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Poésie

Posts Tagged ‘riche’

Je vous ai bien eus (Michel Sardou)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2020




Je sortais tout droit du Grand Meaulnes
Avec mes airs d’adolescent.
Je n’étais pourtant plus un môme
Depuis déjà longtemps.

Tu me prenais pour un poète,
Le pauvre type de toujours.
Les filles se payaient ma tête
Quand je parlais d’amour.

Je vous ai bien eus.
Je vous ai bien eus.

Je disais souvent : « L’Amérique,
Je sais que moi j’irai un jour
Et que j’en reviendrai plus riche
Que Dupont de Nemours. »

J’ai pris tous les avions du monde,
Dormi dans tous les trains de nuit,
Aimé dans des bordels immondes
Des femmes aux cheveux gris.

Je vous ai bien eus.
Je vous ai bien eus.

Je n’vous ressemblais pas.
Vous ne m’avez pas cru
Mais je vous ai bien eus,
Je vous ai bien eus.

J’ai toujours dansé sur les vagues
Quand on croyait que je sombrais.
Ma vie avait l’air d’une blague
Et pourtant, c’était vrai.

Je me suis fait, des jours de fête,
Eclater des fusées d’amour,
Comme je vais faire sauter ma tête
A l’aube du dernier jour.

Je vous ai bien eus.
Je vous ai bien eus.

Y avait déjà longtemps
Que je ne m’aimais plus
Mais je vous ai bien eus,
Je vous ai bien eus.

(Michel Sardou)

Illustration

 

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Fleur de sel (Jacqueline Commard)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2020




    
Fleur de sel

C’est du vent de la mer que naissent ses pétales
Et puis … c’est le soleil qui peaufine son corps
En faisant miroiter, tels des feux de Bengale
De fabuleux cristaux s’offrant à ce décor.

Sous la chaleur d’été, le paludier s’affaire
Armé de son ételle, il sculpte les mulons
Pour en faire des cônes à des fins salutaires
Puis des « Monts Blancs » sublimes à la morte-saison.

Cette manne salée qui relève nos plats
Nous faisant des gourmets depuis la nuit des temps
Trouve toujours sa place à l’heure du repas
Sur la table du riche ou celle du manant I

Saupoudrant les bonnottes et sardines d’argent
Se cachant prestement au coeur de nos gâteaux
L’or blanc de la Vendée, battu par tous les vents
Est la belle alchimie de la sueur des eaux.

Jardin marécageux … parterres rectilignes
Irrigués çà et là par le flux des étiers …
Qu’il est beau cet Eden et cet effort si digne
De ce splendide geste auguste du saunier.

Lorsque le soir descend, les derniers feux du jour
Enflamment les psychés des mouettes rieuses
La sage salicorne errant aux alentours
Rougit comme un rubis et fait l’audacieuse !

Au milieu des oeillets, pousse une fleur de sel
Venue en un bouquet du fond des Océans
Pour former une gerbe d’épis solennels
Au gré des fantaisies de la Rose des Vents !…

(Jacqueline Commard)

 

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Je ne sais pas … (Marie Noël)

Posted by arbrealettres sur 5 mai 2020



Illustration: Egor Shapovalov

    
Je ne sais pas …

Je ne sais pas ce que je possède,
Je ne sais pas où m’en alléger,
Viens mon Ami, accours à mon aide.
Prends mal et bien, prends tout ce que j’ai.

Un bonheur plein de telle détresse
Qu’il brisera la vie en mes mains ;
Un malheur plein de telle tendresse
Qu’il guérira les pires chemins.

Je ne sais pas si je te courrouce
Déshéritée ou riche, te plais …
Peut-être suis-je en pleurant plus douce
Qu’en souriant une autre ne l’est.

Je ne sais pas, … sache-le toi-même,
Si je te puis être chère ou non …
Je ne sais pas si je vaux qu’on m’aime …
Je ne sais pas … je ne suis qu’un don.

(Marie Noël)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Quelqu’un plus tard se souviendra de nous
Traduction:
Editions: Gallimard

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Soir (Sri Aurobindo)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2020




Illustration: ArbreaPhotos
    
Soir

Un soir d’or où le soleil songeur
rejette en s’en allant sa pompe habituelle, des arbres
qui se penchent vers leur verte compagne
et mère féconde, et leurs doux chuchotements — tout cela
et une mer immense et silencieuse. Cette heure est la plus proche de Dieu –
riche comme la vieillesse quand les longs chemins ont tous été parcourus.

(Sri Aurobindo)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Français Cristof Alward-Pitoëff
Editions: Sri Aurobindo Ashram Trust

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Si je revoyais ma bien-aimée (Bilhana)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2020




Si je revoyais ma bien-aimée

Encore aujourd’hui
Si je revoyais
Ma bien-aimée
Au visage semblable à la lune en son plein,
Riche de sa jeunesse fraîche éclose,
Aux seins gonflés,
A l’éclatante beauté,
Au corps torturé par les ardentes flèches de l’Amour,
Ce corps, je saurais aussitôt comment le rafraîchir!

(Bilhana)

Illustration: William Bouguereau

 

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Quatre espaces blancs nous regardent (Benjamin Péret)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2020




Quatre espaces blancs nous regardent
quatre espaces plus blancs que des cheveux
mais riches
quatre espaces qui sont quatre infinis
L’infini du serpent qui est horizontal
et ceux qui tournent
ou sautent comme des carpes
ou plongent
comme une pierre dans un arbre

(Benjamin Péret)

Illustration: Gilbert Garcin

 

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L’INTERNATIONALE (Eugène Pottier)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2020




    
L’INTERNATIONALE

Couplet 1 :
Debout ! les damnés de la terre !
Debout ! les forçats de la faim !
La raison tonne en son cratère,
C’est l’éruption de la fin.
Du passé faisons table rase,
Foule esclave, debout ! debout !
Le monde va changer de base :
Nous ne sommes rien, soyons tout !

Refrain : (2 fois sur deux airs différents)
C’est la lutte finale
Groupons-nous, et demain,
L’Internationale,
Sera le genre humain.

Couplet 2 :
Il n’est pas de sauveurs suprêmes,
Ni Dieu, ni César, ni tribun,
Producteurs sauvons-nous nous-mêmes !
Décrétons le salut commun !
Pour que le voleur rende gorge,
Pour tirer l’esprit du cachot,
Soufflons nous-mêmes notre forge,
Battons le fer quand il est chaud !

Refrain

Couplet 3 :
L’État opprime et la loi triche,
L’impôt saigne le malheureux ;
Nul devoir ne s’impose au riche,
Le droit du pauvre est un mot creux.
C’est assez languir en tutelle,
L’égalité veut d’autres lois :
« Pas de droits sans devoirs, dit-elle,
Égaux, pas de devoirs sans droits ! »

Refrain

Couplet 4 :
Hideux dans leur apothéose,
Les rois de la mine et du rail,
Ont-ils jamais fait autre chose,
Que dévaliser le travail ?
Dans les coffres-forts de la bande,
Ce qu’il a créé s’est fondu.
En décrétant qu’on le lui rende,
Le peuple ne veut que son dû.

Refrain

Couplet 5 :
Les Rois nous saoûlaient de fumées,
Paix entre nous, guerre aux tyrans !
Appliquons la grève aux armées,
Crosse en l’air et rompons les rangs !
S’ils s’obstinent, ces cannibales,
À faire de nous des héros,
Ils sauront bientôt que nos balles
Sont pour nos propres généraux.

Refrain

Couplet 6 :
Ouvriers, Paysans, nous sommes
Le grand parti des travailleurs ;
La terre n’appartient qu’aux hommes,
L’oisif ira loger ailleurs.
Combien de nos chairs se repaissent !
Mais si les corbeaux, les vautours,
Un de ces matins disparaissent,
Le soleil brillera toujours !

Refrain

(Eugène Pottier)

 

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Il est riche d’un soleil (Vénus Khoury-Ghata)

Posted by arbrealettres sur 29 janvier 2020



 

Duy Huynh (18) [1280x768]

Il possède une cage
mais pas de rossignol
un miroir
mais pas de visage
sa maison a un seul mur

Il est riche d’une bougie éteinte
et d’une échelle sans marches

Il détient une craie pour dessiner le vide
un charbon pour dessiner le plein
et des traits pour combler ses silences

Il est riche d’un soleil réduit à un point.

(Vénus Khoury-Ghata)

Illustration: Duy Huynh

 

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RICHESSE (Gabriela Mistral)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2019



Illustration: Higorca  
    
RICHESSE

J’ai le bonheur fidèle
et le bonheur perdu :
l’un en tant que rose
l’autre comme épine.
Ce qui m’a été dérobé
je n’en suis pas privé :
j’ai le bonheur fidèle
et le bonheur perdu :
et me voilà riche de pourpre
et de mélancolie.
Ah, quel amant que la rose
et que l’épine est aimée !
Ainsi que la double forme
de fruits jumeaux,
j’ai le bonheur fidèle
et le bonheur perdu.

***

RIQUEZA

Tengo la dicha fiel
y la dicha perdida:
la una como rosa,
la otra como espina.
De lo que me robaron
no fui desposeída:
tengo la dicha fiel
y la dicha perdida,
y estoy rica de púrpura
y de melancolía.
¡Ay, qué amante es la rosa
y qué amada la espina!
Como el doble contorno
de dos frutas mellizas,
tengo la dicha fiel
y la dicha perdida….

***

WEALTH

I have the faithful
and the lost bliss:
the one as rose,
the other as thorn.
What they stole from me
did not leave me properly less:
I have the faithful
and the lost bliss:
and I’m rich of purple.
and melancholy.
Oh, what a lover is the rose
and how beloved the thorn!
As the double contour
of two twin fruits,
I have the faithful
and the lost bliss.

***

***

BOGĂȚIE

O soartă mi-este dată
și alta înstrăinată:
întâi am trandafirul,
apoi mai am un spin.
Dar ce mi-a fost furat
tot mie-mi aparține:
căci am o soartă dată
și una înstrăinată,
în purpuri sunt bogată
și în melancolii.
Ah, pătimașă-i roza
și adorat e spinul!
Conturul se dublează
rodind îngemănat,
o soartă ce mi-e dată
și una înstrăinată.

***

REICHTUM

Ich habe das wahre
und das verlorene Glück:
das eine ist wie eine Rose,
das andere wie ein Dorn.
Was mir gestohlen wurde
hat man mir nicht geraubt:
Ich habe das wahre
und das verlorene Glück
und ich bin reich an Purpur
und an Melancholie.
Ach, welch ein Liebhaber ist die Rose
und wie geliebt der Dorn!
Wie der doppelte Umriss
von Zwillingsfrüchten,
Ich habe das wahre
und das verlorene Glück.

***

RICCHEZZA

Io ho la felicità devota
e la felicità perduta
una come rosa
l’altra come spina.
Di ciò che mi è stato rubato
non sono stato privato
Io ho la felicità devota
e la felicità smarrita
e eccomi ricco di porpora
e di malinconia.
Ah, chi non ama che la rosa
è amato dalle spine !
Così come la doppia forma
di frutti gemelli,
io posseggo la felicità devota
e la felicità perduta.

***

RIJKDOM

Ik heb het trouwe
en het verloren geluk:
het ene als roos,
het andere als doorn.
Wat mij werd ontvreemd
ben ik niet kwijt:
Ik heb het trouwe
en het verloren geluk:
en ik ben rijk aan paars.
en aan melancholie.
Ach, wat een minnaar is de roos
en hoe geliefd de doorn!
Zoals de dubbele vorm
van tweelingsvruchten,
ik heb het trouwe
en het verloren geluk.

***

RIQUEZA

Tenho a justa ventura
e a ventura perdida:
uma como rosa,
outra como espinho.
Do que me roubaram
não fui despojada:
tenho a justa ventura
e a fortuna perdida,
e sinto-me rica
de púrpura e melancolia.
Ai, que amante é a rosa
e que amado é o espinho!
Como o duplo contorno
de dois frutos gémeos,
tenho a justa ventura
e a ventura perdida.

***

财 富
我有忠实而
失去的幸福:
一个像玫瑰,
另一个像刺。
他们从我身上偷的东西
留给我的恰恰一样多:
我有忠实而
丢失的幸福:
我富于华丽文辞。
也易于忧郁。
哦, 这玫瑰是情人啊
这刺多么可爱啊!
就像两个并蒂
果实的双轮廓,
我有忠实的
失去的幸福…

(Gabriela Mistral)

 

Recueil: ITHACA 602
Traduction: Français Germain Droogenbroodt Elisabeth Gerlache / Espagnol (Chili) / Anglais Stanley Barkan / Indi Jyotirmaya Thakur / Roumain Gabriela Căluțiu / Allemand Wolfgang Klinck / Italien Renato Fiorito / Néerlandais Germain Droogenbroodt / Portugais Maria do Sameiro Barroso / Chinois William Zhou
Sonnenberg /Editions: POINT

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MON INQUIÉTUDE (Moshe-Leib Halpern)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2019



    

MON INQUIÉTUDE

J’ai l’inquiétude des loups, la quiétude des ours sages,
L’ennui écoute retentir en moi les cris d’un coeur sauvage,
Je ne suis point ce que je pense et ne suis pas tel que je veux,
Je suis l’enchanteur et je suis le sortilège de son jeu.

Je suis l’énigme qui se tue à résoudre enfin son mystère
Moi, plus agile que le vent qui se noue autour d’une pierre,
Je suis le soleil de l’été, l’hiver, le vent glacé du Nord
Et je suis le riche dandy que l’on voit gaspiller son or,

Hardi je suis le gars qui porte un peu de biais sa casquette
Et qui dévalise son temps en sifflotant un air de fête,
Je suis le violon mais aussi le tambourin, la contrebasse,
De ces trois vieux musiciens, orchestre vagabond qui passe,

Je suis la danse de l’enfant et sous la clarté de la lune
Je suis cet innocent qui rêve au pays bleu de la fortune.
Lorsqu’en passant je vois d’une maison détruite les décombres
Je suis le vide qui m’observe avec ses regards troués d’ombre.

Je suis la peur en ce moment qui m’épie peut-être au-dehors,
La fosse ouverte dans un champ à la mesure de mon corps,
Maintenant je suis la lueur qui brûle pour le souvenir
Et l’inutile image au mur suintant qui reste à jaunir,

Maintenant, le temps d’un éclair, je suis cette immense tristesse
Qui depuis un siècle me guette et qui me débusque sans cesse,
Et maintenant je suis la nuit, la lassitude est sa rançon,

Le pesant brouillard de la nuit, le soir et sa calme chanson,
L’étoile blanche que l’on voit très haut dans le ciel allumée
Et la rumeur sourde d’un arbre, un son de cloche, une fumée…

(Moshe-Leib Halpern)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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