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Posts Tagged ‘ritournelle’

Ritournelle (François Coppée)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2019



 

Philippe Loubat _n

Ritournelle

Dans la plaine blonde et sous les allées,
Pour mieux faire accueil au doux messidor,
Nous irons chasser les choses ailées,
Moi, la strophe, et toi, les papillons d’or.

Et nous choisirons les routes tentantes,
Sous les saules gris et près des roseaux,
Pour mieux écouter les choses chantantes,
Moi, le rythme, et toi, le choeur des oiseaux.

Suivant tous les deux les rives charmées
Que le fleuve bat de ses flots parleurs,
Nous vous trouverons, choses parfumées,
Moi, glanant des vers, toi, cueillant des fleurs.

Et l’amour, servant notre fantaisie,
Fera, ce jour-là, l’été plus charmant :
Je serai poète, et toi poésie ;
Tu seras plus belle, et moi plus aimant.

(François Coppée)

Illustration: Philippe Loubat

 

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Triste, triste (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2018



Triste, triste

Je contemple mon feu. J’étouffe un bâillement
Le vent pleure. La pluie à mi vitre ruisselle.
Un piano voisin joue une ritournelle.
Comme la vie est triste et coule lentement.

Je songe à notre Terre, atome d’un moment,
Dans l’Infini criblé d’étoiles éternelles,
Au peu qu’ont déchiffré nos débiles prunelles,
Au Tout qui nous est clos inexorablement.

Et notre sort! toujours la même comédie,
Des vices; des chagrins, le spleen, la maladie,
Puis nous allons fleurir les beaux pissenlits d’or.

L’Univers nous reprend, rien de nous ne subsiste,
Cependant qu’ici-bas tout continue encor.
Comme nous sommes seuls! Comme la vie est triste!

(Jules Laforgue)


Illustration: Vladimir Kush

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RONDE D’AVRIL (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2018



RONDE D’AVRIL

Les oiseaux et le clair soleil;
Les fleurs aux charrettes, en jonchées;
La feuille pointe au bourgeon vermeil;
Toutes les âmes endimanchées;
La brise souffle du vieux Corcyre
Et d’Amathonte en bruits de rames,
Et le monde est jeune encore à ravir
De chansons claires et de clairs rires
Et de blondes femmes:

Voici le marchand de plaisirs,
Mesdames!
N’en goûtez pas, Mesdames,
Ça fait souffrir…

Les roses, les joues; les rayons et les tresses;
Ta marotte, Amour, est un pavot qu’égraine
Aux champs de la joie tout geste d’ivresse:
Et c’est le sommeil et l’oubli que tu sèmes;
N’as-tu pas pour ta lèvre de chanson pire?
N’as-tu pas de meilleure chanson à nous dire,
Grave Amour, au futile épithalame?
Quel petit chant pour ta grande lyre,
Le vieil intermède et le pauvre drame!

Voici le marchand de plaisirs,
Mesdames!
N’en goûtes pas, Mesdames,
Ça fait dormir….

Il tournoie un air de danse aux feuillées,
Un bruit de baisers en des ritournelles;
L’Idée, recluse des longues veillées,
S’étire aux rayons qui convergent en elle;
Sous les charmes en hâte de reverdir,
L’Endormeuse de tous sourires
S’est assise aux carrefours des âmes;
Et l’Amour, devant elle, s’agenouille et se mire
En ses grands yeux fous où le désir est flamme!

Voici la marchande de plaisirs,
Mesdames!
Ah! goûtez-y, Mesdames,
Ça fait mourir…

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Anne-François-Louis Janmot

 

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LA CHANSON DES VIEUX OISEAUX (Jean-Luc Kerloc’h)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2018



 

LA CHANSON DES VIEUX OISEAUX

Les vieux oiseaux
Qui vont battant de l’aile,
Quand les journées sont belles
Se posent sur les bancs,
Et se rappellent
Le joli temps,
Le joli temps
Qui passe à tire-d’aile,
Comme les hirondelles
Dans le bleu du printemps.

Les vieux oiseaux
Qui frissonnent de l’aile,
Frileuses sentinelles,
Chantonnent dans le vent
Les ritournelles
Du bon vieux temps,
Le bon vieux temps
Qui déploya les ailes
Des tendres tourterelles
Qu’on pleure sur un banc.

(Jean-Luc Kerloc’h)

Illustration

 

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La profondeur du subconscient vomit trop de monstres incongrus (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2017



Les murs ne tombent pas
[32]

La profondeur du subconscient vomit
trop de monstres incongrus

et de matière indigeste figée
telle que coquillage, perle ; imagerie

usée jusqu’à la corde ; ascension périlleuse,
descente ridicule ; rime, ritournelle,

assonance fatiguée, nonsense,
juxtaposition de mots pour les mots eux-mêmes,

dépourvus de sens, non définis ; imposition,
déception, girouette indécise ;

syllabes désagréables, inconséquentes,
trop malléables, trop cassantes,

sur-délicates, sous-définitives,
heurt des contraires, lutte de l’émotion

et de l’invention stérile —
tout cela, tu le trouves ?

conditionné à la discrimination
des couleurs de l’arc-en-ciel lunaire

et des couches extérieures des plumes
sur les antennes des papillons,

nous fûmes surpris par la tornade
et déposés sur un sol peu plaisant,

mais comprimes que l’angle d’incidence
est égal à l’angle de réflexion ;

séparés des étoiles errantes
et des habitudes des nobles étoiles fixes,

nous vîmes que même la comète calcinée erratique
possède son orbite particulière.

***

Depth of the sub-conscious spews forth
too many incongruent monsters

and fixed indigestible matter
such as shell, pear ; imagery

done to death; perilous ascent,
ridiculous descent; rhyme, jingle,

overworked assonance, nonsense,
juxtaposition of words for words’ sake,

without meaning, undefined; imposition,
deception, indecisive weather-vane;

disagreeable, inconsequent syllables,
too malleable, too brittle,

over-sensitive, under-definitive,
clash of opposites, fight of emotion

and sterile invention—
you find all this?

conditioned to the discrimination
of the colours of the lunar rainbow

and the outer layers of the feathers
of the butterfly’s antennae,

we were caught up by the tornado
and deposited on no pleasant ground,

but we found the angle of incidence
equals the angle of reflection;

separated from the wandering stars
and the habits of the lordly fixed ones,

we noted that even the erratic burnt-out comet
has its peculiar orbit.

(Hilda Doolittle)

 

 

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Parmi les marronniers (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2017



 

Florence Blin g

Parmi les marronniers…

Parmi les marronniers, parmi les
Lilas blancs, les lilas violets,
La villa de houblon s’enguirlande,
De houblon et de lierre rampant.
La glycine, des vases bleus pend ;
Des glaïeuls, des tilleuls de Hollande.

Chère main aux longs doigts délicats,
Nous versant l’or du sang des muscats,
Dans la bonne fraîcheur des tonnelles,
Dans la bonne senteur des moissons,
Dans le soir, où languissent les sons
Des violons et des ritournelles.

Aux plaintifs tintements des bassins
Sur les nattes et sur les coussins,
Les paresses en les flots des tresses.
Dans la bonne senteur des lilas
Les soucis adoucis, les coeurs las
Dans la lente langueur des caresses.

(Jean Moréas)

Illustration: Florence Blin

 

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Assise en broussaille, les yeux encore pleins de rosée (Christiane Barrillon)

Posted by arbrealettres sur 14 mai 2017



Assise en broussaille, les yeux
encore pleins de rosée,
dans le bosquet
la terre fume
et la brume
monte en spirales de sa pipe d’écume

Les bras levés
émerge un chêne
qui sur scène
bat la mesure

Leçon de danse
et de solfège
Accords de harpes
et arpèges

Par la coulisse
à claire-voie
sur les pointes
le jour se glisse

L’heure tourne
sa valse lisse
de tournelune
en tournesol

Autour du col
des flamants roses
l’aurore s’enroule
et s’irise

Ritournelles des tourterelles
Rondes des lilas et des lis
Vols d’ibis
Bleus d’iris
Volutes des volubilis

(Christiane Barrillon)

Illustration: Irina Vitalievna Karkabi

 

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COMPLAINTE POUR DON JUAN (Édouard Dubus)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2017



COMPLAINTE POUR DON JUAN

Je suis un piano brisé,
Parce qu’il a trop amusé.

Au clavier tout neuf, des menottes
A plaisir ont cassé des notes.

J’ai roucoulé très gentiment
Des morceaux pleins de sentiment.

Histoire de rire, des femmes
Ont tapote des airs infâmes,

D’autres des « tradéridéras
Et des « laïtous » d’opéras.

C’était faux, on n’y songea guère
A la guerre comme à la guerre.

Chacune voulut à son tour
Quelque ritournelle d’amour,

Et joua sans miséricorde
En massacrant corde sur corde,

Tant et tant ! que les trémolos
Eurent la gaîté des sanglots.

On croyait ouïr, aux roulades,
Les râles d’un tas de malades.

Quand ce fut assez odieux,
Elles me firent leurs adieux.

A coups de pied dans la carcasse :
Un joujou déplaît, on le casse.

Je suis un piano brisé,
Parce qu’il a trop amusé.

(Édouard Dubus)

 

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Air retrouvé (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2017



Air retrouvé

Rien n’est fini. Tout recommence.
Rupture toujours ajournée !
C’est comme un vieux bout de romance
Qu’on chanta toute une journée.

Un moment on croit qu’on l’oublie.
On marche sans en avoir cure.
Mais la ritournelle abolie
Couve dans la mémoire obscure.

Un beau jour qu’on prête l’oreille
A des bruits vagues, l’on s’étonne
D’entendre la petite abeille
Qui dans sa ruche encor chantonne.

Et voilà qu’on redit sans trêve
Le bout oublié de romance.
On retourne à son ancien rêve.
Rien n’est fini. Tout recommence,

(Jean Richepin)

 

 

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BALLADE DES MAUVAISES PERSONNES (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2016



 

Mark Kostabi 882 [1280x768]

BALLADE DES MAUVAISES PERSONNES

Qu’on vive dans les étincelles
Ou qu’on dorme sur le gazon
Au bruit des râteaux et des pelles,
On entend mâles et femelles
Prêtes à toute trahison,
Les personnes perpétuelles
Aiguisant leurs griffes cruelles,
Les personnes qui ont raison.

Elles rêvent (choses nouvelles !)
Le pistolet et le poison.
Elles ont des chants de crécelles,
Elles n’ont rien dans leurs cervelles
Ni dans le coeur aucun tison,
Froissant les fleurs sous leurs semelles
Et courant des routes (lesquelles ?)
Les personnes qui ont raison.

Malgré tant d’injures mortelles
Les roses poussent à foison
Et les seins gonflent les dentelles
Et rose est encor l’horizon ;
Roses sont Marie et Suzon !
Mais, les autres, que veulent-elles ?
Elle ne sont vraiment pas belles,
Les personnes qui ont raison.

ENVOI
Prince, qui, gracieux, excelles
A nous tirer de la prison,
Chasse au loin par tes ritournelles
Les personnes qui ont raison.

(Charles Cros)

Illustration: Mark Kostabi

 

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