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Poésie

Posts Tagged ‘rire’

Le Coq et le Renard (Jean de la Fontaine)

Posted by arbrealettres sur 27 mai 2017



 

Le Coq et le Renard

Sur la branche d’un arbre était en sentinelle
Un vieux Coq adroit et matois.
« Frère, dit un Renard, adoucissant sa voix,
Nous ne sommes plus en querelle :
Paix générale cette fois.
Je viens te l’annoncer ; descends, que je t’embrasse.
Ne me retarde point, de grâce ;
Je dois faire aujourd’hui vingt postes sans manquer.
Les tiens et toi pouvez vaquer
Sans nulle crainte à vos affaires ;
Nous vous y servirons en frères.
Faites-en les feux dès ce soir.
Et cependant viens recevoir
Le baiser d’amour fraternelle.
– Ami, reprit le coq, je ne pouvais jamais
Apprendre une plus douce et meilleur nouvelle
Que celle
De cette paix ;
Et ce m’est une double joie
De la tenir de toi. Je vois deux Lévriers,
Qui, je m’assure, sont courriers
Que pour ce sujet on envoie.
Ils vont vite, et seront dans un moment à nous.
Je descends ; nous pourrons nous entre-baiser tous.
-Adieu, dit le Renard, ma traite est longue à faire :
Nous nous réjouirons du succès de l’affaire
Une autre fois. Le galand aussitôt
Tire ses grègues, gagne au haut,
mal content de son stratagème ;
Et notre vieux Coq en soi-même
Se mit à rire de sa peur ;
Car c’est double plaisir de tromper le trompeur.

(Jean de la Fontaine)

Illustration: Marc Chagall

 

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UN FEU DISTINCT… (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2017



 

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UN FEU DISTINCT…

Un feu distinct m’habite, et je vois froidement
La violente vie illuminée entière…
Je ne puis plus aimer seulement qu’en dormant
Ses actes gracieux mélangés de lumière.

Mes jours viennent la nuit me rendre des regards,
Après le premier temps de sommeil malheureux;
Quand le malheur lui-même est dans le noir épars
Ils reviennent me vivre et me donner des yeux.

Que si leur joie éclate, un écho qui m’éveille
N’a rejeté qu’un mort sur ma rive de chair,
Et mon rire étranger suspend à mon oreille,

Comme à la vide conque un murmure de mer,
Le doute, — sur le bord d’une extrême merveille,
Si je suis, si je fus, si je dors ou je veille?

(Paul Valéry)

Illustration: Brad Kunkle

 

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De nouveau (Hubert Antoine)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2017



    

de nouveau
ouvrir le dictionnaire imaginaire
inventer des sens et des sons
mélanger l’inconnu de toutes les casseroles
aux ingrédients du fou
punir l’ordinaire
par des châtiments de charme sauvage
voler les oeufs des nuages
sous la paille des rayons
et écrire tous les vents
dans les trêves du rire

(Hubert Antoine)

 

Recueil: tohu-bohu et brouhaha
Editions: Le Cormier

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Danse, mon coeur (Kabîr)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2017



 

Illustration
    
Danse, mon coeur; danse de joie aujourd’hui.
Des chants d’amour emplissent de musique les jours et les nuits
et le monde est attentif à leurs mélodies.

Folles de joie, la vie et la mort dansent au rythme de cette musique.
Les monts et l’océan et la terre dansent
— Au milieu d’éclats de rire et de sanglots l’humanité danse.

Pourquoi mettre une robe de moine
et vivre hors du monde dans une orgueilleuse solitude ?
Vois ! Mon coeur danse dans la joie de la connaissance
et le Créateur en est heureux.

(Kabîr)

 

 

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Chanson pour toi (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2017



Je ne cesserai pas
De chanter les cloches des rencontres muettes,
Les bras des divans parfumés,
les grandes chutes d’oiseaux ressemblants,
les éternels miroirs vibrants.

Je ne cesserai pas
de chanter la morsure rouge des lèvres,
l’épaule insoumise, les aisselles surprises,
les seins toujours à l’heure aux rendez-vous nocturnes.

Je ne cesserai pas
de chanter ton visage poudré de cendre,
le dernier naufrage à l’aube soufflée des lampes,
ta nuque échappée à l’étreinte,
tes pas que rien ne trahit

Je ne cesserai pas
de chanter tes hanches profondes,
tes chevilles noyées dans les nuages,
tant de pensées vagabondes,
tant de fumée divine.

Je ne cesserai pas
de chanter ta chevelure courante
aux pieds des arbres solitaires
blessés de feuilles et d’œillères.

Je ne cesserai pas
de chanter la rue, le parc, la mer
car je te connais
car je t’aime et te connais.

Je ne cesserai pas
d’apprendre à rire,
à peindre et rire
dans le fond des palais;
car je te crains,
car je t’aime et te crains.

Je ne cesserai pas
de forger des serrures,
des cadenas et des ceintures
tout le long du ciel,
car je te garde,
car je t’aime et te garde.

Je ne cesserai pas
de couper tes mains,
tes bras et tes poings
pour que jamais l’adieu
ne remonte sur l’eau.

(Edmond Jabès)

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Vers les Sirènes (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2017



 

Vers les Sirènes

Vous craignez le désir, ô compagnons d’Ulysse !
Aveugles et muets, l’âme close au péril
De la voix qui ruisselle et du rire subtil,
Vous rêvez des foyers qui recueillent l’exil
Aux pieds lassés. Moi seul, ô compagnons d’Ulysse,
Moi seul ai dédaigné la fraude et l’artifice,
Moi seul ose l’amour et le divin péril.

Dénouant leurs cheveux fluides, les Sirènes,
Ceintes de la langueur et du regret des morts,
S’approchent, un reflet de perles sur leurs corps.
Elles chantent… Leur voix se mêle aux clairs accords
Des vagues et du vent… J’entrevois les Sirènes…
Elles chantent l’amour qui corrode les veines
Comme un venin, et fait pleurer les yeux des morts…

Ô lâches compagnons d’Ulysse ! Pour une heure
Je donne l’existence humaine ! Pour un chant
Vaguement répété par la mer au couchant,
Pour un visage à peine entrevu, se penchant
Sur le miroir brisé des ondes, — pour une heure,
J’accepte le silence où le néant demeure,
Le silence où périt la mémoire du chant…

(Renée Vivien)

Illustration: Victor Mottez

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Ce qui reste à jamais à dire (Robert Ganzo)

Posted by arbrealettres sur 16 mai 2017



Vos liens sont dénoués, paroles,
Mes étoiles aux ciels des yeux.
L’instant m’interroge et je peux
Titubant de pleurer à rire
Tenter enfin de dire au mieux
Ce qui reste à jamais à dire.

(Robert Ganzo)


Illustration: Michel Ogier

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L’EOLIENNE (Christiane Barrillon)

Posted by arbrealettres sur 16 mai 2017



L’EOLIENNE

« Vent, tu te crois le gouvernant,
tu n’es qu’un âne, tu n’es qu’un sot ! »
Et sa couronne elle fait rouler
devant elle comme un cerceau
(la route est si belle, le ciel est si grand !)
et file et freine et fouette le vent…
A la cime de son pylône,
avec le ciel sous sa couronne,
avec le vent à ses côtés,
l’éolienne
est comme une reine
et fait ses quatre volontés.

Aux quatre coins de l’horizon
elle fait la roue en riant,
sans souci du qu’en dira-t-on.
Par tous les temps, sur tous les tons,
cette rouée, elle module,
tourne le vent en ridicule :

« Vent, tu te crois le gouvernant,
tu n’es qu’un âne, tu n’es qu’un sot ! »
Et sa couronne elle fait rouler
devant elle comme un cerceau
(la route est si belle, le ciel est si grand !)
et file et freine et fouette le vent…

L’éolienne, avec sa roue de rire,
sa roue d’argent qui vire vire,
de l’horizon est le point de mire :
tout l’horizon est à ses pieds
Avec des éclats de rire argentés,
du matin au soir, jamais enrouée,
notre éolienne, elle se promène
et mène le vent
par le bout du nez…

(Christiane Barrillon)

Illustration

 

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Sur la table les fruits brûlent (Eugénio de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 12 mai 2017



Illustration: Claude Monet

    
Sur la table les fruits brûlent : poires,
oranges, pommes pressentent
l’intime blancheur
des dents, le désir réprimé,

le vin épais des voix anciennes;
la mélancolie brûle en inventant
une autre ville,
un autre pays, d’autres cieux où lancer

les regards et les rires : couche-toi près de moi,
je t’apporte de la mer
la lumière démontée de l’écume,
dans les flancs cette ardeur contenue.

(Eugénio de Andrade)

 

Recueil: Matière Solaire / Poids de l’Ombre / Blanc sur Blanc
Traduction:Michel Chandeigne, Patrick Quillier, Maria Antonia Câmara Manuel
Editions: Gallimard

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FAUSSE JOIE (Pierre Reverdy)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2017



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FAUSSE JOIE

LA tristesse
l’attente
le désespoir
La ville lumineuse en haut du rocher blanc
Et l’éclat de Midi passé
Malgré le temps
Les temples s’illuminent de pauvres réverbères
Plus gais que le soleil
Ou la sonnerie des trompettes rouges au réveil
Tout le monde est passé par là
Ceux qui travaillent
Ceux qui mangent
Tout mange
Et même celui-là
Quelquefois les dents se montrent entre les flots
l’écume ballottée
et le petit canot
Mais le danger prévu s’arrête sur le seuil
Et tout est oublié
Le carnaval en deuil
est assis sur le temple
Et la rumeur du coeur soulèverait le toit
Les rires étouffés
Et les pas en silence
Devant la maison morte et qui brise le coin
S’il y avait seulement moyen de rire
Un peu plus loin

(Pierre Reverdy)

Illustration: Valeri Tsenov

 

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