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Poésie

Posts Tagged ‘rideau’

Le Mot – La Page (Paul Vincensini)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2019



La Page. Viens te rouler dans ma neige.
Le Mot. Cela me gêne. Je n’ai pas de dos.
La Page. Viens donc te poser sur moi.
Le Mot. Je n’ai pas de peau, pas de poids.
La Page (qui n’y tient plus). Perds-toi en moi!
Le Mot (qui ne demande pas mieux,
mais qui tient, avant tout,
à avoir le dernier mot).
Fondons ensemble comme flocon dans l’eau!

Rideau d’eau

(Paul Vincensini)

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Duperie volontaire (Goethe)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2018


Le rideau est de ci de là
Flottant chez ma voisine.
Certes, elle épie en se penchant
Si je suis bien chez moi,

Et si la jalouse rancune
Qu’en plein jour j’ai couvée,
Comme elle le doit à jamais
Vibre au fond de mon coeur.

Mais, hélas! cette belle enfant
N’a rien senti de tel.
Je le vois, c’est le vent du soir
Qui joue dans son rideau.

***

Selbstbetrug

Der Vorhang scwebet hin und her
Bei meiner Nachbarin.
Gewiß, sie lauschet überquer,
Ob ich zu Hause bin.

Und ob der eifersüchtge Groll,
Den ich am Tag gehegt,
Sich, wie er nun auf immer soll,
Im tiefen Herzen regt.

Doch leider hat das schöne Kind
Dergleichen nicht gefühlt.
Ich seh, es ist der Abendwind,
Der mit dem Vorhang spielt.

(Goethe)

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Les pas (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2018


 

Les pas entendus
le corps, les visages, les mains
se fondent au village
à grands arbres sculptés.
Il n’y a plus de temps à perdre
répète une voix.
Ce sont pourtant les mêmes pas
que dans la glaise des matins
où brillaient le cuivre et l’étain.
L’avenir se cache dans les plis
des rideaux figés
le pain fait la chair.

(Jean Follain)

Illustration

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Le chat derrière la vitre (Claude Pujade-Renaud)

Posted by arbrealettres sur 17 décembre 2018




    
Le chat derrière la vitre
écarte le rideau
pour regarder la nuit
qui habite ses yeux

L’ ombre
l’éclaire

Retombée des paupières

Du rideau

Nuit dérobée

(Claude Pujade-Renaud)

 

Recueil: Instants incertitudes
Traduction:
Editions: Le Cherche Midi

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FEU D’HIVER (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2018



Illustration
    
FEU D’HIVER

La nature est présente dans ma chambre, l’hiver,
Rideaux tirés devant les nuages et les étoiles,
Les lacs, les collines, les douces prairies lointaines;
Présente par le feu, plus vieux et plus sauvage.

Le feu leur survivra, le feu les prendra tous :
Dans le feu doivent tomber les bois d’automne.
L’éveil du printemps, c’est la lente combustion de l’arbre,
Le feu phénix qui brûle l’oiseau, la bête, la fleur.

Jadis Troie et le bûcher de Didon à Carthage,
Le navire de Baldur et l’incendie légendaire de Londres,
Les robes, les murs de bois, les palais de cristal
Dans leur apothéose furent pareilles flammes :

Flammes plus fluides que l’eau d’un torrent,
Flammes plus délicates et rapides que l’air,
Flammes plus infranchissables que des murs de pierre,
Destructrices, irrévocables comme le temps.

Le feu essentiel est l’esprit que rien n’entrave,
Qui, né sur les lèvres de la prophétie,
Libère les éléments étincelants de l’âme;

Sa brûlure apprend à l’amour la façon de mourir
Et aux êtres à subir leur destruction ultime
Sur ces remparts en flammes du monde qui s’élèvent
Entre notre existence et le jardin perdu.

***

WINTER FIRE

The presence of nature in my winter room
With curtains drawn across the clouds and stars,
Lakes, fells, and green sweet meadows far aime
Is fire, older and more wild than they.

Fire will outlast them all and take them ail
For into fire the autumn Woods must fan.
Spring blossoming is the slow combustion of the tree,
The phoenix fire that burns bird beast and flower away.

Once Troy and Dido’s Carthaginian pire
And Baldur’s skip, and fabulons London burning,
Robes, wooden walls and crystal palaces
In their apotheosis moere such flames as these

Flames more fluent than water of a mountain Stream,
Flames more delicate and swift than air,
Flames more impassable than walls of stone,
Destructive and irrevocable as time.

Essential fire is the unhindered spirit
That, laid upon the lips of prophecy
Frees ail the shining elements of the soul;

Whose burning teaches love the nie to die
And selves to undergo their ultimate destruction
Upon those flaming ramparts of the world
That rire between our face, and the lost garden.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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CACHÉ (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2018




CACHÉ

AUJOURD’HUI le rideau est baissé
Le voile jeté sur le visage,
Le monde n’est que son aspect,
Arbre, mur de brique, feuilles poussiéreuses

De lierre, un oiseau
Ayant secoué la poussière
Dont il a la couleur. Rien
N’a de sens ou d’être.

Cependant j’ai vu jadis
Le tissu de lumière dont tous ils sont faits
D’une manière autre que ceci. Avoir vu
Est savoir toujours.

***

HIDDEN

TODAY the curtain is down
The veil drawn over the face,
World only its aspect,
Tree, brick wall, dusty leaves

Of ivy, a bird
Shaken loose from the dust
It is the colour of. Nothing
Means or is.

Yet I saw once
The woven light of which all these are made
Otherwise than this. To have seen
Is to know always.

(Kathleen Raine)

 

 

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La Maison (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2018




La Maison

Dans la maison de mon amour
Il y a des collines et des pâturages tapissés de fleurs,
Son toit est le ciel bleu, sa lampe l’étoile du Berger,
Les portes de sa maison sont les vents, et son rideau la pluie.
Dans sa maison nombreuses sont les montagnes, chacune est seule,
Et les îles où les oiseaux de mer font retour.

Dans la maison de mon amour
Il est une cascade qui coule toute la nuit
Tombant du sommet neigeux de la montagne
Blanche dans le bleu miroitant de l’été perpétuel —
Tombant du rocher escarpé où plane l’aigle.
Sur le seuil montent les marées de l’océan,
Et les marsouins suivent les poissons dans les baies tranquilles
Où l’étoile de mer luit sur les algues sombres sous l’eau immobile.

J’ai été portée ici dans le sommeil,
Au réveil j’ai trouvé rivières et vagues mes servantes,
Soleil, nuages, vents, les oiseaux-messagers,
Tous les troupeaux de ses collines et les poissons de ses mers.
Je me repose, dans la chaleur du jour, dans l’ombre légère des feuilles
Et les voix de l’air et de l’eau me parlent.
Tout cela il me l’a donné, lui dont jamais je n’ai vu le visage,
Mais dans ses bras qui tout étreignent je sombre dans le sommeil.

***

The House

In my love’s house
There are hills and pastures carpeted with flowers,
His roof is the blue sky, his lamp the evening star,
The doors of his house are the winds, and the rain his curtain.
In his house are many mountains, each alone,
And islands where the sea-birds home.

In my love’s house
There is a waterfall that flows all night
Down from the moutain summit where the snow lies
White in the shimmering blue of everlasting summer,
Down from the high crag where the eagle flies.
At his threshold the tides of ocean rise,
And the porpoise follows the shoals into still bays
Where starfish gleam on brown weed under still water.

In sleep I was borne here
And waking found rivers and waves my servants,
Sun and cloud and winds, bird-messengers,
And all the flocks of his hills and shoals of his seas.
I rest, in the heat of the day, in the light shadow of leaves
And voices of air and water speak to me.
All this he has given me, whose face I have never seen,
But into whose all-enfolding arms I sink in sleep.

(Kathleen Raine)

Illustration: Alain DENEFLE

 

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Le silence (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 26 novembre 2018



Illustration
    
Le silence

Écoute, bien-aimée : je lève la main —
Écoute ce bruit…
Quel est le geste des solitaires
que ne guettassent tant de choses ?
Écoute, bien-aimée : je ferme les paupières,
et c’est aussi un bruit qui va vers toi.
Écoute, bien-aimée : je lève les paupières…
… mais pourquoi donc n’es-tu pas là ?

Le moindre de mes mouvements
reste imprimé sur la soie du silence;
la moindre émotion reste, impérissable,
imprimée sur le rideau des horizons.
Sur mon souffle s’élèvent et s’abaissent
les étoiles.
Les parfums à ma lèvre s’abreuvent
et je reconnais les poignets
d’anges lointains.
Seule toi à qui je pense :
tu n’es pas là.

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

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LES FENÊTRES (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 26 novembre 2018



    

LES FENÊTRES

1
Il suffit que, sur un balcon
ou dans l’encadrement d’une fenêtre,
une femme hésite…, pour être
celle que nous perdons
en l’ayant vue apparaître.

Et si elle lève les bras tendre vase
pour nouer ses cheveux,
combien notre perte par là
gagne soudain d’emphase
et notre malheur d’éclat!

2
Tu me proposes, fenêtre étrange, d’attendre ;
déjà presque bouge ton rideau beige.
Devrais-je, ô fenêtre, à ton invite me rendre ?
Ou me défendre, fenêtre ? Qui attendrais-je ?

Ne suis-je intact, avec cette vie qui écoute,
avec ce coeur tout plein que la perte complète ?
Avec cette route qui passe devant, et le doute
que tu puisses donner ce trop dont le rêve m’arrête ?

3
N’es-tu pas notre géométrie,
fenêtre, très simple forme
qui sans effort circonscris
notre vie énorme ?

Celle qu’on aime n’est jamais plus belle
que lorsqu’on la voit apparaître
encadrée de toi; c’est, ô fenêtre,
que tu la rends presque éternelle.

Tous les hasards sont abolis. L’être
se tient au milieu de l’amour,
avec ce peu d’espace autour
dont on est maître.

4
Fenêtre, toi, ô mesure d’attente,
tant de fois remplie,
quand une vie se verse et s’impatiente
vers une autre vie.

Toi qui sépares et qui attires,
changeante comme la mer, —
glace, soudain, où notre figure se mire
mêlée à ce qu’on voit à travers;

échantillon d’une liberté compromise
par la présence du sort;
prise par laquelle parmi nous s’égalise
le grand trop du dehors.

5
Comme tu ajoutes à tout,
fenêtre, le sens de nos rites :
Quelqu’un qui ne serait que debout, .
dans ton cadre attend ou médite.

Tel distrait, tel paresseux,
c’est toi qui le mets en page :
il se ressemble un peu,
il devient son image.

Perdu dans un vague ennui,
l’enfant s’y appuie et reste;
il rêve… Ce n’est pas lui,
c’est le temps qui use sa veste.

Et les amantes, les y voit-on,
immobiles et frêles,
percées comme les papillons
pour la beauté de leurs ailes.

6
Du fond de la chambre, du lit, ce n’était que pâleur qui sépare,
la fenêtre stellaire cédant à la fenêtre avare
qui proclame le jour.
Mais la voici qui accourt, qui se penche, qui reste :
après l’abandon de la nuit, cette neuve jeunesse céleste
consent à son tour !

Rien dans le ciel matinal que la tendre amante contemple,
rien que lui-même, ce ciel, immense exemple :
profondeur et hauteur!

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

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SONNET DU SEXE VOLANT (André Berry)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2018



Illustration: John Singer Sargent
    
SONNET DU SEXE VOLANT

En moi couché tout dort, tout dort d’un parfait somme,
Et le sang et le muscle et la moelle et les os.
Seul demeure insoumis à l’ordre des yeux clos
L’incontrôlable nerf par lequel je suis homme.

Vers celle qui l’ignore ou qui tout bas le nomme,
Toujours de gorge en mont il s’en va sans repos.
Léger dans le maintien, libre dans le propos,
L’adultère il perpètre et l’inceste il consomme.

Par ses ballons porté, lourd ensemble et gaillard,
Chez la vierge ou l’épouse attiré par l’arôme,
A travers les rideaux il suit rêve et fantôme.

Et rien ne fermerait les ailes du paillard
Quand, parcourant des chairs l’illimité royaume,
Sur les corps il furète, indiscret oreillard.

(André Berry)

 

Recueil: Poèmes involontaires suivi du Petit Ecclésiaste
Traduction:
Editions: René Julliard

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