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Poésie

Posts Tagged ‘robe’

Ma Seine (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2020



Ma Seine

Le matin le brouillard cache
La vague endormie
Qui se réveille avec
Un bâillement de bateau

Un courant furtif
Entoure d’un clapotis
La barque attachée à la berge
Et ma Seine m’entraîne
En rêve jusqu’à la mer

Elle ceinture une robe
Bariolée de champs vastes
Et de jardins petits
De villes et de villages

Elle étrangle
Des îlots de verdure
Glisse sous les ponts
Ses anneaux
Secoués de convulsions
Et avale la lente navigation
De lourdes péniches
Qu’elle digère mal.

(Jean-Baptiste Besnard)

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Je déboutonne ton chemisier (Werner Lambersy)

Posted by arbrealettres sur 16 juillet 2020



Tu accroches
tes robes
un peu
partout
dans la chambre
de bonne
où tu loges
tes vingt ans

Moi je viens
mettre
mon nez
dedans
comme on ouvre
des huîtres
pour
respirer l’air
du grand
large
et de la marée

Sur un gaz de
fortune
tu as laissé
des lentilles
gonfler
sans pudeur
dans l’eau
comme
grossit un désir

Bouton
de nacre après
bouton
je déboutonne
ton
chemisier
vert pomme
et laitue tendre

Comme on ouvre
à la bourse
d’Anvers
les sachets pliés
pleins
de diamants bruts

(Werner Lambersy)


Illustration

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La première fille (Werner Lambersy)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2020



La première
fille
que j’ai vue
aussi nue
qu’un jardin
en hiver
son frère
me l’avait
échangée
contre
des billes
au regard
de félins

Je mourais
de méningite
cérébrale
et ne savais
rien
de nos douze
ans
ni du jeu
de marelle
sous les jupes
Elle a dit oui
d’accord
je t’aime bien
tu sais

Puis
ôtant sa robe
à dix sous
je vis
ce qu’il y
avait dessous
Et même
dans ses yeux
ronds
aussi
parfaits
qu’un Parthénon
quand
ma mort s’en alla
entre
ses mains
de petite ménagère
des miracles
du corps

(Werner Lambersy)


Illustration: Sylvia Postel

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Retouche à la matinale (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2020


 


 

Alexander Bartashevich  802

retouche à la matinale

du livre sous l’édredon
monte encore l’appel de la chouette
laineuse et posée sur une ligne

adolescente aux longs cils

d’en bas traîne à venir
sévère mais soulevant sa robe
l’odeur du café

(Daniel Boulanger)

Illustration: Alexander Bartashevich 

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A celle qui est voilée (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2020



    

A celle qui est voilée

Tu me parles du fond d’un rêve
Comme une âme parle aux vivants.
Comme l’écume de la grève,
Ta robe flotte dans les vents.

Je suis l’algue des flots sans nombre,
Le captif du destin vainqueur ;
Je suis celui que toute l’ombre
Couvre sans éteindre son coeur.

Mon esprit ressemble à cette île,
Et mon sort à cet océan ;
Et je suis l’habitant tranquille
De la foudre et de l’ouragan.

Je suis le proscrit qui se voile,
Qui songe, et chante, loin du bruit,
Avec la chouette et l’étoile,
La sombre chanson de la nuit.

Toi, n’es-tu pas, comme moi-même,
Flambeau dans ce monde âpre et vil,
Ame, c’est-à-dire problème,
Et femme, c’est-à-dire exil ?

Sors du nuage, ombre charmante.
O fantôme, laisse-toi voir !
Sois un phare dans ma tourmente,
Sois un regard dans mon ciel noir !

Cherche-moi parmi les mouettes !
Dresse un rayon sur mon récif,
Et, dans mes profondeurs muettes,
La blancheur de l’ange pensif !

Sois l’aile qui passe et se mêle
Aux grandes vagues en courroux.
Oh, viens ! tu dois être bien belle,
Car ton chant lointain est bien doux ;

Car la nuit engendre l’aurore ;
C’est peut-être une loi des cieux
Que mon noir destin fasse éclore
Ton sourire mystérieux !

Dans ce ténébreux monde où j’erre,
Nous devons nous apercevoir,
Toi, toute faite de lumière,
Moi, tout composé de devoir !

Tu me dis de loin que tu m’aimes,
Et que, la nuit, à l’horizon,
Tu viens voir sur les grèves blêmes
Le spectre blanc de ma maison.

Là, méditant sous le grand dôme,
Près du flot sans trêve agité,
Surprise de trouver l’atome
Ressemblant à l’immensité,

Tu compares, sans me connaître,
L’onde à l’homme, l’ombre au banni,
Ma lampe étoilant ma fenêtre
A l’astre étoilant l’infini !

Parfois, comme au fond d’une tombe,
Je te sens sur mon front fatal,
Bouche de l’Inconnu d’où tombe
Le pur baiser de l’Idéal.

A ton souffle, vers Dieu poussées,
Je sens en moi, douce frayeur,
Frissonner toutes mes pensées,
Feuilles de l’arbre intérieur.

Mais tu ne veux pas qu’on te voie ;
Tu viens et tu fuis tour à tour ;
Tu ne veux pas te nommer joie,
Ayant dit : Je m’appelle amour.

Oh ! fais un pas de plus ! Viens, entre,
Si nul devoir ne le défend ;
Viens voir mon âme dans son antre,
L’esprit lion, le coeur enfant ;

Viens voir le désert où j’habite
Seul sous mon plafond effrayant ;
Sois l’ange chez le cénobite,
Sois la clarté chez le voyant.

Change en perles dans mes décombres
Toutes mes gouttes de sueur !
Viens poser sur mes oeuvres sombres
Ton doigt d’où sort une lueur !

Du bord des sinistres ravines
Du rêve et de la vision,
J’entrevois les choses divines… –
Complète l’apparition !

Viens voir le songeur qui s’enflamme
A mesure qu’il se détruit,
Et, de jour en jour, dans son âme
A plus de mort et moins de nuit !

Viens ! viens dans ma brume hagarde,
Où naît la foi, d’où l’esprit sort,
Où confusément je regarde
Les formes obscures du sort.

Tout s’éclaire aux lueurs funèbres ;
Dieu, pour le penseur attristé,
Ouvre toujours dans les ténèbres
De brusques gouffres de clarté.

Avant d’être sur cette terre,
Je sens que jadis j’ai plané ;
J’étais l’archange solitaire,
Et mon malheur, c’est d’être né.

Sur mon âme, qui fut colombe,
Viens, toi qui des cieux as le sceau.
Quelquefois une plume tombe
Sur le cadavre d’un oiseau.

Oui, mon malheur irréparable,
C’est de pendre aux deux éléments,
C’est d’avoir en moi, misérable,
De la fange et des firmaments !

Hélas ! hélas ! c’est d’être un homme ;
C’est de songer que j’étais beau,
D’ignorer comment je me nomme,
D’être un ciel et d’être un tombeau !

C’est d’être un forçat qui promène
Son vil labeur sous le ciel bleu ;
C’est de porter la hotte humaine
Où j’avais vos ailes, mon Dieu !

C’est de traîner de la matière ;
C’est d’être plein, moi, fils du jour,
De la terre du cimetière,
Même quand je m’écrie : Amour !

(Victor Hugo)

 

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LE HANNETON DORE (René Guyomard)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2020



hanneton doré

LE HANNETON DORE

Rose solaire et solitaire
Immobile midi qu’aucune odeur ne trouble
Que nul mot ne rassure ou distrait de son feu
Un lent pétale las d’une si longue attente
Glisse au revers des astres
Se mêle au poudroiement doré d’étés lointains

O jardins abolis
O la rose entrouvrant pour nous sa robe d’ombre
Où luisait le coléoptère
Serti dans le coeur du mystère.

(René Guyomard)

Illustration

 

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Habillage (Philippe Claudel)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2020



Illustration: Pascal Renoux
    
Habillage

Mon amour
Mon Dieu que c’est long
Que c’est long
Ce temps sans toi
J’en suis à ne plus compter les jours
J’en suis à ne plus compter les heures
Je laisse aller le temps entre mes doigts
J’ai le mal de toi comme on a le mal d’un pays
Je ferme les yeux
J’essaie de retrouver
Tout ce que j’aime de toi
Tout ce que je connais de toi
Ce sont tes mains
Tes mains qui disent comme ta bouche les mots
En les dessinant dans l’air et sur ma peau parfois
Tes mains serrées dans le sommeil avec la nuit
Dans le creux de ta paume
Tes mains qui battent les rêves comme des cartes à jouer
Tes mains que je prends dans les miennes
Pendant l’amour
Ce matin tandis que le soleil venait à la fenêtre j’ai fermé les yeux
Et ta bouche s’est posée sur ma bouche
La tienne à peine ouverte
Et tes lèvres doucement se sont écrasées sur les miennes
Et ta langue s’est enroulée à ma langue
J’ai songé à l’Italie alors
Au citronnier de Ravello accroché dans l’à-pic au-dessus de la mer
Très bleue
Au vent dans tes cheveux
Tu portais ta robe rose
Elle devenait une fleur
Elle jouait avec tes cuisses et tes bras nus
Le vent la tordait comme un grand pétale souple
Le vent chaud comme ton ventre après l’amour
Tandis que mon sexe dans ton sexe frémit encore et s’émerveille
Que le plaisir a rendu mauves nos paupières
Que nous sommes couchés non pas l’un contre l’autre
Mais l’un à l’autre
Oui l’un à l’autre mon amour
Mon présent s’orne de mille passés dont il change la matière
Et qui deviennent par ta grâce des présents magnifiques
Ces heures ces instants ces secondes au creux de toi
Je me souviens du vin lourd que nous avions bu
Sur la terrasse tandis que la nuit couvrait tes épaules
D’un châle d’argent
Je me souviens de ton pied gauche jouant avec les tresses de ta sandale
La balançant avec une grâce qui n’appartient qu’à toi
Je me souviens de ce film de Nanni Moretti Caro Diaro
Vu dans un vieux cinéma
Des rues de Rome
De la lumière orangée de la ville
Et de la Vespa que nous avions louée quelques jours plus tard
Et nous avions roulé comme Nanni dans le film
Sans but et sans ennui
Dans l’émerveillement du silence de la ville
Désertée pour la ferragosto
Tu me tenais par la taille et tu murmurais à mon oreille
« Sono uno splendido quarantenne »
Et tu riais
Et je riais avec toi sous le nuage des pins parasols
Dans les parfums de résine
Et le soir devant le grand miroir rouillé de la très petite chambre de l’hôtel
Tu jouais un autre film
« Tu les trouves jolies mes fesses ?
Oui. Très.
Et mes seins tu les aimes.
Oui. Enormément. »
Et je disais oui à tout
Oui à toi
Oui à nous
Je sors une heure chaque jour
Cela est permis
Je marche je tourne je tourne en rond
Et rien ne tourne rond
Pour moi sans toi
Pour moi loin de toi et qui n’ai plus que ma mémoire
Pour te faire naître dans mon cerveau
Et l’apaiser l’embraser t’embrasser te serrer te chérir en lui
Hier le surveillant tandis que je rentrais dans ma cellule après la promenade
M’a dit que le confinement allait prendre fin au-dehors

Dombasle-sur-Meurthe, le 20 mai 2020

(Philippe Claudel)

 

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Un soir se refait (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2020


Un soir se refait
dans les tremblements d’herbes
battement de portes
armoires vidées
quittant des genoux pris sous la robe noire
à tâches de soleil
une bête gagne son coin
sans l’horreur du temps
qui reprend un couple
au tournant d’un chemin
accablé d’oiseaux.

(Jean Follain)

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365 HEURES (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 8 avril 2020



Illustration: Flo DS
    
365 HEURES

Jours blancs jours de peine
jours de laine moutons
que l’on pousse et que l’on tond
troupeaux de jours sans haleine

Jours longs comme les cheveux
blancs comme la neige et le feu
cendres et fumées et cendres
escalier qu’il faut descendre

Petits vieux en robe de peine
jours creux comme assiettes vides
quand la faim mord et morfond
vieilles journées et feuilles mortes

La vie passe comme un véhicule
devant les fenêtres fermées
et nous serons bien ridicules
devant nos miroirs brisés

Rions puisque vous demandez
que les jours soient des souvenirs
quand on a perdu la mémoire
et qu’il faut rire et qu’il faut vivre

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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En robes anciennes Sur un étang laiteux (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2020



patineuse  l [800x600]

En robes anciennes
Sur un étang laiteux
Des patineuses viennent
Grinçant quelques aveux.
En robes anciennes

Elles sont aussi pâles
Que les aubes d’hiver,
Le vent tire leurs châles,
Leurs bras sont grands ouverts.
Elles sont les plus pâles.

Paupières baissées
Et la grâce à leur front
Elles passent bercées
Et bientôt s’en iront.
Paupières baissées,

Où donc s’en iront-elles?
Beaux oiseaux des étangs,
Beaux oiseaux demoiselles
Restez jusqu’au printemps.
Où donc s’en iront-elles?

Hélas ! demain peut-être,
Peut-être dans un lit
Et, dans l’ombre d’un traître
Que le désir pâlit,
Hélas ! demain peut-être

Comme lierre aux branches,
Elles iront lier
Leurs doux bras de peau blanche.
Elles iront prier
Comme lierre aux branches,

Comme lierre prie
En sa feuille qui croît,
Par l’amour enhardies,
Vers des liens étroits
Comme lierre prie,

Lianes de peau blanche
Aux branches de la nuit,
Vérité qui s’épanche
Nue, en la nuit des puits,
Lianes de peau blanche

Dont la fleur est certaine
Elles feront leur don
Et dès l’aube prochaine
Trouveront l’abandon
Dont la fleur est certaine.

Vérités diaphanes,
Enfants d’éternité,
Les amours tôt se fanent,
Les lits sont désertés.
Vérités diaphanes,

Restez de vos eaux fraîches
Les plus fraîches des fleurs.
Certain baiser dessèche
Les bouquets de candeur.
Restez dans vos eaux fraîches,

Restez là, je vous aime.
La lune aux feux glacés
Sur vous porte l’emblème
D’un rêve dépassé.
Restez là. Je vous aime.

Vous êtes aussi pâles
Que les aubes d’hiver,
Le vent tire vos châles,
Vos bras sont grands ouverts
Vous êtes aussi pâles

Que les plus pâles mortes
Et vous vivez pourtant,
Et cet étang vous porte
Vers moi qui vous attends.
O mes plus pâles mortes

Montrez-moi vos visages,
Venez ici, tout près
Sur le bord du rivage
Que je voie bien vos traits.
Montrez-moi vos visages,

Vos lèvres, vos prunelles.
Vous me consolerez
Par un sourire frêle,
Par un mot murmuré.
Vos lèvres, vos prunelles

En leur jeunesse vive
Seront devant mes yeux
Lèvres de ma pensive
Et son regard d’adieu
En sa jeunesse vive.

(Louise de Vilmorin)

Illustration

 

 

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