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Tu trouves en chaque chose de quoi réchauffer l’univers (Christian Viguié)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2019



Tu trouves en chaque chose
de quoi réchauffer l’univers
ainsi la carafe qui arrête net
le ciel
la conscience d’être plus un souffle
qu’une pierre
rituel lent d’un arbre
qui veut prendre le jour

(Christian Viguié)

Illustration: ArbreaPhotos

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POUSSIÈRE (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2018



Illustration: Ludovic Florent
    
POUSSIÈRE

Or ma poussière n’est jamais en repos.
Or toujours je dois mourir.
Cette poussière a voyagé avec la terre depuis la création des soleils
Mais n’a jamais quitté l’éternité

Dont la loi est tracée sur ma main qui écrit,
Qui porte le sceau des formes et des états de la nature;
Les étoiles obéissent à cet ordre, et l’herbe,
La beauté les innocents, et les saints.

Ces os ont vu les rochers déversés, fondus
Dans la transmutation des feux solaires,
Obéissant aux lois que j’ai brisées,
La puissance et la gloire du soleil qui règne.

Mon sang suit son cours comme le mouvement des marées,
La pluie qui tombe et le torrent, l’orage et l’accalmie,
Il a subi le poids du gel
Et la montée baroque des nuages.

L’ombre de la croix s’étend sur le vide
Dès le premier éclat jailli entre les pôles.
Le monde est bâti sur une séparation
Dont les années-lumière ne peuvent combler la distance.
La blessure prolifère, la déchirure s’étend.

La passion de l’homme est inscrite dans l’arbre,
Les colonnes du ciel, les végétaux,
Les épines, le fer, et la soif organique
Depuis le commencement dresse son calvaire.

La poussière vole à travers les figures d’une danse,
Avance — passage rituel — telle une épousée,
Marque fleurs et coquilles de spirales qui deviennent
Déserts de fossiles et brumes tournoyantes,
Tisse la rose, l’agneau, l’enfant aimé du monde,
Puis redéfait le monde que la danse a fait.

***

DUST

Only my dust is never laid
And ont), I must always die.
This dust has travelled with the earth rince suns moere made
Yet never left eternity

Whose mule is traced upon my band that writes,
That bears the seal of nature’s forms and states;
The stars obey that order, and the gras:,
The beautiful, the innocent, and the saints.

These bones have known the molten rocks outpoured
In transmutation of the solar ires,
Obedient to the laves that I have broken,
The power and glory of the reigning sun.

My blood streams with the motion of the tides,
The fall of main and cataract, storm and calm,
Has undergone the freezing of the ice
And the baroque assomption of the clouds.

The chape of the cross is laid upon the void
By the first flash that leaps between the poles.
The world is built upon a separation
Whose distance the long lightyears cannot close.
The wound proliferates, the rift extends.

Man’s passion is predestined in the tree,
The cross-beams of the heavens, vegetation,
The thorns, the iron, and the organic thirst
From the beginning raise his calvary.

The dust sweeps through the figures of a dance,
Moves in its rituel/ transit like a bride
Imprinting shells and fiowers with spiral forms that pass
To fossil hastes and whirling nebulae,
Weaving the rose, the lamb, and the world’s darling child,
And then unmakes again the world the dance has made.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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Kaspar (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2018



Albrecht Durer - Les rois mages [800x600]

La floraison du bâton

[41]
Personne ne saura jamais comment cela se fit,
mais nous avons le droit de nous demander

si cela n’avait pas un rapport
avec le voeu qu’il avait fait —

eh bien, pas exactement un voeu,
une idée, un souhait, une lubie, peut-être une prémonition,

cette prémonition, nous la connaissons tous,
c’est arrivé auparavant ailleurs,

ou cela arrivera encore — où ? quand ?
car, en posant sa jarre sur le sol de l’étable,

il se souvint du vieil Azar… le vieil Azar
lui avait souvent dit que, au moment des pluies soudaines d’hiver,

après la sécheresse mémorable d’automne,
les arbres avaient été déchirés et tués,

quand le gel brutal était venu ;
mais Azar mourut quand Kaspar était encore jeune,

et si le récit d’Azar faisait référence
à l’année de la production de myrrhe,

distillée dans cette même jarre,
ou à une autre — Kaspar ne s’en souvenait pas ;

mais Kaspar pensait, il y avait toujours deux jarres,
les deux étaient toujours ensemble,

pour quoi n’ai-je apporté les deux ?
ou aurais-je dû choisir l’autre ?

car Kaspar se rappelait le vieil, vieil Azar marmonnant,
autres temps et meilleures manières, et on avait toujours soutenu

qu’une jarre était meilleure que l’autre,
mais il grommelait et secouait la tête,

personne ne savait laquelle était la bonne
maintenant que ton arrière grand-père est mort.

[42]
Ce n’était qu’une pensée,
un jour j’apporterai l’autre,

en posant la jarre
sur le sol de l’étable à boeufs ;

Balthasar avait offert le baume d’aspic,
Melchior les anneaux d’or ;

ils étaient tous deux un peu plus âgés que Kaspar
et il s’était donc tenu un peu à l’écart,

comme si son présent était une idée de dernière minute
et ne pouvait être comparé aux leurs ;

quand Balthasar poussa la porte ou le portail
de l’étable, un berger se trouvait là,

plutôt — une sorte de berger, un homme âgé avec un bâton,
peut-être une sorte de veilleur de nuit ;

comme Balthasar hésitait, il dit, Sire,
je crains qu’il n’y ait pas de place à l’Auberge,

comme pour leur éviter d’entrer plus loin,
en demandant peut-être où faire dormir

leurs bêtes de grande valeur ; mais Balthasar
salua la courtoisie paisible de l’homme

et continua ; et Balthasar entra dans l’étable à boeufs,
et Balthasar toucha son front et sa poitrine,

comme il le faisait aux côtés du Grand-Prêtre
devant la Présence-Sacrée-Manifeste ;

et Balthasar prononça le Grand Mot,
et Balthasar se courba, comme si le poids de cet honneur

le ployait, comme saisi
par sa Grâce écrasante,

et Balthasar fit un pas de côté
et Melchior prit sa place.

Et Melchior fit des gestes avec ses mains
comme pour danser ou jouer,

pour montrer sans parler, son peu de mérite,
pour indiquer que ceci, son présent, était symbolique,

sans valeur en soi (ces lourds anneaux d’or),
et Melchior se courba et baisa la terre, sans voix,

car c’était là le rituel
du deuxième ordre des prêtres.

Et Kaspar se tenait un peu de côté
tel un acolyte insignifiant,

et posa son présent
un peu à l’écart des autres,

pour montrer par déduction
son insignifiance en comparaison ;

et Kaspar, debout,
n’inclina qu’à peine la tête,

comme pour montrer,
par respect pour les autres,

plus âgés, extrêmement honorés,
que sa part dans ce rituel

était presque négligeable,
car les autres s’étaient courbés très bas.

***

No one will know exactly how it came about,
but we are permitted to wonder

if it had possibly something to do
with the vow he had made—

well, it wasn’t exactly a vow,
an idea, a wish, a whim, a premonition perhaps,

that premonition we all know,
this has happened before somewhere else,

or this will happen again—where? when?
for, as he placed his jar on the stable-floor,

he remembered old Azar … old Azar
had often told how, in the time of the sudden winter-rain,

after the memorable autumn-drought,
the trees were mortally torn,

when the sudden frost came;
but Azar died while Kaspar was still a lad,

and whether Azar’s tale referred
to the year of the yield of myrrh,

distilled in this very jar,
or another—Kaspar could not remember;

but Kaspar thought, there were always two jars,
the two were always together,

why didn’t I bring both?
or should I have chosen the other?

for Kaspar remembered old, old Azar muttering,
other days and better ways, and it was always maintained

that one jar was better than the other,
but he grumbled and shook his head,

no one can tell which is which,
now your great-grandfather is dead.

It was only a thought,
someday I will bring the other,

as he placed his jar
on the floor of the ox-stall;

Balthasar had offered the spikenard,
Melchior, the rings of gold;

they were both somewhat older than Kaspar
so he stood a little apart,

as if his gift were an after-thought,
not to be compared with theirs;

when Balthasar had pushed open the stable-door
or gate, a shepherd was standing there,

well—a sort of shepherd, an older man with a staff,
perhaps a sort of night-watchman;

as Balthasar hesitated, he said, Sir,
I am afraid there is no room at the Inn,

as if to save them the trouble of coming further,
inquiring perhaps as to bedding-down

their valuable beasts; but Balthasar
acknowledged the gentle courtesy of the man

and passed on; and Balthasar entered the ox-stall,
and Balthasar touched his forehead and his breast,

as he did at the High Priest’s side
before the Holy-Presence-Manifest;

and Balthasar spoke the Great Word,
and Balthasar bowed, as if the weight of this honour

bent him down, as if over-come
by this overwhelming Grace,

and Balthasar stood aside
and Melchior took his place.

And Melchior made gesture with his hands
as if in a dance or play,

to show without speaking, his unworthiness,
to indicate that this, his gift, was symbolic,

worthless in itself (those weighty rings of gold),
and Melchior bent and kissed the earth, speechless,

for this was the ritual
of the second order of the priests.

And Kaspar stood a little to one side
like an unimportant altar-servant,

and placed his gift
a little apart from the rest,

to show by inference
its unimportance in comparison;

and Kaspar stood
he inclined his head only slightly,

as if to show,
out of respect to the others,

these older, exceedingly honoured ones,
that his part in this ritual

was almost negligible,
for the others had bowed low.

(Hilda Doolittle)

Illustration: Albrecht Durer

 

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La nuit je tenterai la joie (Hala Mohammad)

Posted by arbrealettres sur 8 août 2018



Hala Mohammad 
    
La nuit je tenterai la joie
Je ne la trouve pas au tréfonds de moi-même
Il est encore tôt le matin
Peut-être
D’ici ce soir
Une folie balayera-t-elle le chagrin.
Je m’y efforcerai.
Autour de toi le monde s’est effondré
Alors
Tu disposes quelques chaises
Autour d’une table
Et pour compléter le rituel de la joie
Tu poses sur la table une bouteille d’alcool
Et un bouquet de fleurs sauvages
Petites, toutes petites
Prêtes à s’effriter au moindre toucher
Tandis que moi, dans le coin du tableau,
Ne suis qu’une nature morte.

***

(Hala Mohammad)

Recueil: Ce peu de vie
Traduction: Antoine Jockey
Editions: Al Manar

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ENTRETIEN DU FEU (Jean-Claude Xuereb)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2018



 

ENTRETIEN DU FEU

Le feu inspire et respire le monde
s’y consume et irradie
la contraignante liberté des astres
énigme programmée des hommes
pour anéantir purifier allier forger

Chaque homme prend racine
dans son feu intérieur
il peut en être consumé
sans le moindre élixir
capable de l’éteindre
jusqu’à l’instant où soufflera la mort

Immortel le feu qui tourmente le magma
parfois explose et ruine le sol des hommes
et la terre ressasse son tournoiement
dans un immuable rituel de derviche

(Jean-Claude Xuereb)

 

 

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Libre passage (Robert Momeux)

Posted by arbrealettres sur 27 avril 2018



Libre passage

Nue, elle était comme ces longues et lentes herbes,
immensément solitaires dans des savanes sans fin
que la mémoire ne sait plus où situer.
Toute la grâce était dans cette façon de plier une jambe,
dans cette douceur du fléchissement de la hanche consentante.
La nuque mystérieusement paraissait diriger un rituel
que le moment troublé ne traduisait que confusément.
Ses seins étaient des lampes que l’ombre de mes mains tempérait de tendresse.
La longue plage de son ventre ondoyait d’une houle intérieure…
Nous nous abimâmes souvent dans cette nuit d’éclairs et de vapeurs.

Il y a longtemps, bien longtemps, que nous nous sommes perdus de vue,
que nous ne savons plus nous rejoindre.
Parfois nous nous rencontrons, nous sourions, il reste une marge.
Mais maintenant pour combien de temps encore, pour combien de temps ?

(Robert Momeux)


Illustration

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Routine de l’être (Abdellatif Laâbi)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2018



Rituels
sans magie
Routine de l’être

(Abdellatif Laâbi)


Illustration

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Le banquet (Olivier Larronde)

Posted by arbrealettres sur 29 août 2017



Le banquet

L’ombre amoncelle et ton amour s’y craque,
Né du désir qui me chassait de toi,
T’ouvrant sa foudre où le noir fait mon toit
Quand s’y reçoit un double de mes actes,

Autant d’entrées où souffrir veut sa loi
Que de piliers taillés dans les blessures
Multipliées par nos chairs à l’étroit
Pour s’orchestrer au banquet sans morsure.

Celui qui bat invite à ses silences
Chaque chose autre où des futurs s’élancent
Dans l’escalier de ce don perpétuel
Comme ostensoir de votre cœur rituel.

(Olivier Larronde)

Illustration: Audrey Kawasaki

 

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Venu de la rue (Georges Bonnet)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2017



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Venu de la rue
le troupeau des pas

Une écharpe blanche
sur un fauteuil endormi

Les rituels du silence

(Georges Bonnet)

 

 

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LA PETITE STATUE (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 14 janvier 2017



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LA PETITE STATUE

Présence rituelle et tutélaire
Compagne de l’ombre dessin du silence

***

A PEQUENA ESTATUA

Presença ritual e tutelar
Companheira da sombra desenho do silêncio

(Sophia de Mello Breyner Andresen)

 

 

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