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IL PLEUT (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2019



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IL PLEUT

Oui, il pleut comme jamais je n’ai vu…
Et cette lourde clarine assoupie,
Comme elle sonne en la grange pourrie !
Comme elle sonne en mon coeur qui s’est tu !

Oh ! les pleurs des clarines quand il pleut !

Et pour le cerveau quel agacement !
Jour primitif plein de boue et rigoles !
Une pauvre voisine, à demi folle,
Hurle contre la pluie en ricanant…

Oh ! les pleurs des clarines quand il pleut !

Oui, il pleut… Et cela sonne humblement
Comme tout ce qui est amour et haine…
Non loin un enfant, près d’une fontaine,
Joue à l’harmonica, très tristement.

Oh ! les pleurs des clarines quand il pleut !

Que de vains contes disent les clarines !
Quel monde vide de tout rêve ! Rien !
… Comment lors ne pas pleurer tel un chien,
Oui, comment ne pas mourir fou, pardine !

Oh ! les pleurs des clarines quand il pleut !

(George Bacovia)

 Illustration

 

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Bruyants silences (Esther Granek)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2018



 

Gnafron, Madelon et Guignol en bas du GourguillonÉ

Bruyants silences

C’est le grand silence de la vie
qui me tinte aux oreilles.

C’est vilain silence qui glapit
rien qu’à lui-même pareil.

C’est bruyant silence de la foule
caquetant tout son saoul.

C’est parfait silence de parlotes
où chacun radote.

Et dans ce guignol
qui ricane
qui rigole
qui me suit
me poursuit
et encore mieux m’isole,
c’est le dur silence de la vie
qui me tinte aux oreilles.

(Esther Granek)

Illustration

 

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ROMANCE NOCTURNE (Georg Trakl)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2018



 

ROMANCE NOCTURNE

Un solitaire au clair d’étoiles
S’en va dans la calme minuit.
L’enfant s’éveille ivre de rêves,
Ses traits croulent gris dans la lune.

La folle geint cheveux au vent
A fa fenêtre grillagée.
Sur le lac vont en douce errance
Des amoureux, étrangement.

L’assassin blême rit au vin,
L’effroi de mort point les malades.
La nonne prie, meurtrie et nue,
Devant la croix de son Sauveur.

La mère chantonne en sommeil.
L’enfant regarde dans la nuit
De ses yeux vrais, paisiblement.
Dans le bordel sonnent les rires.

A la chandelle dans la cave
Le défunt peint d’une main blanche
Au mur un ricanant silence.
Le dormeur chuchote toujours.

(Georg Trakl)

Illustration

 

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Le plus proche (Kiki Dimoula)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2018



Le plus proche

Encore ignorants du monde semble-t-il
et de ses lois, de jeunes oiseaux
malgré tout déjà fatigués
car les ailes ne sont pas un bienfait
un privilège sans chute
me demandent à moi, qui ça moi,
où se trouve la branche la plus proche
pour se poser.
N’importe quoi. Si je savais
où se trouve le Plus Proche
et qu’il existe un comparatif
pour le Proche inexistant,
je courrais l’attraper la première,
tout entier sans partager,
et les oiseaux les priorités la justice
pourraient tous crever
– solidarité, branches cassées.
Ils n’ont qu’à demander, ces oiseaux
à la grande Expérience
pour entendre ce qu’elle m’a dit à moi
lorsque abattue par une fatigue sans ailes
je lui demandais pour me poser où se trouve
l’arbre le plus proche.
N’importe quoi, a ricané
la grande Expérience : si je savais
où se trouve le Plus Proche
je sauterais dessus la première,
pour l’avoir tout entier sans partage,
et toi tu pourrais crever
car l’arbre le plus proche
c’est ta mort et ma vie.

(Kiki Dimoula)

Illustration: ArbreaPhotos

 

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Mer (Katherine Mansfield)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2018



Mer

La Mer a appelé. J’étais couchée sur les rochers.
– Je suis venue, ai-je dit.
Elle a ricané, montré les dents,
Allongeant ses grands bras verts.
– Va-t-en, a-t-elle rugi.
– Dis-moi alors ce que je devrais faire.
Si je m’en vais, tu ne te tairas pas,
Mais crieras mon nom à travers les villes,
Et par les plaines et les forêts m’imploreras.
J’ai tout quitté pour toi: que veux -tu que je fasse?
– Jamais, gronda- t-elle, je n’ai prononcé ton nom.
Il n’y a rien de moi dans ton corps
Que ces petites larmes salées que tu es effrayée de verser.
Que sais-tu de mon amour sur ton sombre oreiller de rochers?
Viens… Approche…

***

Sea

The Sea called — I lay on the rocks and said:
« I am come ».
She mocked and showed her teeth,
Stretching out her long green arms.
« Go away ! » she thundered.
« Then tell me what I am to do », I begged.
« If I leave you, you will not be silent,
But cry my name in the cities
And wistfully entreat me in the plains and forests;
All else I forsake to come to you — what must I do? »
« Never have I uttered your name », snarled the Sea.
« There is no more of me in your body
Than the little salt tears you are frightened of shedding.
What can you know of my love on your brown rock pillow?…
Come closer ».

(Katherine Mansfield)


Illustration: Sabin Balasa

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LE DRAGON DOUX (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017




    
LE DRAGON DOUX

Un serpent de mer arrive à bon port
il rencontre des journalistes
il leur explique quel est son sort
et pourquoi il se sent si triste
et d’où vient le fait qu’il existe

Au bout de peu de temps on se familiarise
on l’appelle par son petit nom
les femmes veulent lui faire des bises
un chasseur prépare du petit plomb

Quand il parle maintenant on ricane
plus question de lui à la télévision
on lui reproche d’obstruer la porte océane
ce qui amène de nombreuses protestations

Alors il retourne vers sa solitude marine
avant qu’on ne lui fasse un mauvais sort
s’il avait soufflé un peu de feu par les narines
peut-être aurait-il trouvé un plus accueillant port

(Raymond Queneau)

 

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La jeune folle (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 9 juin 2017



La jeune folle

A travers le parc elle court,
à demie nue,
échevelée,

s’accroche aux grilles,
lèche le fer, appelle
les voyous qui lorgnent et ricanent.

On l’arrache,
on l’entraîne, les mains liées,
vers la plus haute chambre.

On crie scandale,
on dit: Qu’elle se taise!
De sa chevelure on l’étouffe.

Noire dans sa beauté,
si jeune, si béante
et d’un sanglot brûlée,

comme une vitre où le feu brusque passe,
vite laissant l’obscur,

elle s’éteint.

(Jean Joubert)

Illustration: Pascal Renoux

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LA MÉSENTENTE (Gabriel Cousin)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2017



LA MÉSENTENTE

Quelquefois, malgré nous, la porte s’ouvre et la mésentente entre et s’installe.
Nous n’avons rien vu, rien entendu.
L’orgueil donne ses ordres.
L’égoïsme brandit son miroir.
L’ergotage salit les murs et les carrelages.
La mésentente, bête comme un gallinacé, folle comme le poison du seigle, ricane en silence.
Et nous nous retrouvons sur les versants opposés de montagnes ravinées.
Il nous faut alors de longues marches pour nous retrouver, meurtris, assoiffés, heureux.

(Gabriel Cousin)

Illustration: Félix Vallotton

 

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Le coeur (Claude Socorri)

Posted by arbrealettres sur 26 septembre 2016



Le coeur

 » Le coeur, qu’est-ce donc que le coeur ?  »
Demanda la petite fille
En regardant avec candeur
Tous les membres de sa famille.

La grande soeur, en rougissant ,
Lui dit :  » Le coeur, c’est une étoile,
La plus belle du firmament ,
Mais qui ne soulève son voile
Que pour éclairer les amants.  »

Gérard, le père, dit en ricanant :
 » Le coeur, ah ! la belle foutaise !
Prétexte à vous mettre dedans ;
Heureusement faut qu’il se taise
Un jour , qu’on soit mort ou vivant.  »

La mère dit en pâlissant :
 » C’est une merveilleuse flamme
Que le ciel nous donne en naissant
Et qui rend plus belle la femme
Plus belle en la martyrisant.  »

Mais la grand-mère, en souriant ,
Dit :  » Le coeur, c’est une fleurette
Qu’arrosent bonheurs et tourments,
Afin de l’épanouir parfaite
Sous la neige des cheveux blancs.  »

 » Le coeur, c’est donc tout ça, le coeur ?  »
Murmura la petite fille
En regardant avec frayeur
Chaque membre de la famille.

(Claude Socorri)

 

 

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Quand j’aurais du vent dans mon crâne (Boris Vian)

Posted by arbrealettres sur 26 juillet 2016



Quand j’aurais du vent dans mon crâne

Quand j’aurai du vent dans mon crâne
Quand j’aurai du vert sur mes osses
P’tet qu’on croira que je ricane
Mais ça sera une impression fosse
Car il me manquera
Mon élément plastique
Plastique tique tique
Qu’auront bouffé les rats
Ma paire de bidules
Mes mollets mes rotules
Mes cuisses et mon cule
Sur quoi je m’asseyois
Mes cheveux mes fistules
Mes jolis yeux cérules
Mes couvre-mandibules
Dont je vous pourléchois
Mon nez considérable
Mon coeur mon foie mon râble
Tous ces riens admirables
Qui m’ont fait apprécier
Des ducs et des duchesses
Des papes des papesses
Des abbés des ânesses
Et des gens du métier
Et puis je n’aurai plus
Ce phosphore un peu mou
Cerveau qui me servit
A me prévoir sans vie
Les osses tout verts, le crâne venteux
Ah comme j’ai mal de devenir vieux.

(Boris Vian)

 

 

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