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Poésie

Posts Tagged ‘(Robert Sabatier)’

Printemps du corps (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2019



Printemps du corps

Mon corps ici, mon corps ailleurs, mon corps
Ensoleillé par la mort et qui glisse
De source en fleuve et de fleuve en caresse
Pour se mêler à d’autres floraisons.

Que ma non-mort en ses terres vitales
Soit cet oiseau, ce poisson, ces parures
De fleurs et d’ors dans le jardin des mots
Et que ma nuit ne soit qu’une apparence.

Ma bouche parle en d’intenses corolles,
Mon oeil regarde au-delà du rosier,
Mes bras unis sont rives de l’étang
Où nénuphar je chante au ras des eaux.

Ainsi mes mains, les ultimes semeuses,
Sont la semence éparse du blé noir
Et mon échine à tous les vents frissonne
La mort en moi, la mort qui danse encore.

Ce doux pollen aux ailes de l’abeille :
Un peu de moi. Ce bourgeon qui s’entrouvre :
Mon vieux délire ici ressuscité
Par le savoir infini de l’aurore.

Mon corps en moi, mon corps en vous, mon corps,
Cette parcelle éminente du jour,
Pour t’affranchir frère de la durée
Et composer la musique des gestes.

(Robert Sabatier)

Illustration

 

 

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J’étreins la fée (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2018




    
J’étreins la fée

J’étreins la fée, elle est mon outre-monde.
Sans elle ici, je ne serais qu’une ombre.

Je la chéris car elle est ma croyance
comme une sainte et qu’on ne peut prier.

Elle a surgi de mes contes d’enfance
pour venir vivre avec moi dans ma vie.

Elle est si belle et ses yeux m’illuminent
comme un sapin de Noël en été.

Je la contemple et ne demande rien.
Elle est le don, sa présence suffit.

Qu’elle me touche et fasse de mon corps
un crapaud noir, je la remercierais.

Je ne dis rien. Son silence est en moi,
en moi qui suis l’hôte de son étoile.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Albin Michel

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LES ZOOLOGIES (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2018


 


 

Igor Morski -9 [1280x768]

LES ZOOLOGIES

Un poisson nage au fond de ma poitrine,
Un oiseau plane au creux de mon cerveau.
Je me soumets à leurs libres critiques :
Ils ont la grâce éclatante des mots
Venus tout droit de leurs zoologies.

Ce manuscrit, qu’en dirait le coyote,
Et ce roman, plairait-il au lézard ?
Cette musique, est-ce toi qui la portes
Ou l’hirondelle ou le sage cafard ?
Et si mon corps n’était que faune et flore !

Jamais genette ici ne put survivre.
Les animaux fiancés à la mort,
En s’enfermant dans leurs prisons de cuivre
Ont fait chanter mon âme un peu plus fort.
Je les aimais du fond de mes élytres.

Zèbre ici-bas de pampas se contente
Et zèbre ailleurs marche au fond de la mer.
Un rouge-gorge est un bijou qui chante,
Une prunelle un oiseau toujours vert
Et chaque lèvre un frisson d’eau dormante.

Ils sont tous là : aigles, poissons, virgules
Et double V, redoutable animal.
Tout leur cortège en ma phrase circule,
Un cri s’élève : amour est le fanal,
Je suis gardé par ses tendres globules.

Il n’est qu’ara pour parler de contrainte,
Il n’est que lièvre à dévorer le vent.
Je me soumets, animaux, à vos plaintes.
Toute douleur est préface du chant,
Vivez en moi, frères venus des limbes.

Imprimez-vous en ma peau, lettres vives,
Et gardez-moi d’oublier vos pelages.
Qu’un livre soit le jumeau, le sosie
Des animaux échappant à nos cages.
Un tigre d’or circule dans mes phrases,
La coccinelle est au bout de ma ligne,
Tout livre est jungle où la parole est libre.

(Robert Sabatier)

Illustration: Igor Morski

 

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Le visage (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2018



Victor Brauner 50

Le visage

Comme un cancer, comme une bête en moi,
Vit un visage. Il s’ouvre, se referme.
C’est une bouche, une plaie, une pieuvre,
Il apparaît, se nourrit, se digère
Et me détruit, déchire la durée.
Toute la nuit, j’ai mal à mon cadavre.
On a scié ma cage thoracique,
On a jeté mon vieux coeur et ses boues
Dans le limon d’un fleuve croupissant.
Mon sexe meurt, mais la chair corrompue,
Interminable, est vie interminable.
Visage noir, larme d’un amour sale,
Reste avec moi, vautour et parasite,
Car nous vivons si bien si mal ensemble.
Déchirons-nous déchirés déchirants.
Que le soleil se tende comme un muscle !

(Robert Sabatier)

Illustration: Victor Brauner 

 

 

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L’indifférence (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018



Duy Huynh autumn

L’indifférence

Me rejoignit dans sa cape de neige
L’indifférence et je lui pris les mains.

Hiver, hiver, je ne sais rien de vous.
Ni les sonnets de Michel-Ange, ni
Les Vers Dorés qu’écrivit Pythagore
Ne charment plus ma mémoire infidèle.

Chantons, veux-tu, l’écoulement du temps,
Les vieux désirs quand tempêtes s’endorment,
Et la mosquée où tu connus l’exil,
Toi que l’Église avait déjà chassé.

Pétrarque ? Oubli. Ronsard, Apollinaire ?
Oublis. Tristesse, oubli des mots de l’autre.
Accomplis-moi, ma seule indifférence.

(Robert Sabatier)

Illustration: Duy Huynh 

 

 

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La nuit du poisson (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



Poisson-koi-blanc [800x600]

La nuit du poisson

Je peux mourir car je sais qu’il existe
Pour me survivre un grand poisson tout blanc.
Parfois la nuit du fond des mers il glisse
Dans mon silence et me parle du temps.

Poisson d’argent, ma tristesse, mon prince,
La forme ici de mon désir futur.
Si solitaire en d’austères provinces,
Il m’attendra clans l’amitié des mers.

Et je m’éloigne, heureux comme une hélice
Pour me visser à l’intérieur du temps.
Le corps luisant, je glisse d’île en île
Pour marier le soleil et les vents.

Que cent poissons me donnent l’espérance
Et je viendrai musique sous la peau
Dans le miroir où les âmes se penchent
Pour vous offrir la première splendeur.

(Robert Sabatier)

Illustration

 

 

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Durer (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 22 juillet 2018



Alexandra Kirievskaya 5 [800x600]

Durer

Tout change, disais-tu.
Je regardais l’abeille
Et la pousse des ongles,
La vague des cheveux.
Tout change, pas le monde.

Surtout ne descends pas
En marche de toi-même
Car tu ne serais plus
Que ces trois grains de sable
Et j’ai besoin de toi.

Dure sois-moi durable,
Ne cherche pas les anges,
Ne prononce aucun nom,
Ne mesure le temps
Qu’au bruit de ta poitrine.

Le vent sème les mots
Dans les têtes friables.
Ils ont tant besoin d’herbe
Et là c’est le désert
Où la beauté s’enlise.

Je vénère et je pleure
Tout ce qui pourrait être :
Le poème fauché
Debout à sa naissance
Par le temps machinal.

Tout change, disais-tu.
Le changement nous reste
Mais si fragile en nous
Qu’il faut dire à nos os
De se cacher longtemps.

(Robert Sabatier)

Illustration: Alexandra Kirievskaya

 

 

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Dame du lac (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2018



Illustration: Aristide Maillol
    

Dame du lac

Dame du lac où toute onde est métal
si belle et blonde, avec dans tes cheveux
un frisson d’or exilé d’une étoile
où je te vis jadis dans l’autre vie,
où je me rêve auprès de toi qui dors.

Nous danserons. Ce sera comme un bal
avec des yeux qui s’aiment, des yeux d’eau
pour nous sourire — et ta voix dans la mienne
comme un baiser mais que l’on ose à peine
pour que le soir ne s’effarouche pas.

Oh ! souviens-toi de cet homme qui passe
cueillant les mots pour dire la beauté.
Il va partir au détour d’une année
et ton soleil verra d’autres rivages.
ll restera ce poème pour toi.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Albin Michel

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Le coeur flamboyant (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2018



Le coeur flamboyant

Mon coeur avait cessé de suivre le soleil
Et se cachait en moi peureux comme un oiseau
Déjà les monts brisés s’ouvraient sur des rivières
Des fleuves, des torrents déversaient un sang chaud
Déjà l’oiseau vivait au sein d’une planète.

Il coulait une sève en ce corps végétal
Je marchais comme un loup, je souffrais comme un arbre
J’entendais s’affronter les insectes du mal
Des mouches, des essaims bougeaient en mille grappes
Et j’allais glorieux de porter ces batailles.

J’habitais ma blessure et dormais dans ses lèvres.
À mes jours éblouis, je donnais mille vies
La montagne crachait en plein ciel sa colère
Et l’astre retombait sur l’astre pour mourir
Il naissait chaque fois quelque clarté nouvelle.

Ce coeur avait cessé de tourner sur lui-même
Il remuait parfois pour mieux s’écouter battre
Il ne savait plus rien du chant de l’univers
C’était un vieux grillon qui s’endormait dans l’âtre
Et tout mon corps brûlait pour cacher sa misère.

(Robert Sabatier)

 

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Je (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2018



Je

Si je fus tigre et serpent, je m’accuse
D’avoir perdu toute férocité.

J’étais aveugle, en ce temps, bien aveugle
Car je voyais hors de moi seulement.

Lèvres, pourquoi mentir à d’autres lèvres ?
Les mots sont là pour tuer les baisers.

Un oiseau meurt en moi lorsque je chante.
Reviendra-t-il, musique sous les plumes,
Pour me bercer ? Auprès de moi, la mer
Dans une barque en vieux bois de cithare
Vient déposer mes dernières victimes.

(Robert Sabatier)

Illustration: Zdzislaw Beksinski

 

 

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