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Poésie

Posts Tagged ‘rire’

POURQUOI? (Franz Hellens)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2022



 

POURQUOI ?

Pourquoi te lamenter comme le râle
Dans les roseaux, te tordre comme le peuplier,
Pleurer comme le saule,
Entends couler la source, elle rit, fais comme elle
Toujours neuve et pareille en son entier.

Qu’est tout ce mouvement, que sont ces cris, silence
Dans l’énorme concert.
Seuls, une voix, un geste à peine
De cette eau toujours pleine
Donnent un sens à l’instant toujours vert.

(Franz Hellens)

Illustration

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Dans mon village midi carillonne (Pier Paolo Pasolini)

Posted by arbrealettres sur 9 mai 2022




Dans mon village
midi carillonne.
Mais dans les prés quelle paix
apporte la cloche!
Tu es toujours la même
ma cloche: non sans trouble
je reviens à portée de ta voix.
« Le temps est immobile:
vois le rire des pères,
comme la pluie dans les branches,
dans les yeux des enfants. »

(Pier Paolo Pasolini)

Illustration

 

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LA MONTAGNE AIGRIE (Vangelis Kassos)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2022



Illustration: Frédérique Manley
    
LA MONTAGNE AIGRIE

un jour cette montagne aigrie s’ouvrira
et une rivière lumineuse se déchaînera
dans la soif
comme un sanglot ou comme un rire
je ne saurais dire

un jour
le silence s’essoufflera
il appellera ses vagues
il ira se retirer dans les profondeurs
auprès de ses affreux naufrages

un jour
tu auras une coupe à boire
et une voix pour parler
alors tel un voleur
dépêche-toi
car la solitude
cruelle mégère
pourrait rentrer à l’improviste

(Vangelis Kassos)

 

Recueil: Cent poèmes
Traduction: Ioannis Dimitriadis
Editions: http://www.ainigma.net

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Vagues (Katherine Mansfield)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2022




    

Vagues

J’ai vu un Dieu minuscule
Assis
sous un parapluie bleu vif
Qui avait des glands blancs
Et des baleines d’or fourchues.
Au-dessous de lui
Son petit monde
S’expose au soleil.
L’ombre de Son chapeau
S’étale sur la ville.
Quand il étire Son bras
Un lac devient un sombre tremblement.
Quand il donne un coup de pied
Il fait nuit sur les cols des montagnes.
Mais tu es petit !
Il y a des dieux bien plus grands que toi ;
Ils s’élèvent et chutent,
Les dieux de la mer dévalant.
Ton coeur peut-il avoir de tels soupirs,
De tels cris sauvages et vains,
Un tel souffle venteux,
Une telle mort gémissante ?
Et ton bras peut-il envelopper
Le vieux,
Le froid,
L’immuable et épouvantable lieu
Où les hordes
De monstres de mer cornus
Et où les oiseaux hurlant
Se réunissent?
De ces hommes silencieux
Qui gisent dans
Nos prisons nacrées,
Peux-tu en faire ta proie?

Comme nous peux-tu rester
Attendant ton heure,
Et alors t’élever comme une tour
Et t’écraser et te fracasser?
Il n’y a ni arbres ni buissons
Dans mon pays,
Dit le Dieu minuscule.
Mais il y a des ruisseaux
Et des cascades
Et des pics montagneux
Couverts de jolies herbes.
Il y a de petites côtes et des ports sûrs,
Des grottes pour la fraîcheur et des plaines pour le soleil et le vent.
Joli est le son des rivières,
Jolie l’éclatante lumière
Des pics jolis.
Je suis satisfait.

Mais Ton royaume est petit,
Dit le Dieu de la Mer.
Ton royaume va choir,
Je ne peux te tolérer.
Tu es fier!
Avec un bruyant
Carillon de rires,
Il s’est redressé et a recouvert
Le pays du Dieu minuscule
De l’extrémité de sa main,
De la pointe de son doigt: Et après —

Le Dieu minuscule
Se mit à pleurer.

***

Waves

I saw a tiny God
Sitting
Under a bright blue Umbrella
That had white tassels
And forked ribs of gold.
Below him His little world
Lay open to the sun.
The shadow of His hat
Lay upon a city.
When he stretched forth His hand
A lake became a dark tremble.
When he kicked up His foot
It became night in the mountain passes.
But thou art small!
There are gods fargreater than thou;
They rise and fall
The tumbling gods of the sea.
Can thy heart heave such sighs,
Such hollow savage cries,
Such windy breath,
Such groaning death?
And can thy arm enfold
The o1d
The cold
The changeless dreadful place
Where the herds
Of horned sea-monsters
And the screaming birds
Gather together.
From those silent men That lie in the pen
Of our pearly prisons,
Canst thou hunt thy prey?
Like us cant thou stay
Awaiting thine hour,
And then rise like a tower
And crash and shatter?

There are neither trees nor bushes
In my country,
Said the tiny God
But there are streams
And waterfalls
And mountain peaks
Covered with lovely weed
There are little shores and safe harbours,
Caves for cool and plains for sun and wind.
Lovely is the sound of the rivers,
Lovely the flashing brightness
Of the lovely peaks.
I am content.

But Thy kingdom is small
Said the God of the Sea.
Thy kingdom shall fall,
I shall not let thee be.
Thou art proud
With a loud
Pealing of laughter,
He rose and covered
The tiny God’s land
With the tip of his hand
With the curl of his fingers:
And after—

The tiny God
Began to cry.

(Katherine Mansfield)

Recueil: Villa Pauline Autres Poèmes
Traduction: Philippe Blanchon
Editions: La Nerthe

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Villa Pauline (Katherine Mansfield)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2022




    
Villa Pauline

Voilà! avant qu’il ne vienne
Vous n’étiez qu’un nom:
Quatre petites chambres et un placard
Sans un os,
Et j’étais seule!
Maintenant avec vos fenêtres ouvertes
Tout ce qui peut entrer
De soleil et de fleurs et de beauté
Entre pour se cacher,
Pour jouer, pour rire dans les escaliers,
Pour attraper partout
Notre bonheur enfantin
Et pour glisser
À travers les quatre petites chambres sur la pointe des pieds
Avec le doigt levé
Comme si nous ne pouvions savoir
Quand les volets sont clos
Qu’ils s’attardent encore
Longtemps, longtemps après.
Allongé, l’un près de l’autre, dans l’obscurité
Il me dit: « Écoute,
N’est-ce pas un rire? »

***

Villa Pauline

But, ah! before he came
You were only a name:
Four little rooms and a cupboard
Without a bone,
And I was alone!
Now with your windows wide
Everything from outside
Of sun and flower and loveliness
Comes in to hide,
To play, to laugh on the stairs,
To catch unawares
Our childish happiness,
And to glide
Through the four little rooms on tip-toe
With lifted finger,
Pretending we shall not know
When the shutters are shut
That they still linger
Long, long after.
Lying close in the dark
He says to me : « Hark,
Isn’t that laughter? »

(Katherine Mansfield)

Recueil: Villa Pauline Autres Poèmes
Traduction: Philippe Blanchon
Editions: La Nerthe

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Le secret (Katherine Mansfield)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2022



Illustration: Jordan W Thatcher 
    
Le secret

Au plus profond de l’océan
Il y a un coquillage arc-en-ciel,
Il est toujours là, brillant le plus calmement
Sous les vagues des plus grosses tempêtes
Que les Grecs Anciens appelaient « ondes du rire. »
Comme vous l’entendez, le coquillage arc-en-ciel
Chante — au plus profond de l’océan.
Il est toujours là, chantant le plus silencieusement!

***

The Secret

In the profoundest ocean
There is a rainbow shell,
It is always there, shining most stilly
Under the greatest storm waves
That the old Greek called « ripples of laughter »
As you listen, the rainbow shell
Sings—in the profoundest ocean.
It is always there, singing most silenty!

(Katherine Mansfield)

Recueil: Villa Pauline Autres Poèmes
Traduction: Philippe Blanchon
Editions: La Nerthe

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L’Abîme (Katherine Mansfield)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2022




    
L’Abîme

Un Abîme de silence nous sépare l’un de l’autre.
Je me tiens d’un côté de l’abîme, toi de l’autre.
Je ne peux te voir ni t’entendre, mais sais que tu es là.
Souvent je t’appelle par ton nom d’enfant
Et prétends que l’écho à mon cri est ta voix.
Comment combler l’abîme ? Jamais par la parole ou le contact.
Autrefois je pensais que nous pourrions le remplir de larmes.
Maintenant je veux le détruire avec nos rires.

***

The Gulf

A Gulf of silence separates us from each other.
I stand at one side of the gulf, you at the other.
I cannot see you or hear you, yet know that you are there.
Often I call you by your childish name
And pretend that the echo to my crying is your voice.
How can we bridge the gulf? Never by speech or touch.
Once I thought we might fill it quite up with tears.
Now I want to shatter it with our laughter.

(Katherine Mansfield)

Recueil: Villa Pauline Autres Poèmes
Traduction: Philippe Blanchon
Editions: La Nerthe

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Rire de papillon (Katherine Mansfield)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2022




    
Rire de papillon

Au milieu de notre assiette de porridge
Se trouvait peint un papillon bleu,
Chaque matin nous cherchions à être le premier à l’atteindre.
Alors Grand-mère disait: « Ne mangez pas le pauvre papillon ».
Cela nous faisait rire.
Elle nous le disait toujours et toujours nous nous mettions à rire.
Cela semblait une si petite et douce plaisanterie.
J’étais certaine qu’un beau matin
Le papillon s’envolerait des assiettes,
Riant du rire le plus ténu du monde,
Et se percherait sur les genoux de Grand-mère.

***

Butterfly Laughter

In the middle of our porridge plates
There was a blue butterfly painted
And each morning we tried who should reach the butterfly first.
Then the Grandmother said: `Do not eat the poor butterfly. »
That made us laugh.
Always she said it and always it started us laughing.
It seemed such a sweet little joke.
I was certain that one fine morning
The butterfly would fly out of the plates,
Laughing the teeniest laugh in the world,
And perch on the Grandmother’s lap.

(Katherine Mansfield)

Recueil: Villa Pauline Autres Poèmes
Traduction: Philippe Blanchon
Editions: La Nerthe

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LE VOYAGEUR (Jean Cocteau)

Posted by arbrealettres sur 8 avril 2022



Illustration: Gao Xingjian
    
LE VOYAGEUR

Plus vite il marchait,
plus il approchait de sa maison,
plus elle rapetissait,
devenait inhabitable.

La distance se solidifiait derrière sa marche
et le poussait avec le rythme
d’une troupe militaire que rien ne presse.

Il lui fallait entrer dans cette maison minuscule,
ce qui était impossible et devint possible
lorsque la muraille militaire s’arrêta.

Le voyageur, alors, rapetissa très vite
cependant que sa maison grandissait à vue d’oeil
et qu’une belle jeune fille apparaissait à une fenêtre
et riait de son aventure.

(Jean Cocteau)

Recueil: Poèmes Appogiatures Clair-obscur Paraprosodies
Editions: Du Rocher

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La prière des Mères (Yael Deckelbaum)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2022



 

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La prière des Mères

Un
murmure
de vent d’océan
Souffle de loin
Et la lessive
flotte
À
l’ombre
du mur Entre
le ciel et la terre
Il y a des gens qui
veulent vivre en paix
N’abandonnez pas, continuez
à rêver De paix et de prospérité
Quand les murs de la peur fondront-ils
Quand reviendrai-je de l’exil
Et mes portes s’ouvriront
À ce qui est
vraiment
bon

***

Hébreu — arabe

(les paroles en arabe
sont tirées d’une chanson
d’enfants, chantée par Feiruz)

Viens dormir ! —
Un autre lever de soleil
Viens dormir —
Et le matin est là
Nous
abattrons —
Une mère envoie
Une colombe pour vous
Avec une prière
Envole-toi colombe,
n’y crois pas —
Son enfant à l’école
Nous allons rire avec l’enfant —
au son Pour qu’il puisse dormir —
de guerre
Les murs
de
la peur
fondront un jour
Et je reviendrai de l’exil
Mes portes ouvriront
À ce qui est
vraiment
bon

(anglais et arabe)

Du nord au
sud
De
l’ouest
à l’est Écoute
la prière des mères
apporte leur la paix
La lumière monte de l’est
à la prière des mères
pour la
paix.

***

Prayer Of The Mothers

רחישת רוח ים
מנשבת מאי שם
וכביסה מתנפנפת
לצילי החומה

بين الأرض والسما
ناس كتير
بيعيشوا سوى
ما تخافوا تحلموا
بالسلام والأمان

מתי ימסו חומות הפחד
ושבתי מגלותי
יפתחו שעריי
אל הטוב האמיתי

يلا تنام עוד זריחה
تندبحلك طير الحمام בוקר בא
روح يا حمام אם שולחת
בתפילה لا تصدّق
את ילדה לבית הספר
نضحك ع الطفل ت ينام
לצלילי מלחמה

עוד ימסו بيكفي خوف
חומות הפחד تعوا نبدا من جديد
ושבתי מגלותי
יפתחו שעריי ونفتح الأبواب
אל הטוב האמיתי

from the north to the south
from the west to the east
hear the prayer of the mothers
bring them peace
bring them peace

من الشمال
للجنوب
من الغرب
صوب الشرق
إسمع صلاة الأمهات
للسلام
بدنا السلام

אור עולה מהמזרח
מול תפילת האמהות
לשלום

(Yael Deckelbaum)

Illustration

 

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