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Poésie

Posts Tagged ‘rôle’

Le chauffeur du car (Jean-Pierre Chambon)

Posted by arbrealettres sur 2 mars 2018




    
Le chauffeur du car veille
à saluer l’entrée
de chacun des personnages
qui jour après jour
avec d’infimes variations
qui font le charme du recommencement
reprennent leur place et leur rôle
dans la saynète sans parole
de son petit théâtre ambulant

(Jean-Pierre Chambon)

 

Recueil: Tout-venant
Traduction:
Editions: Héros-Limite

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Une autoprésentation (Kamala Das)

Posted by arbrealettres sur 26 janvier 2018



Illustration: Kamala Das
    
Une autoprésentation

Je ne connais rien à la politique, seulement les mots
Ceux du pouvoir, de l’ère de Nehru, et peux les répéter
Comme ceux des jours de la semaine, ou des mois.
Je suis indienne, très brune, née à Malabar,
je parle trois langues, j’écris dans
Deux, rêve avec une.
N’écris pas en anglais, disaient-ils, l’anglais n’est pas Ta langue maternelle.
Pourquoi ne me laissez vous pas
Seule, critiques, amis, cousins de passage,
Tous autant que vous êtes ? Pourquoi ne pas me laisser parler
Dans n’importe quelle langue que j’aime ? La langue que je arle
Devient mienne, avec ses déformations, ses étrangetés
Toutes miennes, et à moi seulement.
C’est moitié de l’anglais, moitié de l’Indien, drôle peut-être, mais c’est honnête
C’est humain, parce que je suis humaine,
Ne le voyez-vous pas ? Elle exprime mes joies, mes désirs ardents,
Mes espoirs, elle est aussi utile pour moi que les coassements
Le sont aux corneilles, les hurlements aux lions, c’est
Un langage humain, le langage d’un esprit qui est
Ici et pas là-bas, un esprit qui voit et qui entend, qui est conscient.
Pas le discours aveugle, sourd
Des arbres dans la tempête ou celui des nuages de la mousson, de la pluie
Ou bien encore les murmures incohérents du
Bucher funèbre. J’étais enfant, et plus tard ils
M’ont dit que je grandissais, puisque mes membres
Se gonflaient et qu’ici ou là mes cheveux poussaient.
Quand j’ai demandé l’amour, ne sachant pas quoi demander d’autre,
Il a traîné une jeunesse de 16 ans dans
La chambre et a fermé la porte, Il ne m’a pas battu
Mais mon triste corps de femme s’est senti si battu
Le poids de mes seins et de mon utérus m’ont écrasée.
Je me suis rétrécie pitoyablement
Puis… J’ai enfilé une chemise et des
Pantalons de mes frères, coupé mes cheveux et ignoré
Ma féminité. Porte des saris, sois une fille
Sois une femme, disaient-ils. Sois une brodeuse, sois une cuisinière,
Sois dure avec les domestiques. Coule toi là dedans. Oh,
Appartiens aux tiennes, criaient les normopathes. Ne t’assoies pas
Sur les murs où parviens le piaulement à travers nos fenêtres drapées de dentelles.
Sois Amy, ou sois Kamala. Et surtout
Reste une Madhavitutty. Le temps est venu de
Choisir un nom, un rôle. Ne joue pas la prétentieuse.
Ne joue pas la à la schizophrène ou à la
Nymphomane. Ne pleure pas trop fort quand
L’amour te quittera… J’ai rencontré un homme, l’ai aimé. Ne
L’appelle pas de n’importe quel nom, il est tous les hommes
Qui veut une femme, juste comme je suis toutes
Les femmes qui recherche l’amour. En lui… la rapidité affamée
Des rivières, en moi… l’océan infatigable
Attendant. Qui es-tu, je demande à chacun et à tous,
La réponse est, je suis moi. N’importe où et
Pourtant, je vois celui qui se présente comme Je
Dans le monde, il est étroitement empaqueté
Comme une épée dans son fourreau. C’est moi qui bois seule
Des boissons à 12 h, minuit, dans les hôtels de villes étranges,
C’est moi qui ris, c’est moi qui fais l’amour
Puis, qui se sent honteuse, c’est moi qui meurs
Avec un hochet dans la gorge. Je suis une pécheresse,
Je suis une sainte. Je suis l’aimée et
La trahie. Je ne ressens aucune joie qui ne soit la vôtre,
Aucune douleur qui ne soit la vôtre.
Et pourtant je me désigne comme je.

(Kamala Das)

Pas trouvé les poèmes en français 😦
mais en anglais:
https://www.poemhunter.com/kamala-das/poems/

 

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Voici que le silence a les seules paroles (Marguerite Yourcenar)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2018



    

Voici que le silence a les seules paroles
Qu’on puisse, près de vous, dire sans vous blesser ;
Laissons pleuvoir sur vous les larmes des corolles ;
Il ne faut que sourire à ce qui doit passer.

À l’heure où fatigués nous déposons nos rôles,
Au même lit secret les dormeurs vont glisser ;
Par chaque doigt tremblant des herbes qui nous frôlent,
Vous pouvez me bénir et moi vous caresser.

C’est à votre douceur que mon sentier m’amène.
De ce sol lentement imprégné d’âme humaine,
L’oubli, lent jardinier, extirpe les remords.

L’impérissable amour erre de veine en veine ;
Je ne veux pas troubler par une plainte vaine
L’éternel rendez-vous de la terre et des morts.

(Marguerite Yourcenar)

Découvert ici: https://desmotsetdesnotes.wordpress.com/

Recueil: Les Charités d’Alcippe
Traduction:
Editions: La Flûte enchantée

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En vous attendant (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2018




    

En vous attendant
j’ai confectionné un bijou d’écume
que je porte à mon front comme un diadème arc-en-ciel
reine dans ma solitude
et pourtant je n’avais pas prévu de
vivre en solo près du rien

Étrange timbre du frigo
note ténue dans le silence
où vos voix joyeuses ne font pas tapage
mais le chant des oiseaux et le prélude
du muezzin à la nuit rendent cette idée moins absurde
vivre en solo près du rien

Je joue mon rôle dans votre univers
et vous dans le mien
Ne m’oubliez pas
A chacun sa complétude
même si vous n’aviez pas prévu de
vivre en solo près du rien

(Aya Cheddadi)

 

Recueil: Tunis marine
Traduction:
Editions: Gallimard

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Pleureuse (Jacqueline Kelen)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2017



Illustration: Calirezo
    
Ce rôle de pleureuse, d’embaumeuse, dévolu à la femme
renoue avec celui de sage-femme au début de la vie.
Un ensevelissement accompli dans les larmes
est la juste réponse à la naissance ruisselante de l’enfant.

 

(Jacqueline Kelen)

 

Recueil: Les Larmes
Traduction:
Editions: Alternatives

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Conte ancien (Nikolaï Zabolotski)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2017




    
Conte ancien

Dans ce monde où notre rôle est obscur
Nous vieillirons toi et moi
Comme le roi du conte au déclin des jours.

En patiente lumière s’éteindra notre vie
Sur les terres secrètes où sans rien dire
On rencontre l’inéluctable.

Quand les mèches d’argent brilleront sur ta tempe
Je déchirerai en deux mes cahiers
Et prendrai congé du dernier poème.

Puisse l’âme comme un lac
Battre au seuil des portes souterraines
Et le frisson du feuillage pourpre

Ne rien troubler à la surface de l’eau.

***

Старая сказка

В этом мире, где наша особа
Выполняет неясную роль,
Мы с тобою состаримся оба,
Как состарился в сказке король.

Догорает, светясь терпеливо,
Наша жизнь в заповедном краю,
И встречаем мы здесь молчаливо
Неизбежную участь свою.

Но когда серебристые пряди
Над твоим засверкают виском,
Разорву пополам я тетради
И с последним расстанусь стихом.

Пусть душа, словно озеро, плещет
У порога подземных ворот
И багровые листья трепещут,
Не касаясь поверхности вод.

(Nikolaï Zabolotski)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Le loup toqué
Traduction: Jean-Baptiste Para
Editions: La rumeur libre

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Fier et fou de vous (William Sheller)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2017



Fier et fou de vous

On pour-rait croir’ qu’on lui fait des mi-sè-res
À sa fa-çon de pleu-rer sur mes ge-noux mais
J’veux êtr’ son pa-pa ni son grand frè-re
C’sont pas des rôl’s que j’peux jouer jus-qu’au bout pas du tout
J’lui dis y’a des gens sur terr’ qui chant’nt au-tour de nous
Moi je n’vois rien je suis fier et je suis fou de vous
Ell’ s’en fout
J’lui dis y’a des gens sur terr’ qui pleur’nt au-tour de nous
Moi je n’vois rien je suis fier et je suis fou de vous
Ell’ s’en fout

Pour-tant est-c’que j’peux ê-tre plus sin-cè-re
J’ai par-fois du mal à join-dre les deux bouts mais
De-puis l’an-née où j’suis rev’-nu d’la guer-re
J’ai ja-mais man-qué à ses ren-dez-vous pas du tout
J’lui dis y’a des gens sur terr’ qui pleurn’nt au-tour de nous
Moi je n’vois rien je suis fier et je suis fou de vous
Ell’ s’en fout

J’lui dis y’a des gens sur terr’ qui dans’nt au-tour de nous
Moi je n’vois rien je suis fier et je suis fou de vous
Ell’ s’en fout

Dé-jà quand ell’ vou-lait êtr’ é-cuy-è-re
Ell’ m’é-cri-vait qu’ell’ n’é-tait pas bien chez vous mais
Qu’ell’ n’vou-lait pas ris-quer sa vie en-tiè-re
Sur mon his-toir’ qui n’te-nait pas de-bout voy-ez-vous
J’lui dis y’a des gens sur terr’ qui dans’nt au-tour de nous
Moi je n’vois rien je suis fier et je suis fou de vous
Ell’ s’en fout

(William Sheller)

 

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Infirmes, nos gestes (Pierre Dhainaut)

Posted by arbrealettres sur 19 septembre 2017




   
Infirmes, nos gestes,
ils se détachent
les uns des autres,
accumulent
les saccades, plus
acérées, urgentes,
mais ce qui les attire,
qu’ils réussissent
à ne pas le cerner, ils s’aèrent,
ils se suivent,
laissant à vif ces lèvres
que rien ne fermera
d’une blessure : à nous
maintenant de répondre,
d’accomplir leur rôle,
sans prudence
ils ont rendu l’espoir

(Pierre Dhainaut)

 

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Je me dévêts (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 16 septembre 2017




    
Je me dévêts

Je me dévêts, j’annule tous mes rôles.
Guerre, dis-tu ? J’ai fait toutes les guerres.
J’étais le mort, j’apprenais le silence,
je donnais l’heure exacte de la vie

ou bien, vivant, je ne savais plus vivre,
je me savais par un autre vécu,
je me cherchais dans les pages des livres
comme un secret caché depuis longtemps.

Ma préhistoire est celle des orages.
Le rideau noir est posé sur mes yeux.
Le monde est rouge. A qui veut bien m’entendre,
je ne dis plus que paroles de sang.

Quel est ce moi qui n’affleure à moi-même
que pour m’offrir un obstacle de plus ?
Et toi, la voix qui n’éteins plus le feu,
dissipe-toi dans les brumes de l’aube.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Editions: Albin Michel

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La Vie, la Nuit (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 15 août 2017



La Vie, la Nuit

A la recherche de la première étoile dans le ciel
je vais entre les murs
qui me tutoient.
La lumière qui ne se lève pas
dans les tunnels du sang
attend près du regard
combien de pierres
dont elle s’enveloppe
pavent le ciel.

Les fenêtres de la veille sont mortes
ouvertes aux couchants.
L’humus de la chambre
un peu tiède comme le cœur
est toujours plein de femmes
qui tricotent en songeant à l’amour.

L’ombre fait un cercle autour de la lampe
et le fourneau est sans doute seul heureux
comment sortir de cette maison
sans avoir l’air gauche, sans mentir
comment jouer le rôle de passant
sans penser à la mort
qui compte mes pas
qui me pousse si je m’arrête
comment croiser ce regard
où elle est déjà montée ?

(Lucien Becker)

 

 

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