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Poésie

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Il y avait un trou peu profond (Miguel Hernandez)

Posted by arbrealettres sur 30 mai 2017



Il y avait un trou peu profond.
Presque au cœur de l’ombre.
Aucun corps d’homme ne se serrait serré
dans cette ombre étroite.
Avec toi tout s’ouvrait
sur cette terre d’ombre.

Ma maison avec toi c’était
la chambre obscure.
Par toi dans ma maison entrait
l’éclat la lumière.

Ma maison peu à peu est un trou
Et je ne voudrais pas que toute
cette lumière s’éloigne
sans vie de la chambre.

Mais avec la pluie, je sens
les murs se creuser,
les meubles reverdir,
j’en écarte vivement les feuilles.

Ma maison est une ville,
une porte ouverte vers l’aube,
une autre, plus ouverte, vers le soir,
une autre, vers la nuit, immense.

Ma maison est un cercueil.
Chanson terrible sous la pluie,
d’hirondelles au-dehors
débordant la peur.

Dans ma maison un corps s’absente.
Dans ma maison nous deux reste un nom.

(Miguel Hernandez)

 

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Adieux (Wang Wei Wan)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2017



Adieux

Mes adieux faits à un ami de la montagne,
Au crépuscule, je ferme ma porte paysanne.
L’herbe printanière, l’an prochain, reverdira;
Mais, sera-t-il de retour, le voyageur?

(Wang Wei Wan)

 

 

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NUIT D’ADIEU (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 3 février 2017



cheminee-champagne

NUIT D’ADIEU

Dans les bois roux, dans les bois sourds,
Entends la chanson monotone
Des bises d’octobre aux vols lourds.
Les bois enterrent dans l’automne
Leurs amours.

Ah! dans mon cœur qui se recueille
Pleure un chant plus sourd, quand je vois
Sous ta main lourde qui les cueille
Tomber nos bonheurs d’autrefois
Feuille à feuille.

Je veux l’aimer encore. Attends!
La sève bout sous mon écorce.
Je veux, comme à notre printemps,
Reverdir. J’ai toute ma force
De vingt ans.

Mignonne, aime-moi toi-même.
Reviens au vieil amour vainqueur.
L’arbre vit d’un bourgeon suprême.
Avril dure aux roses du cœur
Quand on aime.

Et si notre amour n’est plus vert,
S’il perd ses branches à la bise,
Au moins dans l’âtre large ouvert
Chauffons à son bois qui se brise
Notre hiver.

Que notre nuit d’adieu rougeoie
Comme le vin, la pourpre et l’or.
Flamme folle, flambe, flamboie !
Que ce dernier feu soit encor
Feu de joie !

(Jean Richepin)

 

 

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LE LOTUS ROUGE (Ly-y-Hane)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2017



LE LOTUS ROUGE

Une fleur s’ouvre, au-dessus de l’eau profonde… de l’eau profonde…
Je prends une ligne et je la lance, vers cette fleur aux racines profondes…
Vers cette fleur aux racines profondes…

Le mystère des dessous ténébreux est troublé,
le repos cesse, l’agitation s’étend au loin.
J’essaie, avec la ligne, de nouer le lotus…
comme si c’était là, son coeur !…

Le soleil flotte à l’extrême bord du ciel ;
il se dissout s’éteint, il se noie dans la nuit.
Il se noie dans la nuit !…

Je remonte à l’étage supérieur.
Je m’arrête devant ma toilette !…
O le triste et dévasté visage !…
Le triste et dévasté visage !…

Les plantes sauront reverdir
et former des pousses nouvelles…
Comment, sans espérance,
ai-je pu même parvenir jusqu’à ce jour ?…

(Ly-y-Hane)

 

 

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C’est encore une averse (Jean-Michel Maulpoix)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2016



C’est encore une averse,
comme au milieu du mois de mai
quand le tilleul explose et reverdit.
De tous côtés des feuilles,
des mains qui pianotent,
des oiseaux aiguisant leur bec,
et le crissement des plumes
qui ne s’apaise pas.

(Jean-Michel Maulpoix)

Découvert ici: https://litteratureportesouvertes.wordpress.com/

 

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Si l’effleure une rose (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2016



Le tronc ridé, taché
qu’étouffe, à force, le lierre du Temps,
si l’effleure une rose, reverdit.

(Philippe Jaccottet)

Illustration

 

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Si j’étais simplement un sapin de la forêt (Nils Collett Vogt)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2016



Si j’étais simplement un sapin de la forêt

C’est maintenant tard en automne,
l’air ne vibre plus,
l’air reste silencieux et voit
de son regard froid, bleu glacé,
les jeunes bouleaux droits,
aubes jaunes brillant
dans l’église de la forêt.

Quand vient la tempête hivernale,
toute la forêt tremble,
les cierges jaunes de l’autel
s’éteignent au premier frisson,
les feuilles s’envolent, flammèches,
l’air pâlit, et la neige tombe,-
alors les grands sapins,
comme de noirs drapeaux, murmurent
dans les salles de la forêt.

Et alors je vais en forêt,
j’écoute le murmure du vent
glisser dans les cimes vieillies,
gémir sur la montagne sombre,
si ténébreuse, là-haut.
Et je pense en moi-même :
tu n’es pas lumière terrestre
qu’éteint le premier coup de vent.

Si j’étais seulement un sapin de la forêt,
quand vient la tempête hivernale,
l’air pâlit, et la neige tombe,
les salles des forêts murmurent
comme un drapeau oscillant, loin,
guettant l’été pour reverdir !

(Nils Collett Vogt)

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

Illustration

 

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L’HOMME IMMOBILE (Elvio Romero)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2016


 

L’HOMME IMMOBILE

Le voici, immobile.
Immobile
il regarde pleuvoir ; il voit la campagne calme,
immobile.
Douce bruine ingravide.
La terre rêve-t-elle à lui ? Lui, à la terre ?
Pleuvoir est-il un rêve ?

Le voici, immobile.
Immobile
il regarde pleuvoir. Que regarde-t-il
de plus tranquille et sombre que ses yeux,
de plus sec que son front, de plus blessé ?
Se voit-il lui-même pleuvoir ou voit-il reverdir
les champs ? Se regarde-t-il
reverdir ? Regarde-t-il peut-être
le souffle pleuvinant de la bruine ingravide ?
Ou n’a-t-il d’autre rêve que de voir ?

Que regarde
l’homme immobile ?
A quelles semailles pense-t-il, à quelles semailles ?
Dans quels chaumes brûlés erre-t-il, dans quels
chaumes ?
Y a-t-il donc plus de quiétude en son regard
tranquille que dans la pluie ? Pleut-il sur terre
ou seulement dans son désir ? La pluie en songes le
voit-elle
ou est-ce lui qui rêve de voir ?

Le voici, immobile.
Immobile.
Rien, rien ne bouge en lui, et rien dans la campagne.
Est-il le rêve de la pluie ? La pluie est-elle,
immobile, son rêve ?
Un rêve, cette terre ?
Un rêve, cette pluie ?

(Elvio Romero)

Illustration: Jean-Michel Folon

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ÂME DE SERRE (Maurice Maeterlinck)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2016



ragard automne 8

ÂME DE SERRE

Je vois des songes dans mes yeux ;
Et mon âme enclose sous verre,
Éclairant sa mobile serre,
Affleure les vitrages bleus.

Ô les serres de l’âme tiède,
Les lys contre les verres clos,
Les roseaux éclos sous leurs eaux,
Et tous mes désirs sans remède !

Je voudrais atteindre, à travers
L’oubli de mes pupilles closes,
Les ombrelles autrefois rosés
De tous mes songes entr’ouverts…

J’attends pour voir leurs feuilles mortes
Reverdir un peu dans mes yeux,
J’attends que la lune aux doigts bleus
Entr’ouvre en silence les portes.

(Maurice Maeterlinck)

 

 

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Le chant du coq (Hayât « al-Waydiyya »)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2015




Le chant du coq

Lorsqu’à la pointe de l’aube tout le monde dort,
le flambeau des amants brûle encore.
Une main sobre l’éteint.
L’autre, ardente, la rallume.
Et à tant éteindre et allumer la lueur,
reverdit le chant du coq, implacable,
dans les étroits greniers du sommeil.

(Hayât « al-Waydiyya »)

Illustration: Giuseppe Dangelico Pino

 

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