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Posts Tagged ‘ridicule’

Plus clairement, plus nettement avec l’âge (Marc Chagall)

Posted by arbrealettres sur 30 avril 2019



 

Plus clairement, plus nettement avec l’âge,
je sens la justesse relative de nos chemins,
et le ridicule de tout ce qui n’est pas obtenu
avec son propre sens, son âme,
qui n’est pas imprégné d’amour.

(Marc Chagall)

Illustration: Marc Chagall

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AVEU (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2018




    
AVEU

Je vous aime, quoique j’enrage,
que ce soit ridicule et vain.
En outre il faut qu’à vos genoux
j’avoue ma sottise et ma honte.
Avec ma figure ! A mon âge !
Il serait temps de s’assagir.
Mais tous les indices sont clairs :
je suis atteint du mal d’amour.
Loin de vous je m’ennuie,— je bâille —
près de vous la langueur m’est douce
et je n’en peux mais : je dois dire,
cher ange, combien je vous aime.
Quand j’entends, venant du salon,
vos pas, le bas de votre robe
ou votre voix juvénile et candide,
je perds d’un seul coup la raison.
Souriez-vous ? Je suis aux anges.
Vous m’ignorez ? J’ai le coeur lourd.
Tout un jour de peine s’efface
si vous m’offrez votre main pâle.

Quand, absorbée par votre ouvrage,
vous laissez ruisseler vos boucles
indolemment, les yeux baissés,
je m’attendris, ne dis plus mot,
vous contemplant comme un enfant.
Vous conterai-je ma détresse,
ma tristesse, ma jalousie,
quand par tous les temps vous allez
au loin, trop loin, vous promener ?
Ou bien vos larmes solitaires,
les propos à deux dans un coin,
ou les petits voyages en ville
ou les soirées près du piano ?
Aline, ayez pitié de moi !
Je n’ose exiger de l’amour.
Il se peut que, pour mes péchés,
je sois indigne d’être aimé.
Faites semblant ! Votre regard
exprime si bien tant de choses.
Je suis si facile à tromper!
Et voudrais tant l’être par vous !

(Alexandre Pouchkine)

 

Recueil: Poésies
Traduction: Louis Martinez
Editions: Gallimard

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DANSE DE SINGE (Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2018



orgue de barbarie 2

DANSE DE SINGE

Aux sons d’une petite musique narquoise, sautillante,
Essoufflée, — tandis qu’il pleut, tandis qu’il pleut de la pluie pourrie,
Saute, saute, mon âme, vieux singe d’orgue de Barbarie,
Petit vieillard pelé, sournois, animal romantique et tendre.

Avec ta queue d’automne effeuillée, prétentieusement tordue
En point d’interrogation sur le vide ciel du crépuscule,
Essuie tes pleurs, singe galant, mélancolique et ridicule,
Singe galeux de l’amour mort, singe édenté des jours perdus.

Encore un air, encore un air ! Celui qui sent les tabagies,
Le faubourg lépreux, la foire d’automne et les fritures aigres
Pour faire rire les filles mal nourries, — ô sale, affreux, maigre,
Piteux, épileptique singe, animal pur des nostalgies !

Encore un air, hélas ! le dernier ! — Et que ce soit cette sourde
Valse de jamais, requiem des voleurs morts, musique en échos
Qui dit : adieu les souvenirs, l’amour et la noix de coco…
— Tandis que la pluie pauvre fait glouglou dans la boue vieille et lourde.

(Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

Illustration

 

 

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Perles de quel collier brisé (Robert Mallet)

Posted by arbrealettres sur 26 août 2018



Illustration: Scarlett Hooft Graafland
    
Perles de quel collier brisé
sur un poitrail de ciel sali
pluie ou neige manquée
elle ravage
ce qu’elle ne peut posséder
et fond ridiculement
près des pétales
déchiquetés

(Robert Mallet)

 

Recueil: Presqu’îles presqu’amours
Traduction:
Editions: Gallimard

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Il en fut comme d’un crépuscule (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2018



 

Christophe Hohler

Il en fut comme
d’un crépuscule immense d’or allègre,
qui se serait, soudain, éteint tout entier
en un nuage de cendre.

— Il m’en resta cette tristesse
des désirs brûlants, quand ils doivent
s’enfermer dans la geôle
de la vérité quotidienne ; ce chagrin
des jardins aux couleurs idéales
qu’efface une lumière sale de pétrole —.

Et je ne m’y résignais pas.
Je le pleurai ; je l’obligeai. Je vis la ridicule
injustice de cette candide fraternité
de l’homme et de la vie,
de la mort et de l’homme.

Et me voici, vivant ridicule, attendant,
mort ridicule, la mort!

***

Fue lo mismo
que un crepúsculo inmenso de oro alegre,
que, de repente, se apagara todo,
en un nublado de ceniza.

—Me dejó esa tristeza
de los afanes grandes, cuando tienen
que encerrarse en la jaula
de la verdad diara; ese pesar
de los jardines de colores ideales,
que borra una luz sucia de petróleo—.

Yo no me resignaba.
Le lloré; le obligué. Vi la ridícula
sinrazón de esta cándida hermandad
de hombre y vida,
de muerte y hombre.

¡Yaqui estoy, vivo ridículo, esperando,
muerto ridículo, a la muerte!

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Christophe Hohler

 

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Tu sais très bien que tu n’existes pas (Lewis Carroll)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2018



    

Ce n’est pas la peine de parler de le réveiller dit tweedledum,
alors que tu n’es qu’un personnage de son rêve.
Tu sais très bien que tu n’existes pas.

– Mais si ! s’écria Alice en commençant à pleurer.

– Tu n’existeras pas plus en te mettant à pleurer, fit remarquer Tweedledee.
Ce n’est pas la peine de pleurer.

– Si je n’existais pas, dit Alice en riant à moitié à travers ses pleurs
tant tout cela lui paraissait ridicule, je ne pourrais pas pleurer.

– Parce-que tu crois que ce sont de vraies larmes ?
interrompit Tweedledee d’un ton extrêmement méprisant.

(Lewis Carroll)

 

Recueil: Alice au Pays des Merveilles / De l’autre côté du Miroir
Traduction:
Editions: Folio

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Pour toile de fond (Henri Cazalis)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2018




    
Pour toile de fond, l’infini et l’éternité;
au devant, des myriades d’êtres,
comme des ombres chinoises,
s’agitant, se poussant, se pressant, paraissant et disparaissant,
avec des gestes bizarres, incompréhensibles, grotesques,
charmants quelquefois, plus souvent ridicules :

curieux théâtre, comédie effroyable!

(Henri Cazalis)

 

Recueil: Le livre du Néant
Editions: Alphonse Lemerre

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365 HEURES (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2018



 

365 HEURES

Jours blancs jours de peine
jours de laine moutons
que l’on pousse et que l’on tond.
troupeaux de jours sans haleine

Jours longs comme les cheveux
blancs comme la neige et le feu
cendres et fumées et cendres
escalier qu’il faut descendre

Petits vieux en robe de peine
jours creux comme assiettes vides
quand la faim mord et morfond
vieilles journées et feuilles mortes

La vie passe comme un véhicule
devant les fenêtres fermées
et nous seront bien ridicules
devant nos miroirs brisés

Rions puisque vous demandez
que les jours soient des souvenirs
quand on a perdu la mémoire
et qu’il faut rire et qu’il faut vivre

(Philippe Soupault)

Illustration: Lucian Freud

 

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Sensitive (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2018



Sensitive

A peine eus-je revêtu le costume de femme,
que ma sensibilité me causa des tourments affreux.
Je ne parle pas de l’amour, ma pudeur devait me défendre.
Je souffrais par bien d’autres motifs:
au théâtre, la musique me faisait tomber en pamoison;
les émotions du drame me jetaient en des évanouissements prolongés;
le moindre changement de température agissait sur mes nerfs.
Le cigare surtout rendait ma vie amère.

Que de fois n’ai je pas dû subir les insolentes bouffées d’un fat!
Au lieu de me plaindre, on se moquait de moi;
j’étais passée à l’état de femme nerveuse:
personne ne croyait à mes souffrances;
mes amis les plus intimes prétendaient que je me maniérais.

Un magnétiseur célèbre me proposa d’utiliser mon fluide
et de courir la province pour donner des représentations,
lire les yeux fermés, et deviner les maladies
à la seule inspection des cheveux du malade.

Humiliée par cette offre, lasse de voir le ridicule s’attacher à moi,
j’ai pris la résolution de redevenir fleur.
L’haleine douce de la brise, les caresses des papillons,
voilà les seules choses que je puisse supporter.

(J.J. Grandville)

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Don Quichotte mon ami (Guennadi Gor)

Posted by arbrealettres sur 27 avril 2018



Illustration: Pablo Picasso
    
Don Quichotte mon ami
Rejoins-moi à travers les années
Et que les eaux naïves s’écoulent
Aussi claires que tes paroles,
Inoubliable langage de joie.
Don Quichotte mon ami
Traverse l’automne avec ton printemps
Et la tristesse avec ton bonheur affligé
Qu’importe que ce soit difficile,
Pénible et douloureux, qu’importe !
Efface vite l’automne.
Et que les arbres les enfants
Se mettent à chanter comme des oiseaux,
Et qu’un joyeux tonnerre
Illumine notre maison.
Apporte-nous un peu de ta grandeur,
Tes lèvres ayant bu la vérité,
Et nous te pardonnerons ton air ridicule
Et d’avoir pris les moulins pour des géants.
Rejoins-moi Don Quichotte,
Nous boirons dans le même verre,
Et le ruisseau de tes paroles
Comme une eau vive ranimera les morts.
Un sapin m’a soufflé à l’instant :
Don Quichotte c’est le printemps.

***

Друг мой, Дон-Кихот,
Приди ко мне сквозь годы.
И побегут наивные воды
Светлые как твоя речь,
И запомнится радости речь.
Друг мой, Дон-Кихот,
Пронеси весну сквозь осень
И скорбную радость сквозь грусть,
Пусть это трудно, пусть!
Пусть это трудно очень
Вычеркни осень.
И пусть по-птичьи
Запоют деревья и дети,
И веселый гром
Озарит наш дом.
Принеси нам свое величье
И губы пившие правду,
И мы простым тебе смешное обличье,
И то что ты принял мельницу за великана.
Приди Дон-Кихот,
Мы выпьем из одного стакана.
Ручей твоих речей
Живой водою мертвого оживит.
Мне сказала сосна:
Дон-Кихот это весна.

(Guennadi Gor)

 

Recueil: Blocus
Traduction: Henri Abril
Editions: Circé

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