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Poésie

Posts Tagged ‘rire’

Bateau sur le ruisseau limpide (Tchang Hiu)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2017



Bateau sur le ruisseau limpide

Le voyageur, appuyé sur la rame de son bateau,
Fredonne un air plaintif, le soir tombant.
En riant, il tend ses bras vers la lune du ruisseau bleu;
«Cette pure clarté, je ne m’en lasserai jamais!»

(Tchang Hiu)

 Illustration

 

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AU CAFE (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 26 mars 2017



Jean-Claude Forez  _La_biere

AU CAFE

Le rêve est de ne pas diner,
Mais boire, causer, badiner
Quand la nuit tombe ;
Epuisant les apéritifs,
On rit des cyprès et des ifs
Ombrant la tombe.

Et chacun a toujours raison
De tout, tandis qu’il la maison
La soupe fume,
On oublie, en mots triomphants,
Le rire nouveau des enfants
Qui nous parfume.

On traverse, vague semis,
Les amis et les ennemis
Que l’on évite.
Il vaudrait mieux jouer aux dés,
Car les mots sont des procédés
Dont on meurt vite.

Ces gens du café, qui sont-ils ?
J’ai dans les quarts d’heure subtils
Trouvé des choses
Que jamais ils ne comprendront,
Et, dédaigneux, j’orne mon front
Avec des roses.

(Charles Cros)

Illustration: Jean-Claude Forez

 

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Même en hiver (Anna Gréki)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2017



Même en hiver le jour n’était qu’un verger doux
Quand le col du Guerza s’engorgeait sous la neige
Les grenades n’étaient alors que des fruits – seule
Leur peau de cuir saignait sous les gourmandises
On se cachait dans le maquis crépu pour rire
Seulement. Les fusils ne fouillaient que gibier.
Et si la montagne granitique sautait
A la dynamite, c’était l’instituteur
Mon père creusant la route à sa Citroën.
Aucune des maisons n’avait besoin de portes
Puisque les visages s’ouvraient dans les visages.
Et les voisins épars, simplement voisinaient.
La nuit n’existait pas puisque l’on y dormait.

C’était dans les Aurès…

(Anna Gréki)

Découvert ici: http://www.bulledemanou.com/

 

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Je ne sais plus aimer qu’avec la rage au cœur (Anna Gréki)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2017



Je ne sais plus aimer qu’avec la rage au cœur
C’est ma manière d’avoir du cœur à revendre
C’est ma manière d’avoir raison des douleurs
C’est ma manière de faire flamber des cendres
A force de coups de cœur à force de rage
La seule façon loyale qui me ménage
Une route réfléchie au bord du naufrage
Avec son pesant d’or de joie et de détresse
Ces lèvres de ta bouche ma double richesse

A fond de cale à fleur de peau à l’abordage
Ma science se déroule comme des cordages
Judicieux où l’acier brûle ces méduses
Secrètes que j’ai draguées au fin fond du large
Là où le ciel aigu coupe au rasoir la terre

Là où les hommes nus n’ont plus besoin d’excuses
Pour rire déployés sous un ciel tortionnaire
Ils m’ont dit des paroles à rentrer sous terre
Mais je n’en tairai rien car il y a mieux à faire
Que de fermer les yeux quand on ouvre son ventre

Je ne sais plus aimer qu’avec la rage au cœur
Avec la rage au cœur aimer comme on se bat
Je suis impitoyable comme un cerveau neuf
Qui sait se satisfaire de ses certitudes
Dans la main que je prends je ne vois que la main
Dont la poignée ne vaut pas plus cher que la mienne
C’est bien suffisant pour que j’en aie gratitude
De quel droit exiger par exemple du jasmin
Qu’il soit plus que parfum étoile plus que fleur
De quel droit exiger que le corps qui m’étreint
Plante en moi sa douceur à jamais à jamais
Et que je te sois chère parce que je t’aimais
Plus souvent qu’a mon tour parce que je suis jeune
Je jette l’ancre dans ma mémoire et j’ai peur
Quand de mes amis l’ombre me descend au cœur
Quand de mes amis absents je vois le visage
Qui s’ouvre à la place de mes yeux – je suis jeune
Ce qui n’est pas une excuse mais un devoir
Exigeant un devoir poignant à ne pas croire
Qu’il fasse si doux ce soir au bord de la plage
Prise au défaut de ton épaule – à ne pas croire…

Dressée comme un roseau dans ma langue les cris
De mes amis coupent la quiétude meurtrie
Pour toujours – dans ma langue et dans tous les replis
De la nuit luisante – je ne sais plus aimer
Qu’avec cette plaie au cœur qu’avec cette plaie
Dans ma mémoire rassemblée comme un filet

Grenade désamorcée la nuit lourde roule
Sous ses lauriers-roses là où la mer fermente
Avec des odeurs de goudron chaud dans la houle
Je pense aux amis morts sans qu’on les ait aimés
Eux que l’on a jugés avant de les entendre
Je pense aux amis qui furent assassinés
A cause de l’amour qu’ils savaient prodiguer

Je ne sais plus aimer qu’avec la rage au cœur

A la saignée des bras les oiseaux viennent boire

(Anna Gréki)

Illustration: Frida Kahlo

 

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Poème d’Amour (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2017



Poème d’Amour

O toi qui savamment jettes un beau regard,
Bleu comme les minuits, à travers les fenêtres,
Je te vis sur la route où j’errais au hasard
Des parfums et de l’heure et des rires champêtres.

Le soleil blondissait tes cheveux d’un long rai,
Tes prunelles sur moi dardaient leur double flamme ;
Tu m’apparus, ô nymphe ! et je considérai
Ton visage de vierge et tes hanches de femme.

Je te vis sur la route où j’errais au hasard
Des ombres et de l’heure et des rires champêtres,
O toi qui longuement jettes un beau regard,
Bleu comme les minuits, à travers les fenêtres.

(Renée Vivien)

Illustration: Alex Alemany

 

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Notre père (Rose Ausländer)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2017



Notre père

Notre père
reprends ton nom
nous n’osons pas
être des enfants

Comment dire
la voix étouffée
notre père
une étoile citron
clouée sur le front

La lune riait follement
satellite de nos rêves
le clown mort riait
qui nous promit un saut de la mort

Notre père
nous te rendons
ton nom
Continue à jouer le père
dans les cieux sans enfants
et sans air

***

Vater unser

Vater unser
nimm zurück deinen Namen
wir wagen nicht
Kinder zu sein

Wie
mit erstickter Stimme
Vater unser sagen
Zitronenstern
an die Stirn genagelt

Lachte irr der Mond
Trabant unserer Träume
lachte der tote Clown
der uns einen Salto versprach

Vater unser
wir geben dir zurück
deinen Namen
Spiel weiter den Vater
im kinderlosen
luftleeren Himmel

(Rose Ausländer)

 

 

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Ton rire (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2017



Ton rire

Tu peux m’ôter le pain,
m’ôter l’air, si tu veux :
ne m’ôte pas ton rire.

Ne m’ôte pas la rose,
le fer que tu égrènes
ni l’eau qui brusquement
éclate dans ta joie
ni la vague d’argent
qui déferle de toi.

De ma lutte si dure
je rentre les yeux las
quelquefois d’avoir vu
la terre qui ne change
mais, dès le seuil, ton rire
monte au ciel, me chercha
et ouvrant pour moi toutes
les portes de la vie.

A l’heure la plus sombre
égrène, mon amour,
ton rire, et si tu vois
mon sang tacher soudain
les pierres de la rue,
ris : aussitôt ton rire
se fera pour mes mains
fraîche lame d’épée.

Dans l’automne marin
fais que ton rire dresse
sa cascade d’écume,
et au printemps, amour,
que ton rire soit comme
la fleur que j’attendais,
la fleur guède, la rose
de mon pays sonore.

Moque-toi de la nuit,
du jour et de la lune,
moque-toi de ces rues
divagantes de l’île,
moque-toi de cet homme
amoureux maladroit,
mais lorsque j’ouvre, moi,
les yeux ou les referme,
lorsque mes pas s’en vont,
lorsque mes pas s’en viennent,
refuse-moi le pain,
l’air, l’aube, le printemps,
mais ton rire jamais
car alors j’en mourrais.

(Pablo Neruda)


Illustration

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J’ai cessé de sourire (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2017



J’ai cessé de sourire,
Le vent glacé sèche les lèvres,
J’ai perdu encore un espoir.
J’y gagnerai encore une chanson.

Cette chanson, malgré moi,
Je la livre aux rires, aux injures,
Parce que le silence amoureux
Est pour l’âme une souffrance insupportable.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Arthur Braginsky

 

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Un berger arabe (Yehuda Amichai)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2017



Un berger arabe

Un berger arabe cherche sa chèvre sur le Mont Zion

Sur la colline d’en face je suis à la recherche
de mon petit garçon
Un berger arabe et un père juif
tous deux dans leur perte provisoire…

Nos deux voix se rencontrèrent au-dessus
de la Piscine du Sultan dans la vallée qui nous séparait
Aucun de nous ne veut que son garçon ou la chèvre
ne soit pris dans les rouages de la Had Gayah.

Après nous les trouvâmes au milieu des buissons
et nos voix rentrèrent en nous,

Rires et pleurs.

Chercher une chèvre ou un fils
a toujours été le commencement
d’une nouvelle religion dans ces montagnes

(Yehuda Amichai)

 

 

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La Voix (Henri de Régnier)

Posted by arbrealettres sur 11 mars 2017



La Voix

Je ne veux de personne auprès de ma tristesse
Ni même ton cher pas et ton visage aimé,
Ni ta main indolente et qui d’un doigt caresse
Le ruban paresseux et le livre fermé.

Laissez-moi. Que ma porte aujourd’hui reste close ;
N’ouvrez pas ma fenêtre au vent frais du matin ;
Mon cœur est aujourd’hui misérable et morose
Et tout me paraît sombre et tout me semble vain.

Ma tristesse me vient de plus loin que moi-même,
Elle m’est étrangère et ne m’appartient pas,
Et tout homme, qu’il chante ou qu’il rie ou qu’il aime,
À son heure l’entend qui lui parle tout bas,

Et quelque chose alors se remue et s’éveille,
S’agite, se répand et se lamente en lui,
À cette sourde voix qui lui dit à l’oreille,
Que la fleur de la vie est cendre dans son fruit.

(Henri de Régnier)

 

 

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