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Posts Tagged ‘roide’

SUICIDE (Federico Garcia Lorca)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2019



 

Nicholas Chistiakov  midday suicide

SUICIDE
(Peut-être parce que tu ne savais pas la géométrie)

L’adolescent ne se connaissait plus,
il était dix heures du matin.

Son coeur lentement s’emplissait
d’ailes brisées et de fleurs de chiffon.

Il nota qu’il ne lui restait
sur les lèvres qu’une parole.

Comme il ôtait ses gants, il tomba
de ses mains une cendre fine.

Du balcon se voyait une tour
il se sentit balcon et tour.

Il vit pour sûr le regarder
la montre captive en son boîtier.

Et son ombre étendue en paix
sur le divan de blanche soie.

Et le garçon, géométrique et roide,
d’un coup de hache brisa le miroir

Cependant qu’un grand jet d’ombre
inondait la chimérique alcôve.

(Federico Garcia Lorca)

Illustration: Nicholas Chistiakov

 

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Sphinx (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 1 décembre 2018




    

Sphinx

Ils la trouvèrent, le crâne à demi défoncé,
tenant dans sa main roide un revolver brûlant.
Les badauds s’étonnaient. — Et l’ambulance
l’emporta vers l’hôpital jaune.

Une seule fois s’ouvrit sa paupière…
Nulle lettre, nul nom, — seuls une robe, un châle;
puis vint le médecin, questionnant à voix basse, —
puis le prêtre. — Elle resta muette et livide.

Pourtant, tard dans la nuit, elle voulut parler,
avouer… Personne dans la salle ne l’entendit.
– Un râle. — Et on l’emporta,
elle et sa souffrance. —

Et dehors nulle tombe.

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

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DEPUIS QUE TU ES PARTIE (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2018



Illustration: Jean-François Millet
    
DEPUIS QUE TU ES PARTIE

C’est depuis que tu es partie que sont plus froids.
Ici, le seau, le lait, le manche de la hache,
Et que le bois fendu s’affaisse et se détache.
Vois-le tomber, livide et tout roide à la fois!

Sur le sol sourd, le vent dans ses habits s’engage.
Il recherche sa proie, s’arrête, fouille et tranche,
Et de son tourbillon précipite les branches.
Frêle, la feuille alors bronche et tombe avec rage.

Moi, dans un doux vallon déjà je me croyais…
L’aube neuve épousait mes cheveux qui ondulent,
La plante de mes pieds brillait au crépuscule,
Et du Nord et du Sud tes seins me protégeaient.

Je suis assis, chétif… toi t’épanouissant,
Monde lointain, fleur de chiendent… Je te regarde.
Dans ton coeur bleu un ciel de cendre se hasarde
Moi langé par le soir qui tombe immensément…

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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Neige de deux hivers (Olivier Larronde)

Posted by arbrealettres sur 25 décembre 2017




    
Neige de deux hivers ne se reconnaîtraient
Ni vous ne figerez les plis de mon eau froide,
Gel du poème, ou son fouillis ne ferez roide.
– Plus que l’épervier les demeures m’effraient,

Quand l’aurore me donne à sa serre féline,
Plus l’indiscret oiseau dont je suis la volière:
Mésange – cœur de fraise – aux tortures encline
Qui me met en morceaux comme on casse les oeufs.

(Olivier Larronde)

 

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Gelée blanche (Olivier Larronde)

Posted by arbrealettres sur 28 octobre 2017



Gelée blanche

Neiges de deux hivers ne se reconnaîtraient
Ni vous ne figerez les plis de mon eau froide,
Gel du poème, Ou son fouillis ne ferez roide.
— Plus que de l’épervier les demeures m’effraient,

Quand l’aurore me donne à sa serre féline,
Plus l’indiscret oiseau dont je suis la volière :
Mésange — cœur de fraise — aux tortures encline
Qui me met en morceaux comme on casse les œufs.

(Olivier Larronde)

Illustration

 

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Le soir à marée basse (Bernard de Louvencourt)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2017



 

Le soir à marée basse

Rentrons ! Déjà le soir déroule ses fuseaux :
Un horizon rougi de soleil – ou de lune…
On ne sait. Mais tout est rouge sur la lagune ;
Un pan du ciel se traîne au dernier feu des eaux.

Tout repose. En mourant, le jour en ses biseaux,
A fait désert la mer et montagne la dune.
C’est l’heure de la nuit comme il n’en est aucune ;
Tout est roide et tranchant comme un coup de ciseaux.

Et la plage s’étale en immensité plate.
En traversant un banc de son sable écarlate,
Pieds nus, il peut sembler que l’on marche à jamais.

Et, se sentant très seul dans son âme très lasse,
Il semble qu’à l’esprit c’est aussi la mer basse,
Et que l’on est bien loin des souvenirs aimés !

(Bernard de Louvencourt)

Illustration: Guy Baron

 

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SONNET MOYEN-AGE (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2017



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SONNET MOYEN-AGE

Dans le décor de la tapisserie ancienne
La châtelaine est roide et son corsage est long.
Un grand voile de lin pend jusqu’à son talon,
Du bout de son bonnet pointu de magicienne.

Aux accords d’un rebec la belle musicienne
Chante son chevalier, le fier preux au poil blond
Qui combat sans merci le Sarrasin félon.
Elle garde sa foi comme il garde la sienne.

Il reviendra quand il aura bien mérité
De cueillir le lis blanc de sa virginité.
Peut-être il restera dix ans, vingt ans loin d’elle.

Et s’il ne revient pas, s’il périt aux. lieux saints,
Elle mourra dans son serment, chaste et fidèle,
Et nul n’aura fondu la neige de ses seins.

(Jean Richepin)

 Illustration: Rogier Van der Weyden 

 

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LA FILLE CONTRE LE MUR (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 4 novembre 2015



LA FILLE CONTRE LE MUR

La fille regardait les reprises à ses bas
le bruit des métiers se perdait,
les roseaux se frôlaient ;
le teint mat et les genoux croisés
elle rassemblait ses os.
Ciel qui fut bleu à tuer tous les courages
ciel appris, ciel vivant,
le premier dépliement de ses doigts se fit
quand monta la faible musique de derrière le mur jaune
pétri d’argile mêlée à la paille hachée ;
ce mur avait séché au temps des guerres
les soldats avaient alors posé la main sur lui,
l’un au large pouce l’autre à l’index long ;
depuis le mur avait fleuri,
l’éclat d’un jupon blanc le rendait roide et merveilleux
sous un ciel qu’une cloche ébranla.

(Jean Follain)

Illustration

 

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Par une ténébreuse et solitaire route (Edgar Allan Poe)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2015




Par une ténébreuse et solitaire route
Que hantent les seuls mauvais anges,
Où un Eidolon, nommé NUIT,
Roide, sur un noir trône, règne,
J’ai erré avant de récemment revenir
D’une brumeuse, extrême et fatale Thulé.

***

By a route obscure and lonely,
Haunted by ill angels only,
Where an Eidolon, named NIGHT,
On a black throne reigns upright,
I have wandered home but newly
From this ultimate dim Thule.

(Edgar Allan Poe)

Illustration

 

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Chanson en Si (Tristan Corbière)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2015



 

Yoshiro Tachibana -  (4)

Chanson en Si

Si j’étais noble Faucon,
Tournoîrais sur ton balcon…
– Taureau : foncerais ta porte…
– Vampire : te boirais morte…
Te boirais !

– Geôlier : lèverais l’écrou…
– Rat : ferais un petit trou…
Si j’étais brise alizée,
Te mouillerais de rosée…
Roserais !

Si j’étais gros Confesseur,
Te fouaillerais, ô Ma Soeur !
Pour seconde pénitence,
Te dirais ce que je pense…
Te dirais…

Si j’étais un maigre Apôtre,
Dirais :  » Donnez-vous l’un l’autre,
Pour votre faim apaiser :
Le pain-d’amour : Un baiser.  »
Si j’étais !…

Si j’étais Frère-quêteur,
Quêterais ton petit coeur
Pour Dieu le Fils et le Père,
L’Eglise leur Sainte Mère…
Quêterais !

Si j’étais Madone riche,
Jetterais bien, de ma niche,
Un regard, un sou béni
Pour le cantique fini…
Jetterais!

Si j’étais un vieux bedeau,
Mettrais un cierge au rideau…
D’un goupillon d’eau bénite,
L’éteindrais, la vespre dite,
L’éteindrais !

Si j’étais roide pendu,
Au ciel serais tout rendu :
Grimperais après ma corde,
Ancre de miséricorde,
Grimperais !

Si j’étais femme… Eh, la Belle,
Te ferais ma Colombelle…
A la porte les galants
Pourraient se percer des flancs…
Te ferais…

Enfant, si j’étais la duègne
Rossinante qui te peigne,
Senora, si j’étais Toi…
J’ouvrirais au pauvre Moi,
– Ouvrirais ! –

(Tristan Corbière)

Illustration: Yoshiro Tachibana

 

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