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Posts Tagged ‘rire’

ENCORE UN PEU D’AMOUR QUI SE DÉROULE (François de Cornière)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2018




    
ENCORE UN PEU D’AMOUR QUI SE DÉROULE

J’ai noté
qui venait de la cuisine
le bruit d’un couteau sur une pomme.
Je l’entendais je l’ai marqué
avec d’autres mots
pour dire d’autres bruits
(comme celui d’un frigo
dans une maison vide
ou encore d’un râteau
sur des graviers l’été).

Aujourd’hui je les retrouve
— mots et bruits —
au milieu d’un carnet
qui me parlent toujours
me renvoient à des lieux
à des jours très précis.

Et si par la fenêtre ouverte
j’écoute vos rires et vos cris
dans un jardin vibrer
c’est dans le jet d’eau qui vous vise
encore un peu d’amour qui se déroule
et qui retombe dans mon poème
maintenant retrouvé.

(François de Cornière)

 

Recueil: Ces moments-là
Traduction:
Editions: Le Castor Astral
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LA JEUNE FEMME DE KYOTO (René Depestre)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2018



Illustration: Alex Solodov
    
à Yuko
LA JEUNE FEMME DE KYOTO

Une nuit j’ai allongé ma vie dans son herbe
et j’ai tant joui de sa beauté que je porte
son absence de fée comme un temps de cerisier.
Des années après je sens Yuko infuser
une force d’arbre à pain à mes idées.
Je la vois qui ouvre et ferme
en riant les battants de mon chemin.
Ivre de ses charmes, me voici à jamais
accru de sa flambée de jeune femme.

(René Depestre)

 

Recueil: Anthologie personnelle
Traduction:
Editions: Actes Sud

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UNE FÉE EN HIVER (René Depestre)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2018




    
à Hadriana Siloé
UNE FÉE EN HIVER

Une fée s’est réveillée
dans le poivre gris de l’hiver.
Un papillon l’a précédée
au-dessus de la cheminée.
Une fête ! Une fête d’amour
autour des vivants et des morts !
le feu brille dans mes mots du soir :
chaque instant est un éclat de rire
qui fait battre la vie à se rompre !

voici la fée qui se déshabille
sur l’égarement de mes cinq sens.
Une odeur de brûlé s’élève
de sa justice de femme.
Sa chaude lune est
le songe d’un très vieux songe de poète.
Sa force tendrement animale
est un pollen de papillon
sur l’oreiller d’un pharaon d’Egypte !

que la nuit apporte sa tendresse
aux yeux de reine vigilante !
que la maison reste en fleur
dans la neige de son souvenir !
salut, ombre bien-aimée d’Hadriana !
tes semences sont à ma porte
ta joie saute dans mon lit
pour rendre soudain la vue
à l’aveuglement de mes années !

(René Depestre)

 

Recueil: Anthologie personnelle
Traduction:
Editions: Actes Sud

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CHEVAUX DE BOIS CHEVAUX DE MON ENFANCE (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 21 février 2018




    
CHEVAUX DE BOIS
CHEVAUX DE MON ENFANCE

Chevaux de bois, bêtes d’apocalypse,
Sommeils d’enfants, calèches de velours,
Tournez pour nous dans les fêtes foraines,
A mi-chemin de la terre et du ciel.

Pistons crevés, hurlantes limonaires,
Cacophonie haletante d’enfer,
Kiosque braillant de cris et de lumières
Combien plus beau que le chemin de fer !

Virez, chevaux couronnés de visages,
De convoitise et de rires envieux,
Ménagerie des illusions sans âge :
Coqs et cochons, girafes, éléphants.

Nous, pour vous voir, nous venions des villages
La tête rase et les yeux grands ouverts,
Chevaux tout droits cabrés dans la fanfare
Montant, baissant comme la houle en mer.

Coeurs fracassés sous la lune des filles,
Sous le tonnerre ambroisien des tambours.
Le soir venait, lent, chaussé d’espadrilles,
La nuit s’ouvrait sur les champs de velours.

(Maurice Fombeure)

 

 

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Brune (François Coppée)

Posted by arbrealettres sur 21 février 2018



 

Igor Galanin  manège

Brune

Sur le terrain de foire, au grand soleil brûlé,
Le cirque des chevaux de bois s’est ébranlé
Et l’orgue attaque l’air connu :  » Tant mieux pour elle !  »
Mais la brune grisette a fermé son ombrelle,
Et, bien en selle, avec un petit air vainqueur,
Elle va se payer deux sous de mal de coeur.
Elle rit, car déjà le mouvement rapide
Colle ses frisons noirs sur son front intrépide,
Et le vent fait flotter sa jupe et laisse voir
Un gai petit mollet, en bas rouge à coin noir.

(François Coppée)

Illustration: Igor Galanin

 

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Funambules (Kévin Broda)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018



Ilustration: Rafal Olbinski
    
Funambules

Autant de funambules
Qu’il y a d’êtres humains
Amour en équilibre
Au-dessus du gouffre
Tous sur le fil du rasoir
Pris dans des histoires
A dormir debout
Et pourtant on rit quand même
Et pourtant on tient à la vie
Comme un chien
Tient à son maître

(Kévin Broda)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: numéro 77
Traduction:
Editions: revue Traction-Brabant

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Par un point situé sur un plan… (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018



perpendiculaire

Par un point situé sur un plan
On ne peut faire passer qu’une perpendiculaire à ce plan.
On dit ça…
Mais par tous les points de mon plan à moi
On peut faire passer tous les hommes, tous les animaux de la terre.
Alors votre perpendiculaire me fait rire.
Et pas seulement les hommes et les bêtes
Mais encore beaucoup de choses
Des cailloux
Des fleurs
Des nuages
Mon père et ma mère
Un bateau à voiles
Un tuyau de poêle
Et si cela me plaît
Quatre cents millions de perpendiculaires.

(Robert Desnos)

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Je ne suis pas de celles… (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2018



Illustration: Jose Sabogal    
    
Je ne suis pas de celles…
Tango

1
Je ne suis pas de celles
Qu’on rencontre la nuit à la lueur des flambeaux
Avec de lourds colliers pour les rendre plus belles
Leurs yeux noirs de corbeaux
Éclairés d’étincelles
Sur les doigts des diamants qui brillent dans le noir
Je dors toute la nuit je ne suis pas comme elles
Qui se lèvent le soir.

2
Moi je me lève à l’aube et je cours par les champs
À travers les pampas baignées par la lumière
J’appelle avec mes chants
Charmée par le soleil et les fleurs printanières
Le grand meneur de boeufs qui m’aime sans rivale
Et qui siffle en guettant mon rire et mon passage
Dressé sur son cheval
Tandis que son troupeau emplit les pâturages.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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Avez-vous vu Lambert? (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2018




    
Avez-vous vu Lambert?

1
Je vais vous chanter
Un fait historique
Qui s’est déroulé
Avant l’avèn’ment de la République:
Au bois d’ Vincenn’ monsieur Lambert
Madame Lambert, les p’tits Lambert
Par un matin d’été superbe
Allèrent déjeuner sur l’herbe.
Monsieur Lambert sans crier gare
S’éloigna pour aller acheter un cigare.

Refrain 1
Madam’ Lambert affolée
Criait d’allée en allée
Lambert! Lambert!
Avez-vous vu Lambert ?
Les p’tits Lambert tout en larmes
Faisaient aussi du vacarme
Lambert! Lambert!
Avez-vous vu Lambert?
Les passants que ça fit rire
À leur tour se mir’nt à dire
Lambert! Lambert!
Avez-vous Lambert ?
Avez-vous Lambert?
Lambert ?

2
Rentrée dans Paris
La foule joyeuse
Continua ses cris
D’ la porte Dorée à la rue Vineuse
Faubourg Saint-Denis, Rue d’ Rivoli
Rue Rossini, rue Cassini
Place du Trôn’, quai de Grenelle
Et Boulevard Bonne Nouvelle
Chacun criait à perdre haleine
Comm’ des fous, comm’ des sourds, des putois, des baleines.

Refrain 2
Napoléon trois s’inquiète
La police est en alerte
Lambert! Lambert!
Arrêtez donc Lambert!
Le tocsin, la générale
Composent une chorale
Lambert! Lambert!
Avez-vous vu Lambert ?
Méfiez-vous il est terrible
Il pourrait vous prendr’ pour cible
Lambert! Lambert!
Avez-vous vu Lambert ?
Arrêtez donc Lambert!
Lambert!

3
Je connais des gens
Dont la renommée
Est comme un volcan
Vomissant des lay’s et de la fumée
Ils pouss’nt des cris, ils, font du bruit
On est surpris, on perd l’esprit
On court à gauche, on court à droite
Et le pantin sort de sa boîte
Quoi c’était ça le monstre horrible
Le dragon, le costaud, le méchant, le terrible.

Refrain 3
Et pendant ce temps les heures
Sont rentrées dans leur demeure
Lambert! Lambert!
Avez-vous vu Lambert ?
C’est le vent qui le remporte
Le destin ouvre sa porte
Lambert! Lambert!
Viens te coucher Lambert
Et les enfants des écoles
S’amusent sur ces paroles
Lambert! Lambert!
Avez-vous vu Lambert ?
Avez-vous vu Lambert ?
Lambert!

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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Les roses (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018



Abdalieva Akzhan -   3

Les roses

L’air était pur, la nuit régnait sans voiles ;
Elle riait du dépit de l’amour :
Il aime l’ombre, et le feu des étoiles,
En scintillant, formait un nouveau jour.

Tout s’y trompait. L’oiseau, dans le bocage,
Prenait minuit pour l’heure des concerts ;
Et les zéphyrs, surpris de ce ramage,
Plus mollement le portaient dans les airs.

Tandis qu’aux champs quelques jeunes abeilles
Volaient encore en tourbillons légers,
Le printemps en silence épanchait ses corbeilles
Et de ses doux présents embaumait nos vergers.

Ô ma mère ! On eût dit qu’une fête aux campagnes,
Dans cette belle nuit, se célébrait tout bas ;
On eût dit que de loin mes plus chères compagnes
Murmuraient des chansons pour attirer mes pas.

J’écoutais, j’entendais couler, parmi les roses,
Le ruisseau qui, baignant leurs couronnes écloses,
Oppose un voile humide aux brûlantes chaleurs ;
Et moi, cherchant le frais sur la mousse et les fleurs,

Je m’endormis. Ne grondez pas, ma mère !
Dans notre enclos qui pouvait pénétrer ?
Moutons et chiens, tout venait de rentrer.
Et j’avais vu Daphnis passer avec son père.

Au bruit de l’eau, je sentis le sommeil
Envelopper mon âme et mes yeux d’un nuage,
Et lentement s’évanouir l’image
Que je tremblais de revoir au réveil :

Je m’endormis. Mais l’image enhardie
Au bruit de l’eau se glissa dans mon coeur.
Le chant des bois, leur vague mélodie,
En la berçant, fait rêver la pudeur.

En vain pour m’éveiller mes compagnes chéries,
En me tendant leurs bras entrelacés,
Auraient fait de mon nom retentir les prairies ;
J’aurais dit :  » Non ! Je dors, je veux dormir ! Dansez !  »

Calme, les yeux fermés, je me sentais sourire ;
Des songes prêts à fuir je retenais l’essor ;
Mais las de voltiger, (ma mère, j’en soupire,)
Ils disparurent tous ; un seul me trouble encor,

Un seul. Je vis Daphnis franchissant la clairière ;
Son ombre s’approcha de mon sein palpitant :
C’était une ombre, et j’avais peur pourtant,
Mais le sommeil enchaînait ma paupière.

Doucement, doucement, il m’appela deux fois ;
J’allais crier, j’étais tremblante ;
Je sentis sur ma bouche une rose brûlante,
Et la frayeur m’ôta la voix.

Depuis ce temps, ne grondez pas, ma mère,
Daphnis, qui chaque soir passait avec son père,
Daphnis me suit partout pensif et curieux :
Ô ma mère ! Il a vu mon rêve dans mes yeux !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Abdalieva Akzhan

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