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Poésie

Posts Tagged ‘roche’

Les mains des jeunes gens (Mâgha)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2023




    
Les mains des jeunes gens,
ayant reçu la sueur de l’extrême cime
de la roche des seins brûlants,
descendaient jusqu’aux lacs des ombilics profonds,
aussi beaux que des lotus épanouis.

« Elle pourrait tenir, se disaient-ils,
tout entière dans une seule main ! »

et suivant cette pensée,
les bien-aimés de prendre la taille des femmes
aux charmants sourcils
avec des mains dont les doigts s’étendaient
comme des rangées de vagues,
roulant autour d’elles.

(Mâgha) (VIIe siècle)

Recueil: Un feu au coeur du vent Trésor de la poésie indienne Des Védas au XXIème siècle
Traduction:
Editions: Gallimard

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Une nuit dans la montagne (Chang Jian)

Posted by arbrealettres sur 8 décembre 2022



Illustration: Shan Sa
    
Une nuit dans la montagne

Posé à même la montagne inclinée,
Je suis l’errance d’une barque fragile,
Dont l’écho rappelle ma destinée.
Elle flotte, légère, sur les flots lourds,
Et fuit mon regard dans l’ampleur du ciel.
Le soleil s’épuise alors dans l’horizon
Et ma vue entre soudain dans le demi-jour d’une lumière indécise.
Un dernier rayon considère encore la cime des arbres
Et la pointe des roches chenues.
Tandis que le lac se teinte d’encre noire,
Des nuages rouges témoignent encore de l’astre défunt.
L’ombre des îles, plus noire encore
Se détache des eaux assoupies
Qui reflètent un instant le souvenir du jour ;
Mais déjà l’obscurité pèse sur les bois et les collines,
Et le trait confus du rivage
Se trouble dans mon regard impuissant.

La nuit vient, l’air est vif ;
Le souffle du nord crie implacable
Et pousse les cormorans vers la rive.
Ils attendront l’aurore entre les roseaux.
La lune coquette se montre sur les eaux lisses.
Je prends mon luth
Et accompagne ma solitude.
Mes doigts caressent les cordes en sanglots ;
Le chant disperse au loin ses accords.
Le temps s’envole ;
Un frisson de rosée me rappelle à l’heure tardive.

(Chang Jian)

(VIIIe siècle)

Recueil: Nuages immobiles Les plus beaux poèmes des seize dynasties chinoises
Traduction: Alexis Lavis
Editions: l’Archipel

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Vieux mineur (Johannes Kühn)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2022




    
Vieux mineur

Es-tu allé dans la nuit —
je connais
la nuit, c’est de la roche.
De mes mains j’ai frappé,
des battoirs mes mains à force.
Il sont partis en fumée
les charbons que j’ai abattus,
et dans les airs
se sont dissipées les fumées,
et dans les poêles des blancs hivers
elle est morte
la chaleur.

À la place des mains des battoirs.

Mais ils ne sont pas morts
les gens dans le froid
des blancs hivers.
À l’usine, qui fumait de toutes ses cheminées,
ce que j’ai abattu
est devenu fer
il sert pour les voitures
et étayent les maisons

Habite ! vis ! tout va bien,
mes mains sont des battoirs :
pas pour rien.

***

Alter Bergmann

Bist du in der Nacht gegangen —
ich kenn
die Nacht, die Gestein ist.
Ich schlug mir die Hände zu Brettern.
Es sind verraucht
die Kohlen, die ich gebrochen,
es sind die Rauchschwaden
vergangen in Luft,
es ist in Öfen
der weißen Winter
die Wärme
gestorben.

Mir sind die Hände zu Brettern geworden.

Gestorben sind nicht die Menschen
in Kälte
der weiBen Winter.
In Fabriken, wo durch Schornsteine rauchte,
was ich gebrochen,
ist Eisen geworden,
das dient an Wagen,
als Träger in Häusern.

Wohnt! Lebt! Wie gut,
mir sind die Hände zu Brettern geworden
nicht umsonst.

(Johannes Kühn)
Traduction de Claude Vercey

 

Recueil: Poésies du Monde
Traduction:
Editions: Seghers

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L’oiseau voyou (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2022




Illustration: Frédéric Rébéna
    
L’oiseau voyou

Le chat qui marche l’air de rien
voudrait se mettre sous la dent
l’oiseau qui vit de l’air du temps,
oiseau voyou, moineau vaurien.

Mais, plus futé, l’oiseau lanlaire
n’a pas sa langue dans sa poche,
et siffle clair comme eau de roche
un petit air entre deux airs.

Un petit air pour changer d’air
et s’en aller voir du pays,
un petit air qu’il a appris
à force de voler en l’air.

Faisant celui qui n’a pas l’air
le chat prend l’air indifférent.
L’oiseau s’estime bien content
et se déguise en courant d’air.

(Claude Roy)

 

Recueil: Poèmes de Claude Roy
Traduction:
Editions : Bayard Jeunesse

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Ballade de la chanson leste (Anonyme)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2022



Illustration: Sonia Mandel
    
Ballade de la chanson leste
(Poèmes à chanter du bureau de la Musique)

L’hirondelle volette devant la salle hospitalière ;
L’hiver s’est caché, l’été se montre.
Ses frères s’en sont allés ailleurs.
Qui va me recoudre mes vieux habits ?
Qui va lui déchirer ses nouveaux vêtements ?
Je compte sur la gente maîtresse de maison pour les rapiécer.
Le gendre est revenu et me jette un regard en biais :
« Ne me regarde pas de travers.
Anguille sous roche se voit dans l’eau claire. »
Que d’ennuis à cause de cette roche !
Mieux vaudrait être de retour que voyager au loin !

(Anonyme)

 

Recueil: Cent poèmes d’amour de la Chine ancienne
Traduction: André Lévy
Editions: Philippe Picquier

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La terre penchée (Franck Bouysse)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2022




    
La terre penchée

C’est un drôle de pays
Où tout semble courbé
Les herbes les buissons
Les roches et les arbres
Et même les maisons
Sous leurs chapeaux d’ardoises
Se penchent
Vers cette terre noire
Que des femmes et des hommes
Écorchent vainement
Et qu’ils creusent un jour
Pour enfouir un semblable

(Franck Bouysse)

Recueil: Fenêtre sur Terre
Traduction:
Editions: Phébus

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Jeux (Saint-Denys Garneau)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2021



Dena Cardwell the-empty-chair-dena-cardwell

Jeux

Je ne suis pas bien du tout assis sur cette chaise
Et mon pire malaise est un fauteuil où l’on reste
Immanquablement je m’endors et j’y meurs.

Mais laissez-moi traverser le torrent sur les roches
Par bonds quitter cette chose pour celle-là
Je trouve l’équilibre impondérable entre les deux

C’est là sans appui que je me repose.

(Saint-Denys Garneau)

Illustration: Dena Cardwell

 

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INVENTAIRE (Lionello Fiumi)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2021



 

Carl Vilhelm Holsoe Asleep

INVENTAIRE

Aux quatre coins de moi-même,
mélancoliquement je cherche
tout ce qui me manque à l’appel!

Où, mon fluide pas
qui feuilletait pour moi les horizons
ainsi que les pages d’un livre
d’images merveilleuses ?
Où, ma main qui serrait les jours
comme un jeu coloré de cartes
dont je pouvais tirer même la bonne ?
Quel miroir me rendra
la courbe exacte du sourire ?
Quelle plume saura traduire
les cadences de quels vers ?

Veuf de tout ce qui fut,
amputé de ce qui pouvait être
et désormais ne sera plus sur cette terre,
qu’attendre donc, qu’attendre
sinon, dans la roche creusée,
le bref horizon d’une bière ?

Pourtant — grâce très grande! — il reste
le coeur : il est plein de toi :
les yeux, les joues, les lèvres, les cheveux
et la voix grave et le sourire
et cette main qui me caresse
et te transfuse peu à peu
dans mes fibres les plus secrètes,
et ton pas qui est le mien.
Puisque tu es en moi,
puisque tu es moi.

(Lionello Fiumi)

Illustration: Carl Vilhelm Holsoe

 

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Aube intacte (Leonardo Sinisgalli)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2021



 

ruines  20090424_144648_ [1280x768]

Aube intacte, tu t’avances
Sur les sables prudents,
Et la violence des fruits ne te menace pas,
S’enracine le soir,
Et son acre senteur
Me remonte le long du dos.
Elle m’est chère, ta ruine
Qui rend avares les fontaines :
Cette étendue désolée
A l’amertume monotone
Des jours détruits.
Je ne sais de quelles veines
Secrètes tu nourris la nuit
En aval, découvrant ton échine
Aride. Ô roche sûre,
Notre douleur ne transmue pas
La boue en genêt.

***

Intatta alba ti avvicini
Sulle sabbie prudenti,
Né ti minaccia la violenza dei frutti
Fa radice la sera
E il suo acre sentore
Mi risale sul dorso.
Mi è cara la rovina
Che fa avare le fond :
Questa brulla distesa
Ha l’eguale amarezza
Dei giorni distrutti.
Non so da quali nascoste
Vene tu nutri la notte
A valle e scopri la schiena
Deserta. Roccia certa
Il nostro dolore non muta
Limo in ginestra.

(Leonardo Sinisgalli)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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Deux ancolies se balançaient sur la colline (Francis Jammes)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2021



Deux ancolies se balançaient sur la colline.
l’ancolie disait à sa soeur l’ancolie :
Je tremble devant toi et demeure confuse.

Et l’autre répondait :
si dans la roche qu’use l’eau, goutte à goutte,
si je me mire, je vois que je tremble,
et je suis confuse comme toi.

Le vent de plus en plus les berçait toutes deux,
les emplissait d’amour
et mêlait leurs coeurs bleus.

(Francis Jammes)

 

Recueil: Clairières dans le Ciel
Traduction:
Editions: Gallimard

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