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Posts Tagged ‘rompu’

LA COMMUNICATION (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2018



 

Zdzislaw Beksinsk   i88_orig

LA COMMUNICATION

A quoi ça sert tout ça, à quoi ça sert
De dire joie et de dire prière,
De mettre l’aube à genoux pour médire
De la nuit verte et des noirs gabelous ?

Un geste. Un autre. Et courent les messages
Du télégraphe — un stop à chaque phrase :
L’unique mot connu, signifiant.
Le reste : rien. Bouquet. Moisson d’outrages.

Au dernier top, il est exactement
L’heure du cri, celle de ne rien dire.
Ne coupez pas. Ma vie est si fragile,
Je perds ma phrase et mon corps est rompu.

Oubliez-moi. Mon erreur est fatale.
J’entends déjà les abonnés absents
Prier la Parque au-delà de ma ligne
De m’entrouvrir un silence de glace.

Le néant m’aime. Egarés mes fantômes
Et mes espoirs égarés, égarés.
Oui, mais ce pré fleuri de pâquerettes
Où grésillaient les grillons dans le soir ?

(Robert Sabatier)

Illustration: Zdzislaw Beksinski

 

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FOEHN (Georg Trakl)

Posted by arbrealettres sur 5 octobre 2017




    
FOEHN

Plainte aveugle dans le vent, jour d’hiver couleur de lune,
Enfance, le bruit des pas meurt contre la haie obscure,
Cloches longues du soir.
La blanche nuit approche doucement.

Elle change en rêves pourpres les douleurs et les peines
De l’âpre vie, afin que l’aiguillon jamais
De ce corps pourrissant n’ôte sa pointe.

L’âme anxieuse au coeur du sommeil profondément soupire,

Le vent profondément dans les arbres rompus,
Et la mère s’en va comme une pleureuse
Chancelante par la solitaire forêt

De ce deuil silencieux; nuits peuplées
D’Anges étincelants parmi les larmes.
Au mur nu se brise un pâle squelette d’enfant.

(Georg Trakl)

 

Recueil: Ving-quatre poèmes
Traduction: Gustav Roud
Editions: La Délirante

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LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (VIII) (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2017



Illustration: Margarita Sikorskaia 
    
LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (VIII)

Il me suffit de quelques gestes pour retrouver,
enfouie sous ta peau, la plante nue que tu es
et, vacillant de tout le soleil conquis par les ruisseaux,
tu entres dans la nuit avec le jour devant toi.

Je n’ai qu’à toucher la pointe de tes seins
pour que soient soudain rompues les mille écluses
qui retiennent entre nous un poids d’eau égal à celui de la mer,
pour que toutes les lumières s’allument en nous.

Et quand dans la clarté du drap,
tu n’es plus qu’un éventail de chair,
j’ai hâte de le faire se refermer sur mon corps
par une caresse que je jette en toi comme une pierre.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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L’INTIME SOUDAIN (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2017



Illustration: Xing Jianjian 
    

L’INTIME SOUDAIN

c’est au noir de soi-même
un très lent sommeil

la présence se rassemble
en traces d’incendie

s’éparpille la terre
poudroie le froid du monde

nous sommes les gardiens de l’exténuement

comme si tu retirais
le monde du monde
pour une éclaircie qui traverse tout

pacte des plus grands arrachements

territoire de la grâce
au passage blanc du vivant

une infinité de visages rompus
se pose au bord du monde

parole noyée entre deux lointains
l’intime soudain

la très haute langue d’insomnie

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Infiniment proche
Editions: Gallimard

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De l’oiseau sur le toit (Jean-Marie Barnaud)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2017



Illustration 
    
De l’oiseau sur le toit
je ne vois dans l’herbe
que l’ombre
comme sur ton visage
la passante inflexible qu’il accueille
et qui demeure au loin
Dehors est sans haine
sans compassion
rompu en soi
Dehors guérit de la fatigue

(Jean-Marie Barnaud)

 

Recueil: Fragments d’un corps incertain
Editions: Cheyne

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MODELE (Jacques Basse)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2017




    
MODELE

modèle
elle le fut
dans les revues

clin d’oeil velouté
sourires appuyés
plein de sous-entendus

quelques jours je l’ai cru

mais très tôt
tel un oiseau
elle s’est envolée
vers des nuits éthérées

le fil ici s’est rompu

étrange déconvenue
que côtoie l’éphémère
à la dérisoire chimère

a disparu le modèle

plus un mot d’elle

(Jacques Basse)

 

Recueil: Le temps des Résonances
Editions: Rafaël de Surtis

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J’ai dans le corps (Madeleine Lépine)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2017



Illustration: Marchal Mithouard
    
J’ai dans le corps
le souvenir d’un chant
jusqu’à ce qu’affleure
s’entrouvre
quelque chose

je vais
l’âme murissante
le sort rendu à l’eau

Je cherche l’ancienne demeure
la confrontation
avec la femme à la langue nue
je marche
le corps rompu de larmes
l’astre de la voix
dressé comme une pierre

(Madeleine Lépine)

 

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Ne rien retrancher (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2017




    
Illustration: Salvador Dali

Ne rien retrancher
Fixer des yeux jusqu’au bout
l’innommable
Survivre aux os rompus
à la chair corrompue
Être de tout son corps
Le mot-oeil
Que nulle langue humaine
n’ose dévisager encore

(François Cheng)

 

Recueil: A l’orient de tout
Editions: Gallimard

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Le rocher parle (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2017



    

Le rocher parle :

Tu cherches le feu le voici

Brusque éclat au cri de phénix
Erre plus vaste que miroir brisé
Douces alors cendres sans regret
Et transparente soif sans mesure

Tu cherches la source la voici

Senteur de brume ou de tonnerre
Fouillant le corps jusqu’au vertige
Torrent de lait rompu d’extase
Jailli du fond vers nul ailleurs

Tu cherches le lieu le voici

Entre l’or de l’argile et l’ombre
Du feuillage, la lumière jouant
De l’éternel repos-envol
Fixe la sûre demeure de l’instant

(François Cheng)

 

Recueil: A l’orient de tout
Editions: Gallimard

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Poigne d’homme (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2017



    

Poigne d’homme
Face d’homme
étoile de sang sur le front

Corps broyé
Os rompus
étoile de sang dans le cœur

Broyée la promesse
Rompue la parole
étoile de sang voici l’homme

(François Cheng)

 

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