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Poésie

Posts Tagged ‘rire’

Sans recours donne la source (Jean-Louis Chrétien)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2018



    

sans recours donne la source
nous buvons dans le rire de nos mains jointes
elle-même n’aura pu venir
effleurer nos lèvres au goût d’herbe
blessée à mort la lumière
de toute part aussitôt ressuscite
dans l’extase des arbres et la rude
toile des champs par l’été tendue
sous ses doigts neufs jaillissent les oiseaux
ce qui l’ouvrit fendant le fruit de l’ombre
nous ne le voyons jamais

ton corps pourra-t-il furtif
bénir ce qui sera resté
sur l’autre versant du cri
la réserve du coeur encore
en amont du pouls qui déferle
et si nous nous serrons pour essayer d’entendre
n’y a-t-il pas dans ce frisson brûlé
où vibrent nos gestes hâtifs
quelque retard déjà sur ce léger
glissement d’esquive
interstellaire

(Jean-Louis Chrétien)

 

Recueil: Entre Flèche et Cri
Traduction:
Editions: Obsidiane
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Après les remparts dans le quartier de l’Océan (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2018




    
Après les remparts
dans le quartier de l’Océan
vivait Khalti Samar

À son grand désespoir
son mari ce mécréant
ne buvait que du café noir

«Pourquoi boire du thé?
disait-il d’un air critique
Son goût est beaucoup trop sucré
et il amollit la logique

Prenez n’importe quelle démente
donnez-lui un thé à la menthe
et elle vous contera des histoires
que vous écouterez jusqu’au soir!

Qu’Allah me protège du merveilleux
qui s’insinue même dans les coeurs
des plus malingres et des plus vieux
pour leur faire croire au bonheur!

Faut-il que je cède au rêve
de mon épouse Samar la douce
et que pour son tajine aux fèves
le savoir je repousse ?

Faut-il que je rie ?
Faut-il que je pleure?
Faut-il que j’aille voir le cadi
pour lui parler sans candeur ?

Ah! Samar la grâce de tes yeux
est un tel baume une telle richesse
Tu ne sais pas ma sécheresse
quand tu allumes tes feux

Je suis chandelle entre tes mains
assoiffé de ta lumière
Je veux vivre entre tes seins
jusqu’à ma larme dernière»

Ainsi parlait le mari de Khalti Samar
quand elle lui versait du café noir

(Aya Cheddadi)

 

Recueil: Tunis marine
Traduction:
Editions: Gallimard

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Mélusine instruisant ses fils (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2018



Illustration
    
Mélusine instruisant ses fils

Quand on joue avec le feu
il est très important
d’être gracieux

Si les arts prennent du temps
seul celui-ci, Messieurs
d’emblée s’entend

Il n’est pas d’atermoiements
Dansez avec le feu
Riez gaiement

Il n’est ni Moins bien ni Mieux
le mot Parfaitement
Régne en ce lieu

(Aya Cheddadi)

 

Recueil: Tunis marine
Traduction:
Editions: Gallimard

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Avec la tenaille de ma pauvreté (Luis Mizón)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2018



 

Avec la tenaille de ma pauvreté
je blesse la lumière
pour te faire cadeau de ses larmes
mais la lumière te ressemble trop
elle fait semblant d’être triste
et tout à coup rit aux éclats

(Luis Mizón)

Illustration: Jeff Scher

 

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Tu as débarqué sur une île inconnue (Luis Mizón)

Posted by arbrealettres sur 14 janvier 2018



 

Tu as débarqué sur une île inconnue
où tu es toujours une touriste
la cloche de l’église sonne midi
tu es sortie pour acheter une robe
près de la rivière
tu rencontreras tes amis
tu m’attends
tu ne sais pas que tu es morte
cela n’a rien changé de toi
ni de ton rire
à peine la mort a-t-elle modifié ta coiffure

(Luis Mizón)

Illustration: Arnold Böcklin

 

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VITE (Jean-Louis Chrétien)

Posted by arbrealettres sur 13 janvier 2018




    
VITE

pour dilapider le matin
attendons que la nuit nous rejoigne

ses doigts sont si prompts et si jeunes
tout s’en ira plus vivement

la pudeur de l’aube tremblante
les mots inconnus à nouveau

l’instant où d’un peu d’eau douce
nous nous ôtons le sel des rêves

l’apprentissage du départ
vers les lointains hésitants

verse encore le vin de ton rire
il est plus fort quand l’ombre danse ainsi

(Jean-Louis Chrétien)

 

Recueil: Entre Flèche et Cri
Traduction:
Editions: Obsidiane

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Les lointains sont invisibles (Jean-Louis Chrétien)

Posted by arbrealettres sur 13 janvier 2018




    
les lointains sont invisibles
nos larmes dépareillées
les morts inexperts reviennent
chercher dans nos voix désertes
un peu du poids qui leur manqua

avec des bribes d’enfance
des jeux qui n’en finissaient pas
des rires au goût de fruit mûr
des regards à la dérobée
nous ne ferons pas même une heure

la paix du galet sur ta paume
ne la bois pas toute entière
laisse au vent prendre sa part
des mots dont tu voudrais qu’ils crient

(Jean-Louis Chrétien)

 

Recueil: Entre Flèche et Cri
Traduction:
Editions: Obsidiane

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Cache-cache (Henri Heine)

Posted by arbrealettres sur 13 janvier 2018



Nous avions l’un pour l’autre un tendre sentiment,
Et nous avons vécu en parfait accord.
Nous avons souvent joué « au mari et à la femme »,
Sans jamais nous chamailler et nous battre.
Nous avons ri et plaisanté ensemble,
Nous avons échangé caresses et tendres baisers.
A la fin, nous nous sommes amusés, comme les enfants,
A jouer à cache-cache dans les bois et dans les champs;
Et nous avons si bien su nous cacher
Que nous ne nous sommes jamais retrouvés.

(Henri Heine)


Illustration

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Toi seul m’apprendras par coeur (Jean-Louis Chrétien)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2018




    
toi seul m’apprendras par coeur
les légendes de la pluie lente
avec ses chevaux incertains
dont le seul souffle peut se voir
leurs pas sourds qui font le bruit d’un pouls
tu riras d’en avoir oublié le début
dans ton rire j’inventerai leur fin
et pour toi j’écrirai en lettres méridiennes
les premiers rayons du jour

(Jean-Louis Chrétien)

 

Recueil: Entre Flèche et Cri
Traduction:
Editions: Obsidiane

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L’ENFANT DE LA BALLE (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2018



Illustration: Gilles Candelier
    
L’ENFANT DE LA BALLE

Ce soir
Ce soir ou un autre
La corde
Pour rire cinq cents personnes
Et la corde
Qu’est-ce qu’on fera d’un mort
Qu’est-ce qu’on fera de cet idiot qui s’est tué
Comme ça avec toutes les lampes allumées
La corde et la fausse note
Mais dans la roulotte arrêtée
Un soir
Pas d’allumette sous le réchaud
Pas de visage dans la cuvette
Le pied qui manque
Les chaussettes vertes
Cinq cents personnes
La corde.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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