Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘(Robert Momeux)’

Lac (Robert Momeux)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2018



Lac

Tu n’aimes plus rien,
que le reflet dans l’eau de cette ombre
qui te tient d’un très lointain passé
dont tu ne sais plus l’origine
et qui pleure sur le soir.

Oh! fuyez Ophélie, fantômes effeuillés.

(Robert Momeux)


Illustration: John William Waterhouse

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Emploi du temps (Robert Momeux)

Posted by arbrealettres sur 28 juin 2018



Emploi du temps

Le vent pointu
Secoue les démons de la fête
Il me reste très peu de temps
Pour reconnaître enfin la nuit

Je ne sais pas si je vais vivre
Assez pour suivre ces flocons
Oui s’entêtent à ne pas fondre

Je ne sais pas si ce sang fluide
Oui fait comme un rempart entre les jours
Où rien ne se passe et les arcs-en-ciel de gaieté
Fera assez de bruit aux tempes des années

Mais il faudra quand même se lever
Et pousser cette porte
Oui donne sur les pavés du soleil
Et chasser les lièvres de l’aube
Avant que les démons de l’intérieur donnent l’alarme

Il faudra bien faire toilette
Pour les amis qui vont venir
Ensemble nous nous posterons près du sablier.

(Robert Momeux)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

VEILLEUSE (Robert Momeux)

Posted by arbrealettres sur 28 juin 2018



VEILLEUSE

Elle n’est ni ta gaieté ni ta tristesse.
Ni ton silence ni le poème né du silence.
Elle n’est ni tes victoires ni ta chute, définitive ou pas.
Elle n’est pas ta démesure mais non plus elle n’est ta quiétude, le calme.
Elle est étrangère à tes actions autant qu’à ce qui les provoque, elle ne participe pas.
Elle est tout auprès, mais tu l’ignores.
Ou plutôt tu devines qu’elle est peut-être, qu’elle pourrait surgir,
mais rien ne vous conduit, ne vous destine.
Elle ne pourrait te perdre pas plus qu’elle ne pourrait te prolonger.

Elle est de surcroît.

(Robert Momeux)


Illustration: Ivan Calatayud

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Libre passage (Robert Momeux)

Posted by arbrealettres sur 27 avril 2018



Libre passage

Nue, elle était comme ces longues et lentes herbes,
immensément solitaires dans des savanes sans fin
que la mémoire ne sait plus où situer.
Toute la grâce était dans cette façon de plier une jambe,
dans cette douceur du fléchissement de la hanche consentante.
La nuque mystérieusement paraissait diriger un rituel
que le moment troublé ne traduisait que confusément.
Ses seins étaient des lampes que l’ombre de mes mains tempérait de tendresse.
La longue plage de son ventre ondoyait d’une houle intérieure…
Nous nous abimâmes souvent dans cette nuit d’éclairs et de vapeurs.

Il y a longtemps, bien longtemps, que nous nous sommes perdus de vue,
que nous ne savons plus nous rejoindre.
Parfois nous nous rencontrons, nous sourions, il reste une marge.
Mais maintenant pour combien de temps encore, pour combien de temps ?

(Robert Momeux)


Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La lettre (Robert Momeux)

Posted by arbrealettres sur 9 novembre 2017



La lettre

Je vous dis adieu.
Je dois partir à présent,
il se fait tard, adieu.
Croyez que j’aurais aimé demeurer près de vous plus longtemps :
l’air est si doux.
… Mais je ne puis attendre encore.

Il me restait sans doute bien des choses à faire,
et beaucoup à vous dire.
il aurait été si agréable de voir cette eau couler sans but,
et d’entendre ce vent dans les arbres.
Également, j’aurais beaucoup aimé vous rencontrer plus tôt.
Mais cela était dans l’ordre des choses, sans doute.
Adieu ! Je pense que pour moi
il en sera comme pour tous les autres qui vinrent avant moi,
comme pour ces nuages qui passent.
Qu’est-ce qui les presse, ainsi,
qu’un rien de vent les effiloche et les dissout ?

… il vous reste ce ciel, et ces montagnes.
Après tout, il vous sera facile d’attendre : le temps passe si vite.
Adieu. Il ne m’a pas été donné de durer bien longtemps.
Ainsi de l’herbe qu’on croit éternelle,
en ses multiplications accueillantes et sereines.

Adieu.

(Robert Momeux)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 4 Comments »

Paysages intérieurs (Robert Momeux)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2017



Paysages intérieurs

Mourir près de la mer
Qui ne sort pas de ses lumières
Qui jette son sablier
Dans les roues de la fortune

Je fus marin

Mourir près de la mer
Immense qui rêve ses passions
Qui poudroie sa monnaie de sel
Dans les jambes du temps

Mais les voiliers étaient partis

Mourir près de la mer
Qui canonne le ciel vide
Qui lance les fusées pâles de son tocsin
A l’horizon levant les brumes

Le temps n’avait pas attendu
L’enfant leurré par la mer oisive

Mourir près de la mer
Son peignoir de pigeons stupéfaits
Ouvert comme un balcon
Par dessus le désespoir des rêves

(Robert Momeux)

Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Si tu crois rêver (Robert Momeux)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2017



Si tu crois rêver

Si tu crois que l’heure
Est à tous les vents
Si tu crois Fauvette

Et si pour passer
Il suffit d’un rêve
D’un rêve et d’un peu
D’amour sur la plaie

Si tu crois Fauvette
A la courte paille
Si tu crois au vent
Oui dit des merveilles
Et aux voiliers bleus
Cachés dans la main

Alors nous aurons
Des saisons entières
Et un fil de soie
Pour tisser des nuits.

(Robert Momeux)


Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Prose (Robert Momeux)

Posted by arbrealettres sur 19 décembre 2016



Prose

La nuit est aussi grande qu’une main ouverte.
Nous marchons dans le noir.
Nous ne craignons pas les chacals de l’ombre
car nous savons nous servir de nos armes,
qui sont de sable et de fumée.
Elles sont présentes dans nos veines
et un vin chante dans les rumeurs qui nous parcourent
et nous entraînent où le passé est invisible.

Nous sommes dans le noir
mais un diamant vrille nos yeux
et nous guide vers cette ineffable douceur
d’une auberge à l’orée de la nuit.
Il n’y a pas d’ogre dans ces pays ombreux
et les clairières de brouillards n’ont plus de mystères.
Nous savons que le jour doit venir
et ce n’est pas ces quelques villages déserts traversés en silence
qui dresseront leurs fantômes contre ce splendide événement, notre rêve.
Ces désuètes bourgades ne sont que les lambeaux d’une vie dépassée.
La nuit nous est complice
et ses oiseaux furtifs nous désignent où il faut marcher.

Nous sommes dans le noir
mais la clarté qui doit venir
dépêche vers nous déjà les mains heureuses de ses ruisseaux.
Notre silence est une respiration,
nous sommes en marche
et rien ne peut venir que lumière ou chaos.

(Robert Momeux)


Illustration: Gilbert Garcin

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Années surannées (Robert Momeux)

Posted by arbrealettres sur 5 juin 2016




Années surannées

Il y a plusieurs centaines d’années,
j’ai vécu seul dans un immense château, retiré et sombre.
C’était je crois dans une lande,
parmi les ajoncs et de grands rochers gris et tourmentés.
Nul ne venait me voir.
J’occupais une chambre minuscule, une cellule.
Le reste était désert et vide.
J’errais longtemps dans les longues galeries.
Un jour toujours blafard pénétrait glauquement par les hautes fenêtres sans rideaux
que la poussière rendait mystérieuses.
Mes pas retentissaient longuement sur les dalles.
La nuit également me voyait dans ces mornes couloirs,
une torche à la main, cherchant je ne sais quel passé qui fuyait inconnu,
ou bien c’était l’avenir, peut-être, qui me narguait infini.
La lune là-haut, inquiète elle-même et menaçante,
vrillait ses froids couteaux sur les étangs noirs ;
et parfois une chouette découpait sa silhouette triste et nue
sur son cercle de métal bouillonné.

Je suis resté très longtemps dans ce château et,
peu à peu j’y perdis l’usage de la parole.
Je crois ne l’avoir jamais visité entièrement.
Un jour j’en suis parti.
Je marche, depuis.
Toutes les portes sont fermées, personne jamais ne m’adresse la parole.
Je suis une ombre.

Je passe.

(Robert Momeux)

Illustration: ArbreaPhotos

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 11 Comments »

Destin (Robert Momeux)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2015



Destin

Une femme descend dans les flammes
Et un grand vent l’essuie j’ai perdu tout espoir
De revenir jamais où les loups s’entr’aimaient

Où les loups s’entr’aimaient
Au plus profond du bois

Une foule chante dans les rues
De qui donc est-ce la fête
Ou bien quel événement soudain
Fait relever toutes les têtes

Jamais je n’aurai le temps
D’aimer tout ce monde

(Robert Momeux)


Illustration: Salvador Dali


Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :