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Poésie

Posts Tagged ‘rire’

Les Marquises (Jacques Brel)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2017





    Les Marquises

Ils parlent de la mort comme tu parles d’un fruit
Ils regardent la mer comme tu regardes un puits
Les femmes sont lascives au soleil redouté
Et s’il n’y a pas d’hiver, cela n’est pas l’été
La pluie est traversière, elle bat de grain en grain
Quelques vieux chevaux blancs qui fredonnent Gauguin
Et par manque de brise, le temps s’immobilise
Aux Marquises

Du soir, montent des feux et des points de silence
Qui vont s’élargissant, et la lune s’avance
Et la mer se déchire, infiniment brisée
Par des rochers qui prirent des prénoms affolés
Et puis, plus loin, des chiens, des chants de repentance
Et quelques pas de deux et quelques pas de danse
Et la nuit est soumise et l’alizé se brise
Aux Marquises

Le rire est dans le cœur, le mot dans le regard
Le cœur est voyageur, l’avenir est au hasard
Et passent des cocotiers qui écrivent des chants d’amour
Que les sœurs d’alentour ignorent d’ignorer
Les pirogues s’en vont, les pirogues s’en viennent
Et mes souvenirs deviennent ce que les vieux en font
Veux-tu que je te dise : gémir n’est pas de mise
Aux Marquises

(Jacques Brel)

 

 

 

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Alors que nous nous effaçons… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2017




    
Alors que nous nous effaçons…

Alors que nous nous effaçons,
Ainsi qu’au penchant des saisons
L’or des éphémères moissons;

Que sous les paupières qui saignent
Et dans les larmes qui les baignent
Tant de regards blessés s’éteignent;

Que, du soleil abandonnés,
Cendreux bleuets embruinés,
Tant d’yeux humains se sont fanés;

Que pareilles aux flots qui roulent,
Leur cours aux grèves qui s’écroulent,
Les générations s’écoulent,

Et qu’à l’abîme qu’il pressent
Chaque homme va disparaissant,
Tel un naufragé pâlissant,

Pendant qu’aux pentes des vallées
Filtrent, des tombes descellées,
Et du marbre des mausolées,

Et des sépulcres crevassés
Sous les vieux ormes délaissés,
Tourbillons par le vent poussés,

Tant d’ombres et de cendre vaine,
O Nature calme et sereine,
Tu te dresses comme une reine,

Et debout à travers le temps,
Toujours jeune et sans changement,
Subsistant invinciblement,

Tu souris, entre tes mains pures
Tenant, aux riches ciselures,
La clef d’or des aubes futures,

Et moi qui fuis comme le vent,
– Vers quel horizon décevant? –
Atome d’infini rêvant;

Emporté par quel noir quadrige
Que l’heure hâtivement fustige,
Il me reste, dans ce vertige,

Et du néant sombre guetté,
Ce bonheur d’avoir reflété,
Nature, et compris ta Beauté,

Cet espoir profond de renaître
Aux bourgeons emmiellés des hêtres,
Aux chansons des huppes champêtres,

Au cours des ruisseaux opalins,
Aux frissons bleuissants des lins,
Au rire emperlé des matins!…

(Marie Dauguet)

 

 

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DÉJÀ ! (Henry Bataille)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2017



Illustration: Edvard Munch
    
DÉJÀ !

Hé quoi ?… Déjà ?… Amour léger comme tu passes !
A peine avons-nous eu le temps de les croiser
Que mutuellement nos mains se désenlacent.
Je songe à la bonté que n’a plus le baiser.

Un jour partira donc ta main apprivoisée !
Tes yeux ne seront plus les yeux dont on s’approche.
D’autres auront ton coeur et ta tête posée.
Je ne serai plus là pour t’en faire un reproche.

Quoi ? sans moi, quelque part, ton front continuera !
Ton geste volera, ton rire aura sonné,
Le mal et les chagrins renaîtront sous tes pas ;
Je ne serai plus là pour te le pardonner.

Sera-t-il donc possible au jour qui nous éclaire,
A la nuit qui nous berce, à l’aube qui nous rit,
De me continuer leur aumône éphémère,
Sans que tu sois du jour, de l’aube et de la nuit ?

Sera-t-il donc possible, hélas, qu’on te ravisse,
Chaleur de mon repos qui ne me vient que d’elle !
Tandis que, loin de moi, son sang avec délice
Continuera son bruit à sa tempe fidèle.

La voilà donc finie alors la course folle ?
Et tu n’appuieras plus jamais, sur ma poitrine,
Ton front inconsolé à mon coeur qui console,
Rosine, ma Rosine, ah ! Rosine, Rosine !

Voici venir, rampant vers moi comme une mer,
Le silence, le grand silence sans pardon.
Il a gagné mon seuil, il va gagner ma chair.
D’un coeur inanimé, hélas, que fera-t-on ?

Eh bien, respire ailleurs, visage évanoui !
J’accepte. A ce signal séparons-nous ensemble…
Me voici seul ; l’hiver là… c’est bien… Nuit.
Froid. Solitude… Amour léger comme tu trembles !

(Henry Bataille)

 

Recueil: Le Beau Voyage

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MÊME QUAND NOUS DORMONS (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 13 novembre 2017




    
MÊME QUAND NOUS DORMONS

Même quand nous dormons nous veillons l’un sur l’autre
Et cet amour plus lourd que le fruit mûr d’un lac
Sans rire et sans pleurer dure depuis toujours
Un jour après un jour une nuit après nous.

(Paul Eluard)

 

Recueil: Le Dur Désir de durer
Editions: Seghers

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Le Nid et le cadran (Louis Bouilhet)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2017



horloge hirondelle

Le Nid et le cadran

Près du cadran sonore où l’heure se balance,
L’hirondelle a bâti son fragile berceau ;
Entendez-vous deux bruits monter dans le silence ?
La voix du temps se mêle aux chansons de l’oiseau ;

Sombre avertissement de l’heure qui s’envole,
Hymne charmant du nid qui palpite d’amour,
Duo mystérieux à la haute parole,
Que Dieu fait retentir sur le front de la tour.

Comment donc osas-tu, voyageuse hirondelle,
Aux mains de l’oiseleur suspendre ton destin ?
Quand l’hôte au front morose habite la tourelle,
Comment conter ta joie aux brises du matin ?

Chante, chante au soleil ta ballade amoureuse !
Les jours n’ont pas pour toi de tristes lendemains.
C’est à nous de pâlir quand l’heure à la voix creuse
Mesure à coups pressés l’orchestre des humains.

Chante, nid de l’oiseau ! j’aime à voir sous la nue
Rire à côté du Temps ta calme volupté
Et flotter dans les cieux mollement suspendue
Ta minute joyeuse à son éternité.

(Louis Bouilhet)

 

 

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Je veux rire, je veux rire (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 8 novembre 2017



Les feuilles pourront tomber
La rivière pourra geler,
Je veux rire, je veux rire.

La danse pourra cesser,
Le violon pourra casser,
Je veux rire, je veux rire.

Que le mal se fasse pire!
Je veux rire, je veux rire.

(Jean Moréas)

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Nous n’irons pas nous n’irons plus (Valérie Rouzeau)

Posted by arbrealettres sur 8 novembre 2017




« Nous n’irons pas
nous n’irons plus
pas plus que nous n’irons
que nous ne rirons pas
que nous ne rirons plus
que nous ne rirons ronds.»

(Valérie Rouzeau)

Illustration: Alberto Galvez

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JE PENSE A TOI… (La Flûte de Jade)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2017



Settei Hasegawa 1878 (DameJouantduKoto A

JE PENSE A TOI…

Je pense à toi, jeune fille aux belles joues,
et je ne dors plus.

Dans ma chambre, il y a une petite boîte de laque noire.
Combien de fois ai-je plongé ma bouche dans cette bouche d’ombre,
depuis que tes mains l’ont touchée!

Un jour de printemps, j’ai acheté cette boîte dans la boutique de ton père,
et c’est toi qui me l’as remise.

Je n’ignore pas que je suis laid.
Si je t’avouais mon amour, jusques à quand rirais-tu?

Je voudrais être la brise.
Je pourrais m’enrouler autour de toi,
sans que tu me reconnaisses

Comme je serais humble, et soumis, et tendre,
si tu me permettais de te parler!

(La Flûte de Jade)

Illustration: Settei Hasegawa

 

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Malheur à qui chérit sans qu’on l’aime en retour (Adam Mickiewicz)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2017



 

Malheur à qui chérit sans qu’on l’aime en retour;
Plus malheureux qui souffre en son coeur froid et vain;
Mais celui est surtout pauvre entre les humains
Qui, n’aimant plus, ne peut oublier son amour.

Dès qu’un rire effronté, d’impudiques atours
Éveillent son plaisir — le souvenir revient.
Et s’il rencontre un ange, il fuira son chemin,
N’osant lui faire don d’un coeur fané et lourd.

Ainsi — plein de mépris, de regrets qui le minent,
Fuyant l’amour profane et les amours divines,
A leur approche il sent tout espoir le quitter.

Et son coeur est pareil à ces temples en ruines,
Ébréchés par les vents, par les pluies effrités,
Où Dieu ne venant plus, l’homme n’ose habiter.

(Adam Mickiewicz)
Illustration: ArbreaPhotos

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Moi, j’aime le music-hall (Charles Trenet)

Posted by arbrealettres sur 6 novembre 2017



 

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Moi, j’aime le music-hall

Moi j´aime le music-hall
Ses jongleurs, ses danseuses légères
Et le public qui rigole
Quand il voit des petits chiens blancs portant faux col
Moi, j´aime tous les samedis
Quand Paris allume ses lumières
Prendre vers huit heures et demie
Un billet pour être assis
Au troisième rang pas trop loin
Et déjà voilà le rideau rouge
Qui bouge, qui bouge, bouge
L´orchestre attaque un air ancien du temps de Mayol
Bravo c´est drôle, c´est très drôle
Ça c´est du bon souvenir
Du muguet qui ne meure pas, cousine
Ah! comme elles poussaient des soupirs
Les jeunes fillettes d´antan
Du monde ou d´l´usine
Qui sont devenues à présent
De vieilles grand-mamans
Ce fut vraiment Félix Mayol
Le bourreau des cœurs de leur music-hall

Mais depuis mille neuf cent
Si les jongleurs n´ont pas changé
Si les petits toutous frémissants
Sont restés bien sages sans bouger
Debout dans une pose peu commode
Les chansons ont connu d´autres modes.
Et s´il y a toujours Maurice Chevalier,
Édith Piaf, Tino Rossi et Charles Trenet
Il y a aussi et Dieu merci,
Patachou, Brassens, Léo Ferré.

Moi, j´aime le music-hall
C´est le refuge des chanteurs poètes
Ceux qui se montent pas du col
Et qui restent pour ça de grandes gentilles vedettes
Moi j´aime Juliette Gréco
Mouloudji, Ulmer, les Frère Jacques
J´aime à tous les échos
Charles Aznavour, Gilbert Bécaud
J´aime les boulevards de Paris
Quand Yves Montand qui sourit
Les chante et ça m´enchante
J´adore aussi ces grands garçons
De la chanson,
Les Compagnons
Ding, ding, dong
Ça c´est du music-hall
On dira tout c´qu´on peut en dire
Mais ça restera toujours toujours l´école
Où l´on apprend à mieux voir,
Entendre, applaudir, à s´émouvoir
En s´fendant de larmes ou de rire.
Voilà pourquoi, la, do, mi, sol,

J´aim´rai toujours le music-hall
J´aim´rai toujours, toujours, toujours,
Toujours, toujours, le music-hall.

(Charles Trenet)

 

 

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