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Posts Tagged ‘(Robert Desnos)’

« Demain » (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 5 mai 2020



Illustration: Stéphane Texereau
    
« Demain »

Âgé de cent mille ans, j’aurais encor la force
De t’attendre, ô demain pressenti par l’espoir.
Le temps, vieillard souffrant de multiples entorses,
Peut gémir : Le matin est neuf, neuf est le soir.

Mais depuis trop de mois nous vivons à la veille,
Nous veillons, nous gardons la lumière et le feu,
Nous parlons à voix basse et nous tendons l’oreille
À maint bruit vite éteint et perdu comme au jeu.

Or, du fond de la nuit, nous témoignons encore
De la splendeur du jour et de tous ses présents.
Si nous ne dormons pas c’est pour guetter l’aurore
Qui prouvera qu’enfin nous vivons au présent.

(Robert Desnos)

 

Recueil: État de veille
Traduction:
Editions:

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Un bouquet de muguet (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2020




    
Un bouquet de muguet,
Deux bouquets de muguet,
Au guet ! Au guet !
Mes amis, il m’en souviendrait,
Chaque printemps au premier mai.
Trois bouquets de muguet,
Gai ! gai !
Au premier mai,
Franc bouquet de muguet.

(Robert Desnos)

 

 

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La petite Rosalie (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2020



La petite Rosalie peigne ses cheveux odorants
Le vent le vent passe à travers les rideaux de tulle
La petite Rosalie n’a ni amie ni amant
Le vent le vent s’attelle à la charrue du houx

La petite Rosalie joue à la marelle
Le vent le vent gonfle la voile des navires
La petite Rosalie n’a pas de chance au jeu
Le vent le vent se met en boule et fait ron-ron

La petite Rosalie passe ainsi tous les jours
Le vent le vent s’épuise aux tôles de cheminées
La petite Rosalie chantonne une chanson pas bien gaie
Le vent le vent change de nom et de direction

Avant l’hiver c’était l’automne
Avant l’automne l’été le printemps
La petite Rosalie deviendra la vieille Rosalie
Le vent le vent soufflera sur ses engelures

La vieille Rosalie décomptera ses amours
Le vent le vent se fatiguera aux éternelles semailles
La vieille Rosalie enfin mourra
Le vent le vent soufflera sur son tombeau

Et qu’est-ce que cela peut bien nous faire.

(Robert Desnos)

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LE DERNIER POÈME (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2020




Illustration: ArbreaPhotos
    
LE DERNIER POÈME

J’ai rêvé tellement fort de toi,
J’ai tellement marché, tellement parlé,
Tellement aimé ton ombre,
Qu’il ne me reste plus rien de toi.
Il me reste d’être l’ombre parmi les ombres,
D’être cent fois plus ombre que l’ombre,
D’être l’ombre qui viendra et reviendra
Dans ta vie ensoleillée.

(Robert Desnos)

 

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Toi aussi tu viendras où je suis (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2019



Toi aussi tu viendras où je suis

Aujourd’hui je me suis promené avec mon camarade.
Même s’il est mort,
Je me suis promené avec mon camarade.
Qu’ils étaient beaux les arbres en fleurs,
Les marronniers qui neigeaient le jour de sa mort.

Avec mon camarade je me suis promené.
Jadis mes parents
Allaient seuls aux enterrements
Et je me sentais petit enfant.
Maintenant je connais pas mal de morts,

J’ai vu beaucoup de croque-morts
Mais je n’approche pas de leur bord.
C’est pourquoi tout aujourd’hui
Je me suis promené avec mon ami.
Il m’a trouvé un peu vieilli,

Un peu vieilli mais il m’a dit:
Toi aussi tu viendras où je suis,
Un dimanche ou un samedi,
Moi, je regardais les arbres en fleurs,
La rivière passer sous le pont

Et soudain j’ai vu que j’étais seul.
Alors je suis rentré parmi les hommes.

(Robert Desnos)


Illustration

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Alors la trompette (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2019


 


 

trompettes

Alors la trompette retentira à toutes les portes de la ville
Et des oiseaux s’envoleront au bruit des fanfares.
Ils voleront longtemps au-dessus de la ville
Et, quand ils se poseront,
Déjà nous reposerons
Heureux, joyeux, le coeur contenté,
Dormant dans la nuit qui précédera le premier lever de soleil du bonheur retrouvé.

(Robert Desnos)

Illustration

 

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Funérailles (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2018



 

cimetiere [1280x768]

Funérailles

«Ne poussez pas ! ne poussez pas !
«Tas de salauds!
«Espèce de vache avec vos mamelles pendantes avez-vous fini de pousser !
«Du calme, il y en a pour tout le monde.
«Regardez-moi cette putain avec ses airs de marquise!
«Tu pues ! tu pues !
«C’est criminel d’emmener des enfants dans cette foule !
«Si on les emmène c’est qu’on peut pas faire autrement.
«Ça va durer encore longtemps?
«Madame vous perdez votre culotte.
«Qu’est-ce que ça peut vous faire?
«Et puis d’abord je vous emmerde

— C’est un enterrement, un bel enterrement.
Tout le monde veut en être.
On se piétine pour entrer au cimetière,
Mais il y aura de la place pour tout le monde.

(Robert Desnos)

 

 

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Dans un petit bateau (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 13 septembre 2018



Dans un petit bateau
Une petite dame
Un petit matelot
Tient les petites rames

Ils s’en vont voyager
Sur un ruisseau tranquille
Sous un ciel passager
Et dormir dans une île

C’est aujourd’hui Dimanche
Il fait bon s’amuser
Se tenir par la hanche
Echanger des baisers

C’est ça la belle vie
Dimanche au bord de l’eau
Heureux ceux qui envient
Le petit matelot

(Robert Desnos)

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Comme (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 13 septembre 2018



 

as de coeur

Comme

Come, dit l’Anglais à l’Anglais, et l’Anglais vient.
Côme, dit le chef de gare, et le voyageur qui vient dans cette ville
descend du train sa valise à la main.
Come, dit l’autre, et il mange.
Comme, je dis comme et tout se métamorphose, le marbre en eau, le ciel
en orange, le vin en plaine, le fil en six, le coeur en peine, la peur en seine.
Mais si l’Anglais dit as c’est son tour de voir le monde changer de forme à sa convenance
Et moi je ne vois plus qu’un signe unique sur une carte:
L’as de coeur si c’est en février,
L’as de carreau et l’as de trèfle, misère en Flandre,
L’as de pique aux mains des aventuriers.
Et si cela me plaît à moi de vous dire machin,
Pot à eau, mousseline et potiron.
Que l’Anglais dise machin,
Que machin dise le chef de gare,
Machin dise l’autre,
Et moi aussi.
Machin.
Et même machin chose.
Il est vrai que vous vous en foutez.
Que vous ne comprenez pas la raison de ce poème.
Moi non plus d’ailleurs.
Poème, je vous demande un peu?
Poème? je vous demande un peu de confiture,
Encore un peu de gigot,
Encore un petit verre de vin
Pour nous mettre en train…
Poème, je ne vous demande pas l’heure qu’il est.
Poème, je ne vous demande pas si votre beau-père est poilu comme un sapeur.
Poème, je vous demande un peu… ?

Poème, je ne vous demande pas l’aumône,
Je vous la fais.
Poème, je ne vous demande pas l’heure qu’il est,
Je vous la donne.
Poème, je ne vous demande pas si vous allez bien,
Cela se devine.
Poème, poème, je vous demande un peu…
Je vous demande un peu d’or pour être heureux avec celle que j’aime.

(Robert Desnos)

 

 

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Les espaces du sommeil (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2018



 

Les espaces du sommeil

Dans la nuit il y a naturellement les sept merveilles
du monde et la grandeur et le tragique et le charme.
Les forêts s’y heurtent confusément avec des créatures de légende cachées dans les fourrés.
Il y a toi.

Dans la nuit il y a le pas du promeneur
et celui de l’assassin et celui du sergent de ville
et la lumière du réverbère
et celle de la lanterne du chiffonnier.
Il y a toi.

Dans la nuit passent les trains et les bateaux
et le mirage des pays où il fait jour.
Les derniers souffles du crépuscule
et les premiers frissons de l’aube.
Il y a toi.

Un air de piano, un éclat de voix.
Une porte claque. Un horloge.
Et pas seulement les êtres et les choses et les bruits matériels.
Mais encore moi qui me poursuis ou sans cesse me dépasse.
Il y a vous, vous que j’attends.

Parfois d’étranges figures naissent
à l’instant du sommeil et disparaissent.
Quand je ferme les yeux,
des floraisons phosphorescentes apparaissent
et se fanent et renaissent comme des feux d’artifice charnus.
Des pays inconnus que je parcours en compagnie de créatures.
Il y a toi sans doute, ô belle et discrète espionne.

Et l’âme palpable de l’étendue.
Et les parfums du ciel et des étoiles
et le chant du coq d’il y a 2000 ans
et le cri du paon dans des parcs en flamme et des baisers.

Des mains qui se serrent sinistrement dans une lumière blafarde
et des essieux qui grincent sur des routes médusantes.
Il y a toi sans doute que je ne connais pas,
que je connais au contraire.

Mais qui, présents dans mes rêves,
Obstinés à s’y laisser deviner sans y paraître.
Toi qui restes insaisissable
dans la réalité et dans le rêve.

Toi qui m’appartiens de par ma volonté
de te posséder en illusion
mais qui n’approches ton visage du mien
que mes yeux clos aussi bien au rêve qu’à la réalité.

Toi qu’en dépit d’un rhétorique facile
où le flot meurt sur les plages,
où la corneille vole dans des usines en ruines,
où le bois pourrit en craquant sous un soleil de plomb.

Toi qui es à la base de mes rêves
et qui secoues mon esprit plein de métamorphoses
et qui me laisses ton gant quand je baise ta main.
Dans la nuit il y a les étoiles
et le mouvement ténébreux de la mer,
des fleuves, des forêts, des villes, des herbes,
des poumons de millions et millions d’êtres.

Dans la nuit il y a les merveilles du mondes.
Dans la nuit il n’y a pas d’anges gardiens
mais il y a le sommeil.
Dans la nuit il y a toi

Dans le jour aussi.
(Robert Desnos)

Illustration: Jean Libon

Découvert ici: http://www.ville-maurecourt.fr/evenement/printemps-des-poetes-2016-a-la-mda

Merci pour la belle soirée du 20/05/2016 : lecture et chants de textes de Robert Desnos par

L’atelier d’écriture Gaz à tous les étages et les jadilleurs 

 


 

 

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