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Poésie

Posts Tagged ‘rompu’

L’Habitude (Balbino)

Posted by arbrealettres sur 22 août 2018



 

L’Habitude

L’habitude accepte
l’alcool qu’on injecte
dans les corps endormis.
L’aube est douce
le ciel
bleu valium.
Le mépris
cache
cet amour
que je vous porte.
Oh frères rompus
sous les bâtons arrachés
aux branches des peupliers
qui se taisent.

(Balbino)

Illustration: Claude Monet

 

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PEINES PERDUES (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2018




    
PEINES PERDUES

Hélas! pourquoi ces pleurs dans mes yeux que j’essuie,
Et pourquoi ces soupirs dans ma gorge crevant?
Je ne puis rappeler le passé décevant,
Ni ranimer le feu dans l’âtre plein de suie.

L’amour s’est envolé, la flamme s’est enfuie.
A quoi bon soupirer, pleurer, en y rêvant,
Comme un hautbois plaintif qui se nourrit de vent,
Comme un vieux toit rompu qui se repaît de pluie?

Ah ! pauvre cœur troublé de regrets, de remords,
Tes soupirs rendront-ils le souffle aux oiseaux morts
Et tes pleurs feront-ils s’épanouir des roses?

Au fond de ta douleur tu peux les laisser choir;
Soupirs et pleurs, tout est stérile. Tu n’arroses
Qu’un linceul; et pas même, encore!… ton mouchoir.

« Homme aux yeux cruels, prends garde !
Tu nous écrases! Regarde
Nos cadavres sous tes pas.
Tu pleures et tu t’irrites.
Nous sommes les marguerites.
Pitié! Mais tu n’entends pas.

— Si, je vous entends, menteuses.
peuple d’entremetteuses,
Sois-tu donc anéanti!
Mourez sous mes mains brutales
C’est en comptant vos pétales
Que ma maîtresse a menti. »

(Jean Richepin)

 

 

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LE PASSÉ QUI SURVIT (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2018



Illustration: Francine Van Hove
    
LE PASSÉ QUI SURVIT

Je laisserai le lit comme elle l’a laissé, défait et rompu, les draps mêlés,
afin que la forme de son corps reste empreinte à côté du mien.

Jusqu’à demain je n’irai pas au bain, je ne porterai pas de vêtements
et je ne peignerai pas mes cheveux, de peur d’effacer les caresses.

Ce matin, je ne mangerai pas, ni ce soir, et sur mes lèvres
je ne mettrai ni rouge ni poudre, afin que son baiser demeure.

Je laisserai les volets clos et je n’ouvrirai pas la porte,
de peur que le souvenir resté ne s’en aille avec le vent.

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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À la dernière halte du voyage (Pär Lagerkvist)

Posted by arbrealettres sur 5 juin 2018



À la dernière halte du voyage, dans la maison du soir,
un pain est rompu et mangé en silence
sous la lumière crépusculaire pâlissant à la fenêtre.

Aucune lampe ne s’allume pour la nuit,
car aucune huile n’y suffirait,
et nul piétinement de cheval ne te réveillera
pour le départ d’un hôte dans la nuit.

Au loin au-dessus des arbres le matin
et des fleurs qui s’ouvrent pour orner la vie,
mais tu les as oubliés, toi, les fleurs et les arbres,
ce qui était chagrin et bonheur terrestres.

***

Vid färdens sista rast, i aftonhuset,
där bryts ett bröd och ätes under tystnad
i skymningsljus från fönstrets skumma ruta.

Det tänds ej någon lampa där för natten,
för ingen lampas olja skulle räcka,
och inget stamp av hästar skall dig väcka
för att en gäst skall vidare i natten.

Långt borta är det morgon över träden
och blommor öppnas för att livet smycka,
men du har glömt dem, blommorna och träden,
vad som var jordisk sorg och jordisk lycka.

(Pär Lagerkvist)

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Au creux de l’aveugle abandon (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 28 mai 2018



    

Au creux de l’aveugle abandon
Conduis-nous
Le long des filons
Vers où jaillit un jour
l’irrépressible désir
Creuset originel où tout se rejoint
Les corps rompus
n’y toucheront nuls confins
Les coeurs brisés
y battront sans fin

La mort ne sera plus notre issue

(François Cheng)

 

Recueil: A l’orient de tout
Editions: Gallimard

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Le meilleur moment des amours (René-François Sully Prudhomme)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2018



 

Le meilleur moment des amours
N’est pas quand on a dit : « Je t’aime. »
Il est dans le silence même
À demi rompu tous les jours ;

Il est dans les intelligences
Promptes et furtives des cœurs ;
Il est dans les feintes rigueurs
Et les secrètes indulgences ;

Il est dans le frisson du bras
Où se pose la main qui tremble,
Dans la page qu’on tourne ensemble
Et que pourtant on ne lit pas.

Heure unique où la bouche close
Par sa pudeur seule en dit tant ;
Où le cœur s’ouvre en éclatant
Tout bas, comme un bouton de rose ;

Où le parfum seul des cheveux
Parait une faveur conquise !
Heure de la tendresse exquise
Où les respects sont des aveux.

(René-François Sully Prudhomme)

Illustration: Raymond Peynet

 

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Verger (Béatrice Douvre)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2018



 

Illustration
    
Verger

Je revins
Ce verger me brûlait
Sombre feuillage rouge
Où tu perdais tes yeux

Nul regard
A peine un pas tenté
Vers la boue verte et noire
De ce verger brûlant mais aggravé de glace

La terre te peinait
Tu marchais à l’avant des pierres du chemin
Nul chemin ne te menait

Il y a tant de grâce en tes yeux clos
Tant de clarté où vibrent tes bras nus
Je te regarde comme l’étranger venu
Par passion du nuage où tournent des oiseaux

Mais ce verger brûlait jusqu’à tes yeux rompus
Jusqu’à la hâte de tes mains
Aux deux soleils sourds.

(Béatrice Douvre)

 

Recueil: Oeuvre poétique
Traduction:
Editions: Voix d’Encre

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GLACE ROMPUE (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 6 février 2018



 

Illustration: Benoit Colsenet
    
GLACE ROMPUE

Midi minuit
On ne sait pas
On ne regarde pas plus haut que soi
Les yeux dans les yeux
C’est un étonnant paysage
Dans la rue
Quelqu’un passe et dit des mots en douce
Si c’était vrai

Sur la glace
Le visage qu’on quitte sans regret
La bête noire dans l’ombre
Et la Belle
Les draps de lit défaits
Les échardes de soie qui saignent les poignets

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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La vie et la mort, la souffrance et la joie (Etty Hillesum)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2018



Illustration: Etty Hillesum
    
La vie et la mort, la souffrance et la joie,
les ampoules des pieds meurtris, le jasmin derrière la maison,
les atrocités sans nombre,
tout est en moi et forme un ensemble puissant
et je l’accepte comme une totalité invisible
et je commence à comprendre de mieux en mieux pour mon propre usage
sans pouvoir encore expliquer la logique de cette totalité.
Je voudrais vivre longtemps pour être un jour en mesure de l’expliquer aux autres.
Mais si cela ne m’est pas donné eh bien, un autre le fera à ma place,
un autre reprendra le fil de ma vie là où il se sera rompu

(Etty Hillesum)

 

 

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LA COMMUNICATION (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2018



 

Zdzislaw Beksinsk   i88_orig

LA COMMUNICATION

A quoi ça sert tout ça, à quoi ça sert
De dire joie et de dire prière,
De mettre l’aube à genoux pour médire
De la nuit verte et des noirs gabelous ?

Un geste. Un autre. Et courent les messages
Du télégraphe — un stop à chaque phrase :
L’unique mot connu, signifiant.
Le reste : rien. Bouquet. Moisson d’outrages.

Au dernier top, il est exactement
L’heure du cri, celle de ne rien dire.
Ne coupez pas. Ma vie est si fragile,
Je perds ma phrase et mon corps est rompu.

Oubliez-moi. Mon erreur est fatale.
J’entends déjà les abonnés absents
Prier la Parque au-delà de ma ligne
De m’entrouvrir un silence de glace.

Le néant m’aime. Egarés mes fantômes
Et mes espoirs égarés, égarés.
Oui, mais ce pré fleuri de pâquerettes
Où grésillaient les grillons dans le soir ?

(Robert Sabatier)

Illustration: Zdzislaw Beksinski

 

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