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Poésie

Posts Tagged ‘rire’

LA MÉMOIRE (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2019



Illustration: Josephine Wall
    

LA MÉMOIRE

À regarder ce corps il vient sans doute
À mon esprit les mémoires de centaines de vies.
Ces yeux qui cachent des milliers de plaisirs oubliés
Tels des chants printaniers vie après vie.
Comme si tu étais l’oubli de moi-même,
Mon plaisir et ma peine depuis la nuit des temps,
Une foule de parterres dans un paysage nouveau,
Une foule de clairs de lune dans un ciel nouveau.
Tu es pareille à la souffrance des jours de séparation,
Tu es tel le rougeoiement de la nuit d’amour,
Tous ces rires, tous ces pleurs et tous ces éclairs
Se sont aujourd’hui incarnés dans ce corps de miel.
Ainsi, nuit et jour, à contempler ton visage
La vie semble fondre dans un ailleurs.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Tantôt dièse tantôt bémol
Traduction: Prithwindra Mukherjee
Editions: La Différence

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Le miracle (Yànnis Stiggas)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2019



Illustration: Antony Lelgouarch
    
Le miracle c’est d’arriver à rire
en tenant notre ennui,
ce cygne noir,
dans nos mains.

Le miracle c’est simplement de rire.

(Yànnis Stiggas)

 

Recueil: Vagabondages du sang
Traduction: Michel Volkovitch
Editions: Des Vanneaux

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LA FIN DU POÈME (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2019



Illustration
    
LA FIN DU POÈME

C’est la fin du poème.
Épaisseur et transparence, lumière et misère — les jeux sont faits.

On avait commencé par la rime pour enfants.
On avait cherché des ondes de choc dans d’autres rythmes.
On avait gardé le silence, ensuite murmuré :
on cherchait a se rapprocher du bruit que fait le coeur
quand on s’endort ou du battement des portes quand le vent souffle.

On croyait dire et on voulait se taire.
Ou faire semblant de rire.
On voulait surtout sortir de son corps, se répandre partout,
grandir comme une ombre sur la montagne, sans se perdre, sans rien perdre.

Mais on avait compté sans la dispersion souveraine.
Comment feindre et même oublier, quand nos débris sont jetés aux bêtes de l’espace,
— qui sont, comme chacun sait, plus petites encore que tout ce qu’il est possible de concevoir.
Le vertige secoue les miettes après le banquet.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Pourquoi ai-je ri cette nuit? (John Keats)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2019



 

Rockwell Kent 13

Pourquoi ai-je ri cette nuit? Aucune voix ne le peut dire,
Ni Dieu ni Démon à la sévère réplique
Ne daigne répondre du haut du ciel ou du fond de l’enfer.
Alors, vers mon coeur d’homme je me tourne aussitôt.
Coeur, toi et moi, sommes ici tristes et solitaires ;
Dis, pourquoi ai-je ri ? O mortelle douleur !
O ténèbres ! ténèbres ! Toujours dois-je me lamenter,
D’interroger Ciel, Enfer et Coeur en vain ?
Pourquoi ai-je ri ? Je connais le bail de l’être,
Ma fantaisie le prolonge jusqu’à ses félicités suprêmes ;
Pourtant je voudrais à cette heure même cesser d’exister
Et voir les pompeux pavillons du monde en lambeaux.
Force, Gloire et Beauté sont superbes en vérité, mais la mort
est plus superbe encore.
La mort est la récompense hautaine de la vie.

(John Keats)

Illustration: Rockwell Kent

 

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C’EST À DIRE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2019




Illustration: Fernand Dubuis

    
C’EST À DIRE
(Le bruit qui n’est pas entendu)

Pour Fernand Dubuis, qui a enrichi ce texte de couleurs rares aux harmonies inattendues.

Au tournant du verbe
accablé de masques
dont l’être intermittent
parfois surgit
lampe éphémère
pour que renaissent
les ténèbres
en vain refoulées
parfois plonge à l’oubli définitif
recours
depuis l’origine inconnue
jusqu’au-delà du futur
où tant de douleurs
enfin pétrifiées seront
c’est-à-dire
ne seront plus
voici pour le veilleur
ensommeillé
l’écho qui s’interroge
au-dehors sans répondre
le sifflement de l’ennemi
sous la porte
peut-être la clé
perdue
ou du moins ce mince fil
conducteur de vocables
mais pour qui mais pourquoi
s’il n’est rien
s’il s’enroule inutile
à l’index
ou s’il
retentit solitaire
ou s’il est incapable
de révéler autre chose
que sur le sol
à l’ombre de l’été
ce peu de traces
d’un passage
ou le bruit qui n’est pas entendu
ou les couleurs légères
de l’averse que le soleil
dispense à l’ennui
du littoral
lorsque tout espoir
et tout mal
évanouis
le sable
entonne le tumulte
les cris les rires
la blessure
et le silence même
dans une tête
aux dents serrées
inutile témoin
sur l’astre feu
lentement refroidi
d’être là
et ainsi et ainsi
et toujours
et si vous voulez
que je m’arrête
donnez-moi le mot
sinon— sans fin

je continue.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Entre la chose d’écrire et le Verbe (Georges Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2019



 

Ettore Aldo Del Vigo -1-2

Entre la chose d’écrire
Et le Verbe, entends le rire
d’un invisible témoin
qui te retient par la main.

(Georges Libbrecht)

Illustration: Ettore Aldo Del Vigo

 

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Il est cent façons de mourir (Georges Perros)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2019




    
On meurt de rire on meurt de faim
On meurt pour blessure à la guerre
On meurt au théâtre à la fin
D’un drame où le ciel est par terre.

Il est cent façons de mourir
Pour vivre on est beaucoup plus sage.
Il s’agit de savoir moisir
Entre l’espoir et le fromage.

(Georges Perros)

 

Recueil: Poèmes bleus
Traduction:
Editions:

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NERFS D’AUTOMNE (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2019



NERFS D’AUTOMNE

C’est l’automne, tout bruit, on a sommeil,
Et les arbres soupirent dans la rue ;
Toux et pleurs et un vide sans pareil…
Il fait froid, il pleut à perte de vue.

Les amants, plus tristes à leur réveil,
Plus malades, ont d’étranges manières,
Et les feuilles dormant de leur sommeil
Éternel, tombent lourdes sur la terre.

Je reste là et m’en vais et reviens
Et les amants m’emplissent de tristesse.
J’ai envie, oui, de rire pour un rien,
Il fait froid, il pleut encor et sans cesse.

(George Bacovia)

Illustration

 

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VERS LE PRINTEMPS (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2019



VERS LE PRINTEMPS

Les gouttes tombent des auvents…
Rumeur de temps pleins de lumière…
Je veux sourire, oui, un instant.
Allons, tous debout, prolétaires !

De l’horizon ouvert, riant,
S’éloignent des monts glaciaires.
Sous le ciel, avec fleurs et chants,
Allons, tous debout, prolétaires !

(George Bacovia)

 

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OH ! CRÉPUSCULES (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2019



crépuscule violet 0

OH ! CRÉPUSCULES

Oh, crépuscules violets…
L’hiver s’en vient
Avec ses pleurs de flageolets…

Sur le parc abandonné
Tombent les regrets,
On entend croasser…

Eternité,
Agacement…
De ses fanfares, funèbrement,
L’automne sonne l’agonie…

Un vent glacial s’est déchaîné,
Et sous les branches squelettes,
Comme un rire de cinglé.

De toi aucune trace…
— Viendra-t-elle, viendra-t-elle pas ?…

Oh ! crépuscules violets…

(George Bacovia)

 

 

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