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ELEGIE D’UN MADRIGAL (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2018



ELEGIE D’UN MADRIGAL

Je me souviens qu’une après-midi de solitude et d’ennui,
— oh! semblable à tant d’autres! — mon âme était,
sous l’azur monotone, une rivière large et lisse
qui n’avait sur sa rive pas la moindre jonchaie.

Oh! monde sans attrait, indigence sentimentale
qui efface le mystérieux tain du cristal!
Oh! l’âme sans amour qui réfléchit l’Univers
avec un irrémédiable bâillement universel!

*

Le poète voulut se rappeler tout seul
les ondes bien aimées, la lumière des cheveux
que dans ses rimes il appelait blondes vagues.
Il lut… La lettre tue : il ne s’en souvenait…

Et un jour — comme tant d’autres —, en aspirant un jour
le parfum d’une rose épanouie sur le rosier,
jaillit comme une flamme la lumière des cheveux
que dans ses madrigaux il appelait blondes vagues,
car ils avaient le même parfum…

Tout seul il s’éloigna pour pleurer en silence.

(Antonio Machado)

Illustration: Alberto Pancorbo

 

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La vérité n’existe que dans l’expérience de chacun (Gao Xingjian)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2018



 

La vérité n’existe que dans l’expérience de chacun, et même dans ce cas,
dès qu’elle est rapportée, elle devient histoire.
Il est impossible de démontrer la vérité des faits et il ne faut pas le faire.
Laissons les habiles dialecticiens débattre sur la vérité de la vie.
Ce qui est important, c’est la vie elle-même.
Ce qui est réel, c’est que je suis assis à côté de ce feu dans cette pièce
noircie par la fumée de l’huile, que je vois ces flammes dansant dans
ses yeux; ce qui est vrai, c’est moi-même,
c’est la sensation fugitive que je viens d’éprouver,
impossible à transmettre à autrui.
Dehors, le brouillard est tombé, les montagnes sombres
se sont estompées, le son de la rivière rapide résonne en toi
et cela suffit.

(Gao Xingjian)

Découvert chez Lara ici
 

 

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Je t’ai faite à la taille de ma solitude (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2018


Je n’ai envie que de t’aimer
Un orage emplit la vallée
Un poisson la rivière

Je t’ai faite à la taille de ma solitude
Le monde entier pour se cacher
Des jours et des nuits pour se comprendre

Pour ne plus rien voir dans tes yeux
Que ce que je pense de toi
Et d’un monde à ton image

Et des jours et des nuits réglés par tes paupières.

(Paul Eluard)

Illustration: Paul Delvaux

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Nous rendons grâces (Chant Iroquois)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2018



chef iroquois [800x600]

Nous rendons grâces à notre mère la terre, qui nous soutient.
Nous rendons grâces aux rivières et aux ruisseaux qui nous donnent l’eau.
Nous rendons grâces à toutes les plantes qui nous donnent les remèdes contre nos maladies.
Nous rendons grâces au maïs et à ses soeurs les fèves et les courges, qui nous donnent la vie.
Nous rendons grâces aux haies et aux arbres qui nous donnent leurs fruits.
Nous rendons grâces au vent qui remue l’air et chasse les maladies.
Nous rendons grâces à la lune et aux étoiles qui nous ont donné leur clarté après le départ du Soleil.
Nous rendons grâces à notre grand-père Hé-no, pour avoir protégé ses petits-enfants des sorcières et des reptiles, et nous avoir donné sa pluie.
Nous rendons grâces au Soleil qui a regardé la terre d’un oeil bienfaisant.
Enfin, nous rendons grâces au Grand Esprit en qui s’incarne toute bonté et qui mène toutes choses pour le bien de ses enfants.

(Chant Iroquois)

 

 

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Ophélie (Philippe Chabaneix)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018




Ophélie

Allez, allez comme le vent,
O compagnons de la folie
Auxquels depuis longtemps me lie
Un sort étrange et décevant,
Allez sans cesse de l’avant
A la recherche d’Ophélie,
Allez, allez comme le vent,
Elle a glissé dans la rivière
Avec des soucis à la main,
Ne regardez pas en arrière
Et suivez toujours le chemin
Où reste un peu de sa lumière,
Elle a glissé dans la rivière,
Mais un grand lys naîtra demain
Parmi les croix du cimetière.

(Philippe Chabaneix)

Illustration: John Everett Millais

 

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CALENDRIER (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018



 

CALENDRIER

La fumée des cigares
la chaleur des maisons
la lumière des océans et des rivières
sont nos chers compagnons
Et pourtant notre ingratitude est sans bornes
comme nos regards comme notre voix
Nous passons avec notre rire
pour mieux voir les bonheurs des dames
et les paradis des enfants
Nous ne savons pas qu’il existe quelque part
une île
un désert
pour les petits
Aujourd’hui et demain
comme deux mains croisées
supportent malgré tout la chaleur des années
Nous pouvons courir
et nous pouvons mourir
la pluie sera pour nous la chère bienvenue
son visage sanglant et ses mains croisées
supportent elles aussi la chaleur des années

(Philippe Soupault)

Illustration

 

 

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lMPRESSIONS ÉTRANGES D’UN PETIT PAYSAGE (Saisei Murô)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018


 


Vincent Van Gogh   Abricotiers en fleurs mars 1888

 

lMPRESSIONS ÉTRANGES D’UN PETIT PAYSAGE
SHÓKEI IJÔ

1.
Ces menus poissons blancs sont tristes
Et vraiment leurs prunelles noires
Leurs prunelles sont délicates!
Déjeunant dehors
Indifférence
Et mélancolie
Pourquoi écouterais-je les oiseaux? Ils ne cessent de chanter.

2.
Pays natal : au loin, on y pense
Triste, on te chante
Et même si dans la misère
Il faut être mendiant en terre étrangère
Il n’y a pas de retour!
Seul dans le soir de la ville
J’aurai des larmes pour mon pays natal
Et c’est ainsi
Que j’irai dans cette ville lointaine
Que j’irai dans cette capitale

3.
J’ai perdu ma montre en argent
Et j’ai perdu mon coeur
Sous le pont il y a si peu d’eau dans la rivière
Sur le pont je m’appuie et je pleure

4.
Du fond de mon âme
Pousse une verdure
Il n’y a rien, et pourtant
Montent les larmes du repentir
Creusant doucement la terre
Montent les larmes du repentir

5.
Quel désir écrira ma chanson?
En un instant s’ouvrent les pruniers
Je me plonge dans leur fraîcheur
Calme et campagne
Aujourd’hui maman m’aura grondé encore
Je suis venu sous les pruniers

6.
Abricotiers!
Sortez vos fleurs
Oh, terre, mets-toi vite à briller!
Abricotiers! Fleurissez!
Abricotiers! Flamboyez!
Ah, Abricotiers! Sortez vos fleurs!

Abricotiers! Flamboyez!
Ah, Abricotiers, fleurissez!

(Saisei Murô)

Illustration: Vincent Van Gogh

 

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L’ESPÉRANCE MORTE (Edmond Pilon)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2018



troi sreines

L’ESPÉRANCE MORTE

Sur le bord du bassin trois Reines se penchent :
Trois Reines, la Bleue et la Rouge et la Blanche :
Sur le bord du bassin de verte espérance
Trois Reines se penchent vers l’attirance
De leurs beaux visages mirés dans l’eau,
Trois Reines se penchent sur le bateau…

Trois Reines se penchent, et la première
Laisse tomber ses bagues dans le courant.

Ses bagues, ses roses, ses bagues d’argent,
Laisse tomber ses bijoux dans la rivière…
Trois Reines se penchent, la Reine Bleue
S’approche et se penche et se courbe un peu…

Trois Reines se penchent, et la seconde,
La Rouge, et puis celle aux deux mains si blondes…
Trois Reines se penchent, la Reine Rouge
Regarde l’Etoile dans l’eau qui bouge,
Laisse choir des lys, et sa sœur aux yeux bleus
Laisse choir l’éclat de ses beaux cheveux :

Au bord du bassin, trois Reines se penchent,
Trois Reines : la Rouge, et la Bleue, et la Blanche,
Trois Reines se penchent vers l’Espérance…
Mais l’Espérance est morte, et l’eau la balance,
Et les trois Reines voient sur son front qui dort
Passer les poissons roses dans les joncs d’or…

(Edmond Pilon)

 

 

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CHANSON (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2018



CHANSON

Nous cueillerons des fleurs,
nous nous les donnerons.
Les adieux seront
— joyeux ! —
pour bientôt nous revoir.

Comme les yeux sont calmes
dans les immenses yeux !
Baisers à l’envi.
Silence !
Les arbres sont divins.

D’or sera la rivière,
toujours, même au couchant.
Si, pour quelque raison,
nous allons au ciel,
nous dirons : Attends !

***

CANCIÓN

Cojeremos flores
y nos las daremos.
Los ¡adiós! serán
—!alegres!-
para al punto vernos.

iQué quietos los ojos
en los ojos grandes!
Besos porque sí.
¡Silencio!
Los divinos árboles.

De oro será el río,
siempre, aunque anochezca.
Si vamos al cielo
por algo,
diremos: ¡Espera!

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Marc Chagall

 

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Vierge-de-la-mer (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2018



La floraison du bâton

[ 22]
Mais l’hôte, Simon, pensa,
il faut se fixer une limite quelque part ;

il avait vu quelque chose de semblable
sur une image païenne

ou à l’entrée d’un temple marin interdit,
sculpté sur le portail en pierre ;

on appelait la créature
ainsi représentée,

assise au bord de la mer
ou sur un rocher, une Sirène,

une vierge-de-la-mer, mer-maid ;
d’aucuns disaient que cette sirène chantait

et que le chant d’une sirène était fatal
et que des épaves jonchaient le sillage de tels cheveux ;

elle n’était pas invitée,
il se pencha pour chuchoter

à l’oreille de son Convive,
je ne la connais pas.

[23]
Toujours une foule attendait devant chaque porte
par laquelle son Convive était entré ;

il ne voulait pas créer une scène,
il demanderait à quelqu’un de l’expulser discrètement

Simon, bien que tendu et excité,
avait pris note de tous ses convives ;

tout s’était très bien passé jusqu’à présent,
mais ceci était embarrassant ;

elle était en fait en train de baiser Ses pieds ;
Il ne comprend pas ;

ils l’appellent Maître,
mais Simon questionna :

s’il était prophète, il saurait bien qui est,
et quelle est cette femme qui le touche.

[24]
Simon l’ignorait mais Balthasar
ou Melchior aurait pu lui expliquer,

ou mieux encore, Gaspar ou Kaspar,
qui, dit-on, apporta la myrrhe ;

Simon voulait éviter une scène
mais Kaspar savait que la scène était inévitable

et déjà écrite sur une étoile
ou une configuration d’étoiles

qui revient rarement, peut-être une fois
en un peu plus de deux mille ans.

[25]
Simon pouvait dire, oui,
elle avait l’air d’une image

païenne ou idole sculptée
dans un temple marin interdit ;

et Simon avait peut-être entendu
que cette femme de la ville,

était accablée de démons ou l’avait été ;
mais Kaspar pouvait appeler

les diables daemons,
et pouvait même nommer les sept

dans sa barbe, car techniquement
Kaspar était un païen ;

il pouvait chuchoter tendrement, ces noms
sans crainte de la damnation éternelle,

Isis, Astarté, Cyprus
et les quatre autres ;

il pouvait les renommer,
Ge-meter, De-meter, mère-terre

ou Vénus
dans une étoile.

[26]

Mais il n’est pas juste de comparer
Kaspar à Simon ;

ce Simon n’est pas Simon Pierre, évidemment,
ce n’est pas Simon le Zélote, le Cananéen

ni Simon, de Cyrène
ni le Simon plus tardif, le sorcier,

ce Simon est Simon le lépreux ;
mais Simon faisant partie de la bande,

était, l’on suppose, guéri de ce fléau,
guéri dans son corps, tandis que l’autre,

la sirène peu virginale, Marie de Magdala
était guérie dans son âme ; d’elle, le Maître

avait chassé sept démons ;
mais Simon, bien que guéri dans son corps,

n’était pas préparé pour savoir
que ces diables eux-mêmes ou daemons,

comme les aurait appelés Kaspar,
faisaient dorénavant définitivement partie du table

ils avaient pénétré séparément ou ensemble
la belle jeune fille, peut-être sans lubricité,

mais en franchissant le seuil
de ce temple pas si désagréable,

ils désiraient peut-être rendre hommage,
tout comme l’avaient fait Kaspar,

et Melchior
et Balthasar.

[27]
Et Kaspar (car évidemment le marchand était Kaspar)
tout d’abord ne la reconnut pas ;

elle était frêle et svelte, ne portait ni bracelet
ni autre ornement, et avec ce foulard

enveloppant sa tête, drapant ses épaules,
elle était impersonnelle, pas une servante

envoyée faire une course mais, pour ainsi dire,
une confidente, envoyée par quelque grande dame ;

elle était la discrétion même
dans sa robe et sa coiffure sombres ;

Kaspar ne la reconnut
qu’une fois que son foulard eût glissé à terre,

et alors, non seulement il reconnut Marie
comme l’avaient dit les étoiles (Vénus à l’ascendant

ou Vénus en conjonction avec Jupiter,
ou tout autre nom qu’il donnait à ces feux errants),

mais quand il vit la lumière dans ses cheveux
pareille à un clair de lune sur une rivière perdue,

Kaspar
se rappela.

[28]
Et Kaspar entendit
l’écho d’un écho dans un coquillage,

en elle étaient pardonnés
les péchés des sept démons chassés d’elle ;

et Kaspar vit comme dans un miroir,
une autre tête découverte et deux têtes couronnées,

l’une d’un simple tortil, l’autre d’un tortil de gemmes
que même lui n’aurait pu nommer ;

et Kaspar, maître des caravanes,
avait connu des splendeurs que peu ont connues,

et vu des joyaux taillés ou non qui changeaient
comme l’eau au lever et au coucher du soleil,

et des pierres de sang et des saphirs ;
point besoin d’énoncer de détails quant au savoir précis de Kaspar

ni d’inventaire de ses propres possessions,
tout ce qu’il nous faut savoir est que Kaspar

en savait plus sur les pierres précieuses que quiconque,
davantage encore que Balthazar ;

mais son coeur était plein d’une extase plus exaltée
qu’aucun expert devant une nouvelle teinte de rose ou de gris fumé

sur une opale ou une perle indienne ; c’était Kaspar
qui vit comme dans un miroir,

une tête sans couronne et une autre avec un simple tortil
puis une tête avec un tortil de gemmes d’une couleur inimitable ;

elles étaient bleues et pourtant proches du violet,
pourtant très bleues ; si on vous demandait de les décrire,

vous diriez que c’étaient des pierres bleues
d’une taille carrée étrange et serties de sorte que la lumière

surgissait comme du dedans ; les facettes intérieures semblaient
miroiter et lancer d’incalculables angles de lumière,

ce bleu traversé de violet ;
comment exprimer ce qu’il ressentait ?

il vit comme dans un miroir; distinctement, oh très distinctement,
un tortil de pierres taillées carré sur la tête d’une dame,

et ce qu’il vit mit tant de bonheur dans son coeur
que ce fut comme s’il souffrait,

son coeur peinait tellement
avec son extase.

[29]
Ce n’était pas uniquement du fait de la beauté
bien que cela eût aussi compté,

c’était la découverte, la découverte qui l’exaltait
car il savait que la vieille tradition, la vieille, vieille légende,

son père l’avait eue de son grand-père
et son grand-père de son arrière grand-père (et ainsi de suite),

était vraie ; on n’en parlait jamais, même en chuchotements secrets ;
la légende était contenue dans de vieux signes et symboles,

et seule la plus pénible application pouvait les déchiffrer;
et seuls quelques-uns pouvaient même tenter de le faire,

après une enfance et une jeunesse dédiée
aux plus rigoureuses séances de concentration

et l’étude du thème et de la loi
des relations de temps et de la rétention de mémoire ;

mais pour finir, Kaspar aussi reçut le titre de Magian
(il est traduit dans l’Écriture, Homme Sage).

***

But Simon the host thought,
we must draw the line somewhere;

he had seen something like this
in a heathen picture

or a carved stone-portal entrance
to a forbidden sea-temple ;

they called the creature,
depicted like this,

seated on the sea-shore
or on a rock, a Siren,

a maid-of-the-sea, a mermaid;
some said, this mermaid sang

and that a Siren-song was fatal
and wrecks followed the wake of such hair;

she was not invited,
he bent to whisper

into the ear of his Guest,
I do not know her.

There was always a crowd hanging about outside
any door his Guest happened to enter;

he did not wish to make a scene,
he would call someone quietly to eject her;

Simon though over-wrought and excited,
had kept careful count of his guests;

things had gone excellently till now,
but this was embarrassing;

she was actually kissing His feet;
He does not understand;

they call him a Master,
but Simon questioned:

this man if he were a prophet, would have known
who and what manner of woman this is.

Simon did not know but Balthasar
or Melchior could have told him,

or better still, Gaspar or Kaspar,
who, they say, brought the myrrh;

Simon wished to avoid a scene
but Kaspar knew the scene was unavoidable

and already written in a star
or a configuration of stars

that rarely happens, perhaps once
in a little over two thousand years.

Simon could say, yes,
she looked like a heathen

picture or carved idol
from a forbidden sea-temple;

and Simon might have heard
that this woman from the city,

was devil-ridden or had been;
but Kaspar might call

the devils daemons,
and might even name the seven

under his breath, for technically
Kaspar was a heathen;

he might whisper tenderly, those names
without fear of eternal damnation,

Isis, Astarte, Cyprus
and the other four;

he might re-name them,
Ge-meter, De-meter, earth-mother

or Venus
in a star.

But it is not fair to compare
Kaspar with Simon;

this Simon is not Simon Peter, of course,
this is not Simon Zelotes, the Canaanite

nor Simon of Cyrene
nor the later Simon, the sorcerer,

this Simon is Simon, the leper;
but Simon being one of the band,

we presume was healed of his plague,
healed in body, while the other,

the un-maidenly mermaid, Mary of Magdala
was healed of soul; out of her, the Master

had cast seven devils;
but Simon, though healed of body,

was not conditioned to know
that these very devils or daemons,

as Kaspar would have called them,
were now unalterably part of the picture;

they had entered separately or together
the fair maid, perhaps not wantonly,

but crossing the threshold
of this not un-lovely temple,

they intended perhaps to pay homage,
even as Kaspar had done,

and Melchior
and Balthasar.

And Kaspar (for of course, the merchant was Kaspar)
did not at first know her;

she was frail and slender, wearing no bracelet
or other ornament, and with her scarf

wound round her head, draping her shoulders,
she was impersonal, not a servant

sent on an errand, but, as it were,
a confidential friend, sent by some great lady;

she was discretion itself
in her dark robe and head-dress;

Kaspar did not recognise her
until her scarf slipped to the floor,

and then, not only did he recognise Mary
as the stars had told(Venus in the ascendant

or Venus in conjunction with Jupiter,
or whatever he called these wandering fires),

but when he saw the light on her hair
like moonlight on a lost river,

Kaspar
remembered.

And Kaspar heard
an echo of an echo in a shell,
in her were forgiven
the sins of the seven
daemons cast out of her;

and Kaspar saw as in a mirror,
another head uncovered and two crowned,

one with a plain circlet, one with a circlet of gems
which even he could not name;

and Kaspar, master of caravans,
had known splendour such as few have known,

and seen jewels cut and un-cut that altered
like water at sun-rise and sun-set,

and blood-stones and sapphires;
we need no detailed statement of Kaspar’s specific knowledge

nor inventory of his own possessions,
all we need to know is that Kaspar

knew more about precious stones than any other,
more even than Balthasar;

but his heart was filled with a more exalted ecstasy
than any valuer over a new tint of rose or smoke-grey

in an Indian opal or pearl; this was Kaspar
who saw as in a mirror,

one head uncrowned and then one with a plain head-band
and then one with a circlet of gems of an inimitable colour;

they were blue yet verging on purple,
yet very blue; if asked to describe them,

you would say they were blue stones
of a curious square cut and set so that the light

broke as if from within; the reflecting inner facets
seemed to cast incalculable angles of light,

this blue shot with violet;
how convey what he felt?

he saw as in a mirror, clearly, O very clearly,
a circlet of square-cut stones on the head of a lady,

and what he saw made his heart so glad
that it was as if he suffered,

his heart laboured so
with his ecstasy.

It was not solely because of beauty
though there was that too,

it was discovery, discovery that exalted him
for he knew the old tradition, the old, old legend,

his father had had from his grandfather
and his grandfather from his great-grandfather (and so on),

was true; this was never spoken about, not even whispered in secret;
the legend was contained in old signs and symbols,

and only the most painful application could decipher them,
and only the very-few could even attempt to do this,

after boy-hood and youth dedicated
to the rigorous sessions of concentration

and study of the theme and law
of time-relation and retention of memory;

but in the end, Kaspar, too, received the title Magian
(it is translated in the Script, Wise Man).

(Hilda Doolittle)

Illustration: Frederic Leighton

 

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