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Poésie

Posts Tagged ‘rire’

Sarah (Georges Moustaki)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2018



David Alfaro Siqueiros the-sob-1939
    
Sarah

La femme qui est dans mon lit
N´a plus 20 ans depuis longtemps
Les yeux cernés
Par les années
Par les amours
Au jour le jour
La bouche usée
Par les baisers
Trop souvent, mais
Trop mal donnés
Le teint blafard
Malgré le fard
Plus pâle qu´une
Tâche de lune

La femme qui est dans mon lit
N´a plus 20 ans depuis longtemps
Les seins si lourds
De trop d´amour
Ne portent pas
Le nom d´appas
Le corps lassé
Trop caressé
Trop souvent, mais
Trop mal aimé
Le dos vouté
Semble porter
Des souvenirs
Qu´elle a dû fuir

La femme qui est dans mon lit
N´a plus 20 ans depuis longtemps
Ne riez pas
N´y touchez pas
Gardez vos larmes
Et vos sarcasmes
Lorsque la nuit
Nous réunit
Son corps, ses mains
S´offrent aux miens
Et c´est son cœur
Couvert de pleurs
Et de blessures
Qui me rassure

(Georges Moustaki)

Illustration: David Alfaro Siqueiros 

 

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La peine (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2018



La peine

On vendit le chien, et la chaîne,
Et la vache, et le vieux buffet,
Mais on ne vendit pas la peine
Des paysans que l’on chassait.

Elle resta là, accroupie
Au seuil de la maison déserte,
A regarder voler les pies
Au-dessus de l’étable ouverte.

Puis, prenant peu à peu conscience
De sa force et de son pouvoir,
Elle tira d’un vieux miroir
Qui avait connu leur présence,

Le reflet des meubles anciens,
Et du balancier, et du feu,
Et de la nappe à carreaux bleus
Où riait encore un gros pain.

Et depuis, on la voit parfois,
Quand la lune est dolente et lasse,
Chercher à mettre des embrasses
Aux petits rideaux d’autrefois.

(Maurice Carême)


Illustration

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On peut rire (Bernard Noël)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2018



Illustration: Raphaelle Zecchiero
    
on peut rire au bord
de ce qui nous manque
aimer l’heure creuse

caresser la porte
qui donne sur rien
la vie est si lente

pas de détriment
pas de réticences
mais la gourmandise

à quoi bon le doute
l’air toujours nouveau
pousse la fenêtre

la peau qui désire
fait tomber déjà
toutes les ceintures

(Bernard Noël)

 

Recueil: Un livre de fables
Traduction:
Editions: Fata Morgana

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Laisse-nous pleurer (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2018



Carrie Vielle (5)

Laisse-nous pleurer

Toi qui ris de nos coeurs prompts à se déchirer,
Rends-nous notre ignorance, ou laisse-nous pleurer !
Promets-nous à jamais le soleil, la nuit même,
Oui, la nuit à jamais, promets-la-moi ! Je l’aime,
Avec ses astres blancs, ses flambeaux, ses sommeils,
Son rêve errant toujours et toujours ses réveils,
Et toujours, pour calmer la brûlante insomnie,
D’un monde où rien ne meurt l’éternelle harmonie !

Ce monde était le mien quand, les ailes aux vents,
Mon âme encore oiseau rasait les jours mouvants,
Quand je mordais aux fruits que ma soeur, chère aînée,
Cueillait à l’arbre entier de notre destinée ;
Puis, en nous regardant jusqu’au fond de nos yeux,
Nous éclations d’un rire à faire ouvrir les cieux,
Car nous ne savions rien. Plus agiles que l’onde,
Nos âmes s’en allaient chanter autour du monde,
Lorsqu’avec moi, promise aux profondes amours,
Nous n’épelions partout qu’un mot :  » Toujours ! Toujours !  »

Philosophe distrait, amant des théories,
Qui n’ôtes ton chapeau qu’aux madones fleuries,
Quand tu diras toujours que vivre c’est penser,
Qu’il faut que l’oiseau chante, et qu’il nous faut danser,
Et qu’alors qu’on est femme il faut porter des roses,
Tu ne changeras pas le cours amer des choses.
Pourquoi donc nous chercher, nous qui ne dansons pas ?
Pourquoi nous écouter, nous qui parlons tout bas ?
Nous n’allons point usant nos yeux au même livre :
Le mien se lit dans l’ombre où Dieu m’apprend à vivre.
Toi, qui ris de nos coeurs prompts à se déchirer,
Rends-nous notre ignorance, ou laisse-nous pleurer.

Vois, si tu n’as pas vu, la plus petite fille
S’éprendre des soucis d’une jeune famille,
Éclore à la douleur par le pressentiment,
Pâlir pour sa poupée heurtée imprudemment,
Prier Dieu, puis sourire en berçant son idole
Qu’elle croit endormie au son de sa parole :
Fière du vague instinct de sa fécondité,
Elle couve une autre âme à l’immortalité.

Laisse-lui ses berceaux : ta raillerie amère
Éteindrait son enfant… Tu vois bien qu’elle est mère.
À la mère du moins laisse les beaux enfants,
Ingrats, si Dieu le veut, mais à jamais vivants !

Sinon, de quoi ris-tu ? Va ! J’ai le droit des larmes ;
Va ! Sur les flancs brisés ne porte pas tes armes.
Toi qui ris de nos coeurs prompts à se déchirer,
Rends-nous notre innocence, ou laisse-nous pleurer !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Carrie Vielle

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Nous rions, nous trinquons (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 6 octobre 2018



Illustration: https://www.nuagesdemots.fr/

    
Nous rions, nous trinquons. En nous défilent les blessés,
Les meurtris; nous leur devons mémoire et vie. Car vivre,
C’est savoir que tout instant de vie est rayon d’or
Sur une mer de ténèbres, c’est savoir dire merci.

(François Cheng)

 

Recueil: Enfin le royaume
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le Minotaure (Barbara)

Posted by arbrealettres sur 6 octobre 2018



Illustration: Pablo Picasso
    
Le Minotaure

Dans le grand labyrinthe où je cherchais ma vie,
Volant de feu en flamme comme un grand oiseau ivre,
Parmi les dieux déchus et les pauvres amis,
J’ai cherché le vertige en apprenant à vivre.

J’ai cheminé souvent, les genoux sur la terre,
Le regard égaré, embrouillé par les larmes,
Souvent par lassitude, quelquefois par prière,
Comme un enfant malade, envoûté par un charme.

Dans ce grand labyrinthe, allant de salle en salle,
De saison en saison, et de guerre en aubade,
J’ai fait cent fois mon lit, j’ai fait cent fois mes malles,
J’ai fait cent fois la valse, et cent fois la chamade.

Je cheminais toujours, les genoux sur la terre,
Le regard égaré, embrouillé par les larmes,
Souvent par lassitude, quelquefois par prière,
Comme un enfant rebelle qui dépose les armes.

Mais un matin tranquille, j’ai vu le minotaure
Qui me jette un regard comme l’on jette un sort.

Dans le grand labyrinthe où il cherchait sa vie,
Volant de feu en flamme, comme un grand oiseau ivre,
Parmi les dieux déchus et les pauvres amis,
Il cherchait le vertige en apprenant à vivre.

Il avait cheminé, les genoux sur la terre,
Le regard égaré, embrouillé par les larmes,
Souvent par lassitude, quelquefois par prière,
Comme un enfant rebelle qui dépose les armes.

Dans ce grand labyrinthe, de soleil en soleil,
De printemps en printemps, de caresse en aubaine,
Il a refait mon lit pour de nouveaux sommeils,
Il a rendu mes rires et mes rêves de reine.

Dans le grand labyrinthe, de soleil en soleil,
Volant dans la lumière, comme deux oiseaux ivres,
Parmi les dieux nouveaux et les nouveaux amis,
On a mêlé nos vies et réappris à vivre…

(Barbara)

Découvert ici: https://petalesdecapucines.wordpress.com/

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Reflet des choses (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 6 octobre 2018



 

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Reflet des choses

Je suis le reflet des choses;
Je ris jusqu’au bout des doigts.
Je ne suis ni vert ni rose,
Je suis vous et je suis moi.

Hé! je me métamorphose
Parfois en petit Chinois,
Je suis le reflet des choses;
Je ris jusqu’au bout des doigts.

Oui, je ris, je ris sans cause
De tout, de vous et de moi.
Jamais je ne me repose.
Je luis partout à la fois.
Je suis le reflet des choses.

(Maurice Carême)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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NERFS D’AUTOMNE (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 5 octobre 2018



NERFS D’AUTOMNE

C’est l’automne, tout bruit, on a sommeil,
Et les arbres soupirent dans la rue ;
Toux et pleurs et un vide sans pareil…
Il fait froid, il pleut à perte de vue.

Les amants, plus tristes à leur réveil,
Plus malades, ont d’étranges manières,
Et les feuilles dormant de leur sommeil
Éternel, tombent lourdes sur la terre.

Je reste là et m’en vais et reviens
Et les amants m’emplissent de tristesse.
J’ai envie, oui, de rire pour un rien,
Il fait froid, il pleut encor et sans cesse.

(George Bacovia)

Illustration

 

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Guimauve (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 5 octobre 2018



Guimauve

Sur la terre, la Guimauve n’avait cherché qu’à développer ses instincts de bienfaisance.
Longtemps elle avait exercé l’état de garde-malade.
Préparer des tisanes était son suprême bonheur.
Souvent, lorsqu’elle se promenait dans la campagne,
si elle rencontrait une sauterelle accablée par la chaleur,
faisant la sieste dans un sillon, ou une grenouille tapie dans les joncs,
elle trouvait que la sauterelle et la grenouille avaient l’air d’être malades,
et elle les emportait au logis pour les soigner.
Elle poussait le dévoûment jusqu’à la monomanie.

Lasse du monde où, disait-elle, personne ne se croyait malade,
elle s’était retirée dans un couvent où on lui avait donné la direction en chef de l’infirmerie,
emploi fort important dans un lieu où, ne sachant comment tuer le temps,
on le passe souvent à se croire malade.
Aussi, la Guimauve bénissait-elle tous les jours sa nouvelle position.
Comme la panacée, son remède universel, était la Guimauve,
qu’elle voulait qu’on prit sous toutes les formes,
tisane, pâte, etc., etc, les jeunes religieuses l’appelaient en riant soeur Guimauve,
ce surnom avait fini par lui rester.

(J.J. Grandville)

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Votre rire est éclatant comme un bel oiseau des Iles (Jean de la Ville de Mirmont)

Posted by arbrealettres sur 5 octobre 2018



I

Votre rire est éclatant
Comme un bel oiseau des Iles.
Mais à rire on perd son temps,
O ma soeur, ma soeur fragile !

Vous savez des jeux plus fous
Que celui de « pigeon-vole ».
C’est un mauvais point pour vous,
O ma soeur, ma soeur frivole !

Vous manquez de sérieux
Et de vertus ménagères.
Vous n’irez jamais aux cieux,
O ma soeur, ma soeur légère !

II

Pourquoi ces mains, dont vous ne faites
Qu’un usage absolument vain ?
Mais quelle fête,
Quand je saisis leurs doigts divins !

Pourquoi ces yeux où ne réside
Rien du tout, pas même l’ennui ?
Mais quel suicide
Que de les perdre dans la nuit !

Pourquoi ces lèvres d’où j’écoute
Tomber des mots sans intérêt ?
Mais quelle absoute
Leur seul baiser me donnerait !

III

Le rire clair, l’âme sans reproche,
Un regard pur comme du cristal,
Elle viendra, puisque c’est fatal !
Moi, je l’attends les mains dans les poches.

A tout hasard, je me suis pourvu
D’un stock d’amour et de prévenances,
N’oubliant point qu’en cette existence
Il faut compter avec l’imprévu.

Tu n’auras donc, petite vestale,
Qu’à t’installer un jour dans mon coeur,
Il est, je crois, plus riche en couleur
Que ton album de cartes postales.

IV

Depuis tant de jours il a plu!
Pourtant, voilà que recommence
Un printemps comme on n’en voit plus,
Chère, sinon dans tes romances.

Adieu rhumes et fluxions !
Adieu l’hiver, saison brutale !
C’est, ou jamais, l’occasion
D’avoir l’âme sentimentale.

Que ne puis-je, traînant les pieds,
Et mâchonnant ma cigarette,
Cueillir pour toi, sur les sentiers,
De gros bouquets de pâquerettes !

V

Amie aux gestes éphémères,
Cher petit être insoucieux,
Je ne veux plus d’autre chimère
Que l’azur calme de tes yeux.

Pas besoin d’y chercher une âme !
De tels objets sont superflus.
Le seul bonheur que je réclame,
C’est de m’y reposer, sans plus.

Que m’importe l’horreur du vide ?
Je vais plonger, à tout hasard,
Ainsi qu’un nageur intrépide,
Dans le néant de ton regard.

(Jean de la Ville de Mirmont)

Illustration: Jeff Scher

 

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