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Poésie

Posts Tagged ‘revolver’

Unité (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2019




    
Unité

Cette nuit ma montre halète
près de ma tempe assombrie, comme
le barillet d’un revolver qui tourne
sous la gâchette sans trouver la balle.

La lune blanche, immobile, pleure,
et c’est un oeil qui vise… Et je sens comme
estampe sa marque le grand Mystère en une idée
hostile et ovoïde, en une balle vermeille.

Ah, main qui limite, qui menace
derrière toutes les portes, qui souffle
dans toutes les montres, qui cède et passe !

Sur l’araignée grise de ta structure,
une autre grande Main faite de lumière porte
une balle qui a la forme azur du coeur.

(César Vallejo)

 

Recueil: Poésie complète 1919-1937
Traduction: Nicole Réda-Euvremer
Editions: Flammarion

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Sphinx (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 1 décembre 2018




    

Sphinx

Ils la trouvèrent, le crâne à demi défoncé,
tenant dans sa main roide un revolver brûlant.
Les badauds s’étonnaient. — Et l’ambulance
l’emporta vers l’hôpital jaune.

Une seule fois s’ouvrit sa paupière…
Nulle lettre, nul nom, — seuls une robe, un châle;
puis vint le médecin, questionnant à voix basse, —
puis le prêtre. — Elle resta muette et livide.

Pourtant, tard dans la nuit, elle voulut parler,
avouer… Personne dans la salle ne l’entendit.
– Un râle. — Et on l’emporta,
elle et sa souffrance. —

Et dehors nulle tombe.

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

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Jeune homme (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2018



Josélito Donas  allongé  02481 [1280x768]

Jeune homme

Oh ! me coucher tranquillement
Pendant des heures infinies !
Et j’étais pourtant ton amant
Lors des abandons que tu nies.

Tu mens trop ! Toute femme ment.
Jouer avec les ironies,
Avec l’oubli froid, c’est charmant.
Moi, je baise tes mains bénies.

Je me tais. Je vais dans la nuit
Du cimetière calme où luit
La lune sur la terre brune.

Six balles de mon revolver
M’enverront sous le gazon vert
Oublier tes yeux et la lune.

(Charles Cros)

Illustration: Josélito Donas

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JEUNE HOMME (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2018


 


 

Júlia Fernández Sánchez 0721

JEUNE HOMME

Oh ! me coucher tranquillement
Pendant des heures infinies !
Et j’étais pourtant ton amant
Lors des abandons que tu nies.

Tu mens trop ! Toute femme ment.
Jouer avec les ironies,
Avec l’oubli froid, c’est charmant.
Moi, je baise tes mains bénies.

Je me tais. Je vais dans la nuit
Du cimetière calme où luit
La lune sur la terre brune.

Six balles de mon revolver
M’enverront sous le gazon vert
Oublier tes yeux et la lune.

(Charles Cros)

Illustration: Júlia Fernández Sánchez

 

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LIBERTÉ (René de Obaldia)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2018



LIBERTÉ

A Pan-Mun-Jom
Faut tailler des joncs.

A Buenos Aires
Faut un revolver.

A Salonique
Faut s’armer de piques.

A Berlin
Faut pas s’tromper d’train.

A Moscou
Faut tenir le coup.

A Belgrade
T’en prends pour ton grade.

A Yokohama
Faut se faire tout plat.

A Québec
Béni-béni-bec.

A Pékin
Faut être pour Mâ-Chin.

A Shangai
Contre la racaille.

A Jérusalem
On pleure toute la semaine.

A Calcutta
Calcule ce que t’as.

A Bangkok
Faut subir le choc.

A Panama
Nu-tête il faut pas.

A Montevideo
Faut être comme il faut.

Plus bas à Cuba
Etre ou n’être pas.

A Rome
Il faut faire comme.

A Banga-Bango
Gare à ton gigot!

Lausanne, Genève
Les coeurs sant de neige.

Anvers, Amsterdam
Y’a des drôl’de dames.

Copenhague, Oslo
C’est pas du lolo.

New York, Tombouctou
Faut s’attendre à tout.

Bientôt dans la lune
On sera tous posthumes.

N’y a qu’à Viroflay
(Larirette, larirette)
N’y a qu’à Viroflay
(Poussez, poussez l’escarpolette)
N’y a qu’à Viroflay
Que je fais
Ce qui me plaît.

(René de Obaldia)

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Pour être Hanté — nul besoin de Chambre — (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2018



Pour être Hanté — nul besoin de Chambre —
Nul besoin de Maison —
Le Cerveau a des Couloirs — pires
Qu’un Lieu Matériel —

Bien plus sûre, la nocturne rencontre
D’un Fantôme extérieur
Que l’affrontement de l’intime —
Cet Hôte plus froid —

Bien plus sûr, de galoper dans une Abbaye,
Les Pierres à ses trousses —
Que sans armes, se battre contre soi —
Dans un Endroit désert —

Soi derrière soi, dissimulé —
Voilà la plus grande alarme —
De l’Assassin caché au Domicile
Bien moindre est l’Horreur —

Le Corps — s’empare d’un Revolver —
Il verrouille la Porte —
Oubliant un spectre supérieur
Ou Plus encore —

***

One need not be a Chamber — to be Haunted —
One need not be a House —
The Brain has Corridors — surpassing
Material Place —

Far safer, of a midnight meeting
External Ghost
Than it’s interior confronting —
That cooler Host —

Far safer, through an Abbey gallop,
The Stones a’chase —
Than unarmed, one’s a’self encounter —
In lonesome Place —

Ourself behind ourself, concealed —
Should startle most —
Assassin hid in our Apartment
Be Horror’s least —

The Body — borrows a Revolver —
He bolts the Door —
O’erlooking a superior spectre —
Or More —

(Emily Dickinson)

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Le temps de toi (Gaston Miron)

Posted by arbrealettres sur 21 février 2018



Le temps de toi

Il fait un temps fou de soleil carrousel
la végétation de l’ombre partout palpitante
le jour qui promène les calèches du bonheur
le ciel est en marche sur des visages d’escale
puis d’un coup le vent s’éprend d’un arbre seul
il allume tous les rêves de son feuillage

Belle vie où nos mains foisonnent je te coupe
je reçois en plein coeur tes objets qui brillent
voici des silences comme des revolvers éteints
mes yeux à midi comme des étangs tranquilles
les fleurs sont belles de la santé des femmes

Le temps mon amour le temps ramage de toi
continûment je te parle à voix de passerelles
beaucoup de gens murmurent ton nom de bouquet
je sais ainsi que tu es toujours la plus jolie
et naissante comme les beautés de chaque saison
il fait un monde heureux foulé de vols courbes

Je monte dans les échelles tirées de mes regards
je t’envoie mes couleurs vertes de forêt caravelle
il fait un temps de cheval gris qu’on ne voit plus
il fait un temps de château très tard dans la braise
il fait un temps de lune dans les sommeils lointains

(Gaston Miron)


Illustration: Dominique Fortin

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La Clef des Songes (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2018



Illustration: Nathalie Ragoust
    
La Clef des Songes

1
Cuisinière ou poétesse
Buss’nessman ou charpentier
Tout l’ monde aime la paresse
Le loisir, le sommeil et rêver
Car le rêve est un spectacle
C’est un billet de faveur
Dont la nuit fait cadeau au rêveur
Fortune qui nous est due
C’est un quotidien miracle
Une nuit sans rêver
Sans aimer
Est perdue.

Refrain 1
La Clef des Songes m’a dit
Rêver d’eau claire
Et de soleil qui resplendit
Ou qu’on perd une molaire
C’est bon signe
Voir un cygne
C’est bon signe
Voir des vignes
C’est bon signe
C’est l’amour le bonheur qui la nuit
Sont venus visiter votre lit
Écoutez la Clef des Songes
Même si c’est des mensonges
Rêvez en dormant
Car le jour on n’a pas le temps.

2
L’autre jour ma p’tite amie
Avec un gros va-nu-pieds
M’a trompé quelle infamie
Je l’ai su, je l’ai épiée
Et le soir dans ma colère
J’achetais un revolver
À six coups, bien en main, pour gangster
Méditant crime et suicide
J’hésitais sur la manière
Dont j’allais me venger
Et juger
La perfide.

Refrain 2
La Clef des Songes m’a dit
Dans son langage
Le lendemain après un’ nuit
De cauch’mars et de carnages
Bon présage
— L’encornage
Bon présage
— Rêver d’cage
Bon présage
Oui l’amour le bonheur cette nuit
Sont venus te bercer dans ton lit
Écoute la Clef des Songes
Et pardonne les mensonges
Pardonne à l’instant.
Car demain il n’ serait plus temps.

3
Au dernier tour de lot’rie
Je n’ai pas gagné un clou
Et j’ai juré sur ma vie
De ne plus risquer un sou
Dans un’ belle tirelire
J’aurais caché en secret
Mes gros sous, mon argent, mes billets
J’aurais amassé fortune
Pour ach’ter ce que j’ désire
Un’ maison un château
Une auto
Ou la lune.

Refrain 3
La Clef des Songes m’a dit
Dans son langage
Le lendemain après un’ nuit
D’additions et de mirage
Bon présage
Héritage
Bon présage
Bon présage
Prends courage
La chance et la fortun’ cette nuit
Sont venues t’inspirer dans ton lit
Écoute la Clef des Songes
Car ce n’est pas un mensonge
Prends l’ billet gagnant
Car demain il n’ sera plus temps.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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JEUNE HOMME (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2018



Illustration: Renaud Baltzinger
    
JEUNE HOMME

Oh! me coucher tranquillement
Pendant des heures infinies!
Et j’étais pourtant ton amant
Lors des abandons que tu nies.

Tu mens trop! Toute femme ment.
Jouer avec les ironies,
Avec l’oubli froid, c’est charmant.
Moi, je baise tes mains bénies.

Je me tais. Je vais dans la nuit
Du cimetière calme où luit
La lune sur la terre brune.

Six balles de mon revolver
M’enverront sous le gazon vert
Oublier tes yeux et la lune.

(Charles Cros)

 

Recueil: Le Collier de griffes
Traduction:
Editions: Gallimard

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NOCTURNE (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2017




    
NOCTURNE

Quand j’ai dansé jusqu’à minuit
la cornemuse a mis ses bottes
quand j’ai payé pour un ouisqui
le revolver a mis sa cape
quand j’ai réclamé un taksi
le réverbère a mis son col
quand j’ai traversé tout Paris
la lune a mis sa veste blanche
et quand je fus près de Neuilly
je mis mes jambes à mon cou

(Raymond Queneau)

 

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