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Poésie

Posts Tagged ‘rire’

Néant (Louise Colet)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2018



    

Néant

Vous, qui vivez heureux, vous ne sauriez comprendre
L’empire que sur moi ces songes pouvaient prendre ;
Mais lorsque je tombais de leur enchantement
A la réalité qui toujours les dément,
Si je voulais, luttant contre ma destinée,
Me dépouiller des fers qui m’ont environnée,
Une voix me disait : « Puisque tu dois mourir,
Qu’importe ce bonheur auquel tu veux courir ! »

Néant, que nos grandeurs ! néant, que nos merveilles
Néant ! toujours ce mot tintait à mes oreilles…

Après avoir sondé tout penser jusqu’au fond,
Comme un fruit desséché dont la liqueur se fond,
Et qui ne garde plus qu’une stérile écorce,
Aliment sans saveur et décevante amorce,
Ainsi tous les objets, au bonheur m’engageant,
Cachaient, sous leurs dehors, ce mot hideux : NEANT !

Ah ! que nous passons vite au milieu de la vie,
Et que de peu de bruit notre mort est suivie !
On dirait que le poids de son adversité,
Endurcit au malheur la triste humanité.
A-t-elle assez de pleurs pour l’hécatombe immense
Que la mort fait sans cesse, et toujours recommence ?
A-t-elle assez de voix pour dire les combats
Des misérables jours qu’elle traîne ici-bas ?
A-t-elle assez de cris pour rendre sa souffrance !

Non, l’excès de nos maux produit l’indifférence :
Eh! pourtant quel mortel ne se prit à pleurer,
En voyant près de lui tour à tour expirer
Tous ceux qu’il chérissait, êtres en petit nombre,
Unis à notre sort, qu’il soit riant ou sombre ;
Fractions de notre âme, où nous avions placé
L’espoir de l’avenir, le charme du passé ;
Amis, parents, objets de nos idolâtries,
Que la mort vient faucher comme des fleurs flétries !

Quel désespoir profond et quel amer dégoût,
Quand l’âme qui s’éveille entrevoit tout-à-coup
Que tout sera néant, que tout sera poussière,
Que la terre elle-même, aride nourricière.
Après avoir mêlé ses fils à son limon.
Deviendra dans l’espace une chose sans nom…

Ce vide de la mort, qui navre et désespère,
Hélas ! je l’ai compris, quand j’ai perdu mon père
Le temps fuit, entraînant mes rêves sur ses pas ;
Mais ce tableau de deuil ne s’effacera pas.

(Louise Colet)

 

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Saisissement par la beauté comme par le rire (Gérard Pfister)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2018



Saisissement par la beauté comme par le rire.
La même sensation d’étrangeté absolue.
Mais dans le rire, ce qui nous est révélé,
c’est le caractère illusoire de l’être.
Par la beauté, la perfection de notre appartenance au néant.

Le rire nous secoue, nous étrangle.
La beauté nous frappe. Nous écrase.

L’amitié des choses a bien de ces rudesses
lorsqu’il s’agit de nous réveiller.

(Gérard Pfister)

Illustration: Pol Ledent

 

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Saisir (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018



Recueillir le grain des heures
Étreindre l’étincelle
Ravir un paysage
Absorber l’hiver avec le rire
Dissoudre les noeuds du chagrin
S’imprégner d’un visage
Moissonner à voix basse
Flamber pour un mot tendre
Embrasser la ville et ses reflux
Écouter l’océan en toutes choses
Entendre les sierras du silence
Transcrire la mémoire des miséricordieux
Relire un poème qui avive
Saisir chaque maillon d’amitié

(Andrée Chedid)

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Paroles de Perlimpinpin (Barbara)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018




    
Paroles de Perlimpinpin

Pour qui, combien, quand et pourquoi ?
Contre qui ? Comment ? Contre quoi ?
C’en est assez de vos violences
D’où venez-vous ?
Où allez-vous ?
Qui êtes-vous ?
Qui priez-vous ?
Je vous prie de faire le silence,
Pour qui, comment, quand et pourquoi ?
S’il faut absolument qu’on soit
Contre quelqu’un ou quelque chose,
Je suis pour le soleil couchant
En haut des collines désertes
Je suis pour des forêts profondes,
Car un enfant qui pleure,
Qu’il soit de n’importe où,
Est un enfant qui pleure,
Car un enfant qui meurt
Au bout de vos fusils,
Est un enfant qui meurt
Que c’est abominable d’avoir à choisir
Entre deux innocences !
Que c’est abominable d’avoir pour ennemis
Les rires de l’enfance !
Pour qui, comment, quand et combien ?
Contre qui ? Comment et combien ?
À en perdre le goût de vivre,
Le goût de l’eau, le goût du pain
Et celui du Perlimpinpin
Dans le square des Batignolles !
Mais pour rien, mais pour presque rien,
Pour être avec vous et c’est bien !
Et pour une rose entrouverte,
Et pour une respiration,
Et pour un souffle d’abandon,
Et pour ce jardin qui frissonne !
Rien avoir, mais passionnément,
Ne rien se dire éperdument,
Ne rien savoir avec ivresse
Et riche de dépossession,
N’avoir que sa vérité,
Posséder toutes les richesses,
Ne pas parler de poésie,
Ne pas parler de poésie
En écrasant les fleurs sauvages
Et voir jouer la transparence
Au fond d’une cour au murs gris
Où l’aube n’a jamais sa chance
Contre qui, ou bien contre quoi ?
Pour qui, comment, quand et pourquoi ?
Pour retrouver le goût de vivre,
Le goût de l’eau, le goût du pain
Et celui du Perlimpinpin
Dans le square des Batignolles,
Et contre rien et contre personne,
Contre personne et contre rien,
Et pour une rose entrouverte,
Pour l’accordéon qui soupire
Et pour un souffle d’abandon
Et pour un jardin qui frissonne !
Et vivre, vivre passionnément,
Et ne combattre seulement
Qu’avec les feux de la tendresse
Et riche de dépossession,
N’avoir que sa vérité,
Posséder toutes les richesses,
Ne plus parler de poésie,
Ne plus parler de poésie
Mais laisser vivre les fleurs sauvages
Et faire jouer la transparence
Au fond d’une cour aux murs gris
Où l’aube aurait enfin sa chance.

(Barbara)

 

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Je rêve à des planètes mortes (Jean de la Ville de Mirmont)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018



Quand les bureaux et les usines
Par le peuple sont désertés,
Et que Paris semble en gésine
D’une trop vaste humanité,

Alors que l’homme au rire bête
Et son épouse aux airs penchés
Croient égayer ce jour de fête
Parce qu’ils sont endimanchés,

Mon âme, loin des foules grises,
Dont le tumulte est odieux,
Se recueille, avant tout éprise
De la solitude des dieux.

Sur le monde fermant la porte
Et tisonnant mon poêle éteint,
Je rêve à des planètes mortes
Comme à des paradis lointains.

(Jean de la Ville de Mirmont)

 

 

 

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L’Inconnue (André Frénaud)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2018



 

Je comble l’inconnue qui me donne naissance.
J’avance dans ses pas, me voici devenu
ce lent arbre mouvant
où je m’épanouis, de l’ombre verdissante,
et multiplie le jour alentour et le vent.
Le boulevard s’ébat de la métamorphose,
le bourgeon gonfle le printemps.
Délicieux mensonge, mon nouveau songe.
Mes possessions sont trop claires, je les hais,
ces limites des joies et du malheur.
Celle que j’aime a les yeux plus tendres.
Celle-ci, derrière sa chevelure,
j’entends rire en moi un frais ravage.

(André Frénaud)

 

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LE ROCHER DES ANGES (Tanikawa Shuntarô)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2018



 

Paul KleePaul Klee rocher_des_anges

LE ROCHER DES ANGES

Sur la tombe d’un homme dans leurs habits de pierre les anges
qui ne connaissent pas le rire
qui ne connaissent pas les pleurs

un jour soudain s’envolent
vers les cieux lointains de leur pays natal
à la manière des oiseaux de passage

Ne sachant pas ce qu’est le mensonge
les anges ignorent ce qu’est la vérité

Et l’homme abandonné à son sort
s’enflamme de jalousie pour les étoiles

Son cœur se dilate
son corps se rapetisse
et en attendant de se fondre à la terre

il fait l’amour avec le soleil

(Tanikawa Shuntarô)

Découvert ici chez laboucheaoreilles

Illustration: Paul Klee

 

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Chante ta nostalgie (Georges Moustaki)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2018



 

Dmitry Spiros  - Russian Impressionist painter -   (52) [1280x768]

Chante ta nostalgie

Chante ta nostalgie
Au lieu de ne rien dire
De chercher à mentir
Avec un faux sourire
Chante ta nostalgie
Au lieu de ne rien faire
Figé devant un verre
D´une eau de vie amère

Chante ta nostalgie
Laisse venir tes pleurs
Laisse aller ta douleur
Fais taire ta pudeur
Chante ta nostalgie
Même si tu es seul
A te faire une gueule
Plus triste qu´un linceul

{Refrain:}
Il suffit d´une guitare
Ou d´un accordéon
Et d´avoir en mémoire
Un p´tit bout de chanson

Chante ta nostalgie
Avant qu´elle te bouffe
Avant qu´elle n´étouffe
Jusqu´à ton dernier cri
Chante ta nostalgie
Comme on dit une prière
Pour sortir de l´enfer
De la mélancolie

Chante ta nostalgie
Et bois à la santé
De celle qui t´a quitté
De ceux qui t´ont trahi
Chante ta nostalgie
Même si tu te plantes
Même si tu inventes
Et même si tu oublies

{au Refrain}

Chante ta nostalgie
On se ressemble un peu
Toi et moi, ça fait deux
Et ça se multiplie
Chante ta nostalgie
Je chanterai la mienne
Avec un peu de veine
On se sera compris

Chante ta nostalgie
Hurle-la comme un sourd
A la mort, à l´amour
Qui nous réconcilie
Chante ta nostalgie
Pour ne pas en mourir
Et pour pouvoir en rire
Et pour rester en vie

{au Refrain}

(Georges Moustaki)

Illustration: Dimitry Spiros

 

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Eau de mélancolie (Claude Michel Cluny)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2018



 

Adamov Alexey 114

Eau de mélancolie
Transparence du cri
pris dans la vitre.

*

Eaux présentes

Eau des mots
Silence lourd
sur le papier du toit.

*

Usure du temps
Les pierres aiguisent
le fil de l’eau.

Eaux du soir
La lumière se réfugie
dans les éclats de rire
du torrent.

*

Eaux du couchant
apaisement
au front des hommes

*

Eaux du soir
récompense
où le jour se noie.

Eaux de la nuit

Haut mur, Porte de ténèbres
Paix d’où le repos ruisselle
sur les épaules des hommes

De pure lumière morte
la source se refait.

*

La nuit
l’eau de l’ombre
garde les feux.

(Claude Michel Cluny)

Illustration: Adamov Alexey

 

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Un désert s’embrase (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 20 mai 2018



Un désert s’embrase du sel
meurtrier, vif aux blessures,
riant de la blancheur des os.

Neige torride qui brûla
le fruit pulpeux d’une lèvre,
l’arbre qui rêvait de l’oiseau

et dont la croute vêt la chair
et le visage de la terre
d’un faux hiver incendié.

Il ne reste que mains de pierre,
griffes de monstres lunaires
hérissés de fleurs de pus.

Mais la ville que nous ferons
baignera la main des hommes
dans l’amitié des fontaines.

(Jean Joubert)

Illustration: Isabelle Planté

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