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Quand je n’ai rien dans la poche (Abbas Kiarostami)

Posted by arbrealettres sur 16 juillet 2017



 

Alexandra Kirievskaya  ya [1280x768]

quand je n’ai rien dans la poche
j’ai la poésie
quand je n’ai rien dans le frigo
j’ai la poésie
quand je n’ai rien dans le cœur
je n’ai rien

(Abbas Kiarostami)

Illustration: Alexandra Kirievskaya

 

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Soudain, tu es là (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2017



Illustration
    
Soudain, tu es là, me sautant
Aux yeux, au détour d’un sentier.
Tu es là, ardente sur ta hampe,
Fleur rose éclose au nom secret,
Seule au milieu de tout, et tout
L’univers ne paraît plus vain !

Milliards d’années après la lave
Originelle, un jour tu es.
D’où viens-tu? D’où ce pur désir
De couleur, de parfum, d’un port
Unique et parfait? Es-tu signe
De ce Tout né un jour du Rien ?

Soudain, tu es là, me prenant
À la gorge, arrachant de moi
Un cri muet de consentement:
Je sais alors que je suis là
Pour la rencontre, que ce cri
Est le oui qu’un rien dit à Tout.

(François Cheng)

 

Recueil: La vraie gloire est ici
Editions: Gallimard

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TOUT OU RIEN (François-Pierre-Auguste Léger)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2017



Illustration: Oleg Zhivetin  
    
TOUT OU RIEN

En amour, belle Elise,
Point de terme moyen :
Il faut, quoi qu’on en dise.
Accorder tout ou rien.

Par des aveux, sans cesse,
Tu prétends t’esquiver:
Avouer sa tendresse.
Ce n’est pas la prouver.

De ta pudeur farouche.
Si je brigue un larcin,
Où je cherche ta bouche.
Je rencontre ta main.

Quand tu me laisses prendre
Un baiser à l’écart,
Ce baiser, doux et tendre.
Est encor trop peu, car

En amour, belle Elise,
Point de terme moyen :
Il faut, quoi qu’on en dise,
Accorder tout ou rien.

« Cher objet que j’adore.
Je te tiens sur mon cœur…
Quoi ! tu veux fuir encore
A l’instant du bonheur ! »

Fut-on longtemps cruelle,
C’est ce qu’on ne dit pas ;
Mais je sais que la belle
Gaiement chantait, tout bas :

« Pour toi, pour ton Elise,
Plus de terme moyen.
J’avoue, avec franchise,
Que tout vaut mieux que rien. »

(François-Pierre-Auguste Léger)

 

Recueil: Poètes du Baiser
Editions: Société des Éditions LOUIS-MICHAUD

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Nous n’y pouvons plus rien (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2017



Illustration: Karen l’Hémeury   
    

Nous n’y pouvons plus rien
L’arbre en nous a parlé
Un vent a traversé
La cour de nos demeures
Des fumées sont montées
Des remparts de la ville
Au milieu de la plaine
Les bêtes ont couru
Les unes vers la joie
Les autres vers la peine
En nous l’arbre a parlé
Nous n’y pouvons plus rien
Longtemps à s’enfoncer
Dans le sol du secret
À supporter les givres
Des tendresses perdues
À retenir l’éclair
Des douleurs éventées
À engendrer des fruits
D’amour inaccompli
Loin des astres de sang
Nés de notre désir
Où nous avions rêvé
Où nous aurions pu vivre

(François Cheng)

 

Recueil: A l’orient de tout
Editions: Gallimard

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LES LENDEMAINS (Charles Dufresny)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2017



Illustration: Charles Amable Lenoir
    
LES LENDEMAINS

Philis, plus avare que tendre,
Ne gagnant rien à refuser,
Un jour exigea de Silvandre
Trente moutons pour un baiser.

Le lendemain, nouvelle affaire.
Pour le berger le troc fut bon.
Car il obtint de la bergère
Trente baisers pour un mouton.

Le lendemain, Philis, plus tendre,
Tremblant de se voir refuser,
Fut trop heureuse de lui rendre
Trente moutons pour un baiser.

Le lendemain, Philis, peu sage,
Aurait donné moutons et chien
Pour un baiser que le volage
A Lisette donna pour rien.

(Charles Dufresny)

 

Recueil: Poètes du Baiser
Editions: Société des Éditions LOUIS-MICHAUD

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Pour quoi tant de jambe (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2017



Les maisons épient les hommes
qui courent après les femmes.
La soirée serait bleue peut-être,
ne fussent tous ces désirs.

Le tram passe plein de jambes:
jambes blanches noires jaunes.
Pour quoi tant de jambe, mon Dieu, demande mon coeur.
Pourtant mes yeux
ne demandent rien.

(Carlos Drummond de Andrade)

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Pantin disloqué (Henri Michaux)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2017



Pantin disloqué

Pantin disloqué, tu t’agites, maintenant,
tu t’agites dans le lit du malheur, imbécile imprudent. –

Le privilège de vivre
inouï dilaté
vacant suspendu dans le temps

Plus de demain
Plus de missions
Je n’ai pas d’origine
Je ne me rappelle plus mes épaules
Où donc le dispositif pour vouloir ?
Rien
Seulement
Rien
(Vers la complétude)

Puis du temps.
Rien que du temps.
Du temps coulait, du temps sans aucun accompagnement.
Puis un vent léger, le vent qui a passé sur des ruines.
C’était fini.
(situations étranges)

(Henri Michaux)

Découvert ici: http://revuedepoesie.blog.lemonde.fr/

Illustration: Eve Carton

 

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Fête de taches (Henri Michaux)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2017



Illustration: Odilon Redon
    
Fête de taches, gamme des bras
mouvements
on saute dans le « rien »
efforts tournants
étant seul, on est foule
Quel nombre incalculable s’avance
ajoute, s’étend, s’étend!
Adieu fatigue
adieu bipède économe à la station de culée de pont
lé fourreau arraché
on est autrui
n’importe quel autrui
On ne paie plus tribut
une corolle s’ouvre, matrice sans fond
La foulée désormais a la longueur de l’espoir
le saut a la hauteur de la pensée
on a huit pattes s’il faut courir
on a dix bras s’il faut faire front
on est tout enraciné, quand il s’agit de tenir
Jamais battu
toujours revenant
nouveau revenant
tandis qu’apaisé le maître du clavier feint le sommeil

(Henri Michaux)

 

Recueil: Face aux verrous
Editions: Gallimard

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MON PLUS GRAND BONHEUR, C’EST QU’AU LOIN (Emily Jane Brontë)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2017



 

MON PLUS GRAND BONHEUR, C’EST QU’AU LOIN

Mon plus grand bonheur, c’est qu’au loin
Mon âme fuie sa demeure d’argile,
Par une nuit qu’il vente, que la lune est claire,
Que l’oeil peut parcourir des mondes de lumière —
Que je ne suis plus, qu’il n’est rien —
Terre ni mer ni ciel sans nuages —
Hormis un esprit en voyage
Dans l’immensité infinie.

***

I’M HAPPIEST WHEN MOST AWAY

I’m happiest when most away
I can bear my soul from its home of clay
On a windy night when the moon is bright
And the eye can wander through worlds of light—

When I am not and none beside—
Nor earth nor sea nor cloudless sky—
But only spirit wandering wide
Through infinite immensity.

(Emily Jane Brontë)

Illustration

 

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Qu’on ne sait rien (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2017



 

Qu’on ne sait rien

La lune ignore qu’elle est calme et claire
Et ne sait même pas qu’elle est la lune;
Le sable qu’il est sable. Il n’est pas une
Chose qui sache qu’elle est singulière.
Les pièces d’ivoire sont étrangères
Au jeu d’échecs abstrait comme la main
Qui les dirige. Et le destin humain
Aux bonheurs brefs et aux longues misères
Est l’outil d’un Autre. Nous l’ignorons;
L’appeler Dieu ne nous aidera pas.
Vains sont la peur aussi, le désarroi,
La prière amputée que nous faisons.
Pour moi la flèche, un arc est-il possible ?
Quelle cime peut-elle être la cible ?

(Jorge Luis Borges)

Illustration

 

 

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