd l’usage de la parole.

Le mouru est gagné par la vie du silence.

Mourir c’est reverdir.

La proximité de la mort réveille en nous
l’immémoriable mémoire du silence.

La verdeur de la mort est l’ultime secret du silence vivant.

L’intensité du silence a toujours lieu sans voix
comme la non-pensée: court-circuit
entre joie de l’être et splendeur du néant.

(Michel Camus)

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Retrouvailles fugitives (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2018



Illustration:  Gustave Wertheimer
    
Retrouvailles fugitives

Alors que s’achève le temps des caresses
L’asile de nos amours clandestines
Reverdit chaque année.

Dans le verger des souvenirs
Où ils mûrissent trop
Au point de pourrir
Je te retrouve toujours fraîche
Et j’essuie de nouveau
Sur tes joues
Les larmes du crépuscule
Et de ton cœur silencieux
Montent de muets cris d’amour
Alors qu’à travers la brume de l’horizon
Nos regards étreints touchent
La colline couronnée de soleil

Une côte de vent et de pluie
Se dessine dans mon esprit
Où je te revois
Ecrasant sous tes pieds menus
Tous les coquillages de la grève.
Dans les embruns tu venais
Fille naturelle de la mer
Me sauver du naufrage.
Maintenant l’oiseau vole solitaire
Entre l’écume et le nuage
Et le sable sec recouvre
Tes pas qui s’imprimaient
Dans le sable mouillé
A la frontière des eaux
Pour me laisser un message d’adieu
Avant de retourner dans les profondeurs de l’oubli.

(Jean-Baptiste Besnard)

 

 

 

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Aimez (Le Tasse)

Posted by arbrealettres sur 4 septembre 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    
Un oiseau […]

« Aimez, chanta-t-il, que pointe la rose
hors du bouton modeste et virginelle.
Moitié ouverte encore, et moitié close,
moins elle se montre, et plus elle est belle.
Puis son sein nu, déjà, l’audacieuse
déploie. Elle se fane, non plus celle
non plus celle, non, tantôt désirée
par mille amants et par mille donzelles.

Passent ainsi, lorsque trépasse un jour,
le vert, la fleur de la mortelle vie.
Elle, pour qu’avril sur ses pas retourne,
ne se renfleurit, ne se reverdit.
Cueillons la rose au matin adorable
d’aujourd’hui qui bientôt perd sa douceur.
Cueillons d’amour la rose. Aimons alors
qu’il se peut qu’on aime alors qu’on vous aime. »

Il se tut. Le choeur des oiseaux, d’accord,
comme approuvant, reprend la mélodie.
Redoublent les colombes leurs baisers.
Tout animal se conseille l’amour.
Le chêne dur et le chaste laurier
et toute la feuillue, ample famille,
l’air et la terre, il semble qu’ils inspirent
d’amour très doux les sens et les soupirs.

***

Deb mira, egli cantó, spuntar la rosa
Del verde suo modesta e verginella,
Che mezzo aperta ancora, e mezzo ascosa,
Quanto si mostra men, tanto è più bella.
Ecco poi nudo il sen già baldanzosa
Dispiega : ecco poi langue, e non par quella,
Quella non par, che desiata avanti
Fu da mille donzelle e mille amanti.

Così trapassa al trapassar d’un giorno
Della vita mortale il fiore e ‘l verde;
Nè, perchè faccia indietro april ritorno,
Si rinfiora ella mai, nè si rinverde.
Cogliam la rosa in sul mattino adorno
Di questo dì, che tosto il seren perde;
Cogliam d’amor la rosa; amiamo or quando
Esser si puote riamato amando.

Tacque; e concorde degli augelli il coro,
Quasi approvando, il canto indi ripiglia.
Raddoppian le colombe i baci loro;
Ogni animal d’amar si riconsiglia :
Par che la dura quercia, e ‘l casto alloro,
E tutta la frondosa ampia famiglia,
Par che la terra e l’aria e formi e spiri
Dolcissimi d’amor sensi e sospiri.

(Le Tasse)

 

Recueil: Les Flèches d’Armide
Traduction: Jacques Audiberti
Editions: Imprimerie Nationale

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